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Alfonso Elola, précision et délicatesse de l’au-delà

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Alfonso Elola
Alfonso Elola

Dans la jungle des artistes qui ont comme inspiration le thème de la Mort, aujourd’hui je vous emmène à la découverte d’Alfonso Elola.

Pause café. Pause culture, avec Alfonso Elola

Il est ce qu’on appelle un « concept artist » et illustrateur. Basé à Madrid, on entend parler de lui à New York et à Paris.

Alfonso Elola exécute un travail réaliste très complexe.  Chacune de ses illustrations est très détaillée, pourtant il ne tombe jamais dans l’ultra réalisme. Malgré le choix de la composition, il enveloppe toute son histoire dans un halo de lumière qui irradie littéralement son travail.

Des personnages féminins dans une ambiance mortifère, voilà qui devrait en ravir quelques uns.

C’est mon coup de cœur du jour.

Artskills l’a mis en avant sur sa page : http://www.artskills.net/2014/04/26/alfonso-elola/

Par Sarah Paquentin

La petite gomme est une maison d’édition qui accompagne l’enfant dans des périodes complexes de sa vie, comme le décès d’un proche ou le divorce de ses parents.

L’art et la mort, Le Jugement Dernier de van der Weyden

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Polyptyque ouvert
Le jugement dernier, l’apocalypse, la fin du monde, des thèmes frais et sautillants qui ont toujours été porteurs dans l’art.retour sur un chef d’œuvre du genre, Le Jugement Dernier de Rogier van der Weyden.
L’oeuvre et son contexte

Le Jugement dernier est un retable sous la forme d’un polyptyque en quinze panneaux du peintre flamand Rogier van der Weyden, peint entre 1443 et 1452 pour l’Hôtel-Dieu de Beaune sur commande de son fondateur le chancelier de l’État bourguignon Nicolas Rolin. Représentation du thème chrétien du Jour du jugement, il est à l’origine exposé au-dessus de l’autel de la chapelle de la grande salle des malades pauvres, pour que les malades puissent le voir de leur lit pendant les offices ; le retable était fermé les jours de semaine et ouvert les dimanches et jours de fêtes solennelles. L’oeuvre est classée aux monuments historiques depuis le 10 octobre 1891.

À l’intérieur, la représentation du Jour du jugement, si elle fait appel à la tradition iconographique de ce thème chrétien populaire à la fin du Moyen Âge et à la Renaissance, laisse une grande place à l’imagination de son auteur, ce qui en fait l’originalité.

Au centre, le Juge suprême, assis sur un arc-en-ciel, surveille saint Michel rendant son jugement, avec immédiatement de part et d’autre la Vierge et saint Jean le Baptiste. Saints et apôtres sont posés sur des nuages et forment une cour céleste. À terre, les morts se relèvent et saint Michel pèse leurs bonnes et mauvaises actions. Jésus bénit de sa main droite les justes et de sa main gauche, près de l’épée, maudit les damnés. Les uns sont précipités dans le feu éternel (à droite), tandis que les autres sont accueillis par un ange à la porte des cieux (à gauche). L’absence de démons exerçant une contrainte physique sur les pécheurs, la force de la conscience se suffisant à elle-même, fait de cette œuvre un cas unique dans les représentations du Jugement dernier.

Retable-fermé L'art et la mort, Le Jugement Dernier de van der Weyden

L’auteur

Né Rogier de La Pasture (Tournai, 1399/1400 – Bruxelles, 18 juin 1464) , il fit traduire littéralement son nom en « Van der Weyden » lors de son installation à Bruxelles en 1435. La dénomination de Rogier van der Weyden retenue actuellement provient d’un acte notarié signé par le peintre. Il est dénommé en outre « Rogier van Brugghe » par Carel van Mander dans son ouvrage Schilder-boeck, premier dictionnaire biographique de référence sur les peintres néerlandais, flamands et allemands.

En 1836, cette œuvre magistrale, un des chefs-d’œuvres absolus de l’âge d’or de la peinture néerlandaise, est découverte entièrement recouverte de badigeon à l’Hôtel-Dieu de Beaune. En 1875 les administrateurs des lieux décident de faire restaurer à neuf le panneau le plus abîmé, celui de l’Enfer, par le Musée du Louvre de Paris, suivi du restant du retable, travail achevé en 1878. Les panneaux du retable ont été sciés dans leur épaisseur pour en exposer à la fois l’envers et l’endroit.

En 1975, il est exposé dans une salle aménagée du musée à température et degré hygrométrique constants, pour éviter les détériorations dues aux 350 000 visiteurs annuels des lieux. Il est un rare exemple, avec L’Agneau mystique des frères Hubert et Jan van Eyck, d’une œuvre demeurée sur les lieux d’origine.

L’art et la mort : Un enterrement à Ornans, Gustave Courbet

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obsèques
Gustave Courbet est surtout connu pour l’Origine du Monde. C’est oublier un peu vite une œuvre naturaliste, qui a en de nombreuses occasions fait scandale, comme cet Enterrement à Ornans.
L’auteur
Lorigine-du-monde-300x249 L'art et la mort : Un enterrement à Ornans, Gustave Courbet
L’origine du monde

Gustave Courbet est né le 10 juin 1819 à Ornans, près de Besançon (Doubs), et mort le 31 décembre 1877 à La Tour-de-Peilz, en Suisse. C’est un des chefs de file du courant réaliste. Il est principalement connu pour le réalisme cru de ses œuvres, notamment L’Origine du monde (1866), qui provoqua le scandale chez ses contemporains… Et encore parfois aujourd’hui.

Anticlérical, ami de Proudhon et proche des anarchistes, il fut l’un des élus de la Commune de Paris de 1871. Accusé d’avoir fait renverser la colonne Vendôme, il est condamné à la faire relever à ses propres frais. Réfugié en Suisse, il meurt avant d’avoir commencé à rembourser.

Rares sont les artistes qui ont, davantage que Courbet, construit leur carrière grâce à la stratégie du scandale. Les critiques ont interprété les œuvres du peintre de manière parfaitement antinomique, nourrissant l’image d’un peintre insoumis et frondeur. Ainsi, tandis que les détracteurs, parmi lesquels Charles Baudelaire et Théophile Gautier, stigmatisent une peinture réaliste qui corrompt l’ordre du monde et le précipite vers le déclin en promouvant la laideur et le vice, ses défenseurs, Émile Zola en tête, considèrent qu’elle est plus sincère, capable de véhiculer esprit d’indépendance, liberté et progrès.

Oeuvre et contexte

Courbet achève Un enterrement à Ornans en 1850, à une période charnière pour l’histoire de France comme pour l’histoire de l’art moderne. Louis-Philippe a été destitué en 1848, et en décembre 1848, Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III, a été élu président de la république.

En 1850, dans cette époque sensible au contexte social, les artistes ne se rangent pas forcément aux côtés de la classe ouvrière et de son combat mais ils se détachent de la bourgeoisie qui rejette les nouvelles formes d’art.

Les 27 personnages pressés en double rang sont tous des habitants d’Ornans que Courbet avait fait poser un à un dans son atelier. Comme à l’église, les hommes (à gauche) et les femmes (à droite) sont séparés. Les hommes portent des costumes noirs et plusieurs d’entre eux un chapeau haut de forme. Les femmes quant à elles portent des coiffes blanches et des capuches noires ; plusieurs d’entre elles tiennent un mouchoir blanc dans la main et pleurent le mort.

Dans Un enterrement à Ornans se mêlent conjointement les thèmes de la mort et de la religion à travers l’enterrement, un rite funéraire occupant une place fondamentale car il soude dans le chagrin la communauté villageoise. Au-delà du rite religieux en lui-même, l’univers de l’œuvre est chargé de symboles ayant des liens avec la religion et la mort :

Une tradition apocryphe indique que « lors de l’agonie du Christ, la terre trembla, se fissura et fit jaillir le crâne d’Adam enfoui depuis des millénaires ». Courbet a justement représenté un crâne dans le tableau, à droite de la fosse. On retrouve ce crâne symbolique dans Hamlet et Horatio au cimetière peint par Delacroix en 1839, seulement dix ans auparavant. Le chien, quant à lui, alimente aussi l’univers symbolique. En effet, dans de nombreuses sociétés, l’animal accompagne l’homme dans l’au-delà et est souvent présent lors des cérémonies sacrées, dans l’Égypte ancienne ou chez les Incas par exemple.

Un enterrement à Ornans fut présenté au Salon de peinture de 1850. Il fut très mal accueilli par les critiques outrés de voir une si grande œuvre, 6,68 mètres sur 3,15 mètres, traiter d’une « anecdote » populaire avec une telle gravité. Ce format panoramique était alors réservé aux grandes scènes historiques, mythologiques ou religieuses. La composition rappelle Le Sacre de Napoléon du peintre David. Cette remise en question de la hiérarchie des genres va choquer les critiques. Ce n’était, pour Courbet, qu’un début…

La mort et l’art : Le radeau de la Méduse

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Le Radeau de la méduse est sans doute l’oeuvre la plus connue de Théodore Géricault. Relation d’un drame bien réel, la toile gigantesque frappe les esprits encore aujourd’hui et trouve un écho dans l’actualité…
Contexte et thème de l’oeuvre

Le 17 juin 1816, La Méduse appareille de l’île d’Aix, avec pour objectif le port sénégalais de Saint-Louis. Elle mène une flottille formée de trois autres appareils. À son bord se trouvent environ 400 passagers, dont le colonel Julien Schmaltz, gouverneur du Sénégal, accompagné de sa femme Reine et de leur fille, ainsi que des scientifiques, des soldats et des colons.

Le commandant Hugues Duroy de Chaumareys, un vicomte revenu d’exil, est nommé capitaine de la Méduse en dépit du fait qu’il n’a plus navigué depuis plus de vingt ans. En voulant prendre de l’avance et en dépassant les trois autres bateaux, la frégate dévie de sa trajectoire de 160 kilomètres et quitte donc la route prévue. Le 2 juillet 1816, La Méduse s’échoue sur le banc d’Arguin, à 160 kilomètres de la côte mauritanienne. L’équipage construit un radeau avec des espars pour délester la frégate de ses lourdes marchandises, à l’exception des canons, et la déséchouer.

Le 5 juillet et la mer devient mauvaise, rendant l’évacuation nécessaire. 233 passagers, dont Chaumareys, Schmaltz et sa famille, embarquent sur six canots et chaloupes afin de gagner la terre ferme, à 95 kilomètres de là. 149 marins et soldats, dont une femme, s’entassent sur le radeau de fortune non prévu pour transporter des hommes. Incapable de manœuvrer, le radeau est amarré à une des chaloupes. Mais l’amarre se rompt ou est volontairement larguée. Le commandant de Chaumareys décide alors d’abandonner à leur sort les passagers du radeau, avec leurs maigres vivres.

La situation se dégrade alors rapidement : les naufragés, pétris de peur, se disputent et font tomber leurs barriques d’eau douce dans l’océan, se reportant sur les barriques de vin pour étancher leur soif. Au septième jour, il ne reste que 27 survivants dont la moitié agonise. La faim, la colère, le délire éthylique pousse quelques désespérés à se jeter à l’eau ou à se livrer à des actes d’anthropophagie.

Les officiers décident de jeter les blessés à la mer afin de conserver les rations de vin pour les hommes valides. Au bout de treize jours, le 17 juillet 1816, le radeau est repéré par le brick L’Argus, alors qu’aucun effort particulier n’était entrepris pour le retrouver. Il n’a à son bord que quinze rescapés, qui sont suspectés de s’être entretués ou d’avoir jeté les autres par-dessus bord, voire d’avoir commis des actes de cannibalisme. La plupart des naufragés seraient morts de faim ou se seraient jetés à l’eau de désespoir. Au total, le naufrage cause la mort de plus de 150 personnes.

Le tableau

Le Radeau de La Méduse dépeint le moment où, après treize jours passés à dériver sur le radeau, les quinze survivants voient un bateau approcher au loin, alors même que l’état de l’embarcation de fortune est proche de la ruine. La monumentalité du format (491 cm × 716 cm) fait que les personnages en arrière-plan sont à échelle humaine, et que ceux au premier plan sont même deux fois plus grands qu’un homme : proches du plan de l’œuvre, entassés, les personnages créent un effet d’immersion du spectateur dans l’action du tableau.

Le radeau de fortune semble sur le point de sombrer, voguant dans une mer déchaînée, tandis que les naufragés sont représentés totalement anéantis et désemparés. Un vieil homme tient la dépouille de son fils sur ses jambes ; un autre pleure de rage, abattu ; un cadavre sans jambes à gauche évoque les pratiques anthropophages qui ont eu lieu sur le radeau réel tandis que des 
taches
 éparses
 de 
rouge
 sang rappellent
 les 
affrontements
. Plusieurs corps jonchent le radeau, au premier plan, sur le point de tomber à l’eau en raison des vagues. Les hommes au milieu de l’embarcation viennent d’apercevoir un bateau au loin ; l’un d’entre eux le montre du doigt, tandis qu’un membre de l’équipage se tient debout sur une barrique vide et agite sa chemise en l’air afin d’attirer l’attention du navire.

La mort et l’art : le Requiem de Mozart

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Oeuvre funèbre, le Requiem fut également une œuvre funeste, inachevée à cause de la mort du musicien. Le Requiem est souvent considérée comme le chef d’oeuvre de Mozart dans une carrière qui n’en manquait pas.
Contexte de l’oeuvre

Dans les années précédant sa mort, Mozart revint vers la musique sacrée largement délaissée après sa séparation d’avec le Prince-archevêque Colloredo. Au cours de l’année 1791, Mozart reçut la commande d’un Requiem de la part de plusieurs intermédiaires anonymes, agissant pour l’excentrique comte Franz de Walsegg. La moitié de la récompense était jointe à la commande. Mozart se conforma à la forme traditionnelle du texte du Requiem, et renonça simplement à mettre en musique le Graduale, le Tractus et le Libera me, ce qui se fait en général.

Au fur et à mesure que la composition avançait, la santé de Mozart se dégradait. À sa mort, le 5 décembre 1791, il avait uniquement écrit les premières mesures de l’Introït pour tous les instruments et le chœur. Pour la pièce suivante, le Kyrie, ainsi que la majeure partie des vingt strophes de la séquence Dies iræ, seules les voix du chœur et la basse continue étaient terminées. Au-delà, seuls quelques passages importants de l’orchestre étaient esquissés. Le Lacrimosa, dix-huitième strophe, se terminait à la huitième mesure, il resta inachevé.

On peut comprendre que la veuve de Mozart, Constance Mozart, tenait beaucoup à ce que l’œuvre inachevée soit complétée, une des raisons étant de ne pas avoir à rembourser la première moitié du paiement versée d’avance, et de pouvoir obtenir la seconde moitié. Elle confia donc la tâche de terminer le Requiem à d’autres compositeurs, principalement des élèves de Mozart. Constance Mozart s’adressa d’abord à Joseph Eybler. Il travailla à l’orchestration des strophes du Dies Iræ, de la première strophe jusqu’au Lacrimosa, mais abandonna ensuite la tâche pour des raisons inconnues. Il rajouta ses compositions directement sur la partition autographe de Mozart.

Un autre jeune compositeur et élève de Mozart reçut alors la demande : Franz Xaver Süßmayr, qui put s’appuyer sur le travail d’Eybler pour l’orchestration. Süßmayr écrivit les parties de trompettes et de timbales dans le Kyrie (ainsi qu’une partie des indications manquantes de la basse continue) et compléta l’orchestration de la Séquence ainsi que l’Offertoire, termina le Lacrimosa et composa d’autres parties de la messe : le Sanctus, le Benedictus et l’Agnus Dei. Il compléta ensuite la Communion (Lux Æterna), dans lequel il répéta les deux mesures d’ouverture, que Mozart avait lui-même composées, et leur donna les paroles du Lux Æterna.

Alors que les rajouts au Kyrie et l’orchestration d’Eybler étaient directement inscrits sur la partition de Mozart, Süßmayr réécrivit sur une nouvelle feuille la partition originale et les rajouts, parfois en les modifiant selon ses idées. Il y eut alors deux partitions : d’une part la « partition de travail », qui contenait l’écriture de Mozart et les rajouts d’Eybler, et qui servait de base au travail de Süßmayr, et d’autre part la « partition à livrer », avec la version achevée par Süßmayr. Cette dernière comportait une signature falsifiée de Mozart (par Süßmayr), et était datée de 1792.

La musique

L’œuvre est écrite pour quatre solistes (soprano, alto, ténor et basse), un chœur à quatre voix et un orchestre symphonique réduit, composé de deux cors de basset (clarinettes ténor), deux bassons, deux trompettes, trois trombones, des timbales, un ensemble à cordes et une basse continue (orgue). L’absence des bois aigus (flûtes, hautbois) et du cor d’harmonie ne passe pas inaperçue. Ainsi la sonorité de l’orchestre doit beaucoup aux timbres souples et graves des cors de basset et des cordes. L’orchestration, sobre, renforce la gravité et la transparence de l’œuvre, et crée une atmosphère sombre et austère.

La durée d’une représentation est d’environ une heure (suivant le degré d’achèvement de la version et le tempo choisi par le chef d’orchestre).

I. Introitus: Requiem aeternam (choir with soprano solo)
II. Kyrie (choir)
III. Sequentia:
– Dies irae (choir)
– Tuba mirum (solo quartet)
– Rex tremendae majestatis (choir)
– Recordare, Jesu pie (solo quartet)
– Confutatis maledictis (choir)
– Lacrimosa dies illa (choir)
IV. Offertorium:
– Domine Jesu Christe (choir with solo quartet)
– Versus: Hostias et preces (choir)
V. Sanctus & Benedictus:
– Sanctus (choir)
– Benedictus (solo quartet and choir)
VI. Agnus Dei (choir)
VII. Communio:
– Lux aeterna (soprano solo and choir)

La mort et l’art : Le Sacrifice d’Isaac

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Le Caravage est un des plus grands Maîtres de la peinture du XVIIéme siècle. Volontiers ténébreux, il n’a pas hésité à aborder le thème de la mort, comme ici, dans Le Sacrifice d’Isaac.
L’oeuvre et son contexte

La toile est une commande du cardinal Maffeo Barberini, futur Urbain VIII (en 1623). Inspiré du passage de la Genèse (22, 9-12), Le Caravage place l’action de son tableau au moment précis où l’ange intervient pour arrêter le geste fatal d’Abraham, devant sacrifier son fils Isaac sur l’injonction de Dieu : l’ange placé à gauche étend le bras pour stopper et retenir la main armée du couteau d’Abraham, placé au centre de la composition. Isaac est étendu vers la droite, la tête plaquée sur un rocher, la bouche ouverte, les yeux inquiets de la suite (posture du cri). La tête d’un mouton apparaît à sa droite immédiate, en symbole du sacrifice.

Un paysage dans le fond en haut à droite adoucit cette scène violente.

L’auteur

Michelangelo Merisi da Caravaggio, en français Caravage ou le Caravage, est un peintre né le 29 septembre 1571 à Milan et mort le 18 juillet 1610 à Porto Ercole.

Son œuvre puissante et novatrice révolutionne la peinture du XVIIe siècle par son caractère naturaliste, son réalisme parfois brutal et l’emploi appuyé de la technique du clair-obscur allant jusqu’au ténébrisme. Il connaît la célébrité de son vivant et il influence nombre de grands peintres après lui, comme en témoigne l’apparition du caravagisme.

Il obtient en effet un succès foudroyant au début des années 1600 : travaillant dans un milieu de protecteurs cultivés, il obtient des commandes prestigieuses et des collectionneurs de très haut rang recherchent ses peintures. Mais ensuite Caravage entre dans une période difficile. En 1606, après de nombreux démêlés avec la justice des États pontificaux, il blesse mortellement un adversaire au cours d’un duel. Il doit alors quitter Rome et passe le reste de sa vie en exil, à Naples, à Malte et en Sicile. Jusqu’en 1610, l’année de sa mort à l’âge de 38 ans, ses peintures sont en partie destinées à racheter cette faute. Toutefois, certains éléments biographiques portant sur ses mœurs sont aujourd’hui revus, car des recherches historiques récentes remettent en cause le portrait peu flatteur qui a été longtemps propagé par des sources du XVIIe siècle et sur lesquelles on ne peut plus désormais se fonder.

Après une longue période d’oubli critique, il faut attendre le début du XXe siècle pour que le génie de Caravage soit pleinement reconnu, indépendamment de sa réputation sulfureuse. Son succès populaire donne lieu à une multitude de romans et de films, à côté des expositions et des innombrables publications scientifiques qui, depuis un siècle, en renouvellent complètement l’image. Il est actuellement représenté dans les plus grands musées du monde, malgré le nombre limité de peintures qui ont survécu. Toutefois certains tableaux que l’on découvre depuis un siècle posent encore des questions d’attribution.

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Ou voir l’oeuvre ?

Le sacrifice d’Isaac est conservé à la Galerie des Offices à Florence, en Italie. Un autre Sacrifice d’Isaac est visible à Princeton : c’est une première version du tableau, inachevée.

UFFIZI GALLERY

Piazzale degli Uffizi,

50122 Firenze

Site internet du musée : www.polomuseale.firenze.it

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La mort et l’art : La pie sur le gibet

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Pieter Bruegel l’Ancien est une des quatre grandes figures de l’école Hollandaise. La Pie sur le Gibet est une oeuvre-testament, qu’il légua d’ailleurs à sa femme, peint un an avant sa mort.
L’oeuvre et son contexte

Bruegel peint un extraordinaire paysage où le monde infini se fond dans les subtiles nuances de l’atmosphère. Il suit en cela la voie ouverte quelques dizaines d’années plus tôt par Joachim Patenier ( 1480-1524). Celui-ci, premier à se poser comme spécialiste du paysage, donne priorité à la nature sur la scène religieuse. Mais à la différence de Patenier, Bruegel ne traite pas le paysage de façon analytique.

La pie représentait les mauvaises langues, bonnes pour le gibet.
Bruegel a peut-être pensé aux délateurs encouragés par le duc d’Albe dans son édit de 1566, afin qu’ils dénoncent les « prédicants » enseignant le protestantisme dans le pays.

La petite taille des villageois donne l’échelle et renforce l’effet grandiose du paysage. C’est le détail qui valorise l’ensemble. Le peintre a déjà utilisé ce procédé : La Tour de Babel en est un bon exemple.

L’auteur

Pieter Bruegel l’Ancien (Brueghel, près de Breda, v. 1525 – Bruxelles, 1569) est un peintre flamand. La biographie de Pieter Brueghel l’ancien est extrêmement lacunaire et en l’absence de sources écrites, les historiens en sont souvent réduits aux hypothèses..
La première date connue avec certitude est 1551, lorsque le nom de « Peeter Brueghels » apparaît dans les liggeren (registres) de la Guilde de Saint-Luc à Anvers où il a été reçu comme maître. Il fut l’élève de Pieter Coecke van Ælst, artiste cultivé, doyen de la guilde des artistes, à la fois peintre et architecte. En 1552, il fit un voyage en Italie, poussant jusqu’à Rome où il est possible qu’il ait travaillé avec le miniaturiste Giulio Clovio. Le Port de Naples, le décor de La Chute d’Icare et du Suicide de Saül ainsi que quelques dessins témoignent de son périple.
Entre 1555 et 1563, il est établi à Anvers et travaille pour l’éditeur Jérôme Cock. A partir de 1559, il simplifie son patronyme, signant ses œuvres Bruegel au lieu de Brueghel. À Anvers, il fréquente un cercle d’artistes et d’érudits humanistes notamment le mécène Nicolas Jonghelinck qui possédait seize de ses œuvres.

En 1562 il s’installe à Bruxelles et c’est à l’église Notre Dame de la Chapelle qu’il épouse en 1563 « Mayken cocks », fille de son maître Pieter Coecke van Ælst.
En 1564 naît le premier de ses fils, Pieter Bruegel le Jeune, dit Bruegel d’Enfer. La situation politique et religieuse en Flandres se dégrade. En 1567 le Duc d’Albe entreprend une campagne de répression sanglante contre les rebelles, et c’est l’année même de l’exécution des comtes d’Egmont et de Horn que naît en 1568 son second fils, Jan, dit Bruegel de Velours. Il semble certain que Bruegel l’Ancien ait reçu la protection du gouverneur des Pays-Bas espagnols, Perrenot de Granvelle, collectionneur de ses œuvres.
Il meurt en 1569 et est enseveli à Notre Dame de la Chapelle à Bruxelles

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Ou voir l’oeuvre ?

Le tableau est conservé au Musée régional de la Hesse à Darmstadt en Allemagne.

Hessisches Landesmuseum Darmstadt
Friedensplatz 1
64283 Darmstadt

Site internet du musée : www.hlmd.de/

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La mort et l’art : La Porte du Cimetière

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Pour entrer quelque part, il faut passer par la porte, ou le portail. Quoi de mieux pour entrer dans notre nouvelle série « la mort dans l’art » que le Portail du Cimetière de Caspar David Friedrich ? Rien, assurément.
L’oeuvre et son contexte

Ce tableau représente l’entrée du cimetière Trinitatis de Dresde. Sur les piliers de l’entrée, on peut apercevoir un couple éploré, et, plus loin, une tombe ouverte qui semble de taille réduite. L’oeuvre évoque le deuil des parents après la mort d’un enfant. Les parents se tiennent à l’extérieur du cimetière, la tombe contenant le corps de leur enfant à l’intérieur : la mort sépare et le terrain du cimetière n’est pas pour les vivants. On notera également les piliers, qui écrasent complètement les silhouettes des parents : la stature de l’inéluctable domine les vivants.

Le tableau serait une œuvre inachevée. Friedrich a alors une maladie cérébrale qui l’emportera. C’est à cette époque que le thème des cimetières apparaît sans son œuvre.

L’auteur

Caspar David Friedrich, né en 1774 en Allemagne, est un peintre emblématique du romantisme allemand du XIXe siècle. Touché par la mort de plusieurs membres de sa famille alors qu’il est encore très jeune – sa mère et sa soeur en 1781, son frère en 1787 et sa seconde soeur en 1791 -, il se lance dans la peinture comme exutoire de ces sombres années, lors desquelles la mort apparaît comme l’un des thèmes les plus présents au sein de son oeuvre.

Caspar David Friedrich étudie tout d’abord de 1794 à 1798 à l’Académie royale de Copenhague, où il est très fortement influencé par la mythologie nordique dans ses travaux. Par la suite, il devient paysagiste à Dresde. Mais la simple étude de la nature ne l’intéresse pas, et il essaie d’insuffler à ses tableaux une signification spirituelle et mystique. Le peintre approfondit ses recherches à travers une correspondance abondante avec le philosophe Goethe, qui l’inspire grâce à son « Traité des couleurs » publié en 1810. Son tableau le plus connu est « Le Voyageur contemplant une mer de nuages », daté de 1818, représentant un homme en costume de ville, vu de dos, qui se tient au sommet d’un rocher face à un vaste paysage brumeux et montagneux.

Caspar David Friedrich devient membre de l’Académie de Berlin, et rencontre dans cette ville un grand succès, bien que de courte durée. Il tombe malade en 1824, et son état ne fera que s’aggraver, faisant du peintre un grand solitaire. Ses thèmes de prédilection, la nature et la mort, lui resteront jusqu’à sa propre fin en 1840.

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Ou voir l’oeuvre ?

A la Galerie Neue Meister (galerie des nouveaux maîtres) à Dresde en Allemagne

Galerie Neue Meisters

Staatliche Kunstsammlungen Dresden
Residenzschloss
Taschenberg 2
D-01067 Dresden

Site du musée : www.skd.museum

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Le Corbusier : du sacré, des formes et du béton

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Le Corbusier
Le Corbusier (capture Youtube)

Une rétrospective parisienne au Centre-Pompidou, des livres, des reportages télévisés, une polémique sur son passé fasciste : Charles-Edouard Jeanneret (dit Le Corbusier) est mort voici 50 ans, et ça fait du bruit. Entre autres réalisations, l’architecte et urbaniste a aussi versé dans l’art sacré, jusqu’à imaginer sa propre tombe.

« L’harmonie a manqué à ce siècle », a estimé ce tenant des grands ensembles, mort d’un malaise cardiaque après une séance estivale de natation méditerranéenne, le 27 août 1965 à Roquebrune-Cap-Martin.

Le-Corbusier-2 Le Corbusier : du sacré, des formes et du béton« Je n’ai qu’une attache : la Méditerranée », déclarait ce Suisse de naissance. Il y avait installé son cabanon, là où il se réfugiait pour travailler à ses bâtiments bétonnés si reconnaissables. C’était une star mondiale de la profession, connu jusqu’en Inde. Sa patrie d’adoption, la France, lui fit des obsèques nationales à Paris, dans la cour du Louvre, avec son ami André Malraux au discours. Puis on le redescendit jusqu’à Roquebrune, jusqu’à un promontoire provençal où il repose avec son épouse Yvonne. Son monument funéraire (en béton bien sûr) est sobre, coloré, et formé de dalles. D’un côté un coquillage a laissé son empreinte, de l’autre, la croix de sa femme est scellée. Et à côté un cylindre blanc. Des formes, encore des formes.

Le-Corbusier-4-300x218 Le Corbusier : du sacré, des formes et du bétonQuatre jours après sa mort, sur la route de Paris, la dépouille de l’architecte a fait une halte à Eveux (Rhône). Elle y a été veillée la nuit par des frères dominicains du couvent Sainte-Marie de La Tourette, l’un des rares édifices religieux bâti (1956-1960) par Le Corbusier. Béton et modernité déroutante, là aussi. « C’est une œuvre d’amour qui se vit de l’intérieur », confiait-il.

Le-Corbusier-5-300x185 Le Corbusier : du sacré, des formes et du bétonLe sentiment du sacré l’a animé, à sa façon, lui qui se disait athée. « J’ai voulu créer un lieu de silence, de prière, de paix, de joie intérieur », expliquait-il en 1955 à propos d’une autre commande (1950-1955), la chapelle Notre-Dame-du-Haut, à Ronchamp (Haute-Saône). Son premier bâtiment cultuel, si on excepte un projet de 1929 à Tremblay, en région parisienne. Hésitant au départ, il dira avoir été séduit par la beauté « des quatre horizons », du haut de la colline.

Le-Corbusier-3 Le Corbusier : du sacré, des formes et du bétonL’architecte aimait à dire  que « la vie ne s’arrête jamais. La nature clôt une activité admirable par la mort. Et rien n’est transmissible que la noblesse du travail, que la pensée. Tout le reste disparaît. C’est la loi de la vie, et là est le beau, le sublime ». Pourtant, le sort lui joua un dernier tour avec sa dernière construction cultuelle, à Firminy (Loire). Sollicité en 1961 pour construire l’église Saint-Pierre, il ne mena pas au bout ce projet. Le bâtiment, posthume, ne fut achevé qu’en 2006 pour des raisons notamment touristiques. Le Corbusier attire. Entre temps, le chantier s’est plusieurs fois interrompu faute d’argent, faute d’accord sur les plans. Il failli même disparaître, englouti par un projet de gymnase. Aujourd’hui, cette pyramide toute en courbes n’est d’ailleurs même plus une église.

Exposition Le Corbusier, Centre Georges-Pompidou, Paris, jusqu’au 03 août. Tous les jours sauf mardi (11h-21h). De nombreux livres viennent également de paraître. Enfin, replay sur Arte du documentaire « Le siècle de Le Corbusier », c’est ici.