Réflexions sur l’inévitable perte d’un être cher

La perte d’un être cher provoque toujours au début une douleur à laquelle on pense être incapable de résister. Pire : une douleur que l’on ne peut s’empêcher d’entretenir malgré soi. Nous sommes alors désemparés et ne pouvons ni réfléchir, ni agir, tant nous sommes envahis.

Tout est mortel, et ce qui est mortel est régi par des lois incertaines. Tout ce qui peut arriver un jour peut arriver aujourd’hui même. 

                      Sénèque

Il est pourtant à notre portée  de surmonter notre chagrin. Il suffit d’être attentif aux réflexions suivantes :

1- La mort des autres nous prend toujours au dépourvu pour la simple raison que, si nous savons bien que la mort est inéluctable, nous n’y pensions que comme quelque chose qui n’arrive… qu’aux autres, et plus tard !

En fait nous occultons la mort comme si, ne pas y penser, permettrait peut-être de l’éviter. Il y a là une sorte de tabou, d’autant plus illogique que la mort est la seule absolue certitude que nous ayons sur notre devenir. Comme on ne peut ni la nier, ni la rejeter, ni la supprimer : il faut donc l’accepter comme partie intégrante de la vie.

2- Nous croyons que nous pleurons nos morts, mais ceci est faux. Où qu’ils soient, les morts n’ont pas besoin de nos larmes. Nous pleurons sur nous-mêmes, car la disparition de ceux que l’on aime est comme une amputation à vif  de notre univers affectif.

3- Alors, pourquoi s’abandonne-t-on à la détresse ? D’abord parce que nous éprouvons un sentiment de culpabilité à la pensée que nous sommes encore en vie alors que l’autre a disparu. Inconsciemment, pour se punir de ce que nous considérons comme injuste, nous nous laissons aller à la douleur de manière obsessionnelle. Et quand, par hasard, on arrive un peu à oublier le disparu, on éprouve alors un autre sentiment : celui de ne plus se sentir assez coupable ! Nous entretenons donc, malgré nous, notre douleur, poussés par une société dans laquelle la contrition, la punition et la douleur sont réputées rédemptrices.

4- A tout âge, en toutes  circonstances, la mort n’est jamais ni juste ni injuste, elle est simplement… inéluctable. Qu’elle soit subie, résultant d’une maladie, d’accident, qu’elle soit sagement consentie à la fin d’une longue vie, ou qu’elle soit souhaitée par un suicide, cet échappatoire salvateur d’une existence devenue trop difficile.

5- Avant de naître nous n’étions rien. Après la mort nous ne serons pas plus, par le même hasard qui fait que nous aurions pu ne pas être.  Le hasard nous fait être sans que nous le voulions, il nous fera partir de même.

Dans beaucoup d’autres civilisations que la nôtre : on fait son deuil puis on continue à faire vivre ses morts par le souvenir. À cet égard, les croyances ne changent rien à l’affaire, car :

  • Soit nous croyons vraiment en Dieu, qu’avons-nous alors à redouter ? Notre âme est immortelle, le bonheur et le repos éternel nous attendent.

  • Soit nous n’y croyons pas et nous constatons que nous ne sommes d’abord qu’un assemblage d’atomes empruntés au tableau de Mendéléive le temps d’une trop courte vie. Un jour incertain, ce qui est dans l’ordre des choses, nous devions les rendre à la nature,.

Alors ami, que peut-on concrètement imaginer pour faire face à la perte d’un être cher ? Sur l’instant… ce n’est jamais simple, car on est bien incapable de réfléchir logiquement.

Cependant très rapidement, tu penseras aux cinq bonnes raisons indiquées plus haut. Alors tu pourras faire ton deuil en pensant simplement au cher défunt comme s’il était vivant à notre mémoire.

Imaginons un instant que, l’angoisse des derniers instants passée, notre disparu puisse nous dire ce qu’il pense de l’état de malheur et de détresse qu’il occasionne sans le vouloir… Il dirait à l’évidence :

« Enfants, parents, chers amis, séchez sans scrupules ces larmes inutiles. Conserver-moi seulement votre tendresse, pensez à moi aussi souvent que possible, surtout lorsque mon souvenir peut vous aider. Rappelez-vous tous les bons moments que nous avons eu la chance de partager ! Vivez pleinement, soyez heureux, renouez vite avec la communauté des hommes et des femmes, car… tant que vous penserez encore à moi : assurément, je continuerai à vivre ! »

Notre seul véritable trésor étant la vie, nous avons le devoir de l’honorer sans cesse, de bannir la tristesse, de jouir le mieux possible, y compris avec la présence bienveillante, le doux et constant souvenir de ceux que nous aimons et qui ont, avant nous, rejoint la grande chaîne humaine de nos ancêtres et de nos amis, depuis la nuit des temps.

 

Le souvenir des amis défunts m’est doux et agréable. Je les avais comme si je devais les perdre un jour. Je les ai perdus et c’est comme si je les avais toujours.

JN