Pour qui sonne le glas à Pâques

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S’il est des professions mal aimées, ce sont celles, par une terreur superstitieuse, qui sont en rapport avec la mort. Même parmi les cloches : plaidoyer pour le glas.

glas-225x300 Pour qui sonne le glas à PâquesIl est de coutume de ne pas sonner le glas lors de circonstances particulières : les mariages, par exemple, ou les baptêmes, ou encore les réjouissances ordinaires comme l’arrivée des américains à Paris après quelques années d’occupation Nazie. Quoique pour ce dernier exemple, c’eût été une forme assez aiguë d’ingratitude.

De même, prêtez l’oreille, si par hasard vous habitez sur une trajectoire de cloches : lorsque celles-ci s’en reviennent de Rome, vous n’entendrez point parmi elles sonner la note funeste du glas, qui n’est pas le bienvenu au Saint-Siège.

Le Glas, sa vie, son œuvre

Le glas est sonné pour marquer les obsèques. Parfois, il accompagne également l’agonie d’un défunt, mais je vous parle d’un temps que les moins de quatre-vingt ans ne peuvent pas connaître, et qui marquait une époque plus religieuse et plus rude que la nôtre. Plus religieuse parce qu’alors les cloches pouvaient sonner tout leur saoul sans qu’aussitôt une trentaine de minorités aussitôt se sentent offensées et persécutées et n’aillent ester devant un tribunal. Plus rude parce qu’alors, on regardait la mort en face.

Les seuls à ne pas éprouver de nostalgie sans doute sont les agonisants. Il est vrai que l’homme ou la femme, gisant gravement malade sur son lit, mais conservant en lui, ou elle, l’espoir de voir encore un jour nouveau se lever sur les champs de blé ondoyant délicatement sous la brise tiède du printemps nouveau devait voir son enthousiasme assez violemment douché par le son lugubre de cette cloche qui semblait vocaliser déjà afin de retentir fort et clair lors de ses funérailles, celle de l’agonisant, s’entend.

Bien entendu, le glas retentissait, retentis toujours parfois, lors des obsèques. Mais cette ravissante coutume se perd, hélas.

Plaidoyer pour le glas

Aussi, chères lectrices, chers lecteurs, nous lançons en ce jour des cloches un vibrant appel pour les glas du monde entier.

Parce que le glas est un symbole funeste, qui fait le travail que les autres cloches ne veulent pas faire, et dont pourtant elles ne peuvent se passer. Parce que le glas a mauvaise réputation et ne jouit pas d’une popularité immense, alors qu’il apporte aux endeuillés un service essentiel pour faire son travail de deuil. Parce que si la mort existe, et que les gens sont trop couards pour la regarder en face, ce n’est pas la faute du glas.

Tout cela rappelle quand même furieusement notre travail, maintenant que j’y pense. Ne nous laissons pas écraser par des préjugés et des superstitions, nous qui ne nous soucions que de salubrité publique, de psychologie du deuil et de droit public.

Aussi, militons ! Militons pour que la Glas puisse aller à Rome et que les croque-morts aient des chocolats pour Pâques. C’est bien la moindre des choses.

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