Sur le suicide, de Bruno Lafourcade

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Le suicide : cet acte fascinant est-il si mystérieux ? Dans son essai, Bruno Lafourcade essaie d’en percer les mystères, sur le mode du dégoût existentialiste, avec style et humour.

318agoeNHzL-191x300 Sur le suicide, de Bruno LafourcadeNe fuyez pas ! Ceci n’est pas un essai sur le suicide. Pardon, je corrige : ceci n’est pas un essai barbant sur le suicide. Bruno Lafourcade est professeur de français, et il aime plus la littérature qu’il n’a de velléité de percer le mystère du suicide. Aussi il essaie sans essayer. Je m’interroge : son livre a-t-il pour but de pousser ses chroniqueurs à s’homicider ?

Trois parties pour les amener tous…

En effet, quoique ne faisant pas beaucoup plus de 200 pages, le livre de Bruno Lafourcade couvre un panel de réflexions vaste, proposé en trois parties à la fois limpidement liées et très différentes dans leur traitement.

La première partie cherche des raisons au suicide contemporain. Elle aurait pu s’intituler « Chroniques de la haine ordinaire », pour deux raisons. La première est la proximité avec Desproges, cette désespérance devant la bêtise de nos contemporains, mâtinée d’un mélange doux amer de misanthropie et de mauvaise foi, exprimé dans un langage élégant contrastant avec la violence du propos. La seconde, cette expression réelle du dégoût de notre époque, Bruno Lafourcade se saisissant du politiquement correct, avant de le froisser violemment et de le jeter dans la première déjection canine qu’il croise.

Ce morceau de bravoure, puisqu’il faut bien l’appeler ainsi, est jubilatoire, jouissif, hilarant, et vaguement déprimant. Son objectif, comprendre le suicide à travers le dégoût de la vie, est largement atteint, puisqu’on en finit par ne plus comprendre ceux qui ne se suicident pas. Ou presque. Seul l’espoir que l’on pourra continuer à lire de si bons livres nous maintient encore. Les autres, sautez !

La seconde partie regroupe des suicides célèbres, les analyses, par thème et par époque. L’on y apprend par exemple que les analystes ayant fréquenté Freud ont majoritairement mis fin à leurs jours, ce qui corrobore, sans le dire vraiment, l’idée que les psychanalystes sont surtout un ramassis d’escrocs chez qui l’appât du lucre ne peut être surpassé que par leur propre pathologie. Cette dernière phrase était une réflexion personnelle.

On y apprend que Bruno Lafourcade croit savoir que Gérard de Nerval s’est bien suicidé, avec son chapeau, mais ne polémiquons pas, qu’il n’aime pas Nirvana, ce en quoi il a tout à fait raison, qu’il n’aime pas non plus Joy Division, et c’est bien dommage, mais nul n’est parfait. Plus sérieusement écrite, quoique n’épargnant pas les piques, cette seconde partie s’avère à la fois surprenante et instructive.

Enfin, la dernière partie du livre traite du suicide, et de sa perception, morale, philosophique, religieuse, sociale, à travers les époques et grandes tendances. Chaque chapitre réussit l’exploit d’être à la fois concis et complet.

… et dans la mort les lier…

C’est désespérant, vous disais-je : m’étant relu, je me rend compte que je n’ai sans doute pas réussi à vous donner l’envie de lire son livre. Pourtant, je le dis sans ambages, ce petit bijou est aussi réussi dans le fond que dans la forme.

Que vous ayez envie d’en savoir plus sur la question du pourquoi, que vous ayez envie d’une bonne dose de culture générale, ou que vous ayez simplement envie de passer un bon moment et de rire franchement en lisant des horreurs (cf l’enfant au parc et sa mère émerveillée) que vous n’oseriez pas commettre vous même, c’est le livre qu’il vous faut.

Clairement, l’année 2014 est encore jeune, certes, mais s’il sort avant qu’elle s’achève un meilleur livre que celui de Bruno Lafourcade, elle restera dans les annales pour avoir été un excellent cru littéraire.

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