Suite de la pétition contre la levée des soins pour les défunts porteurs du VIH

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Hélène TIPREZ secrétaire générale du SPTIS

Chers confrères,

Je reviens vers vous concernant la pétition lancée la semaine dernière par le SPTIS. J’avoue être fortement étonnée du peu de réaction que cela a engendré jusqu’à présent.

Je tiens d’ailleurs à préciser suite aux nombreux amalgames faits, que cette pétition n’a rien à voir avec une quelconque prise de position contre la communauté gay.
Communauté qui à elle seule a porté la lutte contre le sida en France depuis le début des années 80 et durant de nombreuses années.

Le ministère a décidé de la levée des soins pour les défunts porteurs du VIH et d’hépatites mais que cela implique-t-il vraiment ?

A partir de janvier 2018, les thanatopracteurs seront dans l’obligation de réaliser des soins de conservations et toilettes mortuaires sur des défunts potentiellement contaminés par le VHB VHC ou le VIH.

Pour ceux dont les chiffres parlent davantage que les mots en voici quelques-uns.1

150000 personnes en France sont atteintes aujourd’hui par le VIH 400000 personnes en France sont atteintes aujourd’hui par le VHC 300000 personnes sont atteintes aujourd’hui par le VHB

Le risque de contamination lors d’un accident d’exposition au sang d’une personne infectée est de 0,3% pour le VIH, 3% pour le VHC et 30% pour le VHB

Concernant la résistance du virus à l’air libre :
Le VIH ne résiste que quelques minutes
Le VHC peut survivre environ 72h
Le VHB peut survivre pendant au moins 7 jours

Actuellement la polémique tourne autour du VIH mais dans notre profession je pense que la dangerosité vient surtout du VHC car :

– Son mode principal de transmission est par le sang (seule une petite quantité est nécessaire) – Il s’agit d’un virus très contagieux (10 fois plus que le VIH)
– Il est extrêmement résistant
– Il n’existe pour le moment aucun vaccin pour s’en protéger.

1 Ces chiffres ont été trouvé sur les sites de l’OMS, sida info service et SOS hépatite.

Voici une citation tirée de la nouvelle campagne d’incitation au dépistage de « SOS hépatites » :

« Le VHC peut se transmettre à l’occasion de la réutilisation d’instruments qui ont pu être en contact avec le sang d’une personne infectée par le VHC et qui n’auraient pas été correctement stérilisés.
Pour éviter ces risques de transmission, l’application de nombreuses mesures a été imposée aux professionnels concernés parmi lesquelles : le respect des précautions d’hygiène, la désinfection et la stérilisation adaptées, l’utilisation de matériel à usage unique »
.

Un parallèle doit être fait avec notre profession.
En effet un des principaux arguments des personnes favorables à la levée de l’interdiction est que le personnel soignant traite les personnes infectées mais que nous refusons de le faire.

Sérieusement, travaillons-nous dans les mêmes conditions ?

  • –  Le matériel piquant /coupant/tranchant utilisé est il jetable ?
  • –  Est-il à usage unique ?
  • –  Est-il désinfecté entre chaque soin ?
  • –  Les locaux sont ils toujours adaptés ?
  • –  Portons-nous la totalité de nos EPI 2?

En cas d’AES 3, le protocole est-il respecté ?

  • –  Qui d’entre nous va consulter le médecin du centre hospitalier le plus proche pour bénéficier d’une trithérapie immédiate ?
  • –  Qui contrôle son statut sérologique ? Et celui du patient ? La plupart du temps, nous pratiquons la technique de l’autruche et nous nous en remettons…A notre bonne étoile ! Certains d’entre nous seront contaminés, c’est statistiquement inévitable, en espérant que cela ne concerne que l’hépatite C et donc avec une bonne chance de guérison !

    Il existe clairement un fossé entre ce qu’imaginent nos élus concernant nos conditions de travail et nos pratiques et la réalité de notre quotidien.

    La théorie ne s’accorde pas avec la pratique.

    2 Équipements de Protection Individuel 3 Accident d’Exposition au Sang

La demande des associations de lutte contre le sida est néanmoins compréhensible :
Concernant actuellement les défunts infectieux, la mise en bière est immédiate rendant donc impossible un dernier adieu. Mais
des alternatives existent :

  • –  Il est par exemple tout à fait possible de pratiquer une toilette mortuaire avec utilisation de la colle pour la fermeture de bouche.
  • –  Une conservation du corps par le froid. Ceci permettrait aux proches de se recueillir comme cela se pratique encore ou se pratiquait avant l’avènement des soins de conservation qui ne sont populaires et majoritairement pratiqués que depuis une dizaine d’années, tout au plus quinze sur l’ensemble du territoire. Nous devons réfléchir ensemble à des alternatives, il est de notre devoir de nous informer davantage, d’expliquer aux personnes à quel point cette décision est dangereuse pour nous, travailleurs du funéraire. De plus, il est nécessaire «d’éduquer» nos élus qui ne connaissent même pas le mot « thanatopraxie » pour la plupart et ce que ce néologisme revêt comme activité et surtout en quoi consiste l’opération post-mortem que nous pratiquons sur environ 50 % des décès, guère plus. Rappelons à cet effet que j’ai proposé à Monsieur Jean-Luc Romero de me suivre lors d’un soin de conservation afin qu’il se rende compte de la réalité du terrain et des différentes étapes du protocole de soin…Il a refusé !

    Il pousse des cris d’orfraie et crie à la discrimination sans savoir de quoi retourne véritablement l’acte qu’il prône sans réserve, un peu irresponsable et démagogique n’est-ce pas ?
    Là où ce Monsieur de la
    « discrimination » nous y voyons de la prudence et là où ce Monsieur voit de la « honte », nous y voyons un acte responsable et engagé pour les professionnels que nous représentons.

    Ensemble nous devons nous mobiliser aujourd’hui pour suspendre la levée de l’interdiction des soins pour les défunts porteurs du VIH et d’hépatites, tant que nos ministères de tutelle ne seront pas en mesure de nous apporter des données scientifiques probantes quant à l’innocuité d’une telle pratique.

    Dans l’attente de vos signatures et/ou réactions je vous laisse mes chers confrères avec cette citation :

« Together we stand, divided we fall 4»

4 Ensemble nous restons debout, divisés nous chutons.

Helène Tiprez Secrétaire Générale du SPTIS

14 COMMENTAIRES

  1. « Qui contrôle son statut sérologique ? Et celui du patient ? La plupart du temps, nous pratiquons la technique de l’autruche et nous nous en remettons…A notre bonne étoile ! Certains d’entre nous seront contaminés, c’est statistiquement inévitable, en espérant que cela ne concerne que l’hépatite C et donc avec une bonne chance de guérison ! »

    En effet, ce syndicat pratique la technique de l’autruche, et brandit la menace de la contamination inévitable. C’est déjà bien de le reconnaître.

    25 000 personnes vivent avec le VIH sans le savoir en France. Ces personnes décèdent, on pratique des soins de conservation sur leurs corps sans aucune information sur leur statut sérologique. Et ce sont ces personnes, sans traitement, qui sont les plus contaminantes en théorie. Or, aucune contamination n’a jamais été documentée. Cette peur agitée est fausse, et a des conséquences terribles pour les familles.

    Et c’est le même syndicat qui intervenait en réunion à la Direction générale de la santé (car oui, le SPTIS a été associé à toute la concertation depuis le début !!) pour faire de sa réticence sur la vaccination contre l’hépatite B. Mais je suis heureux de lire ici que le syndicat s’impatiente de l’arrivée d’un vaccin contre le VIH. Devons-nous en comprendre qu’il va enfin promouvoir la vaccination contre les hépatites A et B auprès des thanatopracteurs ?

    Vu le nombre de personnes qui vivent avec le VIH, le VHB (pour lequel il y a un vaccin) ou le VHC (pour lequel il y un traitement curatif) SANS LE SAVOIR, jusqu’à la mort, il n’y qu’une seule manière de protéger votre métier si on suit votre raisonnement : ne plus faire de soins pour personne. A moins que vous sachiez deviner qu’un défunt est porteur d’un virus à l’œil nu…

    Sinon la bonne démarche : des conditions sanitaires universelles pour tous, plutôt que l’hypocrisie d’une fausse sécurité.

    http://www.aides.org/communique/lettre-ouverte-29-aout-2017

  2. Sur les 25000 personnes vivant avec le vih sans le savoir, pas toutes demanderons des soins de conservations. Certaines demanderons des toilettes ou rien du tout, comme le reste de la population. Cela représente combien de soins par an ? Mais si tous les vih et autre hépatites ne sont plus signalés, alors le risque augmente conciderablement.
    Concernant la vaccination elle est obligatoire (concernant l’hépatite B) pour pouvoir exercer le métier. Depuis déjà de nombreuses années.
    Les conditions de travail des thanatopracteurs n’ont rien à voir avec celles du personnel soignant. Combien d’infirmières, médecins, chirurgiens font plus de 400km par jour en plus de leur interventions ? Combien à chaque intervention retirent 6l de sang en extériorisent des artères ? Nous travaillons seul et n’avons personnes pour nous assister et n’avons pas matériels stériles ou jetables.

  3. La vaccination contre l’hépatite B n’est rendue obligatoire que depuis le décret n° 2016-1758 du 16 décembre 2016 relatif à la vaccination contre l’hépatite B des thanatopracteurs, qui n’entrera en vigueur entièrement que le 1er janvier 2018, en même que la levée de l’interdiction des soins. On peut d’ailleurs se demander pourquoi il a fallu attendre tout ce temps quand on connaît le nombre de personnes vivant avec le VHB sans le savoir ou sans que ce soit inscrit sur le certificat de décès. Vous pouvez dire merci aux associations de lutte contre le VIH/sida et les hépatites virales qui ont permis de soulever les incohérences de l’encadrement réglementaire de votre profession, et l’ont fait évoluer dans le sens de l’intérêt général ET de l’intérêt des thanatopracteurs en matière de santé publique. Puisque, encore une fois, notre but n’est pas d’augmenter le nombre de contaminations, mais de lutter efficacement sans discriminer qui que ce soit.

    Je suis un peu effrayé par ce que je lis dans le commentaire de Lordkasnoir : donc en fait, vous refusez de respecter les textes parus en mai sur les conditions sanitaires d’exercice ? Pour le coup, même le SPTIS avait indiqué qu’il soutenait la réforme…

    Par ailleurs, le combat syndical pour la reconnaissance de votre profession, pour son encadrement, pour des conditions sanitaires universelles maximales pour garantir votre santé au travail (sur les charges lourdes, sur les produits toxiques potentiellement inhalés, etc.) est noble. Pas la politique de l’autruche si bien décrite dans cette article, qui met en danger la vie des thanatopracteurs en se cachant derrière des contre-vérités scientifiques. Vous méritez à l’évidence d’être mieux défendus.

  4. Je ne comprends pas en quoi mon propos va à l’encontre du texte de loi paru en mai. Pourrais je avoir une explication ? Il me semble que le texte de loi encadre la pratique dans les domiciles. On ferra toujours autant de route et d’intervention dans une journée et nos méthodes pour traiter un défunt ne changeront pas. Soyez plus clair s’il vous plait.

  5. Médecin praticien en Réanimation je voudrais exposer mon ressenti car je trouve étonnante votre argumentation Enzo Poultreniez.
    A l’évidence vous connaissez bien la dangerosité du métier de thanatopracteur : exposition répétée au formol produit hautement cancérigène, maladies musculo-squelettiques à force de manipuler les corps, et risques infectieux par des bactéries virulentes ou multi résistantes et par des virus VIH et VHC par piqûres lors des soins sanglants.

    Prenons l’exemple des séropositifs au VIH, problème qui n’est sans doute pas le plus préoccupant. Au passage, je vous rappelle que les hétérosexuels sont également concernés, ne faisons pas de discrimination !
    On estime à 400 000 le nombre de séropositifs connus et à 25 000 le nombre de personnes qui ignorent leurs séroposivités.
    Le risque de pratiquer un soin sur un séropositif pour un thanatopracteur concernera donc au 1 er janvier 2018 une population qui passera de 25 000 à 425000 d’un seul coup, soit un risque de contact avec le virus multiplié par 18 ! c’est loin d’être négligeable pour une maladie qui ne se guérit toujours pas et dont le vaccin ne sera pas disponible avant très longtemps pour peu qu’il le soit un jour.

    Je ne comprends pas du tout votre argumentation concernant la dangerosité du métier. Si on suit votre raisonnement jusqu’au bout cela revient à dire que le métier est tellement dangereux que le risque vis-à-vis du VIH et du VHC en devient négligeable! Dans un tel cas j’aurai plutôt tendance à essayer de minorer les risques pour qu’ils deviennent acceptables au lieu de les accroitre.

    Je comprends les 2 points de vue. Tout le monde devrait pouvoir recevoir des soins de conservation sans discrimination, mais cela ne doit pas se faire au détriment d’une profession particulièrement exposée. Dans l’état, ce n’est clairement pas possible, on est en train de vouloir mettre la charrue avant les bœufs, il faut d’abord changer les pratiques avec des procédures qui doivent être réellement applicables. Comparer l’environnement des chirurgiens avec celui des thanatopracteurs est une ineptie.

    Enfin j’ai cru comprendre que le soin serait rendu obligatoire sans droit de retrait. hallucinant !!!

  6. Concernant la vaccination lors de ma demande d’habilitation de thanatopracteur en 2009, la préfecture m’a demandé d’être vacciné contre l’hépatite B. Donc c’était déjà obligatoire pour pouvoir exercé.

  7. Cher TIPLOUP,
    Merci de me rappeler mon métier et la part d’hétérosexuels vivant avec le VIH, c’est très aimable à vous. N’hésitez pas à passer le message à certains signataires de la pétition qui amalgament VIH, sida et sodomie par exemple.
    Néanmoins, voici les chiffres de 2013 (source InVS et Inserm), pour vous mettre à jour :
    Il y avait 153 000 séropositifs au VIH en France (pas 400 000 !!!), dont 25 000 qui ne connaissaient pas leur statut. Ces 25 000 étaient à l’origine de 60% des contaminations (source : Inserm, Virginie Supervie, 2012) car 80% des 128 000 séropositifs connaissant leur statut sérologique ont une charge virale indétectable (même source, 2013 + dans le rapport Morlat) et donc ne transmettent plus le virus. Cette charge virale n’augmente pas soudainement en cas d’arrêt ponctuel du traitement (par manque d’observance ou décès).
    En d’autres termes, il y a HUIT fois plus de risque THÉORIQUE (aucun cas documenté en thanatopraxie) d’être contaminé par une personne séropositive qui s’ignore que par une personne séropositive qui connaît son statut. Je ne sais pas quoi dire de plus pour démontrer l’absurdité de l’interdiction qui a permis cette fausse sécurité dans une logique « si ça n’est pas interdit c’est que je ne risque rien ». C’est une aberration en matière de santé publique, ce qu’a dit le Haut comité de santé publique dès 2012 : http://www.hcsp.fr/Explore.cgi/avisrapportsdomaine?clefr=304
    Ce qu’a aussi confirmé le Conseil national des opérations funéraires en validant cette réforme.
    Et c’est pour en finir avec la politique de l’autruche qu’avant la levée de l’interdiction il y a eu des décrets et arrêtés pour encadrer davantage la filière, en concertation avec ses représentants. Le risque qui peut être pris par les thanatopracteurs, c’est celui de ne pas respecter les normes sanitaires standards universellement préconisées.
    Dernier point : les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Suisse, etc. pratiquent des soins de conservation sans interdiction pour les défunts porteurs du VIH ou d’une hépatite. Je ne savais pas que les virus français avaient une virulence particulière, mais je suis curieux de lire vos études à ce sujet.
    J’ai cru comprendre que vous étiez médecin, hallucinant !!!

    • Vous ne parlez que du vih dans vos réponse et n’abordez jamais l’hépatite C. Et vous esquivez toute discussion concernant le quotidien des thanatos et leurs conditions de travail. Pourquoi ?

      • Alors pour les hépatites j’en ai parlé dans le premier commentaire, nous en avons parlé dans la lettre ouverte, mais je recommence :
        1. Les épidémies cachées (personnes ignorant leur statut) sont plus importantes encore pour les hépatites virales que pour le VIH : donc la seule réponse rationnelle, c’est le respect des conditions sanitaires standards élevées et universellement applicables ;
        2. Concernant le risque théorique :
        – il y a des vaccins contre les hépatites A et B.
        – il y a désormais des traitements curatifs en six semaines contre le VHC (98% de succès en première intention).
        – dans ce cas pourquoi ne pas interdire les soins sur les défunts porteurs de syphilis ? de grippe ? de l’herpès (84,2% de prévalence en France, incurable) ?
        3. Pour les hépatites virales comme le VIH, votre syndicat nous explique que vous ne pratiquez jamais de dépistage ni de traitement post-exposition. Ce sont les recommandations de l’OMS et des organismes européens et français pour toutes les professions, que le corps soit porteur d’un virus ou non. Le seul principe de précaution, il est là : des protections, du dépistage, des traitements préventifs en cas d’accident. Toute autre stratégie revient à jouer à la roulette russe.

        Enfin pour le quotidien je vous retourne la question : en quoi est-il si spécifique en France ? Et comment, en refusant les protections sanitaires universelles, comptez-vous vous protéger du risque théorique de contamination via les épidémies cachées sinon qu’en faisant appel à votre « bonne étoile » ?
        Et aucun souci pour vous soutenir si votre syndicat décide de se battre pour l’amélioration de votre quotidien et de vos conditions de travail sans fantasmes, contre-vérités et stigmatisations.

        • Je ne connais pas les conditions de travail à l’étranger. Je ne peux parler que de mon quotidien. La plupart des labos de funérarium sont très loin d’être dans des normes acceptables pour que nous puissions exercer sans risques. les pompes funèbres gestionnaires de ces labos ne les entretienne pas. Le ménage n’est jamais fait. La désinfection encore moins. Très peu sont vraiment fait pour pouvoir exercer sans risque. Avant de vous en prendre au dernier maillon de la chaine il faudrait peu être voir les pompes funèbres. Les thanatopracteurs sont dans 80% des cas des sous traitant des pompes funèbres. Ce n’est pas nous qui refusions de toucher aux défunt atteint de vih, on a toujours été d’accord de faire une toilette, habillage, maquillage. C’est les pompes funèbres qui faisaient des mise en bière immédiate. Et au final c’est nous qui payons les pots cassés. Concernant le suivi médical les artisans n’ont aucune visite médical ni aucun suivi tout cour dans notre pays. Seuls les salariés sont protégés. Et comme je le dit et le répète nous n’avons pas de matériel stréril ni jetables. Les pompes funèbres (nos clients) nous mettent trop la pression pour qu’on puisse avoir assez de temps pour laisser tremper nos instruments 1/2h entre chaque soin qui peuvent être séparer de 150km. Je vous site juste un exemple que j’ai vécu en début de semaine. Je prends la route à 7h du matin pour aller chez un client à 1h30 de route de chez moi. A 7h30 je reçois un coup de fil d’un autre client pour un soin de conservation dans un domicile. Je lui dis que je peux être là qu’à 11h30 (1h30 de route aller, 1h30 de soin et 1h30 de route retour). Et bien mon client a appelé mon concurrent qui lui est arrivé à 11h10. J’ai donc perdu un soin (ce qui me fait gagner ma vie) pour 20 minutes. C’est ça la réalité de notre profession. Et je vous raconte pas si je dois augmenter mes prix pour utiliser du matériel à usage unique (dont certains n’existe pas).

  8. Monsieur Poultreniez, voici, par copier/coller, le rapport de 2012 que vous avez évoqué et cela dans son intégralité :
    « Recommandations pour les conditions d’exercice de la thanatopraxie
    Le Haut Conseil de la santé publique a été saisi par la Direction générale de la santé et la Direction générale du travail sur les risques liés aux pratiques de thanatopraxie et sur la possibilité de lever l’interdiction des soins de thanatopraxie pour les personnes décédées d’une des pathologies infectieuses mentionnées dans l’arrêté du 20 juillet 1998 (maladies contagieuses portant interdiction de certaines opérations funéraires, parmi lesquelles le VIH et les hépatites virales).
    Dans son rapport et son avis, le Haut Conseil de la santé publique rappelle que les soins de thanatopraxie sont des actes invasifs, nécessitant l’utilisation de produits toxiques voire cancérogènes. Quelles que soient les conditions dans lesquels ils sont réalisés, ils génèrent des risques pour le thanatopracteur. L’objectif du HCSP est de proposer un encadrement des conditions de travail des thanatopracteurs tel que ces risques soient réduits à un niveau aussi faible que possible. L’acceptabilité du risque résiduel devrait être analysée dans une perspective bénéfice-risque, qui nécessite un débat sociétal.
    Le HCSP recommande :
    • qu’une bonne information des familles de défunts sur la réalité des soins de thanatopraxie soit délivrée ;
    • que les actes soient réalisés exclusivement dans des locaux dédiés, spécifiques, et dans des conditions qui permettent de réduire les risques ;
    • que les thanatopracteurs soient correctement formés à l’hygiène et à la sécurité.
    Il recommande, sous ces conditions, la levée de l’interdiction des soins de corps pour les personnes décédées des infections par le VIH et les virus de l’hépatite B ou C. »

    Monsieur Poultreniez nous n’avons pas la même lecture du rapport car il me semble tout à fait raisonnable.
    En effet , moi je lis : Le HCSP recommande …que les actes soient réalisés exclusivement dans des locaux dédiés, spécifiques, et dans des conditions qui permettent de réduire les risques …que les thanatopracteurs soient correctement formés à l’hygiène et à la sécurité.
    Il recommande, +++ sous ces conditions+++, la levée de l’interdiction des soins de corps pour les personnes décédées des infections par le VIH et les virus de l’hépatite B ou C.

    A l’évidence ces conditions ne sont pas remplies.

    Pour parler de ce que je connais, c’est à dire de mes conditions de travail et de mes pratiques de réanimateur: se suis amené à réaliser des gestes invasifs sur des patients à risques (HIV et surtout VHC). Pose de cathéters artériels ou veineux, drains, intubation… Pourtant je n’ai pas le sentiment de m’exposer à un risque car :
    1- je dispose du dossier du patient : antécédents, sérologie, suivi du patient , dernière charge virale, assiduité au traitement antiviral
    2 – je prends tout le temps pour m’organiser en minimisant au maximun le risque de piqure : je sais où sont les aiguilles, le bistouri, ma table est bien rangée….
    3- je peux utiliser des doubles gants ou des gants spéciaux
    4- en cas d’AES, je peux appliquer aussitôt les recommandations adéquates et je dispose du patient (on réalise donc un prélèvement sanguin, avec son accord bien sûr), d’un médecin biologiste 24h sur 24 qui va analyser ce prélèvement et du médecin de garde pour les EAS et qui va évaluer les risques de transmission du virus et ainsi Je pourrais avoir recours à la trithérapie préventive en cas de risque de contact avéré au HIV.
    5- Bien entendu, je vérifie ma séronégativité du moment et j’ai un suivi sérologique dans les semaines qui suivent.

    Ce n’est pas du tout les mêmes conditions de travail pour les thanatopracteurs.

    Il me semble que si l’interdiction est levée, les soins de conservation doivent être réalisés uniquement en milieu hospitalier pour ces défunts à risques de transmission virale. Il y aura forcément un coût supplémentaire mais cela semble parfaitement réalisable.

    Enfin vous insinuez que dans les pays étrangers, la pratique des soins de conservation est courante. Je pensais l’inverse, que c’était plutôt une spécificité française. Je n’arrive pas à trouver l’information. Pouvez-vous citer vos sources ?

    • Alors :
      1. Le HCSP disait en 2012 « oui à la levée si interdiction des soins à domicile pour tout le monde ». Il a dit en 2017 « ok pour la levée vue l’encadrement des soins à domicile » (par l’arrêté de mai 2017). Ce n’est d’ailleurs pas la seule instance à avoir approuvé l’arrêté sur les soins à domicile d’ailleurs : https://www.legifrance.gouv.fr/eli/arrete/2017/5/10/AFSP1703920A/jo/texte
      Faites la lecture que vous voulez mais le HCSP et le CNOF ont validé l’ensemble des textes publiés en 2017. Ce n’est pas mon avis qu’on a demandé mais celui de médecins et de représentants de la profession…

      2. Le HCSP a aussi réalisé une étude comparative sur 30 pays (http://www.hcsp.fr/Explore.cgi/avisrapportsdomaine?clefr=609). On y lit : « les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Irlande autorisent les soins de conservation sur les défunts atteints de VIH et d’hépatites virales. Aucune préconisation particulière n’est exigée car pour eux, chaque soin doit faire l’objet d’une protection maximale et il faut considérer que chaque corps traité est susceptible d’être atteint d’une affection potentiellement dangereuse et extrêmement grave. Le thanatopracteur ne peut jamais savoir avec certitude si le corps qu’il traite est exempt d’affections. » et aussi :  » concernant la thanatopraxie à domicile, nous avons montré que la France n’est pas le seul pays où elle existe, mais elle est, pour le moment, celui où elle se pratique le plus. Seule la situation de l’Irlande est comparable à celle de la France en termes de volume et de fréquence. »

      Au regard des épidémies cachées (et pas seulement sur VIH, VHB et VHC), la question n’est pas d’interdire ou non, partiellement ou totalement, les soins pour des défunts en particulier, mais bien d’interdire ou non les soins à domicile en fonction de la possibilité ou non de les pratiquer dans des conditions sanitaires standards. La France et l’Irlande semblent faire exception dans le monde. En tout état de cause, l’arrêté sur les soins à domicile devrait fortement limiter la possibilité des soins à domicile. Sauf si les professionnels décident de ne pas respecter la loi.

  9. Merci pour les infos monsieur Poultreniez concernant les soins de corps invasifs en Europe et dans le monde; je retiens que, si on écarte l’Irlande , il semble bien qu’il s’agisse d’une spécificité française concernant les soins à domicile. Quel pourcentage de soins invasifs se pratiquent aux USA et à quel prix? il nous manque beaucoup trop d’information.
    Je voudrai revenir sur le chiffre de 25000 personnes qui ignorent leurs séropositivités HIV. Il s’agit de personnes vivantes et la plus part d’entre elles seront amenées à connaître leurs séropositivités avant leurs décès. Le nombre de corps infectés à soigner pour les thanatopracteurs est donc beaucoup, beaucoup plus faible. Combien ? Personne ne peut répondre à cette question. Je pense que cela concerne avant tout les morts violentes : quelques dizaines tout au plus à mon avis.
    Enfin on se polarise sur le virus HIV. Mais la contagiosité est beaucoup plus élevée avec le virus de l’hépatite C et cela concerne cette fois 400 000 patients.
    La levée de l’interdiction sera effective au premier janvier 2018 avec la bénédiction d’une communauté scientifique qui se trompe régulièrement : en effet, où sont les centaines de milliers de gens atteints de la maladie de Creutzfeldt-Jakob que l’on nous avait annoncés ? 0 cas avéré depuis 2015 et pourtant les précautions vis à vis du prion sont toujours les mêmes et disproportionnés.

    Quand est t ‘il du fameux principe de précautions dans ce cas de levée de l’interdiction ?

    Les pratiques des thanatopracteurs sont ahurissantes et ceux-ci ne se rendent même pas des risques qu’ils encourent. Ils ne disposent que de quelques mois pour s’adapter, c’est impossible. Combien d’entre eux vont contracter l’hépatite C et cela sans pouvoir la déclarer en maladie professionnelle ?

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