Reconstruction faciale pour accident fatal

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Concours thanatopracteur
Thanatopraxie
Les thanatopracteurs se voient à certains moments reprocher leur caractère de divas et leur métier monotâche dans un travail qui exige de la polyvalence. A d’autres moments, par contre, il y a juste à s’incliner devant leur talent…

Il nous est arrivé d’une réquisition, du genre  »j’ai pris la voiture de plein fouet dans le visage ».

Le lendemain, nous reçûmes l’appel d’un concurrent très embêté : la famille voulait voir son défunt, mais le confrère doutait que cela fut possible. Nous lui avons, après vérification, confirmé que non, en effet, ça n’était pas une bonne idée DU TOUT.

Un peu plus tard, le confrère, toujours, appela pour demander à louer notre labo. La famille avait demandé que leur fils soit rendu présentable, peu importe le prix, puisque d’argent ils ne manquaient pas, et d’héritage ils économisaient une part.

Le soir, voilà que débarqua la cavalerie, sans chevaux mais avec leurs grosses valises, des thanato d’une société spécialisée, cinquante ans d’expérience à eux deux. On me demanda de les escoretr jusqu’au laboratoire. Lorsque le corps fut sorti de la case et de la housse, je ne pu m’empêcher de m’exclamer  »hou la ! Celui la, il à plus que son compte »

 »Ouais, me répond la thanato (puisqu’un des deux était une), il n’a eu aucune chance ».

Quoique d’un naturel peu sensible, j’ai le sang en horreur. C’est ma petite faiblesse. Je remontai au bureau, boire un petit café. Lorsque je redescendit, vingt minutes plus tard , il n’y avait plus de sang, mais c’était presque pire : on voyait bien toute l’étendue des dégâts. L’os de la cuisse sortait, le visage… N’en parlons pas, voulez-vous ?

Durant les heures qui suivirent, avec les collègues, nous descendîmes tour à tour regarder les deux praticiens travailler. C’était fascinant.

Au début, personne n’aurait été incapable ne serait-ce que de s’imaginer à quoi le garçon pouvait ressembler. Et les thanatos s’y mirent. Méthode simple : branchement des aiguilles sur les artères, ligature partout ou ça fuyait, puis, des pieds à la tête, lors d’un deuxième passage, bourrer les plaies de coton, recoudre, enduire d’un pansement invisible et surtout imperméable. Le problème survint au niveau du genoux : malgré tous leurs efforts, ils ne parvinrent pas à attraper les tendons pour faire tenir l’os saillant. Un bandage très serré fit office d’attelle. Enfin, quand tout fut fini, ils purent s’attaquer au gros chantier : le visage. La première étape consista à retaper aussi précisément que possible les pommettes, le nez, et, après avoir replacé les yeux, les orbites, en passant sous la peau, pas les plaies, en réparant avec de la résine. Puis, après avoir placé une base de coton, les blessures du visage furent refermées à la cire.

Quand fut apportée la touche finale, injection de formol coloré, habillage, retouches de maquillage, il était impossible de dire de quoi le jeune était mort. L’ensemble des opérations avait duré un peu moins de six heures…

Le confrère était content, la famille aussi, dans un certains sens, mais moi, le soir, en rentrant, je guettai au loin, sur l’autoroute, les phares d’une voiture arrivant en sens inverse…

3 COMMENTAIRES

  1. J’ai toujours été fasciné par cet art qui consiste à redonner un visage à un mort qui n’en a plus. A rendre présentable aux proches un corps surtout jeune. Cela vient sans doute des images des « gueules cassées » de la Première guerre mondiale. Mais alors c’était les vivants à qui il fallait rendre face humaine.

  2. La famille a du remercier de tout coeur ces » reconstructeurs  » pour avoir put redonner un aspect présentable a leur défunt. Ce métier très particulier mérite un grand respect.

  3. dommage que cette « option » ne soit plus connue du grand public et des professionnels du deuil . Il pourrait alors être proposé dans les cas « opportuns » . Un deuil sans corps est, par expérience personnelle, un évènement bien difficile à franchir pour l’inconscient…

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