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Socio-Anthropologie : Les soins post-mortem au service du contrôle du corps

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reflets société

On se pensait depuis les années soixante-dix libérés des carcans moraux, sexuels et surtout corporels, la mode se développe, les vêtements se raccourcissent, les piercings et tatouages sont mis en évidence, on assume son style, son appartenance à un groupe.

Pourquoi alors une fois le dernier souffle émis, c’est toute une société qui retient le sien jusqu’à disparition totale du corps ?

Que dit le corps de la société ? Comment le corps trahit-il la société dans lequel il a vécu ?

Toute notre vie, nous adoptons des postures, des attitudes pour gérer au mieux nos différents milieux de vie (travail, école, famille, etc.) Certains nous sont dictés (instituions), d’autres sont choisis (mode, piercings etc.).

Suivant si l’on se place d’un point de vue holiste ou non, on varie entre la contrainte (par la société) ou l’obligation (par l’individu) de se plier aux caprices du corps et à nos propres caprices.

Certains moments dans la vie relèvent totalement de ce contrôle du corps, tel que le mariage, une opération ou  encore un entretien d’embauche.

Mais s’il y a bien deux passages obligatoires dans la vie d’un individu, c’est celui de sa naissance et celui de son décès, et si l’on y regarde de près ce sont bien les deux moments de la vie où le corps de l’individu est soumis à un contrôle extérieur (nécessaire car dépendant)

Je m’attarderai peu sur la naissance de l’individu ; je dirai seulement que dès sa naissance, le nouveau né est tout de suite pris en charge, et chacun des gestes qui va être opéré sur lui montre ce marquage corporel mais aussi son marquage culturel : lavage-habillage-mis dans les bras de la mère etc.

Je me pencherai alors sur le sujet même de mon propos c’est-à-dire le décès de l’individu. Si le contrôle du corps pèse toute notre vie qu’en est-il à notre mort ?

Un nouveau procédé de conservation, ce n’est pas seulement la promesse d’un rendu d’une dignité au défunt et à sa famille, mais c’est aussi et surtout de nouvelles mœurs qu’il va falloir apprendre à maitriser.

Aujourd’hui encore peu de personne connaisse ce procédé de conservation des corps, et pour ceux qui la connaissent, tout le monde n’en fait pas appel. Pourquoi ?

Tant de questions qui montrent bien que l’acte de thanatopraxie bouscule tout ce que l’on savait déjà sur le corps :

Le décès

Tout est contrôlé dès notre décès, le corps est pris en charge par la morgue puis par les thanatopracteurs (suivant si un soin a été décidé ou non) puis les pompes funèbres pour retourner à la famille lorsqu’il y en a une.

A qui appartient le corps qui n’est plus en vie ? Se pose alors la question du contrôle du corps :

Le contrôle

Le corps du défunt devient le lieu de toutes les vulnérabilités et ainsi de tous les rapports de pouvoir.

  • Le thanatopracteur sur le corps: Il exerce sur lui un pouvoir physique, d’une part par sa position, c’est-à-dire debout autour du corps mais d’autre part par le fait qu’il a devant lui un corps totalement vulnérable incapable de se défendre.
  • Le thanatopracteur et les Pompes funèbres pour la présentation du corps: Une fois que le corps est prêt il est mis sur une table de présentation afin que la famille puisse lui dire un dernier au revoir. Ce moment peut être totalement ritualisé par des bougies, lumières et musique appropriés.
  • Par extension il y a aussi un contrôle de toute une étape de Deuil, car le corps présenté de façon allongé sur une table oblige les proches à adopter une posture circulaire autour du défunt et de se pencher au dessus du corps. Hormis le côté physique il y a un contrôle de l’attitude corporelle : Si le corps a bénéficié d’un soin, la famille va souvent s’en sentir soulagé, elle a retrouvé la personne qu’elle connaissait et va pouvoir effectuer son travail de deuil.
  • De même on sait qu’une cérémonie funéraire est le lieu d’un rituel très codé, le corps du défunt, du personnel funéraire, des religieux (s’il y en a) et de la famille répond à toute une série d’enchainement qui va permettre le bon déroulement des funérailles. Ainsi on évite les vêtements ostentatoires, les rires aux éclats. Tout cela répond à une série de contrôle particulièrement ancrée dans nos sociétés occidentales (ex : les pleureuses)

Le corps devient donc le lieu d’un terminal, d’une fin avec une limite qui devient floue. Il est manipulable et corrigeable.

L’acte de thanatopraxie répond parfaitement à ce contrôle du corps, non pas dans une sens de surveillance comme dans les termes de Foucault ou Céteau mais un contrôle artistique et éthique qui donne une nouvelle perspective au corps, et une nouvelle signature.

Nouvelle dimensions, nouvelle éthique, nouvelle morale.

Le corps et l’éthique

Le corps prend le pas sur l’âme :

C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes dans la terre, d’où tu as été pris; car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière.

Genèse, 3, 19

On a plus besoin de sauver son âme (confession, extrême onction) car quelqu’un s’occupe de sauver son corps. (Délégation de soi vers autrui)

Le corps persiste au delà de tout. Il s‘écarte des carcans religieux et philosophiques.

Le corps, notre éternel

Peut-on considérer ça comme un nouveau désir d’éternité ?

En effet, les soins de conservations peinent à être connus mais sont de plus en plus demandés. Auparavant c’est la famille qui faisait les démarches pour le proche défunt, et était souvent mise au courant de ce procédé lors de leurs déplacements aux pompes funèbres.

Aujourd’hui bon nombre de vivants se pose la question d’un soin de conversation à leur décès, (au même titre que de se demander si l’on préfère être inhumé ou crématisé)

On peut se demander alors si ces nouvelles questions ne relèvent pas d’un désir de prolonger un corps qui nous échappe après notre décès.

Si l’on pousse un peu plus loin la réflexion, on est en droit de se dire qu’un soin de conservation permet de garder notre corps un peu plus longtemps que cela est possible.

Le corps persiste au delà de la mort, non plus comme une matière périssable mais comme un objet qui marque notre passage dans le temps et vient contrer celui-ci.

Nouveaux procédés, nouvelles limites

Le thanatopracteur n’est pas, comme il peut être parfois présenté, un magicien. Le corps est parfois irrécupérable (stade avancé de décomposition, accident, gonflement etc.)

Bien évidemment la science n’est valable que dans l’état actuel des connaissances, et en quelques années les procédés et techniques ont beaucoup progressé et ont permis de conserver des corps qui auparavant n’auraient pu bénéficier de soins.

Le contrôle peut donc être ici synonyme de limites.

    Contrôler son corps est une véritable obsession dans nos sociétés contemporaines ; régime, chirurgie esthétique, agrandissement des rayons d’hygiène et de beauté, tatouages, yoga etc. Contrôler son corps c’est aussi contrôler ses douleurs, ses émotions.

Contrôler son corps c’est le rendre beau, et la beauté n’est pas celle dont parlait Kant mais une beauté physique qui prend le pas sur toute conception morale. Paradoxalement pour le rendre beau et accorder son corps et son esprit, les individus sont prêts à tous les sacrifices moraux et physiques (parfois jusqu’à la douleur) pour arriver à cette beauté et cette plénitude.

Contrôler son corps c’est le rendre beau mais c’est aussi, et surtout, exercer un pouvoir sur lui, et par extension sur la société dans laquelle on évolue.

Si parfois l’on échoue dans ce contrôle, la thanatopraxie semble être une alternative dans le sens où l’on passe d’un contrôle de soi sur soi à un contrôle de soi par l’autre. Le pouvoir n’est pas ici physique, ni même profitable, mais totalement irréel et persistant dans un temps qui s’arrête pour notre corps mais qui continue pour l’image que l’on laisse derrière soi. Seule la dernière image de soi va compter et non plus cette image faussée que l’on a essayé en vain de se donner durant nos années de vie.

L’objectif est de montrer comment une profession dite de l’ombre pour la société est en réalité les coulisses d’un véritable art qui bouscule et dérange les mœurs pour faire entrer le corps dans une nouvelle approche de la vie, une nouvelle approche de la mort un nouveau contrôle de l’autre et de soi.

Inversion de corps au funérarium, l’amour rend aveugle

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La mise en bière, c’est simple : on prend le défunt, et on l’installe dans le cercueil, en s’arrangeant pour le présenter le mieux possible. Ceci, on le fait plusieurs fois par jour, avec autant de défunts différents. Rien à signaler. Pas de quoi en écrire une histoire. Hein, dites ? Sauf inversion de corps au funérarium

9 heures, Funérarium

La famille entre doucement dans le salon, sous le regard compatissant du Maître de Cérémonie, et entoura le cercueil. Le croque-morts se retira, pour leur laisser quelques minutes d’intimité. A son retour, la famille n’avait toujours pas fini, ici de déposer un mot, là de toucher ses mains.

Le dernier à s’approcher du cercueil fut l’époux. Il fixa longuement le visage de sa femme, et murmura « Oh, mon pauvre amour… » avant de déposer un baiser sur ses lèvres. Le Maître de cérémonies fit un simple mouvement de l’index, et aussitôt, son équipe entra dans la pièce, replièrent le capiton, rabattirent le couvercle du cercueil, disposèrent vis et cache-vis, fermèrent hermétiquement la grande boîte… De derrière un rideau sortit un homme, qui se dirigea vers le cercueil. A l’aide d’un briquet tempête, il fit couler de la cire sur les vis de la tête et des pieds, y appliqua un sceau, puis pris congé.

La cérémonie se déroula sans incidents, et la famille partit après le départ en crémation, à midi. Tout était accompli, restait à disperser les cendres.

14 heures, Funérarium

L’équipe pénétra dans la morgue, prépara le cercueil, puis un des porteurs prit le chariot de la morgue, et, après avoir lu l’étiquette, ouvrit une case et en sortit la dame. L’équipe disposa le corps dans le cercueil, positionna le capiton, quelques objets que la famille avait confié, puis l’amena au salon.

Là, la Maître de Cérémonies attendit l’heure du rendez-vous devant la porte, côté accueil. Lorsqu’ils arrivèrent, il les salua, leur expliqua la suite des opérations, puis leur proposa d’entrer dans le salon, pour se recueillir auprès de leur défunte. Il ne les accompagna pas.

A peine l’a porte refermée, il se dirigea vers le couloir des services techniques, lorsqu’il entendit une vois le héler. « S’il vous plaît ». C’était le frère de le défunte.

« Oui, monsieur ? » s’enquit poliment le Maître de Cérémonies.

« C’est qui, la dame ? » demanda le frère de la dame.

Le maître de Cérémonies sentit que quelque chose lui échappait. « Ce n’est pas votre soeur, monsieur ? »

« Non » répondit, un peu sèchement, le frère.

Le Maître de Cérémonies s’apprêtait lui demander s’il en était sûr, mais préféra s’abstenir.

14 H 15, bureau du directeur

« Donc », reprit le directeur, « si je comprend bien, et surtout, vous m’arrêtez si je me trompe. » devant le bureau se tenaient un Maîtres de Cérémonies, un responsable de funérarium, un directeur d’agence, un porteur, tous au garde à vous, petit doigt sur la couture du pantalon. « Nous avons deux familles, la famille Chombier et la famille Dupont, qui, toutes les deux, ont la mise en bière le même jour, avec présentation en salon provisoire »

« Oui, monsieur le directeur », tremblota une voix.

« Et, par une opération dont le responsable n’est pas identifié, elles ont été présentées à la même heure dans leurs salons respectifs, sans doute hier en fin de journée, puis remises chacune dans la case réfrigérée de l’autre. Une inversion. C’est ça ? »

« Oui » sanglota une voix.

« et donc, les équipes de convoi arrivées ici et qui ne connaissaient pas les défuntes puisqu’ils ne les avaient jamais vu ont respectivement placé Madame Chombier dans le Cercueil de Madame Dupont, et vice-versa, c’est bien cela ? » les quatre têtes opinèrent face à lui « Alors, j’ai une question : à quoi cela me sert il de dépenser chaque année une fortune dans l’achat de bracelets inamovibles portant le nom du défunt, si personne ne se donne la peine de les lire ? »

Seul le silence lui répondit, et ce n’était pas une réponse pertinente.

« La bonne nouvelle, c’est que ce sont nos confrères qui ont fait la plus grosse boulette, ce matin. La mauvaise, c’est qu’on a refait la même cette après-midi. Mais vous savez ce qu’il y a de plus ennuyeux, n’est-ce pas ? » sans attendre de réponse, il poursuivit « Le plus ennuyeux, c’est que Madame Chombier était fermement opposée à la crémation, et qu’elle est actuellement au crématorium. En train de refroidir, après avoir passé une heure et demi dans une tunnel de briques réfractaires chauffé à huit cent degrés. Et ça, ça m’ennuie fortement. »

L’histoire connut tout de même une fin heureuse, et les familles s’en allèrent après avoir magnanimement pardonné. Le montant du chèque qui leur fut fait reste confidentiel.

Les personnels impliqués écopèrent tous d’une mise à pied. Le Maîtres de Cérémonie qui, en ne vérifiant pas son identité, avait conduit à la crémation de Madame Chombier, fut surpris de conserver son emploi. Il compris quelques jours plus tard, lorsque sa société décida de lui donner une promotion : sa société étudiait la faisabilité d’une nouvelle filiale, et le mutait donc sur place… aux Iles Kerguelen. L’histoire s’arrête ici…

… Ou presque. Un soir, quelque part en ville, une fille de Madame Chombier achevait de raconter ses mésaventures à une amie.

« Oh la la… » dit cette dernière. « Quelle aventure, en effet. Mais, il y a une chose que je n’ai pas suivi »

« Quoi donc ? » s’enquit la fille Chombier.

« Si ce n’était pas ta mère, dans le cercueil, alors le cadavre de qui il a embrassé, ton père ? »

Katmandou : mieux que le bûcher, le crématorium électrique

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Un crématorium électrique pour préserver l’environnement : l’établissement a été inauguré en grandes pompes dimanche dernier à Katmandou (Népal), au pied de l’Himalaya, à en croire le journal le journal The Kathmandupost. Le premier corps a été crématisé dans la foulée.

C’est la compagnie d’aménagement régional Pashupati (PADT) qui en est à l’origine, avec le soutien actif du gouvernement local. L’idée est de réduire le nombre des traditionnels bûchers, dans un environnement déjà très pollué. Reste à avoir si l’équipement sera incitatif et rentable.

Selon Govinda Tandon, de la PADT, tous les rites habituels peuvent être effectués sans problème au crématorium. « La seule différence est que nous utiliseront l’électricité et non le bois pour brûler le corps. » En moyenne, 300 kilos de bois de chauffage sont nécessaires pour un bûcher. Ce qui revient à près de 7.000 roupies népalaises (59 euros environ).

Là, en 45 minutes, un défunt peut être crématisé pour un coût réduit de moitié. Le crématorium peut prendre en charge chaque jour une douzaine de défunts. L’exploitant a testé l’installation avec succès en septembre dernier avec deux corps non réclamés des victimes du récent tremblement de terre.

Ce crématorium est équipé de deux fours électriques, achetés environ 220.000 euros à une entreprise de Calcutta (Inde). Même si l’équipement bénéficie d’une alimentation sans interruption, la PADT a aussi installé un générateur de secours. Le bâtiment contient une chambre froide prévue pour recevoir vingt corps.

Vingt ans après, le volcan livre trois cadavres

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Le volcan équatorien Chimborazo

Macabre découverte samedi dernier sur les pentes enneigées du volcan équatorien Chimborazo. Trois corps ont été découverts, qui pourraient être ceux d’alpinistes disparus voici 20 ans. A l’époque où sept Français avaient péri dans une avalanche.

Ce sont des guides de montagne qui ont trouvé les dépouilles lors d’une ascension de ce volcan éteint de la Cordillère des Andes, qui culmine à 6.310 mètres. Le plus haut sommet du pays.

Selon la police locale, les corps ont été trouvés congelés, portant leur sac à dos et tout leur équipement de montagne. Certains étaient équipés d’appareils photo à pellicules. Qui sont-ils ? Les autorités ont pris contact avec les familles des disparus recensés à cette époque sur le volcan pour permettre une identification rapide. Mais sur place, on se souvient notamment de l’avalanche qui a englouti en 1994 sept alpinistes français et leurs trois guides équatoriens.

Avant de pouvoir procéder à des prélèvements, les médecins légistes devront attendre que les dépouilles décongèlent et sèchent à l’air libre. But : limiter la dégradation des tissus. Ossements et effets personnels seront examinés par un anthropologue à Quito, la capitale du pays.

Du linceul à la housse de corps

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Le Saint Suaire est sans doute la housse de corps la plus célèbre au monde
suaire_face_50 Du linceul à la housse de corps
Le Saint Suaire est sans doute la housse de corps la plus célèbre au monde

Le linceul, pièce de tissu originellement destinée à entourer les corps, est il l’ancêtre des housses de corps que nous utilisons aujourd’hui ? De manière peu traditionnelle, oui, en quelques sortes.

Étymologie du drap funéraire

Le linceul tire son nom, tous simplement, du lin, plus précisément du mot latin linteum, qui signifie « Pièce de lin ». A l’origine, le linteum était un drap de lit. C’est lorsque l’on s’avisa que le défunt ne devrait pas reposer à même la terre que l’on décida de l’enrouler dans un carré d’étoffe spécifique.

Certains s’interrogeront sur la différence enter le linceul, le suaire, et le drap mortuaire. La réponse est simple : il n’y en a pas, dans l’absolu.

Le mot se vit attribué la définition que nous lui connaissons aujourd’hui à partir du moyen-âge européen. Le défunt agonisait d’abord, puis recevait des visites lors des veillées funèbres, sur son lit. Pour les obsèques, ce drap de lit était tout simplement entouré autour du défunt et cousu, ce qui boucla la boucle entre le lintum « drap de lit » et le linceul « drap de dernier repos ».

L’on s’avisa ensuite, après avoir généralisé l’usage du cercueil, que le linceul était bien commode pour d’autres raisons : l’absorption des fluides, par exemple, qui avaient tendance à suinter, et la manipulation des corps, une housse étant plus protectrice pour les agents funéraires que le contact direct avec le défunt.

Du drap à la housse

C’est lors des conflits mondiaux qui secouèrent le 20éme siècle, comme beaucoup d’autres inventions, que furent généralisées les housses en plastique. Il était en effet difficile parfois de trouver un drap de lit, et l’état de certains corps nécessitaient une étanchéité importante, tant pour éviter que trop de fluides suintent que pour protéger les manipulateurs d’éventuelles contaminations.

La housse de corps, pratique, facile à fabriquer, hygiénique, supplanta aisément le linceul traditionnel, jusqu’à se voir dédier son arsenal de lois spécifiques, imposant son usage et lui appliquant des normes strictes.

1361890415_housse-noire Du linceul à la housse de corps
Housse de transport moderne, pour réquisitions ou corps abîmés

Normes, encore et toujours

L’article 2213-15 du Code général des collectivités territoriales définit très précisément ce que doit être une housse de corps. Elle doit être étanche, sublimable et biodégradable.

Comme pour la cuvette étanche disposée au fond des cercueils, la housse de corps n’est pas directement en contact avec la terre. C’est donc le contact avec le corps qui doit assurer sa biodégradabilité. La housse doit donc être réactives aux bactéries produites par la décomposition.

Elle doit être également sublimable ou combustible, en cas de crémation, sans émettre de particules toxiques.

Enfin, elle doit être résistante. Lors des tests d’homologation, les matériaux sont testé indépendamment, avant le test de la housse finie, qui sert à déterminer la qualité de l’assemblage. La housse ne doit pas subir de déformation ou de déchirure lorsqu’elle contient un corps d’un poids de 110 kilos pour une longueur de 1 mètre 95 (les tailles différentes sont calculées de manière proportionnelles).

La housse funéraire est obligatoire en cas de transport de corps avant mise en bière, de maladie contagieuse ou de cas spécifiques. De plus en plus, à l’issue des autopsies, les défunts sont placés dans une housse scellée. La présence d’une housse mortuaire suite à un soin de conservation, par exemple, n’est pas obligatoire si le défunt n’est pas transporté ensuite.

Elle n’est nullement obligatoire pour la mise en bière, puisque le cercueil doit obligatoirement être muni d’un bac étanche qui remplit le même office.

L’incorruptibilité mystique des corps des saints en religion

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Bernadette de Lourdes, dans le visage est resté intact depuis sa mort en 1879 (Photo © Mary Evans Picture Library)

« Si le mot « Embaumement » définit d’anciennes pratiques de momifications
selon les peuples et les époques,
le mot
« Thanatopraxie » évoque une pratique récente
et contemporaine de la conservation des corps »

(Paul CLERC, Maître Artisan Thanatopracteur)

Quand-il-ouvrit-le-cinquième-sceau-je-vis-sous-lautel-les-âmes-de-ceux-qui-avaient-été-immolés-à-cause-de-la-parole-de-Dieu-et-à-cause-du-témoignage-quils-avaient-rendu-300x207 L'incorruptibilité mystique des corps des saints en religionCette phrase résume à elle seule l’évolution de l’ « Embaumement » à travers les siècles vers une « Thanatopraxie » moderne, aseptisée et donnant au corps la thanatochimie nécessaire pour lutter efficacement et durablement contre la thanatomorphose semble t-il inévitable…

Inévitable ? Peut-être pas ! Sortons un peu des sentiers battus et dirigeons nous un instant sur ce que l’on nomme l’Hagiographie (du grec AGIOS , le Saint et GRAPHEIN, l’écriture) ou l’étude des phénomènes physiques de la vie mystique.

Parmi les nombreuses manifestations miraculeuses liées à la Sainteté, l’incorruptibilité physique reste l’un des phénomènes les plus énigmatiques.

En effet, les corps des Saints, après leur mort échapperaient à la loi commune de la dissolution de la chair et ne seraient donc pas soumis aux phénomènes Rigor Algor Livor ; de plus, leur peau garderait une étonnante souplesse et élasticité. Bien souvent, cette manifestation tant inexplicable que surprenante serait accompagnée d’une « fragrance » ou plus communément d’une « émanation de parfum ». Ce signe resterait très souvent lié à la « Sainteté » Post Mortem lié à l’incorruptibilité des corps.

A la fin du XIXème siècle, le Père Herbert Thurston, à qui l’on doit la première étude des cas d’incorruptibilité, a noté que les dépouilles étrangement conservées présentaient 6 phénomènes récurrents à savoir :

  • Un parfum suave émanant de la dépouille mortelle. D’ailleurs, d’après Hubert Larcher (« La Mémoire du Soleil » et « Le sang peut il vaincre la mort ») , Sainte Lydwyne de Schiedam exhalait 7 parfums, Padre Pio 6, Thérèse d’Avila 3 et Basilissa 2 parfums.

  • Une absence de rigidité cadavérique

  • Le corps garderai une certaine tiédeur assez longtemps après le décès

  • La dépouille serai épargnée de la putréfaction

  • Des saignements anormaux, même plusieurs jours après la mort s’écouleraient du corps (stigmates par exemple)

  • D’étranges mouvements post mortem du cadavre qui ne peuvent pas être attribués à des contractions musculaires purement mécaniques comme des gestes de bénédiction. Dans ce cas, le ou la supérieure témoin de ce phénomène ordonnait au cadavre, au titre de l’obéissance, à renoncer à cette posture inconvenante et à revenir à l’état de cadavre.

Bernadette-de-Lourdes-dans-le-visage-est-resté-intact-depuis-sa-mort-en-1879-Photo-©-Mary-Evans-Picture-Library-300x184 L'incorruptibilité mystique des corps des saints en religion
Bernadette de Lourdes, dans le visage est resté intact depuis sa mort en 1879 (Photo © Mary Evans Picture Library)

« L’odeur de Sainteté » est un phénomène étrange rapporté par les hagiographes et certains médecins ; cette expression encore employée de nos jours dans le langage courant signifierait bien autre chose en réalité. Pour le Docteur Georges DUMAS, cela signifie mourir en état de grâce, vivre en odeur de sainteté, c’est être assez pieux pour être regardé comme un saint.

Certaines « odeurs de Sainteté » s’accompagneraient, outre de l’incorruptibilité  des corps, de phénomènes dits « myroblitiques »*, c’est à dire que le corps semblerait exhuder une sécrétion huileuse assurant ainsi sa propre conservation tout en produisant des senteurs odoriférantes. L’odeur de Sainteté, si l’on s’en tient aux témoignages des biographes, sentirait bon et pour reprendre plus précisément les adjectifs employés à cette époque, on parlait davantage d’odeurs « suaves », « admirables » ou « exquises »..

De toutes les « odeurs de sainteté », celle qui fut la plus persistante fut le cas de Sainte Thérèse d’Avila (Décédée le 4 octobre 1582 à Albe). Cette odeur, selon les témoignages, émanait déjà de son corps de son vivant et devint bien plus prononcée après sa mort si bien que les religieuses durent laisser la porte et la fenêtre ouvertes la nuit entière… Toujours sur la base de ces déclarations, le corps aurait été posé dans un cercueil de bois sans être embaumé et aurait été descendu dans une fosse très profonde recouverte de pierres, de chaux, de terre humide et d’une pierre tombale.

Pendant les 9 mois qui suivirent son décès, la fragrance semblait persister malgré les différentes épaisseurs au dessus de son cercueil.

Le 4 juillet 1583, le Père Gratien fit exhumer le corps et les religieuses constatèrent qu’il était entier (malgré que le cercueil soit rempli de terre et d’eau), intact et d’une odeur « céleste », elle avait conservé son embonpoint et le poids du corps était semble t-il léger comme celui d’un enfant de 2 ans.

Les historiens qui se sont penchés sur l’histoire de la Sainte à cette époque insistent unanimement sur la suavité de l’odeur que répandait son cadavre (lys, jasmin et violette).

Chaque fois que sa dépouille fut exhumée (4 juillet 1583, 24 novembre 1585, 1er janvier 1586, fin août 1586, 29 mars 1592 à l’occasion d’un examen canonique ainsi que le 29 mars 1592 pour les mêmes raisons, fin 1594, courant 1598, courant 1604 et 1616, 2 octobre 1750, 13 octobre 1760, 14 octobre 1760 et enfin la veille du 15 octobre 1982 soit 400 ans après son décès…), les constatations ne changèrent jamais ; la dépouille n’était en aucun cas altérée, seule des « parties » manquantes avaient été extraites, parfois secrètement comme le cœur ou des fragments de chair.

Le-corps-mystérieusement-conservé-de-François-Xavier-le-saint-missionnaire-dans-la-cathédrale-de-Goa-aux-Indes-portugaises-Photo-©-Sunday-Times-David-Balley-E.F.E-300x183 L'incorruptibilité mystique des corps des saints en religion
Le corps mystérieusement conservé de François Xavier, le saint missionnaire, dans la cathédrale de Goa, aux Indes portugaises (Photo © Sunday Times-David Balley, E.F.E)

Les cas les plus récents concernent Padre Pio (25/05/1887 – 23/09/1968) qui avait le don de bilocation (il aurait été vu à deux endroits à la fois) et Saint Joseph de Copertino autrement nommé le « Saint Volant » car il aurait été gratifié par le don d’envol mystique (la lévitation).

Le Moine Maronite Charbel Maklouf (08/05/1828 – 23/12/1898) quant à lui fut emmuré dans un tombeau au Liban et sa dépouille aurait exhudé des quantités inouïes « d’un liquide rougeâtre et épais suintant en permanence de la dépouille », Hubert Larcher dira également : « Supposons que le liquide que suinte le corps par jour ne pèse qu’un gramme ; ce qui fait durant 54 ans, 19 Kg 764. Or la quantité moyenne du sang et d’autres liquides contenue dans un corps humain est de cinq litres ! Le moins ne donne pas le plus : principe scientifique évident par lui même, mais le liquide rouge que déverse le corps du Père Charbel dépasse de beaucoup un gramme par 24 heures. Une source aurait dû tarir si elle n’est pas alimentée depuis un demi-siècle » .

Pour le moins, la thanatopraxie, au sens large du terme, nous offre une vision panoramique sur différents sujets « voisins » telles que la cryogénisation (avec l’affaire Martinot) ou encore la plastination (selon le Dr Güther Von Hagens),

L’incorruptibilité des corps, la splendeur corporelle** (l’abolition des phénomènes encombrants le cadavre tels que les positions grabataires, les escarres, les rictus ou faciès de souffrance) , la « transverbération » qui se trouve être un aspect singulier de l’amour de Dieu sous forme de douleurs à la fois physique et spirituelle qu’aurait vécut Sainte Thérèse d’Avila et qui n’est pas forcément « réservée » aux Saints mais aussi aux personnes à l’héroïcité spirituelle importante ainsi que les « ravissements », autre grâce qu’aurait vécu la Sainte…

Enfin, il semble que l’on ait observé ce type de phénomène à propos de personnes à l’héroïcité spirituelle élevée sans toutefois pouvoir l’affirmer comme un constat irréfutable et cela ne saurait constituer une preuve scientifique.

Le Docteur Hubert Larcher écrivait en mars 1954 dans la Revue Métapsychique : « Malheureusement, notre attitude vis-à-vis des corps des défunts est restée jusqu’ici trop empirique pour que l’observation des cas remarquables de conservation puissent être poursuivis systématiquement […]Mais il reste à notre portée d’explorer le domaine des données historiques qui abondent à ce sujet, de tenter d’extraire de leur fatras ce qui offre les plus sérieuses garanties de valeur et d’authenticité et d’en retenir ce qui concerne la biologie. »

Mieux qu’une thanatopraxie moderne utilisant produits conservateurs et cosmétiques, le corps, pour des raisons que l’on ignore possèderait des facultés insoupçonnées d’auto conservation, cette même auto conservation que l’on retrouve chez les moines Bouddhistes, les fameux « Nikushin Butsu », les Bouddha au corps de chair… Mais cela est une autre histoire touchant de plus ou moins loin, à la conservation des corps….

Régis Narabutin, Artisan Thanatopracteur et Mouleur d’Art Mortuaire

** A lire de Olivier LE ROY, « Splendeur corporelle »

* A lire, de Joachim BOUFLET, « Les phénomènes physiques de la vie mystique » et de Hubert LARCHER « La mémoire du soleil » (Médecin et Physicien, Ancien Directeur de l’Institut Métapsychique International et Membre Fondateur de la Société de Thanatologie) .