« Retour à Whitechapel » de Michel Moatti, Jack l’Eventreur remasqué

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Retour à Whitechapel, de Michel Moatti, propose, encore une fois, la solution sur l’identité de Jack l’Eventreur, sous couvert d’un roman historique. Convaincant ? Pas une seule seconde.

retour-a-whitechapel-384149-183x300 "Retour à Whitechapel" de Michel Moatti, Jack l'Eventreur remasquéL’argument

Automne 1941, Amelia Pritlowe est infirmière au London Hospital et tente de survivre aux bombardements de l’armée allemande. Lorsqu’elle reçoit la lettre posthume de son père, elle n’imagine pas qu’elle va devoir affronter un cataclysme personnel tout aussi dévastateur. Sa mère n’est pas morte d’une maladie pulmonaire comme elle l’a toujours cru. Sa mère, Mary Jane Kelly, a été la dernière victime de Jack l’Éventreur.

Mue par une incommensurable soif de vengeance, l’infirmière va se lancer dans une traque acharnée. Elle intègre anonymement la société savante d’experts « ripperologues », la Filebox Society, et va reprendre l’enquête depuis le début, reconstituer les dernières semaines de la vie de sa mère, suivre toutes les pistes et accepter tous les sacrifices pour retrouver celui qui reste encore aujourd’hui une énigme.

A quoi ça ressemble ?

Le roman est donc constitué de deux parties distinctes, l’une se déroulant pendant le blitz et narrant l’enquête de l’infirmière, et la seconde se déroulant en 1888 et mettant en scène ses conclusions. Le tout aboutissant à la révélation finale de l’identité de Jack l’Eventreur, et même à une confrontation.

Alors, on regrette, on regrette d’abord la brève évocation de la vie sous le blitz, à peine survolée et que l’on peur résumer en un seul « oh, c’était affreux, toutes ces bombes, quelle horreur ». On regrette ensuite que l’auteur prétende établir un roman très proche de la réalité historique et imagine autant de scènes et de dialogues non documentés ni même avérés.

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A noter la présence d’un carnet illustré en milieu d’ouvrage, rassemblent les pièces réunies par l’auteur et commentées. Lorsqu’on suit sa logique, deux solutions s’offrent à nous : soit les policiers de l’époque étaient des abrutis, soit l’auteur saute allègrement sur les conclusions. En tant que ripperologue modeste, mais pas trop mal documenté, je ne puis pas adhérer une seule seconde à la première.

Qui était Jack l’Eventreur ?

Ne comptez pas sur ce livre pour vous l’apprendre.

L’auteur tient pour preuves des empreintes de pas qui n’appartiennent pas au « canon » des éléments recueillis. Confiée par un médecin légiste à l’inspecteur Abberline, celui-ci, même dans ses mémoires écrites 20 ans plus tard, n’en fait pas mention. Abberline n’étant ni un imbécile, ni du genre là laisser une chance au criminel de s’échapper, on peut supposer qu’elles tiennent plus de la légende urbaine que de la réalité.

Ensuite, le fait que Walter Sickert, promu complice, affirme avoir habité chez Jack l’Eventreur ne vient pas d’une connaissance de l’identité du suspect. Le peintre a loué un appartement dont la propriétaire soupçonnait son locataire d’être Jack l’Eventreur. Cette idée a beaucoup plus à Sickert qui l’a répété à maint reprises, pour faire son intéressant. La moitié de Londres a soupçonné l’autre moitié d’avoir été le tueur.

Enfin, dans le livre, l’héroïne était présente dans la chambre du dessus et voit la scène lors d’une séance d’hypnose. Pardon ? C’est ça, la preuve scientifique irréfutable ? Une scène sortie de l’imagination de l’auteur ?

Enfin, dans son petit pensum qui résume son enquête, à la fin du livre, l’auteur esquive les questions gênantes. Par exemple, pourquoi, après Kelly, l’assassin s’est il arrêté, alors que les deux protagonistes qu’il accuse ont vécu une longue et heureuse vie ?

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Alors, on le lit, ou non ?

Non. Même si, paradoxalement, la lecture n’en est pas si désagréable : un bon petit policier léger à lire sur une chaise longue. Mais reste l’insupportable prétention de l’auteur. S’il s’était contenté de déclarer « Voici mon interprétation des choses, avec mon hypothèse », pourquoi pas. Mais d’aller jusqu’à raconter, dans sa postface, qu’il a déclaré à son fils « Je l’ai eu », non. Pas avec des suppositions aussi branlantes sur les zones d’ombres, et surtout, pas en fabriquant des preuves.

Ah, et pour la gouverne de Michel Moatti, d’après le rapport d’autopsie, Mary Jane Kelly n’a jamais eu d’enfants.

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