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Le deuil après un suicide : pour ceux qui restent

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suicide d'un adolescent

Plus de 10 000 suicides sont recensés chaque année en France, un chiffre en progression constante. Derrière eux, des familles, des amis, des collègues en souffrance, effrayés, choqués qui restent dans l’incompréhension dans la zone du « et si ? ». Le deuil après un suicide n’est pas tout à fait comme les autres, il est fait d’un chemin aux pierres lourdes.

Un peu comme un accident, le suicide laisse les proches dans un état de choc très important. Je vous invite à relire l’article que j’avais consacré au sujet ici. La mort apparaît sans prévenir en volant violemment la vie de personnes parfois très jeunes. Le ravage qu’elle créée est saisissant. La violence de l’acte s’accompagne souvent de la violence de la découverte. Sur les cas de suicides recensés, la moitié se déroule à domicile et laisse aux proches la découverte du corps. Des détails impossibles à faire disparaître. Les familles et les proches se mettent en quête d’une explication qui souvent ne laissera qu’un goût incomplet.

Savoir pour comprendre, et comprendre pour accepter.

Comme dans les étapes d’un deuil dit « classique » le choc fait place à la colère. Une colère destructrice complexe à gérer car elle est souvent double. La colère contre la personne qui s’est suicidée et, en colère contre soi, de n’avoir pas vu, pas su, pas pu empêcher. Et c’est souvent cette colère contre soi que l’on préfère mettre en avant, parce qu’être en colère contre un défunt est difficilement acceptable moralement. La colère et la honte se mêlent, car souvent le suicide fait suite à une longue dépression qui a mis à rude épreuve une bonne partie de l’entourage. La souffrance a laissé des séquelles et le suicide peut être ressenti comme un soulagement d’une certaine manière, ce qui accentue davantage la culpabilité de ceux qui restent. La honte, c’est aussi celle de la société, l’Église ayant refusé pendant longtemps d’accorder une messe aux suicidés, l’empreinte moralisatrice qu’elle laisse, persiste. Nombre de familles ont longtemps passé sous silence le suicide d’un membre de l’un des leur préférant déguiser la mort par un accident.

C’est souvent pour toutes ces raisons que les personnes ne demandent pas d’aide pour les aider à traverser ces étapes, pourtant essentielles. La parole et l’écrit restent de formidables outils pour délier la douleur. Certains très proches du défunt s’épanchent, mais les amis et les collègues restent parfois des années dans un deuil incertain car impossible pour eux de parler, mais impossible également d’avancer.

La culpabilité et la remise en question

« Je ne savais pas que j’étais capable de l’aimer à ce point là » déclare Sylvain à propos de sa sœur, Tiphaine qui a mis fin à ses jours à l’âge de 19 ans. « Je suis tellement en colère contre elle, elle ne s’est pas seulement tuée ce jour là, elle nous a tous tué, ma mère, mon père, mes frères, moi ».

Aujourd’hui la femme de Sylvain est enceinte, et ce seulement un an après le décès de Tiphaine. Cette grossesse est un peu le catalyseur de la famille, la vie arrive, et pourtant tout le monde a peur. Le deuil ne se fait pas, rien n’avance. « Je ne veux pas que mon futur enfant soit considéré comme la seule personne vivante de cette famille ». Pour contrer cela, Sylvain travaille sur lui-même à l’écart de sa famille qui préfère taire son chagrin. « J’ai besoin de comprendre, ai-je été un mauvais grand frère ? Je n’ai pas toujours été gentil avec elle, si je ne suis pas un bon frère, je ne serai pas non plus un bon père, son décès fait-il de moi une mauvaise personne ? »

La cérémonie au cœur du deuil après un suicide

Je le dis à chaque fois, mais la cérémonie reste un moment essentiel pour ouvrir la porte du deuil après un suicide, c’est aussi vrai pour ceux qui ne sont pas en présence du corps disparu (don à la science).

La cérémonie pour une personne qui s’est suicidée est souvent chargée d’émotion et très dense. Beaucoup de personnes se déplacent ce qui est totalement paradoxal et dur à gérer pour la famille. « Si ma sœur voyait ça, combien les gens l’aimaient, elle ne serait peut-être jamais partie ».

deuil-suicide-1-1 Le deuil après un suicide : pour ceux qui restentDans le cas des suicidés, une des parties douloureuses pour les proches, c’est de ne pas avoir pu dire au revoir. Que l’on soit croyant, athée ou simplement persuadé que le destin y est pour quelque chose, lorsque l’on est confronté à un deuil on se console parfois « c’était son heure » or dans le cas d’un suicide, on se dit surtout que c’est la personne qui a devancé la mort. Pour Sylvain, c’est le cœur du problème « je n’ai même pas pu lui dire au revoir ».

Mais un suicide c’est aussi une remise en question sur la vie, la société, le monde, et cette incapacité à prendre en charge les personnes dans la douleur. Les réseaux sociaux, les harcèlements, la violence, la maladie, le chagrin d’amour, personne ne fait attention à ceux qui ont le cœur brisé. Comment pourrait-on s’occuper des endeuillés si l’on n’est même pas capable de s’occuper correctement de ceux qui souffrent ?

Le deuil n’est pas une maladie, et le suicide n’est pas une honte, un blasphème, ou que sais-je. C’est une douleur atroce qui se propage d’un être à tout son entourage, comme un effet papillon de la mort, que rien n’arrête.


Pour aller plus loin :

http://www.deuilapressuicide.fr/

Les différentes catégories de deuil : apprendre à les repérer

Le suicide en France aujourd’hui

 

 

Deuil collectif : la marche blanche comme élément commémoratif

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marche blanche
crédit photo : rts.ch

La première marche blanche n’a pas eu lieu en France mais en Belgique, elle date de 1996 et de l’affaire Dutroux. Depuis, les marches blanches se multiplient à chaque décès médiatique, notamment après le décès d’un enfant.

Une commémoration rituelle collective

C’est aussi une manière d’exprimer de manière pacifique, ce qui pourrait s’exprimer de manière beaucoup plus virulente car la marche blanche a lieu quelques jours ou quelques semaines après le décès d’un enfant suite à un crime ou une injustice criante et douloureuse. C’est pourquoi les personnes viennent habillées de blanc, symbole de l’enfance, du deuil d’un enfan. Mais c’est aussi et surtout une couleur totalement apolitique pour empêcher une réappropriation d’une affaire de cette manière alors même que paradoxalement, elle rélève d’un fait intime et individuel. Photos, fleurs, familles entières font parties de la panoplie du mouvement de cette marche.

Une notion de justice

C’est aussi une manière d’appuyer le mouvement judiciaire d’une affaire qui transcende les opinions individuelles. La marche est là comme symbole pour se rappeler que ça ne doit pas rester impuni. Le collectif fait également du bien à l’individuel, même si le deuil médiatique est difficile à gérer comme je vous l’expliquais dans mon précédent article sur le sujet, la famille des proches de la victime n’est souvent pas à l’initiative de cette marche. C’est toute une communauté qui s’arrête et qui vient épauler cette famille, car elle se sent aussi concernée, ça pourrait arriver à n’importe qui.

Une inscription temporelle et spatiale

La marche s’inscrit de manière locale, organisée par des proches, une association, voire des élus locaux, c’est un moyen de permettre d’exorciser la douleur commune. Car si la marche est locale, le décès l’est aussi, et l’événement permet de retourner à une vie « normale ».

Un mot quand même sur l’effet à double tranchant d’un tel événement, car le deuil médiatique peut être très compliqué à gérer. Douleurs affichées, impossibilité de retourner à l’intime pour se préserver sont des éléments complexes à prendre en considération, sans parler du fait que le sujet de la mort, non forcément tabou, n’est pas toujours un élément suffisamment fédérateur en soi. Une célébration royale, rassemble plus de personnes qu’une marche blanche.

Si ces marches sont récentes, elles s’inscrivent finalement dans un temps plus ancien où la collectivité et la communauté se resserrent sur elles-mêmes après un évènement aussi douloureux soit-il.

 

Gérer son propre deuil lorsque l’on est professionnel du funéraire

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Maitre de cérémonie

Comment gérer son propre deuil lorsqu’on est professionnel du funéraire ? La mort devient alors une mise en abîme mystérieuse, où distance et émotion se frôlent et se bousculent. Non seulement personne n’aura la solution mais surtout tout le monde vous regardera.

Faire face à la peine des endeuillés fait partie intégrante du travail d’un professionnel du funéraire. Et je mets professionnel du funéraire et non pas seulement conseiller funéraire car tous les acteurs sont soumis à cet impeccable langage que tous doivent avoir, face à l’appréhension notable qu’ont les individus vis-à-vis de la mort. De plus, ces dernières années, le rôle des différents acteurs du funéraire a évolué pour être davantage à l’écoute des familles après les obsèques dans un suivi du deuil, qui s’apparente à un suivi psychologique.

D’autant que tous les chercheurs qu’ils soient médecins ou psycho-sociologues s’entendent sur le fait que le deuil est plus social qu’avant, même si paradoxalement il est plus intime et tendrait donc vers quelque chose de plus désocialisé.

La pompe funèbre fait partie du cœur même du dispositif de la prise en charge sociale des endeuillés. Comment se protège-t-elle de toutes ces émotions ? Pour le faire au mieux elle doit avant de disposer d’un savoir-faire, disposer d’un savoir-être. Une distance mesurée et somme toute très précise entre la famille et elle-même afin d’avoir juste assez d’empathie sans tomber pour autant dans le pathos.

Seulement mourir n’arrive pas qu’aux autres, cela arrive à des membres de sa collectivité, à son entourage proche, et pire encore, à sa propre famille. Comment gérer son propre deuil lorsque le métier est d’aider à faire celui des autres ? En réalité il n’y a pas de solution magique, et tout comme le personnel de soin en service palliatif, là où la mort se balade tous les jours, lorsqu’elle nous frappe directement elle est d’une violence inouïe.

La double peine

  • La gestion des obsèques

Puisque c’est votre métier, l’entourage va s’attendre à ce que tout aille pour le mieux, l’organisation des obsèques doit se dérouler parfaitement bien dans les moindres détails. Et d’un coup, celui ou celle qui était considéré comme le marginal de l’entourage devient celui ou celle sur qui tout devra reposer. C’est plus facile d’être la coiffeuse de la famille que la pompe funèbre. Dans la plupart des cas, il vous semble impensable que quelqu’un d’autre vienne à s’occuper de votre défunt, en ce sens, vous prenez déjà une première lourde responsabilité, celle de la culpabilité. Comment il ou elle pourrait avoir des obsèques digne de ce nom, si ça n’est pas moi qui m’en occupe ? Et l’ego, au sens premier du terme devient votre premier fardeau.

  • Pour ne pas défaillir

On va s’attendre à ce que vous gériez non seulement les obsèques mais aussi vos émotions. On ne vous verra pas pleurer ce jour là, c’est peu probable. Vous êtes effondrés mais tout le monde vous regarde, personne ne vous jugera, mais vous, le professionnel de la mort, comment pourriez-vous la laisser vous submerger ce jour ? La posture prise pendant ce temps des obsèques est parfois inconsciemment dangereuse, car, comme je le répète souvent, –parce que je radote, soyons clairs– les obsèques constituent la porte d’entrée du deuil.  Ne pas vivre pleinement cette étape revient à décaler ce deuil, au risque d’en faire un des nombreux deuils pathologiques, que je vous ai décrit ici.

Je suis dure aujourd’hui avec vous. Oui, c’est pour votre bien. Qui va s’occuper de vous, lorsque vous allez devoir appeler le crématorium pour crématiser votre maman ? Qui va vous demander si vous allez bien, lorsque vous penserez déjà au délai de la pose du monument sous lequel reposera votre enfant ? Qui va penser que vous n’allez pas travailler ce jour là, ce jour où pourtant la veille vous étiez vous mêmes à la mairie pour demander l’autorisation d’inhumation pour votre frère ?

Vous êtes professionnels du funéraire ? Oui, mais avant vous êtes humains.

Le deuil collectif : première partie, les accidents et catastrophes

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deuil collectif

Le décès d’un être cher bouleverse, on le sait, notre manière d’appréhender le quotidien. Le deuil est personnel à chacun et relève, dans une certaine mesure de l’intime. Mais comment faire lors d’un attentat ou d’un assassinat d’enfants ? De la même manière lors d’un accident d’avion, les deuils sont aussi multiples que le nombre de décès. Comment gérer son deuil lorsqu’il est collectif ?

Le deuil collectif des accidents

Lors d’un décès qui survient des suites d’un accident, le choc prédomine. Des amis sont partis en vacances et leur avion n’atterrira jamais. Votre frère venait vous rendre visite mais il est mort en mer en compagnie de dizaines de personnes. Ce drame est horrible à vivre car il laisse la situation avec des points de suspension. Personne n’est préparé à vivre le décès de quelqu’un de proche et encore moins de cette manière. L’étape de l’acceptation arrive très tard, et celui du choc et du déni, se voient alors renforcés.

C’est ainsi qu’en plus de devoir faire le deuil de notre ami, de notre frère, de notre proche, voilà que l’on entre dans un complexe de double deuil. L’intime et celui collectif de la communauté spectatrice ou participative – les autres familles – de ce deuil. Plus il y a de morts, plus la douleur s’en voit renforcée, plus l’émotion est lourde. En plus de cela, il n’est pas rare de devoir faire le deuil de toute une famille en même temps, car ils étaient ensemble dans l’avion ou en vacances – le tsunami au Japon de 2011.

S’entame alors souvent ce qui s’apparente à un pèlerinage, c’est par exemple ce dont nous avons pu assister suite à la catastrophe aérienne du mont Sainte-Odile ayant eu lieu le 20 janvier 1992 tuant 87 passagers et membres d’équipage d’un Airbus A320 de la compagnie française Air France. En se rendant sur les lieux de l’accident, les personnes commencent tout doucement à réaliser l’impensable. Dans ces cas précis, l’absence de corps rend encore plus difficile l’acceptation. Cette démarche permet d’amorcer le travail de deuil en s’appropriant une partie du voyage de leur proche et de commencer ainsi à redéfinir complètement leur vie.

Au delà du déni, vient vite se confronter la colère. Problème technique ? Responsabilité du pilote ? Comment cela est-il possible ? Comment cela a pu arriver avec toute la technologie dont nous disposons ? Et le fait d’être plusieurs à se sentir incompris sur ces points, soulève souvent un vent de révolte pour obtenir des réponses.

Les larmes publiques

Au delà des étapes particulières auxquelles sont confrontées les proches d’un défunt victime d’un accident qui a entraîné la mort de dizaines de personnes, il y a aussi toute la question éthique et morale sur l’affichage collectif du chagrin.

Comment un père peut-il pleurer sa famille en dehors du champ médiatique ? Face à une telle exposition, les larmes sont parfois retenues, bloquant ainsi le processus de deuil et conduisant malgré eux à un deuil dit « pathologique » que je vous ai décris dans un article consacré. C’est un peu le même problème pour les personnalités qui, elles, sont publiques et célèbres et qui doivent faire face à l’exposition médiatique de leur peine. Parfois les défunts deviennent héros ou martyrs malgré eux et ont le droit à des obsèques grandioses alors même que la famille n’a pas pu encore pleurer son défunt dans l’intimité.

des-proches-des-victimes-du-crash-de-la-germanwings-au-vernet-le-24-juillet-2015 Le deuil collectif : première partie, les accidents et catastrophes
des proches des victimes du crash de la germanwings au vernet le 24 juillet-2015

L’interdiction d’oublier

Entre les anniversaires de décès et les commémorations, la peine est récurrente pour ces familles endeuillées qui peinent à repousser les frontières du chagrin. D’un hommage on arrive souvent à un souvenir trop lourd à porter pour ces individus dont on a oublié que leur oubli est un droit.

Il y a un équilibre délicat à trouver entre d’un côté le réconfort et le soutien que peut apporter le collectif dans ces moments exceptionnels et de l’autre l’intimité et l’ombre d’un deuil qui se veut personnel.

C’est pourquoi tous les rites aussi symboliques soient-ils vont permettrent de gérer au mieux le temps des obsèques. Je pense particulièrement aux veillées spontanées sur le lieu d’un accident, une cérémonie civile collective qui vient compléter une cérémonie intime et individuelle. Lorsque le particulier et l’ensemble s’allient pour le meilleur.

 

 

Mourir et voir mourir : la nuance complexe du soin palliatif

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Soin palliatif

Gérer le quotidien des familles endeuillées est un lourd travail, mais gérer le quotidien des familles de patients en fin de vie est un autre travail. Voir mourir… La mort en soin palliatif n’a pas le même visage, elle rôde plus longtemps. Pour certains, c’est une douce mort pour mieux appréhender le travail de deuil, pour d’autres c’est la punition d’une longue agonie. Comment gérer la détresse psychologique dans une unité de soin palliatif ?

Gestion de la culpabilité

Tout comme dans une pompe funèbre, le soignant va devoir gérer la famille, ici du patient. Lors d’une longue agonie, la famille très présente au début, peut se faire plus rare à un moment. Le trajet peut être loin, aucun moyen de garde pour les enfants, le travail ou tout simplement l’ambiance lourde et pesante d’une fin de vie. Les familles se tournent alors vers le soignant :

« Mais si je ne suis pas là au moment où mon père va mourir ? S’il meurt seul vous vous rendez compte ? Je ne peux pas être là tout le temps, je ne sais plus quoi faire. »

L’enjeu va être à la fois de déculpabiliser la personne mais aussi de la faire se livrer à une introspection complexe, pourquoi veut-elle absolument être présente ? En avait-elle parlé avec son père ? Et les réponses sont parfois étonnantes : « Non en vérité, je pense qu’il détesterait que je sois là à le voir mourir, et être là au moment de son dernier souffle ». De la culpabilité, l’on passe à un travail psychologique interne à un tout autre niveau.

Idem pour ces familles qui sont soulagées lors du décès d’un de leur proche dont la souffrance physique était à son comble, un goût acide de culpabilité vient s’écouler dans les gorges de ces individus en perdition. Il convient là également pour le personnel soignant de désamorcer ce sentiment irréel, car en vérité, il n’existe pas. La personne n’est plus là, c’est un fait, un constat précis, daté dans le temps. Tout sentiment de culpabilité est inutile, mais il est très complexe de l’insérer dans le processus du deuil qui s’amorce différemment dans le cas de la fin de vie.

 Gestion de l’après

Un soignant retrouve une femme en sanglots qui tient la main de sa mère. Sans un mot le soignant s’approche et là, la jeune femme déverse toute son angoisse « Elle est en train de mourir, elle ne parle plus, ne me voit même plus, et je ne sais absolument pas ce qu’elle voudrait pour son enterrement, vous savez, pour les obsèques quoi. Comment ça se fait que nous n’en ayons pas parlé ? »

Or même si la mort rôde on a tort de penser qu’il est plus facile d’en parler qu’ailleurs, si mourir est devenu plus étatique dans une unité de soin palliatif, la mort reste le mot proscris et banni, il faut qu’il soit prononcé le plus tard possible même lorsqu’elle arrive comme une délivrance.

Là encore, il ne faut pas répondre à la question directement, mais user de psychologie en comprenant le pourquoi, pour trouver le comment. La cérémonie c’est pour les vivants, pour rendre hommage. Donc on essaie de trouver des pistes en lui demandant par exemple, comment elle pourrait décrire sa maman ? Une personne simple, humble, et plutôt discrète. Ou à l’inverse exubérante, volubile, etc. Et on obtient la réponse… une cérémonie qui lui ressemble sera le meilleur moyen de lui rendre hommage.

 » tu n’as pas froid? » Et tout à coup la vérité lui saute aux yeux: marre des questions, les mourants en ont marre des questions ! « As-tu soif? » « As-tu mal ? » « Veux-tu que je remonte ton oreiller ? » « tu n’as pas trop chaud ? »
Nous ne leur parlons pas, songe Lisa, nous les pressons, les harcelons. Mais il faut dire qu’ils ne nous aident guère; ils se taisent, et ce silence, dont nous savons qu’il sera éternel, nous rend fous. Des mots d’amour, nous voudrions leurs derniers mots d’amour. Mais ils ne disent que « oui » ou « non ». Et encore, pas souvent ! Et distraitement ! Juste pour avoir la paix. Comme des gens très occupés ailleurs. Des grandes personnes que les enfants dérangeraient au milieu d’une conversation sérieuse. » Françoise Chandernargor.

La gestion de l’au revoir

Côté patient le problème est le même, les patients en fin de vie, ne sont pas tous dans le coma. Certains sont parfois très durs avec leurs proches. Pourquoi ? Un père peut alors dire à son fils « Je ne veux pas que tu viennes me voir ». Là aussi, on cherche, on essaie de comprendre. Et la vérité sort naturellement. « Je ne sais pas comment lui dire au revoir, s’il me déteste ça sera plus facile, vous comprenez ? ». Et avec le soignant on trouve alors des solutions pour mettre en place un au revoir nécessaire au travail de deuil qui finalement commence dès aujourd’hui.

La gestion des mots

Comme je l’expliquais plus haut ça n’est pas parce que la mort arrive que prononcer le mot est plus simple. Le mot « mort », nécessaire pour mieux entamer le travail de deuil, surtout auprès des enfants est à manier différemment suivant l’expérience de chacun mais aussi suivant ses croyances religieuses, son état physique mais aussi psychologique.

On le voit, les soignants en soin palliatif ne sont pas là que pour soulager la souffrance physique mais également pour caresser la souffrance émotionnelle, et même parfois la faire ressortir, dans un lien interactionnel très particulier et complexe, entre un patient en fin de vie, et ses proches.

 

« Le deuil du Pouvoir », quand les Présidents s’en vont

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le deuil du pouvoir

Allez savoir pourquoi, lorsque j’ai lu ce livre il y a quelques semaines, je me suis dit qu’il serait parfait pour ce samedi très précisément. Le « Deuil du pouvoir » parle des derniers jours des présidents de la République à l’Elysée, et le moins que l’on  puisse dire, c’est qu’il y a toujours quelque chose d’un peu solennel et pathétique.

Le deuil du pouvoir

« La chute est le meilleur révélateur de la tragédie du pouvoir, car elle découvre la vérité de l’homme derrière le dirigeant et expose comme jamais les travers de la comédie humaine. »
Le constat vaut particulièrement pour les sept premiers présidents d’une Ve République qui conjugue imaginaire monarchique et sacralité populaire du suffrage universel. Afin d’ancrer le propos dans l’histoire, trois chapitres auguraux sont consacrés aux fins de règne des Républiques mourantes : celle dite des ducs enterrée avec Mac-Mahon, la IIIe naufragée avec Albert Lebrun, la IVe sacrifiée avec dignité par René Coty.

Fidèle aux précédents livres-chapitres portés par Perrin et Le Figaro, la rédaction associe historiens renommés et grands reporters, chacun racontant les cent derniers jours en fonction d’un président qu’il connaît à la perfection pour avoir écrit sur lui ou l’avoir suivi dans ses fonctions. Chaque contribution, écrite d’un style fluide, est riche en détails et aussi en révélations, par exemple sur la fin dramatique de Georges Pompidou ou l' » abdication  » de François Hollande. »

Alors, c’est comment ?

Le livre est écrit à plusieurs mains. La fin de règne de chacun des présidents est décrite par un spécialiste, journaliste et historien, qui ont, soit vécu de l’intérieur ce deuil du pouvoir, soit sont spécialistes de l’époque. Chaque auteur connaît par cœur non seulement le contexte de cette fin de pouvoir, mais aussi l’homme derrière le président.

Et ces hommes sont soumis à rude épreuve. Épreuves physiques, les fins de règne de Pompidou et Mitterrand étant, à ce propos, édifiantes, épreuves morales, comme de Gaulle confronté à l’ingratitude des français. De Gaulle, d’ailleurs, qui, à travers le portrait de lui fait dans ce livre, justifie encore une fois, s’il était besoin, qu’il est bien le plus grand français de tous les temps.

On comprend mieux aussi ce qu’ont endure Pompidou ou Mitterrand. Ce dernier, surtout, a subi un véritable martyre pour se maintenir à la fonction suprême. Qu’on aime ou pas le président, on ne peut qu’admirer l’homme.

La préface d’Alexis Brezet, à elle seule, justifierait l’achat du livre, tant sa concision et sa précision sur cette étape ultime du règne d’un président y est analysée avec pertinence et sagesse.

Les plus récents,surtout Giscard, Chirac et Sarkozy, sont traités avec une certaine sensibilité, qui sent le vécu. On devine, pour ces trois là, que l’auteur n’était pas loin.

Quelques défauts et de grande qualités

Le livre n’est pas exempt de reproches. Alors que Giscard, Chirac, Sarkozy, Mitterrand, Pompidou, de Gaulle, et même François Hollande, qui clôt symboliquement le livre, nous parlent, Mac Mahon est plus loin dans l’histoire. Non pas que ce chapitre ne fut pas intéressant, mais son chapitre semble décalé, on se demande ce qu’il fait là.

Le traitement infligé à René Coty est aussi un peu dur. Il y est présenté comme un personnage fat, sans odeur ni saveur, alors qu’il a eu cette lucidité et ce courage de reconnaître la mort de la quatrième République et d’appeler de Gaulle.

Mais cela ne doit pas faire oublier l’intérêt du livre : montrer, dans un style vivant, l’homme derrière le président, dresser un portrait par la fin de ceux qui ont apporté leur pierre à la France, et rappeler, au passage, les crises traversées par ces pouvoirs et la façon dont ils les ont vécues.

Une lecture agréable, instructive, et de circonstance. Que demande le peuple ?

« Le Deuil du Pouvoir » de Alexis Brézet (préface) ; Maxime Tandonnet (Mac-Mahon) ; Jean-Christophe Buisson (Lebrun) ; Georges Ayache (Coty) ; Arnaud Teyssier (De Gaulle) ; Marie-Amélie Lombard-Latune (Pompidou) ; Guillaume Tabard (Giscard) ; Solenn de Royer (Mitterrand, Hollande) ; Philippe Goulliaud (Chirac) ; Charles Jaigu (Sarkozy).

280 pages, 17,90 euros, Editions Perrin, pour l’acheter.

la mort et les étapes du deuil : apprendre à vivre sans toi

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robe deuil tombe

Je suis toujours fascinée de voir les changements de vie spectaculaires de quelques uns après avoir frôlé la mort. Comme si la conscience profonde de soi s’était réveillée. Plus humain, plus authentique, plus voyageur. Mais frôler la mort, ça n’est pas du tout pareil… que de mourir.

J’ai besoin de toi. J’ai besoin de toi, là, maintenant. Non. Tout le temps en fait. Tu m’as appris à regarder le monde avec des yeux rieurs mais tu ne m’as pas appris à supporter ce regard dans un monde où tu n’es plus. C’est fou, je ne me souviens plus… C’était comment avant toi ? C’était comment avant moi ? On dit toujours qu’on veut « laisser une trace dans la vie », je veux bien, mais t’étais vraiment obligé de prendre mon cœur pour faire ça, de t’en servir comme un marqueur indélébile ?

En fait non je n’ai pas besoin de toi, c’est ça, va-t’en ! Il faut toujours que tu fasses le malin en faisant les choses avant tout le monde. Même mourir c’était plus fort que toi ! Et maintenant ? Je suis là assise sur ta tombe comme dans un roman qui me renvoie aux confins de la stupidité. Il pleut il fait froid, dehors, dedans, partout. Ma robe est tellement trempée que j’ai l’impression d’être collée au marbre et de faire partie du décor. De toute façon t’as toujours été nul en décoration. Depuis quand t’aimes les fleurs toi ?

Tu te souviens quand j’ai accouché ? Je suis partie le soir chercher un truc à la pharmacie et je me suis rendu compte que la petite n’était plus avec moi tout le temps, que quelqu’un d’autre pouvait la voir, la toucher. Ben là c’est pareil, t’es plus avec moi tout le temps, et j’ai l’impression que si je décolle mes fesses de là je vais te mettre en danger. Pourtant c’est moi qui suis en danger. Tu me laisses dans ce monde de dingue et je n’ai plus que mes  deux pauvres bras pour m’en protéger, la terre a englouti les tiens pour toujours.

J’aurais dû graver ton image dans mon miroir pour te voir tous les matins. J’aurais dû me faire des perfusions de ton parfum, j’aurais dû enregistrer ton rire plus souvent, et tes colères aussi les jours où tu me manques trop. « Jusqu’à ce que la mort nous sépare », quelle connerie, j’aurais préféré que tu me trompes, j’aurais préféré t’en vouloir pour une bonne raison, j’aurais voulu faire le deuil de quelqu’un de vivant. Mais non, il a fallu que tu me rendes si banale, là, à pleurer pour un mort.

Il faut que j’aille dormir, parce que dans mes nuits, tu es vivant. Demain matin je reviendrai là, à confondre les larmes et la pluie sur mes joues. Je changerai de robe, je changerai de ton, je changerai tout.

 

Travailler aux pompes funèbres, le bénéfice du doute

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Caspar_David_Friedrich doute brouillard
« La seule certitude que j’ai, c’est d’être dans le doute »
Pierre Desproges

C’est une question anonyme qui nous est parvenue et que nous avons posé sur Facebook : « La remise en question, surtout au début, est-elle saine ? ». Le doute est-il sain ? En tout cas, une chose est certaine : celui qui ne doute pas est incapable de se rendre compte qu’il a échoué.

Le doute est utile (le passage désagréable de l’article)

Une chose est certaine : le doute, surtout au début, est inévitable. Lorsqu’on se rend compte de la pression qui pèse sur nos épaules, en recevant sa première famille, une question apparaît comme inévitable : « Suis-je à la hauteur ? ». Inévitable et nécessaire.

Tout d’abord il faut savoir si vous avez la première qualité indispensable au métier : la capacité de prendre du recul. Les pompes funèbres, et, plus largement, les métiers du funéraire, finalement, c’est quoi ? La rencontre entre des personnes (les familles) qui sont en train de vivre un des pires moments de leurs vies, et un professionnel sur qui elles comptent, pour que, dans cet océan de larmes, le nécessaire soit fait.

Si elles se retrouvent face à un pleurnichard en train de s’apitoyer sur son sort, et qui sera incapable de leur offrir ce qu’elles cherchent, à savoir l’incarnation d’un phare dans la tempête, si vous n’êtes pas capable de vous mettre de côté pour assurer votre mission, alors, vous aurez au moins une certitude : vous n’êtes pas fait pour ce métier.

Attendez, il faut relativiser une chose : on ne vous demande pas d’être Rambo ou Terminator. Savoir distinguer ses problèmes et son métier, ce n’est pas tout encaisser sans broncher, c’est aussi savoir dire « Aujourd’hui, je ne suis pas en état d’épauler une famille, il vaut mieux que je m’abstienne. ». Si ça vous arrive trop souvent, par contre…

Le doute est partagé

Apprenez quelque chose : le doute est partagé par tous. Le métier est difficile, sur beaucoup de plans, tant dans la nature du travail en lui-même que son environnement : ne rêvons pas, même si on dit qu’il ne faut pas pleurer avec les familles, il est impossible de rester en permanence imperméable à toute cette peine. Souvent, d’ailleurs, ça arrive par surprise, lorsqu’on se croit blindé, imperméable à tout. Lorsqu’on ne doute pas, en fait.

Simplement, certains n’expriment pas les doutes qu’ils ressentent. Tout simplement parce que certaines personnes aiment à donner d’elles-même l’image de la confiance en soi, et d’autres, tout simplement, n’arrivent pas à exprimer ce qu’elles ressentent.

Mais le doute peut aussi amener à un constat : tout le monde n’est pas fait pour ce métier, sans d’ailleurs que ce soit une question de courage ou de force de caractère. Et il est sain de douter, pour au final conclure que ce n’est pas pour vous, plutôt que, parfois, persister, parce que vous finirez par le payer chèrement : votre psychisme, voire votre santé, sont en jeu.

Notez que le doute n’est pas l’apanage du funéraire. Je vous mets au défi de trouver un métier, un seul métier, où l’on ne doute pas.

Le bénéfice du doute

Alors, voilà : douter de vous-même, c’est bien. Cela prouve que vous êtes capable de vous remettre en question, et donc de vous améliorer, et d’apprendre. Mais il ne faut pas oublier quelques petites choses. Au nombre de trois : choisi, formé, accompagné.

Parce que vous avez été choisi par un employeur, par des formateurs, qui vous ont formé au métier, et vous êtes accompagné au quotidien par vos collègues. Comme vous, ils ont une conscience professionnelle, et ils ne vous laisseront pas vous enfermer dans l’erreur. Si vous faites mal votre travail, ils vous le diront et vous aideront à vous corriger. Personne n’a intérêt à laisser pourrir la situation.

Au final, donc, le doute est sain et nécessaire, mais il doit rester ponctuel. Si vous doutez en permanence, c’est un problème, mais sans doute d’un autre genre.

Alors, si vous doutez, sachez que c’est une bonne chose. Si le doute persiste, peut-être n’êtes vous pas effectivement fait pour le métier. Mais la seule personne qui puisse le savoir, c’est vous.

facebook-doute-pompes-funèbres Travailler aux pompes funèbres, le bénéfice du doute

GrantWill.com : les messages de l’au-delà

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Grantwill.com

Je vous ai dit il n’y a pas longtemps qu’en matière de mort numérique, l’état était en passe de légiférer sur le problème, notamment par le biais d’une certification de la CNIL permettant de gérer vos réseaux sociaux une fois votre décès. Mais il y a d’autres alternatives, une entreprise fait ça, elle s’appelle GrantWill.com, je vous en parle aujourd’hui, dans Funéraire-Info.

Vous avez des choses à dire ? Un secret à révéler ? Une famille cachée, un amour secret ou un trésor à léguer ? Et bien grâce à Grantwill.com vous pouvez décider d’envoyer un message individuel ou à un groupe entier aux personnes que vous aurez choisi. Vous pouvez aussi choisir d’envoyer une vidéo ou des photos. Cela peut-être après votre décès pour raisons X ou Y de ne pas l’avoir fait de votre vivant, cela peut-être aussi une manière d’entretenir la mémoire en envoyant un message d’anniversaire à votre sœur, depuis l’au-delà.

Mais..on ne choisit pas la date de notre décès alors…comment ça marche ? Après votre inscription sur le site vous désignez une personne de confiance, cela peut-être n’importe qui, il n’ait pas besoin d’avoir un lien de parenté avec la dite personne. C’est elle qui décidera de déclencher le message selon vos directives.

Hyper, ultra, archi sécurisé ? C’est en tout cas ce que prétend cette start-up française qui propose un coffre fort administratif, dans lequel l’on peut très bien décider de confier des informations financières importantes comme le bénéficiaire d’une assurance vie – N’oubliez pas qu’à ce titre maintenant, ciclade peut vous aider à retrouver un contrat d’assurance vie dont vous êtes le bénéficiaire.

Le site est gratuit, l’offre aussi, seuls les options sont payantes, par exemple la taille des stockages, la vérification du décès par certificat de décès officiel. Des prix raisonnables pour une offre assez complète.

Et le deuil dans tout ça ?

Je vous en parle souvent, et notamment des entreprises qui envoient des messages de l’au-delà. Est-ce une bonne chose d’entretenir le souvenir ? oui, en est-ce une de communiquer avec lui ? Par forcement. À chacun de trouver la force dans son travail de deuil de trouver ce qui lui correspond.

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