Salon funéraire : lettre ouverte à Jean-Pierre Sueur

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Jean-Pierre Sueur

Monsieur le Sénateur Sueur sera présent lors d’une conférence au salon du funéraire à Paris-Villepinte fin novembre. L’occasion de le remercier comme il se doit à propos des devis en mairie et de lui poser quelques questions… Lettre ouverte.

Monsieur le Sénateur,

Je me permets une petite missive, dont j’espère qu’elle vous parviendra, voire qu’elle obtiendra une réponse, à l’occasion du salon ou vous nous honorerez de votre présence. Vous n’êtes certes pas le seul intéressé : tout personnel politique ayant un tant soit peu de pouvoir de décision est concerné, mais vous êtes le plus connu par les métiers du funéraire, grâce à l’abolition du monopole. Aussi, cette lettre trouvera auprès de vous, nous n’en doutons pas, une oreille attentive sinon compétente.

Vous avez récemment remis d’actualité cette marotte des devis funéraires déposés à la mairie. Nous ne reviendrons pas en détail là dessus, d’autant plus que Jean Ruellan, du groupe OGF, a laminé cette loi en deux phrases au journal de 13 heures de TF1 le jour de la Toussaint. Difficile de faire mieux. Pour faire bref, à qui bon insister sur cette loi inapplicable concrètement, inutile et surannée à l’heure d’internet ?

D’autant que les motifs pour légiférer ne manquent pas. Tenez, en voici quelques uns, opportunément parus au moment de la Toussaint.

Etablir un certificat de décès

Savez vous, par exemple, à quel point il est difficile, pour ne pas dire impossible, de faire établir un certificat de décès par un médecin dans certaines régions ? Nous ne parlons pas ici de trouver un docteur pour soigner un rhume, mais bel et bien pour se rendre chez un défunt, constater son trépas et remplir le document indispensable sans lequel personne, des pompes funèbres à l’administration, ne pourra intervenir ? Il paraît, selon les médecins eux-même, que ce n’est pas assez payé. Il est question de familles, ici, qui, en sus du choc d’avoir perdu un proche, se retrouvent plongés sans une situation que l’on pourrait qualifier à tout le moins de stressante.

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Les quelques politiques qui ont été interpellés sur le sujet on marmonné quelques mots pour dire à quel point ils étaient désolés, avant de changer rapidement de sujet. Nous comptons beaucoup sur vous pour résoudre cette situation, déposer un devis en mairie étant, dans ce cas, sans effet.

Franchir une frontière européenne

Autre sujet, qui fait toujours rire nos confrères de la presse lorsqu’on le leur raconte : un français qui décéderait à la frontière Belge, à Momignies par exemple, devrait, après des démarches auprès du consulat, une demande d’autorisation spéciale, être enfermé dans un cercueil hermétique, qui empêchera sa famille de le voir une fois en France, puis, une fois toutes ces formalités accomplies, il pourra parcourir les cinquante mètres qui le séparent de notre pays. En revanche, s’il décède à Bergues, il pourra parcourir sans formalités les 1065 kilomètres qui le séparent de Marseille dans une simple housse.

Les quelques politiques qui ont été interpellés sur le sujet on marmonné quelques mots pour dire à quel point ils étaient désolés, avant de changer rapidement de sujet. Nous comptons beaucoup sur vous pour résoudre cette situation, déposer un devis en mairie étant, dans ce cas, sans effet.

Imposer des mesures qui coûtent cher

Nous pourrions également attirer votre attention sur la réforme de la thanatopraxie inspirée par le rapport de l’IGAS, plus particulièrement sur l’interdiction des soins à domicile. Certains s’émeuvent du fait que cette mesure va mettre fin à la tradition de la veillée du défunt à son domicile, encore très prisée dans certaines régions, et surtout engendrer des frais supplémentaires pour les familles, en ajoutant au prix des devis un transport de corps, un séjour en chambre funéraire, et surtout la location d’un laboratoire avec des normes tellement drastiques que son coût va exploser. Lorsqu’on s’interroge sur les garanties apportées en terme de respect des traditions, sujet hautement sensible ce temps-ci, et en terme de coût, les politiques interpellés ont souvent la même réponse : « commencez par déposer vos devis en mairie, ensuite on verra ».

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Et le reste…

Nous vous feront grâce, Monsieur le Sénateur, d’autres questions qui fâchent, comme ces familles de plus en plus nombreuses qui n’ont plus les moyens de payer des obsèques à leurs chers disparus, ni même sur des broutilles comme la « cérémonie d’obsèques républicaine » proposée par quelques uns de vos collègues, que nombre de professionnels du funéraire ont vécu à la fois comme une insulte à leurs compétences et une concurrence déloyale aux cérémonies civiles que nous proposons depuis… le XIXéme siècle. Ni sur la loi sur les implantation de crématoriums totalement obsolète ni sur les QR codes sur lesquels vous planchiez, ni sur…

Bref, Monsieur le Sénateur, à force de gérer tout cela au quotidien, vous aurez bien compris que nous n’avons pas forcément le temps de déposer des devis en mairie. Mais ce qui nous inquiète, c’est que vous, vous ayez eu le temps de vous en préoccuper.

Veuillez agréer, Monsieur le Sénateur, l’expression de mes plus respectueuses salutations.

La conférence aura lieu le vendredi 20 novembre 2015 de 11h à 12h30. Plus d’infos sur le site du salon.

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