Pourquoi les journalistes ne mangent pas les croque-morts

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Mon heure de gloire médiatique m’a donné à réfléchir sur notre métier, plus précisément, sur la communication entre les professionnels du funéraire et le grand public, qui sera pourtant inévitablement confronté un jour ou l’autre à nos services.

Au cas ou vous ne le sauriez pas

Pour celles et ceux de nos lecteurs qui reviennent d’une expédition dans l’Antarctique, ou qui tout simplement (je peux le concevoir, mais plus difficilement l’accepter) s’en fichent, je sors un livre. Quand ? Demain. Et de quoi parle-t-il ? Puisqu’il vaut mieux parler de ce qu’on connaît, il parlera de pompes funèbres, bien entendu. Vu du côté humain, qui est le plus intéressant. Mon premier livre, sur les différentes méthodes de fixation des capitons dans les cercueils en fonction de la densité du bois, un opus de 4000 pages, n’a jamais trouvé d’éditeur, sous prétexte qu’il n’aurait jamais trouvé de lecteur.

Plaisanterie mise à part, le jour même ou le communiqué de presse de mon éditeur partait, je me retrouvais soudain couvert de demandes de presse.

A une journaliste à qui je m’ouvrais de mon étonnement de voir la ruée sur ma personne, et mon livre, puisque c’est lui qui est au centre des débats, elle me répondit « C’est simple, chaque année, à la Toussaint, on traite des pompes funèbres, mais c’est tellement rare qu’un croque-morts sorte du silence… ». C’est à ce moment là que je suis tombé de ma chaise, je crois.

J’ai à ma main un petit tas de cailloux, sans savoir à qui les lancer. Aux journalistes qui ne demandent pas aux professionnels du funéraire si ils n’ont, à tout hasard, rien à dire, ou aux professionnels du funéraire qui se taisent devant les journalistes ?

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Ce qui intéresse la presse

Les journalistes sont une caste de pistonnés qui jouissent d’un nombre important d’avantages, au nombre desquels celui d’avoir déjà mon livre depuis près d’une semaine, alors que vous devrez attendre demain.

Ce qui les fascine, donc, dans mon bouquin que vous n’avez pas lu, c’est la part d’humanité de notre métier. J’ajouterai à cette part d’humanité la psychologie développée et surtout, surtout, la part symbolique. Sans généraliser, beaucoup pensaient que notre job consistait à ranger un défunt dans un cercueil qu’on avait vendu très cher et à déposer celui-ci au fond du trou. Ils découvrent un métier qui va bien au delà de ça.

Allez, j’exagère : beaucoup de journalistes ont reconnu qu’ils avaient une curiosité pour le funéraire, bridée par un tabou. En même temps, notre métier à une telle réputation d’omerta qu’ils n’ont tout simplement pas tenté. C’est dommage : les Toussaint récentes ont montré d’excellents articles de journalistes qui avaient osé pousser la porte des pompes funèbres et avaient écrit, pour certains, le meilleur papier de leur carrière.

Pour vous rassurer

Pour vous rassurer, dans mon livre, je ne raconte pas de bêtises. Ou si c’est le cas, ce n’est pas exprès. On peut laisser passer des choses, parfois.

Mais dans cette collection d’anecdotes, certaines que j’ai vécues, et d’autres qu’on m’a raconté (et que j’ai vérifié), j’ai pris soin de montrer notre métier sous son meilleur jour, en respectant les défunts et en observant scrupuleusement le secret professionnel.

Et, jusqu’à présent, les journalistes ne m’ont pas mangé. Ils se sont montrés curieux, intrigués, étonnés, mais aucun ne m’a dit « Vous faites vraiment un métier de pourri ». Au contraire, j’ai entendu énormément de « Je ne voyais pas ça comme ça ».

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Alors, tout ça pour en venir à l’objet de cet article, qui n’est pas de vous convaincre d’acheter mon livre : si, à la Toussaint, un journaliste pousse votre porte pour « voir un peu ce que vous faites, et comment vous le faites », expliquez lui, vous verrez, ça se passera très bien. Vous y gagnerez un excellent article dans le journal, et surtout, auprès de vos futurs clients, une réputation de transparence qui est souvent assimilée à l’honnêteté. C’est tout, il n’y a rien d’autre à ajouter.

Si en plus vous voulez lire mon livre, ça me va.

Guillaume Bailly

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