Quand le croque-morts fait les gros titres

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Presse papier en France
Il existe une hiérarchie des professions : si l’on se fiche totalement de certaines, d’autres passionnent énormément la presse, surtout lorsque ceux qui les exercent commettent un crime. Croque-morts, par exemple

Ca ne vous a jamais interrogé, cette manie de la presse d’écrire en gros titre « le croque-morts était un voleur » ou « le directeur de pompes funèbres accusé de viols » ? Nous, si. On vous explique pourquoi.

Le plombier tueur en série

Avez vous déjà vu un titre du style « Le plombier tueur en série » ou le « gentleman cambrioleur guichetier à la Poste » ? Non. Lorsque la justice juge un délinquant, un criminel, toute personne qui a enfreint la loi et qui passe en jugement pour cela, la profession n’est jamais mise en avant dans la chronique judiciaire. Tout au plus dira-t-on au passage que son employeur, dans une société informatique, était surpris, mais le suspect y exerçait-il comme programmeur ? Comptable ? Technicien de surface ? La profession habituelle du présumé coupable n’est pas vendeuse, inutile d’en faire les gros titres.

Bien évidemment, il y a une exception notable : ceux dont la profession habituelle est criminel. Être ennemi public numéro un occupe à plein temps et laisse peu de loisirs pour exercer une activité rémunérée. « Jacques Mesrines, plombier-chauffagiste », et le cours de l’histoire en eût sans doute été changée.

Certains objecterons qu’on peut aussi taxer d’exception les politiques, toujours très nombreux à rendre des comptes à la justice. C’est non seulement du populisme, objecterons certains, mais une erreur, souligneront d’autres. Lorsque François Hollande ou Nicolas Sarkozy inscrivent leur profession quelque part, ils ne marquent pas « homme politique » ou « homme d’état ». Ils marquent respectivement « magistrat » et « avocat ».

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Les métiers impopulaires

Tout à coup, un gros titre vous saute aux yeux. Rien que dans la revue de presse de Funéraire Info, ce matin, « L’employé des pompes funèbres accusé d’avoir volé des dents en or » ou « Le directeur des pompes funèbres accusé de viols ». Loin de nous l’idée de prendre position dans l’une ou l’autre de ces affaires, ce qui nous intéresse, ce sont les titres.

A quand remonte la dernière fois que vous avez vu un titre du genre « Le peintre en bâtiment accusé d’avoir volé des dents en or » ou « Le comptable accusé de viols » ? Quel message passe à travers ces titres ? « On vous l’avait bien dit, que les croque-morts sont forcément des voleurs pervers ? » c’est peut être ainsi que certains le comprendrons. Alors que le message du rédacteur en chef au journaliste est plus simple « Joue bien sur les fantasmes populaires pour vendre plus de papier ».

C’est certain : les croque-morts intriguent plus. Le jour ou on verra sortir un livre sur « les perles des comptables » sera à marquer d’une pierre blanche.

Outreau, ou trop peu

D’autres professions nous côtoient sur le tableau d’infamie. La première est relativement sérieuse. Il s’agit des enseignants, des éducateurs, de toute profession liée à l’enfance et prise dans une affaire de pédophilie. Mais ceci est toujours présenté d’une manière spécifique. Lisez ces papiers : l’angle y est systématiquement « comment un prédateur a pu s’infiltrer dans cette profession ? Que fait le ministre ? » oui, ce prof était un pédophile, mais il est une exception, tous les profs ne sont pas pédophiles.

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Ce traitement est bien normal, et l’on se demande pourquoi le clergé n’y a pas le droit. Dans l’esprit d’un nombre incroyable de personnes, aujourd’hui, curé égale pédophile. Prenez l’affaire d’Outreau, vous y êtes ? Il y avait onze accusés. Maintenant, prenez un collègue innocent qui traîne à la machine à café, et demandez lui la profession des onze accusés. Vous devriez obtenir : « Ben, il y avait le curé, là, il y avait aussi l’huissier de justice… Les autres, je ne sais pas ».

N’oublions pas les policiers : le moindre faux-pas, hors service, et la profession sera soulignée.

Curieusement, un métier est à l’exact opposé. Vous ne lirez jamais « Le journaliste a trucidé sa femme ». Mais, au détour d’une phrase brève, vos apprendrez peut être, que l’homme était un « ancien journaliste ». Et ce, seulement si des millions de personnes le connaissaient, ou qu’il travaillait au sein d’une publication concurrente.

En tout cas, si vous voulez braquer une banque, soyez gentil, songez aux collègues : changez d’abord de métier.

Guillaume Bailly

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