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Ne pas se rendre aux obsèques, doit-on culpabiliser ?

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ne pas se rendre aux obsèques

Dans la vie, nous faisons tous un tas de choses que nous n’aimons pas. Ça commence dès le biberon avec la soupe infâme aux légumes que l’on vous a amoureusement, préparée. Puis en grandissant on se retrouve à aller dormir alors qu’il ne fait même pas nuit. Puis les maths, passer à l’oral devant tout le monde, porter ce vêtement vraiment pas terrible et sans faire attention, nous voilà à dire bonjour avec un sourire qui sent bon l’hypocrisie à nos collègues de bureau ou dîner avec ce rencard complètement à côté de la plaque. Ne pas se rendre aux obsèques d’un proche, fait il de nous une mauvaise personne ?

Tout ça, se sont des considérations individuelles, cette nuance fine philosophique entre l’obligation (de soi) et la contrainte (sociétale, morale et étatique). En revanche, ne pas vouloir se rendre à un enterrement, c’est autre chose, les gens disent, les gens chuchotent, les gens racontent, les gens… bref, les autres.

Petit rappel de déculpabilisation à l’usage de la bienséance :

« En résumé ma mère va bientôt décéder en laissant seule ma grand-mère de 91 ans.
Je me rendrai aux obsèques pour soutenir ma grand-mère qui m’a élevée mais je refuse de faire semblant d’être triste. Je ne souhaite pas lire quoique ce soit à la cérémonie etc…
Trouvez vous cela choquant? Avez-vous déjà vécu cette situation? Je suppose que c’est mal perçu…. »

Vous avez été tous été très gentil à l’égard de ces questionnements. Pourtant, ailleurs, j’ai pu lire des choses d’un tout autre registre. « Tu y vas », « tu t’en occupes », « ça s’appelle le respect ». Oui… mais non. Le respect, tient au devoir, et le devoir c’est de pourvoir aux funérailles, voilà pourquoi la loi va chercher tous les héritiers d’un défunt. Après, se rendre aux obsèques, c’est autre chose.

La cérémonie : le rituel des vivants

Il y a deux trois trucs que je vous martèle sans arrêt, que les deuils sont tous différents, que j’adore la barbe à papa et que la cérémonie est pour les vivants. Donc si l’on suit le syllogisme, si la cérémonie est pour les vivants, nous ne sommes pas obligés d’y aller. C’est exactement comme un mariage finalement, si l’on a pas de proximité envers la personne au cœur de la cérémonie, n’est-ce-pas un profond irrespect de s’y rendre ? Pourquoi ? Pour qui ?

Pour faire plaisir à quelqu’un d’autre

Dans le cas précis  cette personne se rendra aux obsèques, pour sa grand mère, la cérémonie tient alors lieu d’hommage à quelqu’un d’autre. Le cœur du rituel bat et se déplace du défunt à un proche, un substitut. Votre présence devient alors un moyen d’accompagnement, un soutien, et non plus une vision personnelle et identitaire à l’égard du défunt.

C’est une question à laquelle j’ai déjà été confrontée. « Je sais que tu ne l’aimais pas, mais pour moi est-ce-que tu viendras ? » J’ai répondu non, et pourtant je n’y suis pas encore confrontée, peut-être changerais-je d’avis d’ici là, l’empathie prenant le pas sur tout le reste. Pas croyante pour un sous, je pense paradoxalement, que me rendre aux obsèques de quelqu’un pour lequel, non seulement je n’avais pas d’affection, mais au contraire beaucoup de colère est une sorte de blasphème. Je place l’hypocrisie en tête des défauts du monde, à quoi ressemblerais-je si j’y vais, si ce n’est à cette personne que je déteste.

Pour soi

S’il y a bien une chose qui est difficile à vivre dans la vie, ce sont les regrets, ils nous hantent si bien que beaucoup on fait du carpe diem un vrai leitmotiv pour ne pas avoir à subir leur propre conscience. Dans tous les cas, que vous vous décidiez à vous rendre aux obsèques ou non, sachez que cette question très intime vous appartient, nulle personne autour de vous, nul regard moralisateur ne doit interférer dans votre choix. La mort cachée, la mort tabou, crainte, exposée, et ici la mort devant laquelle on se met à genoux pour une question qui relève plus du fantasme religieux et historique qu’autre chose. Il y a à peine quelques années, il y avait des veillées partout et aujourd’hui lorsqu’on ose se demander si l’on se rend aux obsèques ou non, fatalement le décalage et l’irrespect moralisateur ne sont jamais loin.

Une mauvaise personne ?

Ne pas y aller, fait-il de nous une mauvaise personne ? le « toi tu n’es même pas venu », « toi tu n’as pas pleuré » -parce qu’il s’agit de ça finalement d’une marque de chagrin publique – qui nous rend vulnérables. Le pire dans tout cela c’est qu’on assiste à une mise en abîme du problème, non seulement nous ne souhaitons pas nous y rendre parce que nous n’aimons pas la personne, mais alors même qu’elle est morte, qu’elle n’est plus là pour nous dire quoique ce soit, son silence et sa seule présence dans la salle, vous font passer pour une mauvaise personne lorsque vous brillez par votre absence. N’est-ce-pas le comble ? Non vous n’êtes pas une mauvaise personne si vous ne faites pas semblant de pleurer devant le cercueil de quelqu’un qui vous a fait du mal à vous, ou à vos proches, ou même de quelqu’un qui vous indiffère.

Ne culpabilisez pas d’avoir plus de peine pour votre voisine que pour votre propre mère. Ne culpabilisez pas d’aimer un inconnu plus fort qu’un de vos proches. La famille n’a pas le même sens pour tous, « les liens du sang sont plus forts que tout ? » Non, l’amour est plus fort que tout. N’allez que dans des endroits où règne l’amour. Ça fait très Roi Lion, mais personne n’est là pour vous juger, alors soyez indulgents avec votre cœur, il le mérite.

 

Le deuil chez l’enfant : le remettre au coeur de la cérémonie

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J’ai coutume de dire que l’enfant est le paramètre inconnu des obsèques.
Pourquoi ?
Tout ce qui touche de près ou de loin à la mort est encore socialement tabou certes, mais surtout ankylosé.
Lorsque la mort tombe, elle pèse sur la société.

Nous sommes dans un monde médicalisé, lorsque quelque chose ne va pas, on va essayer de guérir le mal.
Seulement la mort et ses conséquences, on ne peut pas les guérir.

Que fait-on ? On écarte, on enlève, on ne veut pas voir.

Je parlais il y a peu avec une dame qui m’expliquait qu’elle était heureuse qu’on s’intéresse de près au deuil pour enfant car lorsqu’elle était elle-même enfant, son père s’est suicidé.
Sa mère et elle se sont retrouvées bien seules face à leur tristesse et leur culpabilité.
Le suicide est une problématique complexe à aborder. Est-ce un fait isolé, individuel ou un fait collectif ?

La question est là même pour le deuil, et surtout pour le deuil chez l’enfant.

Est-ce une responsabilité individuelle ? Doit-on pointer du doigt les pompes funèbres qui n’évoquent pas la place des enfants pendant les obsèques ? Doit-on juger les parents, qui pour une raison ou pour une autre écartent les enfants de la cérémonie ?
Ou bien est-ce une responsabilité collective, institutionnelle, étatique, éthique ?

On a longtemps écarté les enfants des obsèques parce qu’on pensait à tort, que la peine des enfants étaient moindre. Or, on s’est heureusement aperçu que ça n’est pas le cas.
Les enfants sont tout aussi impactés par le chagrin qu’un adulte au moment du décès mais il n’a pas toujours la même manière de s’exprimer.

Seulement aujourd’hui on les écarte toujours. Pour ne pas leur faire de peine mais aussi parce qu’on ne sait absolument pas quoi dire, ni faire avec ces petits êtres au cœur lourd.

Dans cette société du Xxi eme s. qui est tournée résolument vers demain, tout va vite. Les médias, les réseaux sociaux, mais la société en générale accélère tout. Ça n’est pas une question de bien ou mal, c’est comme ça, c’est tout.

Le choc du décès, nous pousse à l’immobilisme.

Le deuil nous renvoie toujours face à nous-mêmes, et dans ces moments là, comme dans tous les moments où les vents tournent ; rupture, maladie, licenciement, nous sommes incapables de prédire la manière dont nous réagirons.

Nos enfants sont dans la même configuration, leur peine n’est pas moindre. Au même titre qu’il n’y a pas un chagrin mais des chagrins, il y a différentes manières de réagir. À nous d’aider nos enfants à trouver la leur.

Comment ?
Lorsque la mort frappe, elle représente un double échec.
Non seulement on a échoué face à la vie, mais en plus, en tant qu’adulte, en tant que parent nous avons échoué dans la seule tâche qui nous est confié à leur naissance: les protéger.

Il ne faut pas oublier que c’est souvent la première fois qu’un enfant voit ses parents démunis, triste avec du chagrin et surtout sans réponse aux maux de la vie.

Vous êtes professionnels de santé, professionnels du funéraire. Vous êtes acteurs de la vie et la mort. Très concrètement, une famille entre dans une agence de pompes funèbres.
On oublie très souvent, qu’un conseiller funéraire prend la mort de plein fouet, c’est souvent la première personne à qui l’on annonce un décès avant parfois les autres membres de la famille.
Un conseiller funéraire n’a pas toujours la généalogie d’une famille sous les yeux, pourtant elle sait que quelque part il y a des enfants, petits-enfants, neveux et nièces, mais c’est très difficile d’aborder cette question si la famille n’en soulève pas le propos.

Le premier point, cela va être de lever le voile.
À la question : Est-ce-qu’un enfant peut voir le corps physique du défunt ? Si il y a pas de problème technique/physique, la réponse est oui, si c’est une demande de l’enfant.
Comme pour nous, voir c’est aussi une manière de savoir.

Pour protéger l’enfant on ajoute beaucoup de secret autour du défunt, on chuchote, on parle à demi mot avec des « tu sais bien » « il n’est plus là », « elle est partie ». pourtant savoir ce qu’il se passe au moment là est aussi une manière d’ouvrir la porte du deuil.

Comment parler de la mort aux enfants ? Déjà, en tout premier lieu en y mettant le bon mot et le bon mot il n’y en a qu’un c’est le mot « mort ». Même s’il dérange, même s’il paraît effrayant, il l’est d’ailleurs bien plus pour un adulte, qu’un enfant.

La langue française est très riche, pour chaque situation on peut utiliser plusieurs mots. Mais avec la mort on tourne autour. On utilise volontiers des mots, toujours dans ce même soucis de protection qui amène une confusion chez l’enfant, tels que « parti », « disparu », »endormi », « en voyage ».
De jolis mots par ailleurs, mais qui ont du sens dans un tout autre contexte.

Bien sur il faut réussir à prendre en compte deux éléments. L’âge de l’enfant et les croyances de chacun.
Tout le monde n’est pas d’accord sur les étapes du deuil, déjà chez les adultes mais aussi chez les enfants.

Ce qu’on peut dire c’est qu’il y a environ trois phases essentielles par rapport à l’âge de l’enfant. Avant 5 ans, un enfant n’a pas de perception de la mort. Pour lui , la mort est magique, un peu comme dans un dessin animé. S’il dit une parole magique ou le souhaite très fort, la personne qui n’est plus là peut réapparaitre. Voilà pourquoi il est important de ne pas prononcer le mot « disparu » pour un enfant de moins de 5 ans, ça ajouterait du fantasme à cette idée de réapparition.

Entre 5 et 9-10, un enfant comprend que la mort est quelque chose de définitif, sans plus aucun retour en arrière possible. On est dans un acceptation plus prononcée de la réalité. Mais il y a toujours cette idée de personnalisation de la mort, que c’est un fait extérieur, quelque chose, quelqu’un qui vient nous prendre quelqu’un que l’on aime, une partie de nous.

Au delà de 10 ans, on peut aborder le deuil d’une manière plus proche de celle d’un adulte, mais il y a encore une grande notion de culpabilité.

Pour un enfant, la mort c’est le début de l’injustice, c’est le moment où un petit être est arraché à la protection que représente l’enfance.

C’est pourquoi il est très important de peser chaque mot, de l’inviter à s’exprimer sur ce qu’il ressent, mais toujours sans l’obliger.

Un enfant peut agir exactement de la même manière qu’un adulte. Il peut pleurer, montrer son chagrin, se recueillir, témoigner.

Mais on sous estime souvent la grande capacité d’adaptation des enfants. S’ils voient leur parent tristes ils peuvent à la fois se sentir coupables, mais aussi ne rien laisser transparaitre de ce qu’ils ressentent pour ne pas ajouter une peine supplémentaire à leur parent.

Ce qu’il est possible de dire ?
La vérité : Par des mots clairs, compréhensibles, l’important est de faire comprendre le fait que la mort fait partie de la vie, qu’elle est à la fin de toutes choses. Que cela fait parti d’un cycle.

Que ni lui ni les gens qu’ils aiment ne risquent quelque chose. La mort peut être considérée comme une maladie contagieuse. Sa notion du temps étant encore floue c’est important à ce moment là de ne pas dire que la personne est « endormie » ce qui aménerait une angoisse au moment du coucher non seulement du sien mais aussi de sa famille.

Qu’il n’est pas responsable. Que aucune parole ni aucun acte n’est responsable du décès de l’être aimé. Il s’agit là de le déculpabiliser. C’est d’autant plus important lors d’un suicide d’un parent.

Ben sur aussi qu’il est aimé et protégé. Que certes la mort de quelqu’un est très triste parce qu’on aurait eu envie de continuer à revoir cette personne et de partager d’agréables moments, mais qu’il est aimé par ses parents, sa famille, ses amis, et que lui aussi aime beaucoup de personnes. C’est le grand enjeu du deuil chez un enfant qu’a perdu un frère ou une sœur et dont les parents sont dans un sentiment très compliqué à ce moment. L’excluent-ils ? Reportent ils l’amour sur lui ? Il doit être aimé pour lui même.

J’insiste aussi sur le point de l’importance du souvenir. Et ce souvenir il se travaille dès le décès. Poser un dessin, écrire un petit mot, déposer une fleur sont autant de gestes d’une grande importance qui impliquent directement l’enfant dans la cérémonie. La cérémonie c’est le rite des vivants, c’est un moment pour dire au revoir, pour dire je t’aime. Si nous nous en avons besoin, nos enfants aussi.

Un enfant peut agir comme si de rien était après un décès, et plusieurs semaines, voire mois après le décès. Il peut poser une question comme « il est ou papi? » ou « elle va revenir maman ? » Et là on se rend compte qu’on a pas abordé la question correctement. Là si l’enfant pose une question c’est très positif parce qu’il arrive à verbaliser tout ça. Dans la plupart des cas un enfant peut finir par se murer dans le silence, être en état isolement à l’école ou avoir des insomnies, faire des cauchemars.

L’important est d’arriver à faire en sorte de verbaliser ses émotions.
Non ça ne va pas passer, s’il a envie d’être triste laissez le être triste, un temps en tout cas, il a besoin de marquer le chagrin. Il a le droit d’être en colère contre cette personne qui n’est plus là aujourd’hui, et il en a le droit sans s’en sentir coupable. Et c’est d’autant plus vrai s’il ne s’étendait pas avec la personne décédée. Il peut s’en vouloir. Tout le monde est triste, mais lui non.
Dites lui que vous aussi vous êtes tristes, que vous n’avez pas forcément les mots pour l’exprimer mais que vous le comprenez.
À l’inverse il a aussi le droit d’être heureux, de se rappeler des moment heureux qu’il a eu avec la personne.

S’exprimer sur les sentiments, s’exprimer tout court, par l’écrit, le dessin, la photo, le souvenir, la musique.

Transformer le chagrin en souvenir c’est le grand enjeu, le grand défi du deuil chez les enfants. L’amour ne s’arrête pas avec la mort.

Sarah