Psychologie : liberté d’expression et liberté de silence

0
430
attentat du 11 septembre 2001
Après un traumatisme collectif, les cellules de soutien psychologique déploient leurs bannières bienveillantes. Bienveillantes ? Pas sûr…
Liberté d’expression… ou de silence

Contrairement à une croyance bien ancrée, et entretenue soigneusement par les professionnels qui gagnent leur vie grâce à elle, la parole n’aurait pas des vertus thérapeutiques chez tout le monde : une étude réalisée suite aux attentats du 11 septembre par des chercheurs de l’université de Buffalo a montré qu’après un traumatisme collectif, s’étendre sur ses impressions et ses sentiments pouvait faire plus de mal que de bien….

Aujourd’hui, l’aide psychologique apportée aux victimes sur les lieux d’un drame – attaque terroriste, prise d’otages, accident d’avion… – est devenue une étape incontournable que s’empressent de relayer médias et politiques : « On a mis les moyens, nous sommes intervenus, nous avons fait le nécessaire, nous avons la situation en main ».

Le « defusing » qui intervient dans les premières heures et le « debriefing » psychologique dans les jours qui suivent sont partout présentés comme le moyen par excellence de ne pas tomber dans un état de stress post-traumatique. On les as vu, discrètement, débarquer sur l’attentat de Charlie hebdo, mais aussi sur toutes les scènes d’intervention de la police, pour aider la population et les scolaires à proximité.

Chez certains, une aide adéquate peut éventuellement aider. Mais une étude américaine montre que loin de convenir à tout le monde, le partage de ses impressions peut parfois faire plus de mal que de bien.

Une étude iconoclaste

L’étude a ainsi étudié les conséquences physiques et psychiques des attentats du 11 septembre sur un groupe de personnes qui, sans avoir perdu un ami ou parent proche, avait vécu de près l’événement. Une enquête leur permettait d’exprimer leurs sentiments par rapport à cet événement. Or les résultats montrent que, suite à cette enquête, l’état des personnes qui avaient souhaité s’exprimer était moins bon que celui de ceux qui avaient choisi de garder le silence. Tout aussi probant, dans ce sens, les personnes qui s’étaient exprimées longuement paraissaient se porter moins bien que celles qui s’étaient confiées plus succinctement.

Or, le principe des cellules d’aide psychologique est principalement de faire s’exprimer la victime putative. Quelques unes d’entre elles ont intégrées l’étude américaine, mais d’autres qualifient « d’état inquiétant » les victimes qui refusent de s’exprimer.

Attention donc

Loin de conclure à l’inutilité d’exprimer ses sentiments après un événement traumatisant, l’étude souligne que les manières de réagir sont spécifiques à chaque individu : si votre voisin ressent un besoin de parler pour évacuer son angoisse, la parole peut très bien générer chez vous l’effet inverse – et amplifier ou ancrer une peur que vous auriez aisément et sainement refoulée sans cela…

Une mise en garde donc contre les généralisations qui voudraient que parler sans frein et sans limites d’un événement stressant serait définitivement un signe de bonne santé mentale. Car si partager ses expériences peut être bénéfique, encore faut-il le faire au moment de son choix, face à la personne de son choix… et uniquement si on en sent le besoin. Sinon, le remède peut s’avérer pire que le mal.

Si un jour, malheureusement, vous vous retrouvez dans cette situation dramatique, sentez-vous libre de vous taire si vous en éprouvez le besoin : cela ne fait pas de vous un anormal. Si le psy en face de vous insiste pour que vous parliez, en revanche, cela fait de lui un incompétent.

LAISSER UNE RÉPONSE

Please enter your comment!
Please enter your name here