Roc-Eclerc : décryptage, P. Martineau du Choix Funéraire

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L‘acquisition de RocEclerc par Funecap a été le séisme de l‘été dans le monde funéraire. Philippe Martineau, directeur du Choix Funéraire, nous livre une opinion différente, très argumentée.

Le choix des termes

Philippe Martineau commence lentretien ts fort « A mon avis, et pour en avoir longuement parlé avec notre Président, Pierre Buil, je ne crois pas, mais cela n’engage que moi, à un achat de Roc– Eclerc par Funecap » devant notre surprise, il ajoute « Je mexplique. On na pas lu dans la presse et dans les communiqués, que Funecap achetait Roc-Eclerc. Quand on se penche attentivement sur ce qui est dit de l’opération, cela ressemble plutôt à une prise de participations. ». Pour preuve, le caractère des protagonistes « Je connais Daniel Abittan, qui reste dans le groupe il me semble, en tant que Président du Comité Stratégique. Ce nest pas un homme de one-shot, c’est un homme de conviction. Et je ne l’imagine pas une seconde abandonner l’univers du funéraire ou vendre tout simplement Roc-Eclerc. » avec des raisons précises « Daniel Abittan a certainement été très déçu de navoir pas pu aller jusquau bout de sa proposition dachat du groupe OGF il y a deux ans. Je pense quà terme, cest toujours son objectif. ».

Des objectifs à long terme

« Ce qui se passe » détaille Philippe Martineau, « est similaire à ce qui sest passé dans dautres secteurs de distribution il y a quelques années. Prenez l’enseigne But : il y a quelques années, 85 % des magasins de cette enseigne étaient franchisés. Aujourdhui, il n’en reste quun semble-til, tous les autres sont intégrés ».

Funecap souhaiterait donc intégrer les franchises Roc-Eclerc ? Mais comment, pourquoi ?

La question du pourquoi tient à la nature même de la structure de Funecap « Funecap est une société financière, et qui a donc un raisonnement d‘investisseurs. Ce qui compte, pour les financiers, ce nest ni le nombre de contrats de franchises, ni même les commissions que cela peut rapporter. Ce qui compte du point de vue financier, cest le chiffre du haut de bilan. Et la meilleure façon doptimiser ce chiffre, cest davoir le plus possible de structures intégrées » Philippe Martineau souligne « La direction de Funecap ne manque pas de personnes très compétentes, qui ont une vision éclairée du marché. Ils savent ce qu‘ils font ».

Vers une concentration ?

Quand au comment « Nombre de franchisés RocEclerc ont pris le panneau il y a quelques années, pour éviter que l’enseigne ne s‘installe sur leur secteur avec quelquun dautre et ne vienne concurrencer leur propre pompes funèbres. Aujourdhui, pour la plupart dentre eux, Roc-Eclerc est leur principale, voire seule source de revenus. Et cette nouvelle redistribution des cartes vient remettre à mal l’activité qu‘ils avaient sécurisée. Ils nont aucune garantie quun Pascal Leclerc intégré ne viendra pas les concurrencer directement. » ils seraient donc tentés de vendre ? « Oui, soit Funecap leur fera une proposition de rachat, soit ce sont directement les chefs dentreprise qui feront la démarche ». Ce qui tombe bien pour beaucoup « Vous savez, les chefs dentreprise qui arrivent à 55 ans, commencent à penser à leur retraite, cest la proposition parfaite. Par contre, les plus jeunes, les quadras, auront certainement des doutes et de fortes réticences à aller dans ce sens».

La tectonique des plaques

Une autre problématique se profile à lhorizon « Les mutuelles sintéressent de plus en plus au secteur funéraire. On imaginerait mal les grands groupes passer à côté dune concentration verticale, surtout quand le marché a un tel potentiel de croissance. Déjà Monsieur Guillaume Sarkozy, de MalakoffMederic a déclaré récemment, parlant de lavenir des groupes mutualistes, qu‘ils navaient pas vocation à être des «complémentaire mais des néorégulateurs des frais de santé. Déjà, aujourdhui, quand une mutuelle acte une société dambulances, et que celleci dispose dune activité pompes funèbres, ils se penchent sur la question de savoir quoi en faire ».

Les mutuelles et les financiers sont donc à la manœuvre pour dessiner le funéraire de demain « Je ne conçois pas du tout notre façon de travailler comme celle de Funecap. En soulignant que ce nest nullement une attaque : être en désaccord ne signifie pas manquer destime. Funecap a fait de son métier la finance et il ny a rien détonnant à les voir investir un marc en croissance. Le tre est d’être au service de ce métier, du marc et d’en être un acteur dans son évolution, sans tabou !».

Une nouvelle ère

«L’histoire démontre que les mouvements coopératifs sont des remparts très efficaces pour lutter pied à pied avec les financiers. Regardez Leclerc ou Intersport, qui sont des modèles coopératifs. A quoi ressemblerait le secteur alimentaire ou sportif français aujourdhui sans eux ? Il aurait été très différent, assurément. »

Pour le Directeur Général du Choix Funéraire, le modèle coopératif a toute sa place « Les marchés qui ont subi une mutation sur le même modèle aujourdhui présentent trois types dacteurs, des intégrés, des franchisés, et des coopératifs, et le marc séquilibre ainsi. Dailleurs, nous avons, dans le funéraire, un quatrième type dacteurs, le secteur public. Mais, pour diverses raisons, je ne crois pas, à terme, que le funéraire public subsistera sous cette forme, les élus ont trop besoin dargent aujourdhui».

« C’est une occasion unique, pour les entrepreneurs indépendants, de se regrouper au sein dune structure coopérative. Elle leur permette à la fois de bénéficier des avantages dune structure importante, de laquelle ils sont actionnaires et dont ils participent aux décisions, tout en conservant leur liberté. »

Le Choix Funéraire navait pas attendu les grands mouvements de fusionacquisition pour se pparer «En juin dernier, lors de notre Convention Annuelle du Choix Funéraire, Pierre Buil et moimême avons pris la décision de mettre en place une stratégie pour les quatre années à venir. Nous avons décidé, entre autre choses, de monter une structure financière, assujettie au Choix Funéraire. Les événements qui se sont déroulés ensuite nous ont confortés dans l’idée, non seulement que nos choix sont les bons, mais que nos analyses des années passés sur l’évolution du secteur étaient justes. ». En tout cas, une chose est claire « Nous ne sommes clairement plus dans la gestion de l’après 93, et les tentatives de sauvegardes de quelques vestiges du monopole. C’est une nouvelle évolution du marc qui se profile à l’horizon, et une mutation profonde. Si nous ne prenons pas garde à conserver l’essence de ce métier séculaire, ces changements ne bénéficieront pas aux familles ».

Philippe Martineau aura loccasion de nous détailler ts prochainement la stratégie du Choix Funéraire. Mais cest sur une petite note dhumour quil finit cet entretien sur des sujets complexes :

«Des rumeurs me placent régulièrement aux portes de la retraite ! Mais qu’elles se rassurent ce n’est pas demain matin que je vais arrêter ce combat militant commencé il y a bientôt 25 ans».

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Le Choix Funéraire

Site Web : www.le-choix-funeraire.com/

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ZA de Beauséjour 22490 Pleslin-Trigavou
Tél. 02 96 27 17 71
Fax : 02 96 27 17 70
E-mail : udife@le-choix-funeraire.com

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Le-Choix-Funeraire-2014-300x159 Roc-Eclerc : décryptage, P. Martineau du Choix Funéraire

1 commentaire

  1. Jamais un groupe de distribution dont l’ADN est d’être un réseau « d’intégrés » n’a réussi une acquisition ou un mariage de raison ( super centrale d’achat ), avec un groupe d’indépendants ( franchisés ou coopérateurs ).

    Toutes les tentatives précédentes ont avorté et parfois avec des dégâts collatéraux importants.

    Plus malicieux, ce type de mariage consiste parfois à acheter « l’autre » pour l’affaiblir et le faire disparaitre du marché. Beaucoup d’enseignes en GMS ont disparu dans les années 1990 – 2000 ( qui se souvient de MAMOUTH, EUROMARCHE, CONTINENT, CHAMPION dont tous les franchisés ont été rachetés par CARREFOUR…. ).

    Un intégré voudra toujours du « rendement » à court terme et un indépendant voudra tout le contraire. C’est un bâtisseur avec une vision sur le long terme.

    Et enfin grand défi à relever après des acquisitions de ce type qui dépassent parfois 15 fois le REX de ces entreprises, la maitrise des marges. Et là, je demande à voir l’évolution du prix moyen des obsèques dans les 5 prochaines années ! même si on prédit une augmentation en nombre des décès dans les 10 prochaines années.

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