Pompes funèbres, ne pas se faire prendre par la patrouille

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Rappelez-vous "les Infiltrés" de sinistre mémoire...
Quelques collègues occupent le devant de la scène pour des affaires judiciaires. Coupables ou innocents, peu importe : de toute manière, ce n’est vraiment pas le moment.
Les lumières de la Toussaint

Les histoires sont faciles à trouver dans la presse : un patron de crématorium passe en jugement pour un mélange des cendres supposé, et un thanatopracteur est accusé d’avoir utilisé des moyens non conventionnels pour stocker du sang humain. Forcément, la presse locale, et parfois nationale, s’en donne à coeur-joie.

Deux précisions s’imposent. La première, nous avons, dans le paragraphe ci-dessus, usé des précautionneuses circonvolutions de langages que nécessite la présomption d’innocence inscrite en droit français, notant au passage que certains de nos confrères de la presse écrite ne s’embarrassent pas toujours de cette dernière lorsqu’il s’agit de funéraire. La seconde, nous ne jetons pas la pierre à ces deux professionnels : ils n’ont choisi ni le timing de la justice pour celui qui est jugé, ni celui de la délation pour celui qui est pour l’instant simplement accusé.

Il n’empêche : ça tombe drôlement mal.

Mauvais timing

Ce qui est ennuyeux, c’est que ces affaires tombent dans la première moitié d’octobre, alors que, concomitamment, dans les salles de rédaction, des journalistes s’apostrophent « Hé, au fait, on fais quoi pour la Toussaint ? ». Même si, ces dernières années, on a assisté à un basculement du traitement de notre profession dans les médias, on n’est pas à l’abri, bien au contraire. Il y a encore cinq ans, pour la Toussaint, l’immense majorité des journaux faisaient un dossier sur « le business de la mort », en expliquant, pour résumer de façon triviale, qu’on se mettait du pognon plein les poches sur le dos des familles en deuil. Puis la tendance a été de présenter le métier sous un aspect différent, celui d’un métier difficile mais essentiel, fait par des gens souvent passionnants, pour preuve le nombre de « portraits » de travailleurs du funéraire.

Mais maintenant que l’acceptation positive de la profession est devenue la tendance dominante, montrer un supposé « côté obscur des pompes funèbres » devient un moyen de se démarquer, donc une tentation, surtout lorsqu’arrivent des histoires aussi spectaculaires. On n’est jamais tranquille.

Généralisation

Une autre tendance est celle de la généralisation. C’est toujours la même chose : une société de pompes funèbres fait la une de l’actualité parce qu’elle serait « pourrie », le lecteur (et le journaliste qui a écrit l’article, ne leur prêtons pas des intentions qu’ils n’ont pas) généralise la mauvaise image qu’il se fait d’une profession. Mais il oublie que, derrière UNE société de pompes funèbres qui fait parler d’elle, il y en a des centaines qui font leur travail sans anicroche et des milliers de salariés du funéraire qui font leur métier consciencieusement et pour la plus grande satisfaction des familles en deuil. La discrétion étant une vertu cardinale de notre métier, elle est aussi notre malédiction, qui nous empêche de convoquer la presse pour montrer qu’on fait bien notre travail.

En somme, c’est l’adage de Tristan Bernard « Un journal coupé en morceaux n’intéresse aucune femme, alors qu’une femme coupée en morceaux intéresse tous les journaux. ».

S’il est mauvais de faire parler de soi en mal tout le temps, pour votre société, mais aussi pour l’ensemble de la profession, en période de Toussaint, quand toute la presse doit parler du funéraire et cherche un angle, c’est sans doute le pire. Ou alors, si vous avez une énorme bêtise à faire passer sous le tapis, attendez que la France joue contre les All Blacks : c’est une autre marche funèbre qui fera la une le lendemain.

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