Scandale : des croque-morts aux pompes funèbres !

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Le croque-Morts de Lucky Luke (source : http://www.google.fr/imgres?sa=X&biw=1680&bih=914&tbs=isz:m&tbm=isch&tbnid=h3G9gRMft0SfqM:&imgrefurl=http://crocduloup.com/category/humour/pour-rire-ou-sourire/page/26&docid=t4lEzZdgegIfJM&imgurl=http://crocduloup.com/wp-content/uploads/2013/01/Croque-mort-Lucky-Luke.jpg&w=598&h=957&ei=dEoCUtnQOo2r0gWHhoGABA&zoom=1&iact=hc&vpx=4&vpy=215&dur=2425&hovh=284&hovw=177&tx=70&ty=109&page=1&tbnh=156&tbnw=97&start=0&ndsp=49&ved=1t:429,r:0,s:0,i:81)

Le mot croque-morts est il correct ? Quelle est sa véritable origine, sachant qu’aucun d’entre eux, à notre connaissance, n’a mordu d’orteils sur son temps de travail ? Autant de questions auxquelles il est temps d’apporter des réponses.

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Le croque-Morts de Lucky Luke

Il nous arrive parfois d’utiliser l’expression croque-morts, dans ce journal, et de nous faire rabrouer par des lecteurs qui nous traitent de journalistes en retour, sous entendant que nous sommes des béotiens avec une forte propension au racolage. Ce n’est pas en soi très grave : mon expérience de huit ans dans le milieu funéraire, ou je suis entré comme porteur vacataire et sorti en tant que conseiller funéraire (sans en être totalement sorti, mais c’est une autre histoire) me font penser que j’ai un minimum de connaissance de ce milieu qui font que, la plupart du temps, je ne raconte pas n’importe quoi. Oui, je suis un croque-morts, moi, j’assume.

D’autres m’inquiètent plus, comme ces pourtant honorables membres de cette confrérie des travailleurs du funéraire qui racontent des histoires à base d’orteils mordus sous prétexte de vérification du trépas effectif. Là, il faut que je le confesse, je ne suis pas un garçon très émotif, mais j’ai envie à me mettre à pleurer de désespoir. Étouffant un sanglot, je reprends souvent l’ignare, qui me demande généralement benoîtement d’où, alors, vient cette histoire d’orteil. Je n’en sais rien. Je m’en fiche. D’une société capable d’engendrer Nabilla, non mais allô, quoi, comment en attendre encore quelque chose ?

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Médecin de la Peste, Venise. Les croque-morts utilisaient le même masque pour se protéger des miasmes à la renaissance.

« Mais oui, au fait, d’où vient cette appellation de Croque-morts ? »

Excellente question. Merci de me l’avoir (enfin) posée.

Eh bien, selon la culture populaire, comme vous le savez, l’expression Croque-morts vient du fait que les employés des pompes funèbres, afin de vérifier que leur client était bien mort, lui mordaient violemment l’orteil. L’absence de réaction faisant office de preuve du trépas.

D’ailleurs, l’histoire nous apprend que cette charge se transmettait de père en fils. Un brave Croque-morts n’eut hélas que des filles, et à l’heure de transmettre sa charge, se résigna à confier son échoppe à son aînée. Un jour que la pauvrette était seule, on lui emmena un cul de jatte. N’ayant point d’orteil à croquer, elle jeta son dévolu sur l’appendice au dessus. Depuis ce jour, on donna à ce métier le nom de pompes funèbres.

Bien, ça, c’est fait.

Or donc, livrons-nous à deux petites expériences, si vous le voulez bien.

La première, trouvez un cadavre. C’est bon ? Enlevez lui ses chaussures, ses chaussettes, et bouffez lui l’orteil.

Quand vous aurez fini de vomir, passons à la deuxième expérience.

Rendez vous dans un hôpital, auprès d’un malade plongé dans un coma profond. Même motif, même punition : l’orteil, et à table ! Si le type se réveille en s’écriant « Arrêtez ! Je ne suis pas mort ! », avant de revenir me voir, écrivez au Saint Siège, Vatican, Rome, pour faire reconnaître le miracle.

Sinon, une fois que vous serez sorti de l’hôpital psychiatrique, réfléchissons ensemble à la conclusion que l’on peut tirer de tout ceci, voulez vous ?

Il serait tentant de conclure que la sagesse populaire fait fausse route. Ce qui serait totalement exact.

En vérité je vous le dis, le vocable Croque-morts vient de tout autre chose. Au XIéme siècle, l’Europe fut ravagée par une épidémie de peste. Les cadavres de ceux qui avaient péri étaient jetés dans la rue. Les municipalités réagirent alors, et recrutèrent des mendiants (ou des prisonniers, l’Histoire reste floue), et, en échange de quelque pièces (ou de leur grâce), leur confia la mission de ramasser ces corps afin de les conduire aux fosses communes.

Pour ce faire, afin de se protéger de la contagion, ils utilisaient de longs bâtons, munis de crochets de bouchers. On dit qu’ils CROQUaient les morts. Voila. Et, pour les acheminer au charnier, ils utilisaient une charrette, appelée « biéra », du latin « berra », qui signifie « civière ». D’où la mise en bière.

Tout cela pour dire

Les croque-morts devinrent ainsi ceux dont la tâche consistait à s’occuper des prestations funéraires. Ce fut au XVIIéme siècle que le terme fut écrit pour la première fois dans un livre, d’un auteur dont le nom m’échappe. De Victor Hugo à Georges Brassens, tous les grands écrivains et poètes l’utilisèrent par la suite.

Cette expression croque-morts n’est donc pas à l’origine péjorative, mais pratique. Elle devint répugnante dans l’acception de cette histoire d’orteil, probablement sortie d’un esprit malade, et ne devait rien à la réalité du métier en lui-même, mais à l’ignorance populaire.

Me faire appeler croque-morts, lorsque j’exerce comme il arrive encore parfois, la profession sur le terrain, ne me dérange absolument pas, puisque ce terme est l’héritage d’un long passé, une constituante de l’identité de la profession. Notre métier étant tout autant tourné vers l’innovation que vers un respect certain des traditions directement liées à notre civilisation, c’est plus une reconnaissance qu’une insulte.

C’est pour ceux qui rejettent ce vocable, que je m’inquiète. Ils rejettent par là même non seulement l’histoire de notre métier, ses traditions et la part que nous avons pris, invisible mais indispensable, à l’édification de notre civilisation. Comment peut on prétendre exercer correctement un métier en honnissant ses fondamentaux ?

Le débat est ouvert.

6 COMMENTAIRES

  1. Bonjour, en fait pour ajouter de la précision à la précision, passant par ces mêmes explication assez fréquemment, il faut ajouter que l’appellation croque mort vient du vieux FRANCOIS (Français de maintenant) « croche-mort ». Effectivement afin de ne pas être contaminer par la peste en ramassant les morts dans la rue, nos aïeux utilisaient un bâton surmonter d’un crochet, ils étaient donc appelé les ‘croche-mort’ ou ‘crochète-mort’..avec le temps c’est devenu, par contraction, ‘crocht’mort’, ‘croc-mort’…
    Il apparait aussi comme vraisemblable, au même titre que lorsque l’on mange une pomme, qu’on l’a croque donc, il n’en reste que le trognon. Pareil pour la Terre…nous enterrons quelqu’un, elle le croque et ne nous en rends que le squelette (le trognon…)…mais pour que la Terre le croque, il faut des employés qui crochète les morts 🙂

    • C’est vrai ! il n’a jamais été question d’orteil à croquer (ouf!), mais bien, en cas d’épidémie, de « crocher » les corps qu’il ne fallait pas toucher…Or les patronymes « Crochemort » ou « Crochemore » se trouvent encore ! souvent en Normandie (accès portuaires,rats,peste), et sur place le CH se dit QUE (on dit une vaQUE et non une vache). il est donc très probable que cette prononciation « à la normande » de croche-mort soit venue jusqu’à nous donnant croque-mort..
      bien à vous,
      dm oberti

  2. Merci pour cet article très intéressant en même temps qu’humoristique. Je connaissais la légende des croque-morts de père en fils jusqu’à l’arrivée de la pauvre fille avec son cul de jatte. Ca fait du bien, de remettre les pendules à l’heure. Et un peu culture ne peut pas faire de mal… Pareil pour la bière. Surtout quand on n’a pas eu la chance d’avoir fait du latin !

  3. . Une autre explication remonte aux épidémies de peste qui ravagèrent l’Europe au XIVe siècle. Les morts étaient si nombreux (et contagieux, craignait-on) que les préposés au ramassage des cadavres utilisaient des crocs pour les rassembler avant de les faire brûler. Suite à des variations dans l’écriture et l’orthographe dues à des prononciations variées selon les régions, le mot « croc » aurait fini par se prononcer « croque », et celui qui l’utilisait devenait par conséquent celui qui « croquait » les morts. Le dictionnaire de l’Académie française renvoie le terme au verbe croquer dont l’un des sens était en vieux français faire disparaître.
    Dom formateur funéraire…

  4. Bonjour, moi je connais une autre origine qui avait à voir avec le lointain moyen âge et les épidémies de peste de l’Europe du 14ème siècle. Il y avait beaucoup de morts très très contagieux alors les employés du ramassage des dépouilles des pestiférés maniaient des crocs de boucher accrochés à des pieux pour les tirer et les emporter en fosse. Comme il y a eu des modifications d’écriture et d’orthographe, le terme « croc » s’est changé en « croque », et on disait que les préposés au ramassage « croquaient » les morts, d’où l’expression de « croque-mort ».
    Par contre, il faut bien préciser qu’on a jamais parlé de « croque-morte » pour une défunte, car on n’a jamais fait de distinction suivant les sexes, je ne sais pas pourquoi, cela n’a donc strictement rien à voir avec les « croque-madame » et les « croque-monsieur », qui sont tout à fait autre chose
    Mais ce qui est intéressant, c’est que je crois qu’on peut attester du lien direct établi entre la profession des « croque-morts » mordant les orteils et celle des « croque-mitaines » qui, eux, mangeaient les bouts des doigts de la main, même s’il est difficile de savoir si c’était pour vérifier qu’ils étaient vivants ou morts …
    Est-ce que quelqu’un a des informations à ce sujet ?

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