Syndrome de Cotard : Graham, le mort vivant déprimé

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zombie syndrome de cotard

L’esprit humain est une mécanique fascinante, tant du point de vue purement neurologique, avec le fonctionnement du cerveau, que plus métaphysique, avec la construction des schémas de pensée. Malheureusement, tout cela s’arrête à la mort. Sauf pour certains.

Qui a eu cette idée folle…

Tout commence en Angleterre, dans une baignoire. Décrivons la scène : la baignoire est remplie d’eau et de Graham, un britannique d’une petite trentaine d’années, qui s’avère être considérablement déprimé. Après avoir poussé un énorme soupir, considéré mornement la pièce qui l’entoure, il tend la main vers sa radio, et d’un geste déterminé, la plonge dans la baignoire.

Fin. Merci, à vendredi prochain pour une autre aventure extraordinaire de la mort.

Non, attendez une minute : Graham n’est pas mort. Ce qui nous arrange, parce que sinon, l’histoire aurait tout de même été extraordinairement courte, et vaguement inintéressante. Par un extraordinaire concours de circonstance, les plombs sautent au bon moment, et Graham en est quitte pour une belle châtaigne.

The lonely walking dead

Huit mois plus tard, Graham est devant son médecin, et le toubib est perplexe. Son patient va bien, sa tension est normale, ses analyses sanguines sont normales, tout est normal, sauf que le jeune homme l’accuse indirectement d’incompétence. En effet, Graham soutient mordicus que, ce jour là, il est mort dans sa baignoire.

Le docteur appelle donc du renfort, et Graham se retrouve au service psychiatrique de l’hôpital. Là, il réitère son histoire : il a lancé sa radio dans sa baignoire, le choc a grillé son cerveau, il est mort. Les praticiens hospitaliers essaient de le raisonner : son cerveau ne peut pas avoir grillé, puisque, Graham étant capable d’expliquer que son cerveau est mort, c’est la preuve qu’il peut tenir un raisonnement et un discours, chose que quelqu’un doté d’un cerveau mort ne peut pas faire.

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Rien à faire : Graham explique qu’il est dans les limbes, coincé entre le monde des vivants auquel il n’appartient plus et celui des morts. Sa pathologie a un nom, le syndrome de Cotard.

Cas curieux

Les psychiatres se rendent bien vite à l’évidence : contre toute attente, son cas ne dépend pas d’eux, mais des neurologues. Deux sommités sont rapidement convoquées au chevet du patient, qui passe, à cette époque, le plus clair de son temps à errer dans les cimetières, seul endroit où il se sente chez lui.

Adam Zeman, de l’université d’Exeter, au Royaume-Uni, et Steven Laureys, de l’université de Liège, en Belgique, les deux professeurs, décident de passer un PET scan, tomographie qui permet d’avoir un aperçu de l’activité cérébrale du patient. Et les deux spécialistes en restent comme deux ronds de flan.

Les tests sont formels : l’activité du lobe frontal et du lobe pariétal de Graham sont quasiment les même que ceux d’une personne en état végétatif. Les médecins relativisent : ce genre de test n’ayant pas, jusqu’ici, été réalisés sur des malades touchés par le syndrome de Cotard, rien ne dit qu’ils ont mis le doigt sur quelque chose. D’autre part, la quantité phénoménale d’antidépresseurs divers administrés à Graham pourrait avoir déclenché ces effets.

Cette historie s’arrête là. A force de traitements, les médecins ont pu redonner à Graham une certaine autonomie. Le jeune homme admet aujourd’hui qu’il est en vie, même s’il a besoin, chaque matin, de faire des exercices intellectuels pour s’en convaincre. Une part de son esprit essaie en permanence de le persuader qu’il est mort.

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Le syndrome de Cotard est, aujourd’hui, une affection rare, et toujours aussi mystérieuse.

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