Routes : le « macabre dilemme » des voitures automatiques

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(capture Yahoo site moralmachine.mit;edu)

Mettre en circulation des voitures sans chauffeur, certes. Mais qui la machine va-t-elle privilégier sur la route en cas de risque mortel entre son passager et un groupe de piétons, par exemple. Des scientifiques américains se sont penchés sur la question, rapportait le journal Le Monde hier jeudi.

« Macabre dilemme », titre l’article, si soudain dans une rue un groupe d’enfants traverse juste devant le véhicule autonome, type de celui testé par la firme Google. Une embardée est à prévoir, qui finira peut-être dans un mur, ou dans une voiture arrivant en face. Faut-il sauver le groupe qui traverse (plus nombreux) ou le passager embarqué à bord de la voiture sans chauffeur (après tout, c’est lui qui décide) ? Avec, accessoirement, des interrogations juridiques et financières en pagaille. Rappelons que cette voiture n’est qu’un objet, guidée par un logiciel conçu par des humains.

Question quasi philosophique et pas très neuve, elle est remise au goût du jour par des chercheurs américains et français de l’Oregon, du Massachusetts et de Toulouse dans la revue Science. L’an dernier, ils ont interrogé pendant six mois un panel de 1.928 personnes. Une série de tests psychologiques leur ont été soumis, décrivant des situations routières différentes, où variait notamment le nombre de « victimes » potentielles et la nature de leurs liens (proches, inconnus, familiaux, amicaux…).

Évidemment, en matière d’instinct de survie, on préfère se sauver égoïstement à sauvegarder l’intérêt collectif. Et plus on est impliqué dans l’accident (passager de la voiture), moins on sera généreux à l’instant de se sacrifier pour autrui. De même, en tant que témoin extérieur à l’accident, on trouvera plus moral dans les trois-quarts des cas que la voiture tue son passager qu’un groupe de dix enfants. Tant qu’on regarde cela de l’extérieur.

Le principe de ce type de véhicule, du moins ce que l’on nous en dit pour nous rendre le projet attractif, c’est que le recours à l’automate diminuerait les risques d’accidents. Or, face aux questions posées dans cette étude, les personnes interrogées s’inquiètent de voir généraliser ces véhicules, et les algorithmes injectés dans leurs logiciels de conduite.

Paradoxes : doit-on s’inquiéter de vouloir diminuer les pertes ? Les ingénieurs peuvent malgré tout penser que confier sa vie à ces machines devrait globalement réduire les accidents, malgré l’existence de tel ou tel cas de conscience, qui ne feront pas l’ordinaire de ces véhicules. Qui plus est, une machine est incapable de dire quelle est la valeur de la personne qu’elle risque de percuter, et de prendre une décision adaptée.

Les chercheurs à l’origine de l’étude publiée dans Science proposent de venir se tester sur le site internet moralmachine.mit.edu face à une multitude de situations.

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