Repose en paix Aylan Kurdi, effervescence et indécence

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Elle fait un sinistre buzz depuis hier : la photo de cet enfant syrien, mort sur une plage en Turquie, frappe les esprits en donnant un visage à l’immigration. Et tout le problème est dans ce visage.
La photo de trop

C’est une photo qui fait le tour du monde depuis hier : celui d’un enfant de trois ans, migrant, mort sur une plage en Turquie. Un petit bermuda bleu, un tee-shirt rouge, des petites chaussures, la tête dans le sable, le cliché est pathétique et suscite aussitôt une immense émotion.

Aussitôt, la photographie est brandie, instrumentalisée, utilisée par les politiques de tous crin, sur le thème « Voici le visage de la crise migratoire ». On compare le petit Aylan, parce que c’était son nom, nous y reviendrons, à la « petite fille au napalm », le cliché qui avait bouleversé l’opinion publique américaine et modifié la vision que les peuples avaient de la guerre du Viet-Nam.

Toutefois, le cliché suscite un malaise.

Instrumentalisation ?

En effet, depuis hier dans le monde et aujourd’hui en France (sans jeu de mots, et pour des raisons que nous ne nous expliquons pas), la photographie est utilisée.

Pas un politique qui ne l’ait au moins commentée, quand beaucoup la brandissent, et se lancent même parfois dans une course au plus, telle cette sénatrice écologiste qui, non contente de diffuser le cliché, publie de surcroît une photo de la famille de l’enfant, heureuse et souriante avant le drame. La presse Allemande, elle, publie non seulement la photo, mais une photo de Angela Merkel en train de pleurer en la découvrant.

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La légitime émotion de la photo s’est muée en utilisation politique, et ça commence à franchement se voir. Un problème ? Oui, parce qu’on a oublié un détail, oh, si peu : c’est de la photo d’un enfant mort dont on parle.

Décence, vous l’écrivez comment ?

Que l’on soit pour ou contre, quelle que soit sa tendance politique, tout le monde s’accordera sur un point : à trois ans, cet enfant n’avait certainement pas choisi son destin, et ne rêvait sûrement pas que sa mort devienne un symbole international. Et, sur tout autre sujet, sa photo n’aurait pas été publiée, par pudeur et respect de la personne humaine.

Ces politiques, cette presse, qui exhibent cette photo du cadavre d’un enfant mort, c’est la même qui s’insurgeait qu’on puisse exhiber des photos du suspect du Thalys menotté ? On a peine à le croire.

Alors, les digues ont sauté ? Si l’on exhibe cette photo par souci d’efficacité, pourquoi pas, d’autres suggestions seraient à faire. Montrer des photos d’enfants morts dans la carcasse encore fumante de la voiture accidentée ou ils ont trouvé la mort, pour la sécurité routière. Montrer des photos d’enfants martyrisés et morts pour dénoncer les maltraitances.

« Ce n’est pas pareil », nous diront, nous ont déjà dit certains. Des « Ce n’est pas pareil », depuis ce matin, nous n’en manquons pas. En revanche, une explication claire sur pourquoi ce n’est pas pareil, depuis ce matin, nous n’en trouvons pas.

Adieu Aylan

Alors, oui, un enfant est mort, ce jour là, dans des circonstances et pour des causes complexes et impossibles a résumer sans tomber dans le manichéisme. D’autres enfants sont morts avant lui, et d’autres après lui.

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L’utilisation de la photo de ce petit corps à outrance devrait cesser. Déjà, parce qu’il y a quelque chose de curieux à faire à ce petit garçon, l’exhibition de sa mort, ce qu’on n’oserait pas faire à un enfant « de chez nous ». Ensuite, parce que la situation exige une réponse rapide et intelligente, et que le chantage émotionnel est contraire aux impératifs de lucidité nécessaires.

Personne ne pourra rendre sa vie à cet enfant. En revanche, il n’est pas trop tard pour lui rendre sa dignité.

Guillaume Bailly

4 COMMENTAIRES

  1. juste une honte. comme si nous montrer le corps sans vie de ce pauvre gosse allait faire avancer les mentalités. les gens qui ont deux grains de jugeote n en seront pas plus au courant de l atrocité de la chose juste plus accablés, les bobos militants dans l âme qui descendent dans les rues pour protester contre tout et n importe quoi trouveront des la semaine prochaine une autre raison de s offusquer ceux qui sont trop betes pour voir plus loin que le bout de leur nez ou ceux qui n’ont pas un peu de cœur s’en battrons autant les noisettes que de tout le reste. moi je pense au papa de ce garçon qui a perdu toute sa famille dans ce drame, et qui aujourd’hui voit le corps de son gosse sur la toile du net et dans tous les journaux. et n’oublions pas le débat ( passionnant) qui anime les conversation à table chez les français : montrer ou pas montrer? pfffff c’est affligeant. pauvre gamin dont l’image est surexploitée a des fins mediatico-politiques. pauvre homme qui a perdu ses deux fils et sa femme que tout le monde pleure sans se demander comment; lui, le seul survivant de cette famille détruite, vit cette situation… ou comment vivent les « migrants » qui ont perdu des proches dans l indifférence générale parce qu’aucun photographe n’était là pour immortaliser la scène…

  2. Cette photo est horrible, on est tous d’accord là-dessus, je pense. Mais hélas, ce n’est pas le 1er enfant qui trouve la mort en tentant de fuir la guerre et la misère pour une destination plus sûre. Il y en a eu tellement, avant lui, noyés ou asphyxiés dans les cales des bateaux ! Et tout cela relève d’une mise en scène absolument morbide : où sont les corps de son frère et de sa mère, noyés en même temps que lui ? Où était son père au moment de la photo ? La photographe est-elle vraiment arrivée la 1ère sur les lieux ? Il me semble pourtant voir un homme qui ressemble à un secouriste. Et le corps du petit a du rester là un moment puisqu’il a même été filmé (en témoignent les vagues que nous montre la vidéo, on voit bien que ce n’est pas une simple photo). Alors si cette photo peut faire prendre conscience à certains du drame que vivent tous ces pauvres hères qui tentent le tout pour le tout pour une vie meilleure, pourquoi pas, mais il y a quand même quelque chose de malsain dans tout ça.

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