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Habiller un défunt, du raffinement, au cérémonial à la porte du deuil

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Habiller un défunt

Aujourd’hui on m’a dit « tu reviens du sport? » alors que j’étais en jeans…Il y a des jours où la mode et moi on est fâché. D’ailleurs des jours où le monde et moi on est fâché mais c’est une autre histoire. Habiller un défunt ça fait partie de tout un cérémonial, c’est une étape importante pour les professionnels, qu’ils soient thanatopracteurs, agents mortuaire, ou pompes funèbres, mais c’est également une étape importante pour les familles, qui, en donnant les vêtements, participent d’une manière ou d’une autre au déroulé des obsèques qui est, on le sait, la porte du deuil.

Cela paraît anodin comme ça, habiller un défunt et pourtant ça ne l’est pas du tout. Ça répond à des gestes précis de la part des professionnels, et cela demande aux familles un geste symbolique fort. Et c’est à ce geste que je m’intéresse aujourd’hui.

La saisonnalité

Avez-vous déjà remarqué que les défunts sont habillés en mode hiver en hiver et en mode été en été ? Pourtant cela n’a aucune importance dans les faits, mais c’est « psychologique » l’on me dit. Moi qui cherche à comprendre, je vois dans ce comportement du positif et du négatif. Le positif c’est que le défunt fait partie intégrante d’un présent. Il est décédé, là, maintenant, à cette époque précise et on le revêt alors comme nous. Ça permet de marquer le départ, d’établir un temps de pause et d’inscrire le décès dans un moment précis.

Mais justement à l’inverse, le risque n’est-il pas de ne pas se détacher de ce moment, et de ne pas comprendre que le défunt est dans un temps différent du nôtre ? Est-ce vraiment aider le travail de deuil ? Des questions qui, à mon sens, n’ont de réponses que par les personnes concernées.

Pour les professionnels en revanche c’est une autre histoire « on voit ça tout le temps » rapportent les thanatopracteurs. « L’avantage c’est qu’en été ça va plus vite, l’inconvénient ce sont les marques ou cicatrices qui sont plus difficiles à camoufler avec une robe ou un t-shirt ». En hiver, c’est l’inverse, « habiller un défunt en hiver prend plus de temps, t-shirt, chemise, veste, parfois écharpe, mais ça fait partie du travail et c’est important pour la famille ».

L’absence de tenue

Il y a diverses raisons à cela, mais parfois il n’y a pas de vêtement, la famille n’en donne pas ou la famille… ne viendra pas. Dilemme. Certains sont parés à cette éventualité « J’ai toujours une blouse d’hôpital ou une robe de chambre au cas où, je ne veux pas laisser le défunt comme ça, je trouve ça trop triste » me confie un thanatopracteur. « Parfois aussi, j’ai des affaires de rechange, les familles nous amènent plusieurs habits, ils nous demandent de choisir, et ne veulent pas les récupérer, donc j’utilise ces rechanges pour d’autres défunts. »

Les accessoires

Alors là attention aux bijoux, en formation on vous expliquera qu’il faut ôter les bijoux, surtout les alliances, les mettre dans une petite pochette, signer une décharge, de préférence en présence d’un témoin et la donner à la pompe funèbre. Ne prenez surtout aucun risque. Par contre la famille peut vous demander d’ajouter des accessoires, une montre, un chapelet – cela se fait encore régulièrement– poser du vernis, maquiller avec le maquillage de la défunte, mettre des chaussettes et des chaussures, même si ça vous paraît anodin, un chapeau, etc. Là encore, la famille a besoin de ces petits objets particuliers qui font du défunt une représentation de ce qu’elle était et elle a besoin que celui-ci « parte, comme il a toujours été ».

La mise en scène

Aïe, je sais c’est compliqué, lorsque vous voyez dans le sac sur la table dépasser le tulle de la robe de mariée que vous allez devoir enfiler à cette défunte, mariée il y à près de trente ans. Les familles viennent parfois avec des photos et des vêtements exceptionnels, parce que pour eux, c’est un jour exceptionnel et elles veulent que leurs défunts soient inhumés ou crématisé dans leurs plus beaux vêtements. Là encore ça n’est pas toujours la panacée pour les professionnels, c’est même parfois impossible. Il faut user de pédagogie auprès de la famille en expliquant qu’un corset après un prélèvement multi organes c’est parfois compliqué avec les cicatrices ou qu’il faudra découper les vêtements même si ça en fait bondir certains.

La mise en scène des vêtements peut également être vue au travers des rites religieux, les tenues représentent alors un symbolisme fort qui va au delà de l’aspect esthétique des défunts mais qui s’inscrit dans un véritable cérémonial du rite de passage.

Tout comme de notre vivant, au fil des époques, les vêtements revêtent une véritable histoire de notre culture, de notre représentation du monde et de nos relations sociales. C’est exactement la même chose une fois décédé et cela s’inscrit en plus dans une démarche ou professionnels du funéraire et familles, main dans la main ouvrent ensemble les portes du deuil.

L’enfant endeuillé : le paramètre inconnu des obsèques

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enfant endeuillé

J’ai coutume de dire que l’enfant est le paramètre inconnu des obsèques.
Pourquoi ?
Tout ce qui touche de près ou de loin à la mort est encore socialement tabou certes, mais surtout ankylosé.
Lorsque la mort tombe, elle pèse sur la société. Comment aider un enfant endeuillé ?

Nous sommes dans un monde médicalisé, lorsque quelque chose ne va pas, on va essayer de guérir le mal.
Seulement la mort et ses conséquences, on ne peut pas les guérir.

Que fait-on ? On écarte, on enlève, on ne veut pas voir.

Je parlais il y a peu avec une dame qui m’expliquait qu’elle était heureuse qu’on s’intéresse de près au deuil pour enfant car lorsqu’elle était elle-même enfant, son père s’est suicidé.
Sa mère et elle se sont retrouvées bien seules face à leur tristesse et leur culpabilité.
Le suicide est une problématique complexe à aborder. Est-ce un fait isolé, individuel ou un fait collectif ?

La question est la même pour le deuil, et surtout pour l’enfant endeuillé.

Est-ce une responsabilité individuelle ? Doit-on pointer du doigt les pompes funèbres qui n’évoquent pas la place des enfants pendant les obsèques ? Doit-on juger les parents, qui pour une raison ou pour une autre écartent les enfants de la cérémonie ?
Ou bien est-ce une responsabilité collective, institutionnelle, étatique, éthique ?

Remettre l’enfant endeuillé au cœur de la cérémonie

On a longtemps écarté les enfants des obsèques parce qu’on pensait à tort, que la peine des enfants étaient moindre. Or, on s’est heureusement aperçu que ça n’est pas le cas.
Les enfants sont tout aussi impactés par le chagrin qu’un adulte au moment du décès mais il n’a pas toujours la même manière de s’exprimer.

Seulement aujourd’hui on les écarte toujours. Pour ne pas leur faire de peine mais aussi parce qu’on ne sait absolument pas quoi dire, ni faire avec ces petits êtres au cœur lourd.

Dans cette société du Xxi eme s. qui est tournée résolument vers demain, tout va vite. Les médias, les réseaux sociaux, mais la société en générale accélère tout. Ça n’est pas une question de bien ou mal, c’est comme ça, c’est tout.

Le choc du décès, nous pousse à l’immobilisme.

Le deuil nous renvoie toujours face à nous-mêmes, et dans ces moments là, comme dans tous les moments où les vents tournent ; rupture, maladie, licenciement, nous sommes incapables de prédire la manière dont nous réagirons.

Nos enfants sont dans la même configuration, leur peine n’est pas moindre. Au même titre qu’il n’y a pas un chagrin mais des chagrins, il y a différentes manières de réagir. À nous d’aider nos enfants à trouver la leur.

Comment aider l’enfant endeuillé ?

Lorsque la mort frappe, elle représente un double échec.
Non seulement on a échoué face à la vie, mais en plus, en tant qu’adulte, en tant que parent nous avons échoué dans la seule tâche qui nous est confié à leur naissance: les protéger.

Il ne faut pas oublier que c’est souvent la première fois qu’un enfant voit ses parents démunis, triste avec du chagrin et surtout sans réponse aux maux de la vie.

Vous êtes professionnels de santé, professionnels du funéraire. Vous êtes acteurs de la vie et la mort. Très concrètement, une famille entre dans une agence de pompes funèbres.
On oublie très souvent, qu’un conseiller funéraire prend la mort de plein fouet, c’est souvent la première personne à qui l’on annonce un décès avant parfois les autres membres de la famille.
Un conseiller funéraire n’a pas toujours la généalogie d’une famille sous les yeux, pourtant elle sait que quelque part il y a des enfants, petits-enfants, neveux et nièces, mais c’est très difficile d’aborder cette question si la famille n’en soulève pas le propos.

Le premier point, cela va être de lever le voile.
À la question : Est-ce-qu’un enfant peut voir le corps physique du défunt ? Si il y a pas de problème technique/physique, la réponse est oui, si c’est une demande de l’enfant.
Comme pour nous, voir c’est aussi une manière de savoir.

Pour protéger l’enfant on ajoute beaucoup de secret autour du défunt, on chuchote, on parle à demi mot avec des « tu sais bien » « il n’est plus là », « elle est partie ». pourtant savoir ce qu’il se passe au moment là est aussi une manière d’ouvrir la porte du deuil.

Comment parler de la mort aux enfants ? Déjà, en tout premier lieu en y mettant le bon mot et le bon mot il n’y en a qu’un c’est le mot « mort ». Même s’il dérange, même s’il paraît effrayant, il l’est d’ailleurs bien plus pour un adulte, qu’un enfant.

La langue française est très riche, pour chaque situation on peut utiliser plusieurs mots. Mais avec la mort on tourne autour. On utilise volontiers des mots, toujours dans ce même soucis de protection qui amène une confusion chez l’enfant, tels que « parti », « disparu », »endormi », « en voyage ».
De jolis mots par ailleurs, mais qui ont du sens dans un tout autre contexte.

Bien sur il faut réussir à prendre en compte deux éléments. L’âge de l’enfant et les croyances de chacun.
Tout le monde n’est pas d’accord sur les étapes du deuil, déjà chez les adultes mais aussi chez les enfants.

Les phases de deuil de l’enfant endeuillé

Ce qu’on peut dire c’est qu’il y a environ trois phases essentielles par rapport à l’âge de l’enfant. Avant 5 ans, un enfant n’a pas de perception de la mort. Pour lui , la mort est magique, un peu comme dans un dessin animé. S’il dit une parole magique ou le souhaite très fort, la personne qui n’est plus là peut réapparaitre. Voilà pourquoi il est important de ne pas prononcer le mot « disparu » pour un enfant de moins de 5 ans, ça ajouterait du fantasme à cette idée de réapparition.

Entre 5 et 9-10, un enfant comprend que la mort est quelque chose de définitif, sans plus aucun retour en arrière possible. On est dans un acceptation plus prononcée de la réalité. Mais il y a toujours cette idée de personnalisation de la mort, que c’est un fait extérieur, quelque chose, quelqu’un qui vient nous prendre quelqu’un que l’on aime, une partie de nous.

Au delà de 10 ans, on peut aborder le deuil d’une manière plus proche de celle d’un adulte, mais il y a encore une grande notion de culpabilité.

Pour un enfant, la mort c’est le début de l’injustice, c’est le moment où un petit être est arraché à la protection que représente l’enfance.

C’est pourquoi il est très important de peser chaque mot, de l’inviter à s’exprimer sur ce qu’il ressent, mais toujours sans l’obliger.

Un enfant peut agir exactement de la même manière qu’un adulte. Il peut pleurer, montrer son chagrin, se recueillir, témoigner.

Mais on sous estime souvent la grande capacité d’adaptation des enfants. S’ils voient leur parent tristes ils peuvent à la fois se sentir coupables, mais aussi ne rien laisser transparaitre de ce qu’ils ressentent pour ne pas ajouter une peine supplémentaire à leur parent.

Ce qu’il est possible de dire  à l’enfant endeuillé

La vérité : Par des mots clairs, compréhensibles, l’important est de faire comprendre le fait que la mort fait partie de la vie, qu’elle est à la fin de toutes choses. Que cela fait parti d’un cycle.

Que ni lui ni les gens qu’ils aiment ne risquent quelque chose. La mort peut être considérée comme une maladie contagieuse. Sa notion du temps étant encore floue c’est important à ce moment là de ne pas dire que la personne est « endormie » ce qui amènerait une angoisse au moment du coucher non seulement du sien mais aussi de sa famille.

Qu’il n’est pas responsable. Que aucune parole ni aucun acte n’est responsable du décès de l’être aimé. Il s’agit là de le déculpabiliser. C’est d’autant plus important lors d’un suicide d’un parent.

Ben sur aussi qu’il est aimé et protégé. Que certes la mort de quelqu’un est très triste parce qu’on aurait eu envie de continuer à revoir cette personne et de partager d’agréables moments, mais qu’il est aimé par ses parents, sa famille, ses amis, et que lui aussi aime beaucoup de personnes. C’est le grand enjeu du deuil chez un enfant qu’a perdu un frère ou une sœur et dont les parents sont dans un sentiment très compliqué à ce moment. L’excluent-ils ? Reportent ils l’amour sur lui ? Il doit être aimé pour lui même.

J’insiste aussi sur le point de l’importance du souvenir. Et ce souvenir il se travaille dès le décès. Poser un dessin, écrire un petit mot, déposer une fleur sont autant de gestes d’une grande importance qui impliquent directement l’enfant dans la cérémonie. La cérémonie c’est le rite des vivants, c’est un moment pour dire au revoir, pour dire je t’aime. Si nous nous en avons besoin, nos enfants aussi.

Un enfant peut agir comme si de rien était après un décès, et plusieurs semaines, voire mois après le décès. Il peut poser une question comme « il est ou papi? » ou « elle va revenir maman ? » Et là on se rend compte qu’on a pas abordé la question correctement. Là si l’enfant pose une question c’est très positif parce qu’il arrive à verbaliser tout ça. Dans la plupart des cas un enfant peut finir par se murer dans le silence, être en état isolement à l’école ou avoir des insomnies, faire des cauchemars.

L’important est d’arriver à faire en sorte de verbaliser ses émotions.
Non ça ne va pas passer, s’il a envie d’être triste laissez le être triste, un temps en tout cas, il a besoin de marquer le chagrin. Il a le droit d’être en colère contre cette personne qui n’est plus là aujourd’hui, et il en a le droit sans s’en sentir coupable. Et c’est d’autant plus vrai s’il ne s’étendait pas avec la personne décédée. Il peut s’en vouloir. Tout le monde est triste, mais lui non.
Dites lui que vous aussi vous êtes tristes, que vous n’avez pas forcément les mots pour l’exprimer mais que vous le comprenez.
À l’inverse il a aussi le droit d’être heureux, de se rappeler des moment heureux qu’il a eu avec la personne.

S’exprimer sur les sentiments, s’exprimer tout court, par l’écrit, le dessin, la photo, le souvenir, la musique.

Transformer le chagrin en souvenir c’est le grand enjeu, le grand défi du deuil chez les enfants. L’amour ne s’arrête pas avec la mort.


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Le crématorium aéroport : ça vous dit, un petit voyage ?

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crématorium aéroport

Avis aux voyageurs, l’embarquement se fera porte A. Alors que vous êtes des milliers à avoir franchi le portail métallique des aéroports cet été, un crématorium a décidé de repenser sa manière d’organiser les cérémonies en faisant du crématorium une sorte d’aéroport pour aider au processus de deuil en assimilant la mort à un voyage.

Le crématorium géré par Somabhai Patel du groupe Rupaben Sitaram en Inde a été totalement repensé. Inauguré d’ici fin octobre, l’endroit ressemblera à un terminal aéroportuaire afin de diminuer la douleur due à la perte d’un être cher. Pour le président de du crématorium, le départ serait « plus doux ».

Tout est fait selon le modèle d’un aéroport, avec des salons de départ, et d’arrivée. Deux répliques d’avion sont également présentes. Ce crématorium appelé Antim Yatra «  voyage final » est situé dans le Bardoli au sud du Gujarat à 300 km de la capital Ahmedabad.

Le président déclare : «Les gens sont plus heureux de vous accompagner dans l’aéroport que dans un crématorium. Je veux atténuer la douleur des personnes qui perdent leurs proches en leur faisant croire que l’âme vient de commencer un nouveau voyage ».

Cela fait près de 30 ans que le crématorium existe mais cela fait de nombreuses années que tous pensaient à sa transformation. Des dons ont même été faits pour donner une touche d’ambiance au crématorium.  Des répliques de quarante pieds de deux avions, portant les noms Moksha Airlines (salvation) et Swarg Airlines (paradis), sont garées au dessus du dôme du crématorium. Lors d’une cérémonie, les responsables du crématorium emmènent la famille vers l’une des cinq barrières qui constitue le terminal de l’aéroport. Dès que la mise à la flamme s’effectue, la famille peut entendre une bande son où est joué l’air d’un avion qui décolle, et lorsque la crémation est finie, le son d’un avion qui atterrit.

Pour justifier son choix, Patel explique qu’on lui a toujours dit de ne pas pleurer pour les âmes disparues, si celles-ci partent pour un nouveau voyage ».