Rammstein aux Vieilles Charrues, ou comment éviter la mort dans les festivals (2/2)

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Till et sa veste en moumoute rose, un DSK à qui on auraont confié les clefs du dortoir des filles...
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Till et sa veste en moumoute rose, un DSK à qui on aurait confié les clefs du dortoir des filles...

Suite de notre article d’hier, ou notre rédacteur s’interroge en écoutant Rammstein sur le fait qu’il ne soit pas plus souvent présent lors des festivals de l’été dans le cadre de son travail.

(La première partie de l’article est ici)

Quelques minutes avant Rammstein

Difficile à croire. Même si, une heure avant, la scène avait été cachée par le rideau « à bulle » de Rammstein, remplaçant avantageux du grand rideau noir qui dissimulait jusqu’alors la scène, même si l’on apercevait dans les recoins des caisses siglées du logo du groupe, même si depuis une demi-heure la foule scandait « Rammstein ! Rammstein ! » sans que personne ne soit venu leur dire qu’ils s’étaient trompés d’endroit, n’empêche : j’avais du mal à croire que Rammstein allait jouer ici, à Kerampuilh, à Carhaix, dans le Finistère, en Bretagne.

Et une appréhension, également, que ceux qui étaient à Bercy en 2012 comprendront : comment feraient ils pour faire mieux, alors déjà qu’aussi bien semblait quasiment impossible ?

A ma gauche, le groupe de petits jeunes passablement excités à l’idée d’assister pour la première fois à un concert des germains commentaient à peu près tout ce qui se passait sur scène, à savoir pas grand-chose. De temps à autre, le rideau frémissait, un technicien pointait sa tête pour faire coucou, mais rein depuis les essais de batterie, une heure avant, et les quelques accords qu’un guitariste avait gratté pour vérifier la sono. Très en forme, les jeunes, mais pas habitués à la fosse, cet attroupement devant les premiers mètres.

Pour survivre à un festival, en fosse, lorsqu’on y va à plusieurs, il y a quelques précautions à prendre AVANT le début du concert. La première, c’est convenir d’un point de rendez-vous, assez repérable et éloigné du site du concert, et convenir de se retrouver là. Ensuite, convenir d’un signe pour dire qu’on s’en va. Ne partez pas sans avoir prévenu vos collègues. Enfin, lorsqu’on devine que le concert va commencer, ne pas sautiller partout de joie, mais se regrouper et s’accrocher : les mouvements de foule ne sont pas qu’une façon de parler.

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Un groupe tout feu, tout flammes (Photo Le Télégramme)

Rammstein, enfin

C’est par une série d’explosions derrière le rideau que le groupe annonce son arrivée de manière tonitruante, tandis que des feux d’artifice s’élèvent sur Kerampuilh. Après une ultime salve, le rideau tombe enfin, montrant un groupe manifestement en forme bien décidé à asséner un Ich tu dir weh d’anthologie à Carhaix. Till descend de son projecteur, façon fusée, impayable dans sa veste en moumoute rose et son air d’ancien directeur du FMI à qui on aurait confié la clef du dortoir des jeunes filles. La foule se met en branle : alors que nous étions à cinq mètres de la scène, nous nous retrouvons brutalement projetés trois mètres en avant, puis quatre en arrière, et ainsi de suite. La chaleur est accablante, et l’on passe les deux premiers morceaux à lutter pour rester debout et essayer d’éviter les coudes surexcités.

Inconscience criminelle ? Je repense à ce couple devant lequel nous sommes passés, en se rapprochant de la scène, deux heures auparavant, et qui se trouve approximativement à deux mètres derrière nous. Papa, maman, et leur petite fille de deux ans. Les parents rayonnants expliquaient que le concert était le cadeau pour l’anniversaire de la petite. Deux solutions : soit ils se sont faits sortir, soit elle est morte. Il y a différents points de vue lors d’un concert. La place d’un enfant n’est pas devant, déjà parce que Rammstein n’est pas vraiment un spectacle pour les enfants, et ensuite, c’est dangereux. L’on voit la Croix-Rouge sortir de vigoureux gaillards qui sont tombés pour moins que ça.

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Pyrotechnie déployée, Rammstein avait sorti le grand jeu

Pendant ce temps là, sur scène, Keine Lust a succédé à Wollt ihr das Bett in Flammen sehen ? Et je commence à sentir le poids de l’âge : la plupart des spectateurs autour ont une quinzaine d’année de moins que moi, et il faut savoir être lucide. Je me fraie un passage vers l’arrière.

C’est une règle de base : lorsque vous commencez à vous sentir mal, n’attendez pas de frôler la syncope pour évacuer. Et surtout, surtout, ne tentez pas de partir sur les côtés : les gens croiraient que vous essayez de vous incruster à une meilleure place, et le moment n’est pas propice à s’expliquer. Si vous partez dos à la scène, les gens comprendront qu’il y a un problème et vous faciliteront le passage.

Sur scène, le concert semble se terminer après quinze titres tous savamment choisis. Devant moi, dans le coin ou j’ai trouvé refuge et d’où on a une vue parfaite sur la scène de loin pour la pyrotechnie, et sur les écrans géants pour les détails, un couple de personnes âgées commence à remballer leurs chaises pliantes : c’est ça aussi, la magie des Vieilles Charrues. Je les prévient qu’il faut s’attendre à un rappel. Ils se réinstallent. Manifestement, le spectacle leur plaît.

Effectivement, c’est avec la version piano de Mein Herz Brennt que Till et Flake reviennent, rejoints par le reste du groupe pour un Sonne d’anthologie : le logo qui s’enflamme restera gravé dans beaucoup de rétines émerveillées. Enfin, Pussy sonne la fin du show, avec ce canon pénien qui éjacule des tonnes de mousse aromatisée Pastis sur un public conquis.

Enfin, toujours respectueux de son public, le groupe s’aligne sur scène pour venir saluer. A peine sortis de scène, déjà les techniciens s’activent au démontage. Comme le dira le régisseur lors d’une interview accordée au Mouv’, « J’ai 26 tonnes de matériel, et tout est sur scène ».

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Tout a une fin, et c'est sur une aspersion finale lors de Pussy que le groupe finit

Après Rammstein

C’est après le concert que je réalise : Rammstein était vraiment à Carhaix. Si on me l’avait dis un jour, je ne l’aurai pas cru. Alors, heureux ? Non, pas tout à fait : les Allemands n’ont pas joué Engel. Déception.

Nous nous promenons encore une bonne demi-heure sur le site, en quête d’un souvenir. Croyez-le ou non, pas un des nombreux marchand installés un peu partout n’a un tee-shirt Rammstein à nous proposer. Un stand est entièrement dédié à Bob Marley. Pourtant, on ne risque pas de le voir de sitôt aux Vieilles Charrues.

Un arrêt au stand frites, un autre à la buvette : se nourrir et s’hydrater avant d’attaquer la longue marche vers la voiture. Il ne s’agit pas de partir immédiatement, l’organisme vient de se faire secouer, il faut lui laisser le temps de récupérer. Vous auriez l’air malin de faire un malaise au bord d’une route déserte et mal éclairée à une heure du matin.

Les Vieilles Charrues se sont poursuivies encore trois jours, avec des concerts d’anthologie. On se demande dans quel état certains finissent, lorsqu’on voit l’épuisement que peut provoquer une demi-journée. Raphaël a été vite oublié, Rammstein a tenu toutes ses promesses, et je note mentalement d’aller acheter le CD de The Hives. Je l’écouterai en m’interrogeant sur le fait que, chaque année, des milliers de gens survivent à des festivals. Pour les amateurs, lancez les paris sur la tête d’affiche l’an prochain. Déjà des bruits courent : Depeche Mode, AC/DC, Radiohead… Elton John, excusé cette année pour cause d’appendicite, a assuré qu’il serait là. Ah, une dernière chose, n’écoutez pas ceux qui expliquent que U2 viendrait : ça fait 22 ans que le festival existe et à peu près autant de temps que la rumeur court. La bande à Bono, c’est le Dahu de Kerampuilh.

Une entrée fracassante

Nos confrères d’Ouest France ont réalisé ce petit montage, aperçu de la pyrotechnie déployée sur scène


Le logo qui s’enflamme laissera des étincelles dans plusieurs paires d’yeux émerveillés.

Seule déception, pas d’Engel… Consolons nous avec cette version chorale.

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