Séjour d’un corps dans l’eau, noyade et décomposition : ça touche le fond

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paul delaroche noyade Ophelie la jeune martyre 1853

L’été, c’est la saison des… La saison des… Celui qui a répondu « vacances » est prié de se dénoncer, on est dans un journal funéraire, ici. Donc, l’été, c’est la saison de la noyade et décomposition. Et les croque-morts vous le diront : récupérer un noyé, c’est pas agréable, et c’est parfois bizarre. On vous dit tout.

Noyade et décomposition : une mort spécifique

En réalité, plus que de noyade et décomposition, c’est de mort dans l’eau dont il sera question ici : intervention sur un corps récupéré après un séjour en milieu aquatique. Parce que la noyade n’est qu’un des causes de décès dans l’eau. Il y en a trois naturelles : la noyade, proprement dite, l’hydrocution, et la mort subite dans l’eau. On arrive même à se noyer sans eau, avec la noyade sèche c’est dire !

La noyade, on connaît : le corps est immergé dans l’eau. Il y a différentes écoles en la matière. L’école Archimède, « Tout corps plongé dans un liquide subit, de la part de celui-ci, une poussée exercée du bas vers le haut égale au poids du volume de liquide déplacé ». L’école Desproges, « Lorsqu’on plonge son corps dans la baignoire, le téléphone sonne » et, celle qui nous intéresse, l’école naturaliste « Au bout d’un certain délai d’immersion dans l’eau, l’envie de respirer se fait irrésistible. »

L’hydrocution est un choc thermique entre le corps humain et l’environnement aquatique. En somme, plus la différence de température entre le corps et l’eau est importante, plus les risques d’hydrocution sont élevés. Le choc provoque un arrêt cardio-ventilatoire, qui peut suffire à provoquer la mort, ou bien affaiblir suffisamment la victime pour qu’elle subisse une noyade.

A ce propos, l’idée selon laquelle il ne faut pas se baigner après avoir mangé est fausse, digestion et hydrocution n’étant pas liés, du moins, si vous allez juste faire trempette. En revanche, tout effort physique, même au sec, juste après avoir mangé, est une très mauvaise idée, de l’avis général.

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Enfin, il y a la mort subite en milieu aquatique, surnommée par les initiés « pas de pot ». Le sujet vérifie soigneusement la température de l’eau pour éviter l’hydrocution, vérifie qu’il a pied partout pour éviter la noyade, il se mouille précautionneusement, entre dans l’eau, et est terrassé par un infarctus massif ou par une rupture d’anévrisme. Pas de pot.

La flottaison, un fleuve non tranquille

Oubliez l’intertitre. Le parcours aquatique d’un corps est tout, sauf un long fleuve tranquille.

L’eau est un milieu généralement mouvant. Phénomènes de marées et de courants en mer, déplacement dans un milieu fluvial ou une rivière, incidents de parcours, corps bloqué par une branche, déchiqueté par des hélices de bateau, dévoré par la faune, milieu salin ou non, saison avec des changements de température, le parcours est différent et le résultat à l’arrivée aussi.

La faune aquatique diffère beaucoup entre milieux maritimes, fluviaux et lacustres, mais, hormis quelques rares exceptions, crocodiles, requins… Le corps d’un mort en milieu aqueux sera surtout la proie des petits animaux, qui ont une prédilection pour les parties molles. Globes oculaires et organes génitaux masculins font leur régal et sont les premiers à partir. Pour le reste, c’est plus rare, les charognards ne sont pas virulents en milieu marin.

Il est fascinant de constater que le corps d’un homme et celui d’une femme n’auront pas la même position durant ce trajet, du fait de morphologies différentes.

L’homme flottera vers le bas, le corps presque plié en deux. On pourra voir sur un noyé masculin des traces de frottement au fond sur le front et les jambes, des genoux aux pieds. La femme flottera courbée, sur le dos, et on verra le frottement du fond sur les talons, les fesses et l’arrière du crâne.

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Ballastage, déballastage

Pour le reste, la noyade et décomposition dans l’eau obéit à certains principes. On constatera, exactement comme pour tout processus de décomposition humaine, l’apparition de la tache verte abdominale, qui s’étendra ensuite à l’ensemble du corps.

Une intense activité bactérienne intestinale va, dans le même temps, produire une quantité importante de gaz (méthane, hydrogène, dioxyde de carbone, sulfure d’hydrogène, pour votre culture générale, même si c’est compliqué de la placer dans une conversation) qui va distendre l’abdomen, de manière parfois impressionnante.

Cette dilatation gazeuse est responsable de la remontée du corps à la surface ainsi que de l’apparition plus marquée du système veineux, appelée « circulation posthume ». Une odeur pestilentielle se dégage alors du cadavre, typique de la chair en décomposition.

L’éclatement de la peau, due à sa fragilisation, va permettre aux gaz de s’échapper, et entraîner à nouveau le corps vers le fond. Beaucoup d’entre eux sont définitivement perdus à partir de ce moment là, à moins d’être récupérés par des filets de pêche ou d’être échoués sur le rivage par des courants de fond.

L’ordre de décomposition dépend de la quantité de matière à décomposer : dans l’ordre, les articulations, poignets et chevilles, les pieds, les mains, puis les mandibules et le crâne, suivies des chairs des membres, bras puis jambes, pour finir par le tronc. C’est pour cela que, pour les noyés de plus longue date, pas encore totalement décomposés, on peut voir remonter des corps se résumant à un tronc et de moignons.

Tout cela ne vous éclairera pas sur la meilleure façon de récupérer un noyé. La réponse est simple : avec beaucoup de courage. Mais analyser ces éléments permet de s’occuper un peu l’esprit et de détourner son attention de ce qui, autrement, va vous tarauder : la nausée.

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