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École Française de Thanatoplastie

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école française de thanatoplastie
Michel Guénanten, cours de thanatoplastie

Retrouvez ici en intégralité le contenu du communiqué de presse de Nicolas Delestre, secrétaire général de EFT et intervenant pour l’École Française de Thanatoplastie. Vous pourrez télécharger ce communiqué de presse à la fin de l’article.

L’embaumement est un art construit autour de multiples techniques et protocoles. Ceux-ci changent et s’adaptent en fonction de la complexité des cas, des volontés des familles et des croyances de chacun.

La standardisation du traitement est impossible et ce principe d’adaptation demande au praticien une remise en question permanente et salutaire.

Il arrive parfois que certains cas soient particulièrement complexes à traiter et demandent des compétences bien spécifiques. Cet « art dans l’art » prend aujourd’hui le nom de « thanatoplastie » ou « anaplastologie » et se définit comme l’ensemble des techniques permettant la reconstitution de façon réaliste des parties manquantes ou délabrées du visage.

En France il n’existe que très peu de formations permettant l’acquisition de telles compétences car la thanatoplastie demande de la part de ses instructeurs de nombreuses années d’expérience et de pratique avant de parvenir à mettre en place un protocole suffisamment efficace et abouti pour servir de base à l’obtention de résultats probants. Pourtant, depuis 2010, 20 heures de formation en thanatoplastie doivent être dispensées par les écoles afin de permettre aux étudiants d’obtenir le diplôme de thanatopracteur.

L’EFT(École Française de Thanatoplastie) est présente au sein de la faculté de médecine de la ville d’Angers depuis 2014. Elle permet l’acquisition d’un ensemble de méthodes propres à la réalisation de reconstructions faciales post-mortem d’une qualité exceptionnelle, en s’appuyant sur le parcours et les avancées techniques imaginées et mises en place par son fondateur Michel Guénanten et son président Christophe Goussin. L’enseignement dispensé au sein de l’EFT privilégie la qualité et la rigueur, reflet fidèle de la réputation d’excellence des maîtres des lieux.

Techniques d’ancrage et polymérisation, résine, revêtement de surfaçage, substitut osseux, substitut cutané, cosmétologie sont traités durant la session d’enseignement et l’application pratique des techniques enseignées est immédiate grâce à la mise à disposition de pièces anatomiques présentant de nombreux traumatismes réalistes. Chaque étudiant se voit remettre lors de son arrivée sur les lieux de la formation un « kit restauratif » complet composé d’outils et de matériaux nécessaires à l’application pratique des connaissances acquises pendant et après le stage.

La formation dispensée par l’EFT se veut également un espace de discussion ouvert permettant aux thanatopracteurs présent de débattre et de confronter leurs idées et pratiques afin de donner la possibilité à chacun de lever les doutes et craintes auxquels tout praticien est confronté au cours de son parcours professionnel.

Le succès rencontré par la formation nécessitera pour la première fois en 2018 la mise en place de deux sessions qui auront lieu du 19 au 22 juin et du 23 au 26 octobre montrant, s’il en était besoin, la volonté des thanatopracteurs d’acquérir de nouveaux savoirs mais également l’accroissement des besoins en matière d’art restauratif.

Pour tous renseignements, veuillez nous contacter en adressant un mail à : contact@ecolefrancaisethanatoplastie.fr Nicolas DELESTRE secrétaire général de EFT et intervenant session du 19 au 22 juin 2018 session du 23 au26 octobre 2018

eft-communiqué

Nécropole de Rookwood : un train funéraire pour le transfert

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La gare de la nécropole de Rookwood

Chaque jour, des dizaines de corps, depuis le centre-ville de la métropole australienne, ont été transportés par son train funéraire de 1860 à 1950, vers la nécropole au sud de Sydney, de Rookwood, qui est un cimetière très éloigné de la ville et la plus vaste de l’hémisphère sud.

Dans ce pays surprenant, qui est l’Australie, la nécropole de Rookwood, qui est également dans le monde, le plus grand cimetière victorien actif s’étend sur des centaines d’hectares. Depuis son ouverture dans les années 1860, plus d’un million de personnes y sont enterrées. Vu son immensité, il a fallu différentes organisations pour la diriger, parmi lesquels les religieux qui y sont implantés.

À l’époque, le seul moyen qui est capable d’acheminer en un temps décent les défunts et leurs proches pour célébrer des funérailles, est son train funéraire. Tout comme celle à l’arrivée dans l’enceinte de Rookwood qui est de 700 hectares, c’est en forme d’église, si spéciale, que la gare de départ de ce train corbillard fut bâtie. Mais faute de corps à transporter, depuis le début des années 1950, le train pompes funèbres a cessé de fonctionner.

La gare de départ existe toujours, mais a été transformée actuellement en mémorial afin de rendre hommage aux personnes décédées qui ont été transportées par ce lieu si spécifique. Quant à la gare d’arrivée, elle a été délocalisée dans la capitale du pays, à Canberra, après avoir été démontée et ensuite érigée également comme mémorial.

Chose étrange, le train funéraire, les deux gares, et ainsi que le cimetière qui sont connus à travers tout le pays et même au-delà, ont également fait parler d’eux pour leur activité paranormale. Nombreux visiteurs des sites ont témoigné avoir vu entre les tombes de Rookwood, l’apparition d’ombres, des phénomènes étranges.

À noter que vers la fin de septembre, chaque année, la nécropole de Rookwood a une grande journée porte ouverte pour ceux qui sont intéressés. Des visites guidées de crématoriums, de visites historiques, de la discussion, embaumement, des corbillards, entre autres sont aux programmes, et ils valent bien un coup d’œil.

Funérailles : l’ex-apprentie thanato rend hommage à son maître

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(capture Facebook Le Quotidien)

Directrice canadienne d’une résidence funéraire à Saguenay (province de Québec), Brigitte n’a pas lésiné pour rembourser sa dette morale envers son mentor, ancien patron d’une entreprise de pompes funèbres. L’homme qui lui a enseigné la thanatopraxie voici 40 ans, mort début juin à 103 ans. Elle lui a organisé des funérailles mémorables.

Des obsèques d’époque, devrait-on dire. Elle a en effet fait venir de l’Ontario une carriole funéraire de 1896, semblable à celle utilisée autrefois par le défunt. Elle s’est ensuite démenée pour trouver un cheval noir pour la tracter. Le cercueil de Thomas-Louis, son maître d’apprentissage, a ainsi pu rejoindre l’église dans cet équipage. Près du cocher avait pris place un conseiller funéraire vêtu du costume et du chapeau haut de forme du défunt lorsqu’il exerçait encore.

La famille a été très émue et reconnaissante, rapporte la presse locale. Il faut dire que Brigitte lui doit beaucoup. Elle vouait une profonde affection à son aîné. Toute jeune, il lui avait donné sa chance. Dixième d’une famille de quinze enfants, étant fille, ne provenant pas d’une lignée du funéraire, n’ayant pas non plus la qualification scolaire et l’âge requis, habitant loin de l’unique école professionnelle alors à Montréal, elle a forcé son destin.

Elle persuade l’entreprise de pompe funèbre de son mentor de la prendre en stage, tout en poursuivant le collège. Là, le soir après la classe, elle va se frotter à la pratique, accumuler les cinquante embaumements nécessaires sur une année pour valider son diplôme de thanatopraxie. Même après avoir obtenu son premier emploi dans une coopérative funéraire en 1975, son mentor (et son frère Charles) continue de la superviser. Brigitte est devenue la première femme à diriger des funérailles au Québec.

Lors de la cérémonie de Thomas-Louis, elle a rappelé cet attachement fort, l’ouverture d’esprit des deux frères, et ce qu’elle leur devait. Le lien ne s’est d’ailleurs jamais rompu : la famille du défunt lui a confié au fil des années la tâche d’apporter des soins de conservation aux deux frères et à leurs épouses respectives lors de leurs décès.

 

Porto Rico : assis à la table de poker, embaumé, mort

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capture Youtube

A la fin il mit cartes sur tables. Jeune homme passionné de poker, Henry Rosario Martinez, 31 ans, est mort la semaine dernière à Barceloneta (Porto Rico) d’un fatal mélange d’alcool et de médicaments. Pour ses funérailles, en hommage, on l’a embaumé et assis à la table de jeu.

C’est une scène un peu surréaliste : l’homme est calé à la table, assis tel un parrain parmi les siens et de ses amis joueurs, deux cartes glissées entre les doigts, une casquette sur la tête, des lunettes noires sur le nez. Comme un joueur concentré observant le coup qui s’annonce et prêt à abattre ses cartes maîtresses. Henry Rosario Martinez aimait aussi le reggae et les combats de coqs. Autant dire : la famille a été au plus simple.

C’est son père qui a demandé à la maison funéraire d’embaumer et d’organiser cette mise en scène avant l’enterrement. Comme une célébration de cette passion du poker, et de la vie. Une première pour le patron des pompes funèbres Eterna Luz, José Melendez. Ce dernier explique qu’il n’y a rien trouvé à redire, le fait de placer des corps embaumés dans un contexte ayant déjà été fait dans le pays.

C’est même très tendance. La presse du pays rapporte les cas d’un chauffeur de taxi ayant été assis mort au volant de sa voiture. Ou encore d’un joueur de dominos attablé, d’un lutteur placé en situation de combat. Ou enfin d’une vieille dame assise sa bière préférée en main près d’un homme habillé en super-héros.

Canada : Johanne, écolo jusque dans la tombe

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(capture site Journal de Montréal)

Voici une histoire qui aurait illuminé les débats de la récente Cop 21. Celle de la Canadienne Johanne Despatie, une habitante de Gatineau (province de Québec), écologiste jusque dans la tombe. A force de persuasion, elle a même inauguré une tombe « verte » au cimetière local.

La dame avait pleinement conscience de l’empreinte que nous laissons sur la planète. De son vivant déjà, raconte hier dimanche le Journal de Montréal, elle veillait à nuire le moins possible à l’environnement. Sa sœur Suzanne rappelle qu’elle entretenait son compost, qu’elle recyclait ses déchets, qu’elle favorisait la récupération des objets. Quand elle devait imprimer une feuille, elle la conservait pour écrire plus tard sur l’autre face. Dès que possible, elle favorisait les documents et factures électroniques.

Aussi, dès qu’elle s’est sue atteinte d’un cancer en phase terminale à l’âge de 57 ans, elle s’est préoccupée de ses futures obsèques. L’occasion d’un ultime geste pour la planète. Avec sa force de conviction, elle a d’abord persuadé un responsable du cimetière Saint-Alexandre de créer une section écologique. Un petit coin entre les arbres où la pollution serait limitée, sans fondations, avec des pierres tombales naturelles, sans corps embaumés au formol. Pour elle, elle s’est choisi un cercueil en pin sans colle ni clou.

Un an après qu’elle ait rendu l’âme, le 21 janvier 2015, Johanne Despatie repose encore seule dans sa parcelle écolo. Une dizaines de places y sont prévues, pour commencer. Ses proches se disent prêts à la rejoindre à l’heure dite. Bien entendu, il a fallu employer une pelle mécanique pour creuser la tombe. Mais une pollution moindre, dit sa sœur, qu’un four à crémation.

Au Canada, où une certification « responsable » existe, cercueils ou urnes y prétendant ne doivent pas contenir de produits toxiques, de plastique, d’acrylique. Les matériaux ayant servi à la fabrication ne doivent pas avoir parcouru plus de 4.800 kilomètres. Cette fabrication doit suivre des règles écologiques et durables à partir de matériaux organiques certifiés ou recyclés. Pour l’embaumement, il y existe des produits certifiés « verts » composés d’huiles essentielles, non toxiques et biodégradables.

De la difficulté de traiter de l’embaumement ancien

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embaumement, anne carol

Lorsque l’on s’intéresse à l’histoire de l’embaumement sur la période du XIXème siècle on s’aperçoit bien vite qu’une grande partie du travail de recherche consiste à faire le tri dans une documentation extrêmement abondante, l’embaumement est « à la mode » sur cette période (surtout sur sa seconde moitié) et le travail des embaumeurs se lit dans chaque média disponible à cette époque : dans les journaux, les ouvrages publiés (littérature médicale, notes de séances, portraits dans les ouvrages sur les métiers « pittoresques », ouvrages de méthodes, annuaires, etc…), les notes des procès et dans les publicités que ceux-ci produisent.

Il devient très difficile sans recherches approfondies d’organiser toutes ces informations afin de faire ressortir ce que nous appellerons le fait historique. Écrire un article ou une critique d’ouvrage sur l’embaumement dans ces conditions devient quelque chose d’extrêmement complexe et chaque phrase écrite devient un piège qu’il est difficile d’éviter. C’est en gardant tout ceci en tête qu’il convient d’approcher « Le cadavre exquis » écrit par Dominique Kalifa sous le titre « La vogue puis le déclin de l’embaumement contés par Anne Carol« . Il convient également de rappeler que l’auteur de ce texte est aussi co-auteur de l’Atlas du crime à Paris qui est un ouvrage exceptionnel à découvrir de toute urgence.

« Embaumer les cadavres est une très vieille pratique. L’Egypte ancienne avait ouvert la voie et cela a duré jusqu’à nos jours (pensons à Brejnev, Mao, Kim Il-sung, aux débats qui ont suivi la mort de Hugo Chávez). Mais cette opération ne concernait que les grands de ce monde – rois, papes ou présidents – et avait surtout un but pratique : magnifier les dépouilles, enrayer la décomposition pour permettre l’exposition du corps. »

Les sources écrites existantes sur les pratiques funéraires liées à l’embaumement en Égypte pharaonique sont essentiellement dues à Hérodote et à Diodore de Sicile, Hérodote dans son texte descriptif explique que l’embaumement concerne toutes les catégories sociales, il existe ainsi trois méthodes d’embaumement :

« Lorsque le mort leur a été apporté, les embaumeurs montrent aux porteurs des modèles de cadavres en bois, imités par la peinture, et ils indiquent celui qu’ils disent le plus digne d’attention, qui fut celui du dieu dont je ne peux prononcer le nom ici. Ils font voir après celui-là le second, qui est d’un prix moindre ; et enfin le troisième le moins coûteux. »
Hérodote, Histoires, II, 86

Toutes les couches de la société avaient donc accès à ces traitements avec plus ou moins « d’options » et de soins, mais chacun pouvait se faire embaumer suivant ses moyens, pas seulement les hauts dignitaires ou les pharaons. Lorsque l’on avance dans le temps et que l’on arrive au Moyen Âge l’embaumement n’est pas seulement une préservation d’un seul tenant du corps du défunt, on pratique différentes techniques telles le Mos Teutonicus (séparation du corps, dont nous avons déjà parlé sur funéraire info) où, la préservation d’un corps dans son intégralité n’était pas pratiqué dans le but de magnifier la dépouille mais surtout de prouver le décès de la personne et ainsi justifier le droit de sa descendance à jouir de ses richesses et de ses titres.

« C’est au cours de ces recherches qu’il mit au point, en 1837, la technique d’embaumement par injection. »

Gannal mit au point sa technique en 1833 et la présenta à l’Académie des sciences le 4 mars 1833 comme il le dit lui même dans son « Histoire des Embaumements » en 1838, il ne fut pas le précurseur de cette technique car si l’on parle d’embaumement artériel le précurseur direct de Gannal fut le Napolitain Tranchina qui, en 1832, fit démonstration de sa technique (injecter par la carotide une solution d’acide arsénieux). Si nous remontons encore plus loin nous retrouvons Ruysch, Graaf, Tarin, etc… et nous arrivons à la découverte d’Harvey (la double circulation). Une chose est certaine Gannal n’a jamais inventé l’embaumement artériel. Il y eut nombres d’embaumeurs avant, pendant et après Gannal, la vrai force de Gannal père est d’avoir compris l’intérêt de publié en un grand nombre d’exemplaire et d’avoir utilisé la publicité et fait pression sur les autorités pour que, lors d’un décès, ce soit son entreprise que l’on demande en vue de présenter la dépouille et personne d’autre.

« Gannal se contente d’inciser la carotide et d’y injecter 4 à 5 litres d’une solution d’eau distillée, de sulfate d’alumine et d’arsenic »

Officiellement Gannal utilisait un composé d’acétate d’alumine, de chlorure d’aluminium et de nitrate de potasse, mais il y eut de sérieux doutes sur l’utilisation d’arsenic dans son produit de conservation.

« Nul ne peut ainsi privatiser la cité des morts, estiment certains, quand d’autres signalent les dangers de l’arsenic »

L’interdiction de l’arsenic n’est pas due à sa dangerosité pour le préparateur mais les empoisonnements par cette substance étant très fréquents, le crime pouvait être entièrement dissimulé par le liquide conservateur. Louis Philippe interdit donc son utilisation lors des étapes de l’embaumement.

« La vente et l’emploi de l’arsenic et de ses composés sont interdits pour le chaulage des grains, l’embaumement des corps et la destruction des insectes. »
Moniteur du 31 octobre 1846 ; Ordonnance du Roi, titre II, art. 10.

« En 1845, on lui oppose le procédé alternatif du docteur Suquet, à base de chlorure de zinc. »

En réalité, c’est en 1844 que Sucquet présente pour la première fois sont procédé dans un texte et une séance à l’Académie de médecine.

embaumement De la difficulté de traiter de l'embaumement ancien

Mais en 1845 il y eut bien un affrontement décisif entre Gannal et Sucquet que vous trouverez retranscrit ici :

http://www.embaumements.com/suquet/Rapport%20Sucquet.pdf

« Ces polémiques entraînèrent la chute de la maison Gannal puis celle de la demande privée. La fièvre de l’embaumement n’aura duré qu’un demi-siècle. Elle reste liée à un moment de la culture romantique, marquée par l’émergence d’un nouveau culte des morts. On répugne à se séparer de ceux qu’on aime. Des mêmes années datent la vogue des concessions perpétuelles dans les cimetières (qu’une ordonnance royale autorise en 1843), l’érection des monuments funéraires, le spiritisme et les tables tournantes. Comment expliquer le brutal déclin de l’embaumement privé après 1870? »

En 1900 la liste des embaumeurs agissant sur le territoire français est la suivante :

BAUDIAU, CHABANON, ÉTOFFE, GANNAL, TALRICH, TRAMOND, À L’EUCALYPTUS (structure anonyme)

Ces sept structures se partage l’intégralité des embaumements en France ce qui, d’après les dires de Baudiau dans ses « Mémoires d’un embaumeur », représentent cent embaumements à Paris et cinquante en province, par an. De même dans le New-York Herald du 18 novembre 1899, Gannal fils annonce avoir avec son père et son frère pratiqué 3500 embaumements depuis 1835. Au début du XXème siècle l’embaumement ne se porte donc pas si mal. L’entreprise Gannal fut cédée par ses successeurs (son fils et son petit-fils) en 1903 au célèbre historien de l’art Élie Faure.

Par Nicolas Delestre

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Embaumement. Dilaceratio corporis : diviser pour mieux régner

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L’“embaumement“, ce mot évoque aussitôt les célèbres momies des pharaons, dont la notoriété a éclipsé toutes les autres. Pourtant, les embaumeurs des temps modernes ne sont pas les héritiers des prêtres de l’Égypte antique . C’est dans l’Europe du moyen-âge que débute cette série d’articles qui déroulera le fil de notre véritable histoire , aussi passionnante que méconnue.

Qui en effet a entendu parler du mos teutonicus?

Dilaceratio corporis : diviser pour mieux régner.

Par Nicolas Delestre

Le 24 décembre 1294, Benedetto caetani accède au plus haut degré de la hiérarchie catholique en devenant pape. Il prendra alors le nom de Boniface VIII. Souhaitant restaurer la puissance de l’église il va s’attacher à asseoir la domination du spirituel sur le temporel (Unam Sanctam). En 1299, il publie la bulle De Sepulturis dans laquelle il interdit une pratique funéraire très importante pour le Moyen Age : le mos Teutonicus.

Le mos Teutonicus est une pratique utilisée en 1er lieu par les chevaliers germaniques lors des croisades. La 1ère trace écrite que nous possédions de cette pratique nous vient d’un professeur de rhétorique de l’université de Bologne en Italie : Boncompagno Da Signa, dans son ouvrage « De Consuetudinibus sepelientium« . Celui-ci décrit la technique comme ceci :

De corporibus, que balsamo vel aromatibus condiuntur aut preciosis unguntur unguentis vel humectantur cum aqua salita.

Ante incarnationem Christi balsamo vel aromatibus condiebantur corpora defunctorum vel ungebantur preciosis unguentis, quam consuetudinem adhuc observant Iudei. Sed Romani olim eviscerabant corpora et sepeliebant omnia intestina et cetera membra madefaciebant cum aqua valde salita. Et sic per innumerabilia tempora conservabantur illesa, sicut videri potest hodie Rome in palaciis antiquatis et iuxta Neapolim in cavernis. Teutonici autem eviscerant corpora excellentium virorum, qui moriuntur in provinciis alienis, et reliqua membra tamdiu faciunt in caldariis decoqui, donec tota caro, nervi et cartilagines ab ossibus separantur, et postmodum eadem ossa, in odorifero vino lota et aspersa pigmentis, ad patriam suam deportant.

Ce que l’on peut traduire par :

« les Teutons prennent les entrailles des cadavres des hommes haut placés lorsqu’ils meurent en terre étrangère et laissent leurs restes en ébullition dans des chaudières jusqu’à ce que la chair, les tendons et les cartilages soient séparés des os et après un certain temps, ces os sont lavés dans du vin parfumé et saupoudrés d’épices pour être ramenés dans leur patrie »

 

Le mos Teutonicus est ainsi une technique qui se divise en 3 étapes successives ou dilaceratio corporis (division du corps). Tout d’abord on pratique l’éviscération du corps et la mise à l’écart des entrailles et du coeur, puis on sépare les membres du corps et enfin on fait bouillir les restes du cadavre, afin de nettoyer les os des chairs restantes, dans de l’eau salée ou dans du vin aromatisé. Cette technique présentait de nombreux avantages : elle était tout d’abord hygiénique et permettait le rapatriement des corps des chevaliers morts en terres lointaines, mais elle était également très utile au point de vu politique car elle permettait de pratiquer 3 enterrements distincts et donc d’honorer différent lieux et personnages par la présence d’un caveau présentant les restes d’un ascendant illustre (ex : Saint Louis). Ainsi de nombreuses abbayes présentaient côte à côte des gisants de corps, de coeur et d’entrailles. C’est le cas de l’abbaye de Maubuisson, fondée en 1241 par Blanche de Castille, et qui présentait avant son saccage lors de la révolution en 1793, pas moins de 14 gisants dont voici la liste :

  • 1.Blanche de Castille (1252)
    2. Entrailles d’Alphonse de Poitiers (t 1271)
    3. Jean d’Acre (1296)
    4. Marie de Brienne (vers 1278)
    5. Robert II, comte d’Artois (1302)
    6. Mahaut, comtesse d’Artois et de Bourgogne (1329)
    7. Blanche de Brienne d’Eu, abbesse (1309)
    8. Jeanne de la Marche, fille de Charles IV et de Blanche de Bourgogne (1321)
    9. Entrailles du roi Charles IV le Bel (1327) et de sa femme Jeanne d’Evreux (1370)
    10. Marguerite de Beaumont (1328)
    11. Bonne de Luxembourg (1349) et entrailles de Charles V (1380)
    12. Philippe de Montmorency (apres 1351)
    13. Catherine, fille de Charles V et de Jeanne de Bourbon (1388)
    14. Philippe de Paynel, abbesse (1390)

On retrouve bien nos gisants d’entrailles au milieu d’autres gisants, deux de ces gisants purent être sauvés de la mise à sac révolutionnaires et se trouvent actuellement conservés au palais du Louvre. Il sagit de ceux de Charles IV le Bel (mort en 1328) et de Jeanne d’Évreux (morte en 1371), sa femme, tenant chacun un sac contenant leurs entrailles

Le mos Teutonicus fût très employé durant les croisades et après son interdiction en 1299 il continua à être pratiqué grâce à certaines « bulles d’excemption » accordées par les différents papes. Ainsi cette technique devient, à partir du XIIIe siècle, un privilège de la dynastie capétienne dans le royaume de France. Les exemples d’application de cette technique sont nombreux, mais l’un des mieux documenté est celui de l’empereur Frédéric Hohenstaufen, dit Barberousse.

Le 10 juin 1190, l’empereur est en croisade contre Saladin et pour rejoindre, avec ses troupes le lieu de la future bataille, il doit traverser le fleuve Saleph au coeur de l’Anatolie. Lors de cette traversée Fredéric Hohenstaufen tombe de cheval dans l’eau et, entraîné par son armure, il se noie. On applique alors à la dépouille de l’empereur la technique du mos Teutonicus et un historien arabe, Schhabbedin notera la méthode dans ses mémoires. Les différentes étapes finalisées, les chairs et entrailles prennent le chemin de l’église Saint Pierre d’Antioche, les os celui de la cathedrale de Tyr, et les entrailles ainsi que le cœur prirent le chemin de Tarse.

Par Nicolas Delestre

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Le projet « embaumements », interview de Nicolas Delestre

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Le projet « embaumements » a pour but de donner accès aux biographies de nombreux embaumeurs et d’expliciter les différentes méthodes de conservation élaborées par ceux-ci à travers le temps. Interview de Nicolas Delestre par Claire Sarazin.

Claire sarazin : Bonjour Nicolas, peux-tu te présenter pour les lecteurs de Funéraire info?
Nicolas Delestre : Je m’appelle Nicolas Delestre. A la base, je suis informaticien spécialisé en sécurité des systèmes d’information.  J’ai enseigné au sein de l’IUT de Lyon 1 et dans les sections supérieures du CNRS en sécurité informatique, avant de décider  par choix personnel de changer de vie. J’étais passionné par les rites funéraires du moyen âge et de l’antiquité et mes livres de chevet étaient depuis bien longtemps Philippe Ariès et Danièle Alexandre-Bidon, alors j’ai décidé d’entrer en formation de Thanatopraxie au sein de l’école de Lyon et en parallèle j’ai rejoint l’équipe du musée d’anatomie Testut Latarjet pour m’occuper de l’événementiel et de recherche sur les momies y étant conservées. La passion pour les différentes techniques d’embaumement n’a fait que croître au cours des années et je peux à présent m’épanouir dans la recherche d’anciennes techniques et reconstituer les biographies d’embaumeurs oubliés. Il y a maintenant plus de 10 ans que je me suis plongé dans les rites funéraires anciens et l’embaumement.
CS : Parle-nous de ton projet, comment est-il né ?
ND : Le projet embaumements.com est né tout d’abord de rencontres. Être passionné tout seul dans son coin c’est bien, mais lorsque l’on rencontre d’autres personnes prêtes à apporter leur concours à un projet commun, cela change la donne. C’est comme cela que le projet est né, de la rencontre avec Claire Desbois, Marion Péchiné, Claire Sarazin, Nicolas Le Breton et Jordan Gallois Garreignot, tous spécialistes dans leur domaines respectifs et tous intéressés par la mise en valeur du patrimoine culturel essentiel que sont les méthodes d’embaumements. Il était important à nos yeux de redonner leurs lettres de noblesse à des hommes qui passèrent leurs vies a mettre au point de nouveaux procédés et dont la plupart des Thanatopracteurs actuels ignorent jusqu’à l’existence

Embaumement-Nicolas-Delestre Le projet "embaumements", interview de Nicolas Delestre
Embaumement, Nicolas Delestre

CS : C’est vrai que l’histoire de l’embaumement telle qu’elle est enseignée dans les écoles est assez succincte. Y-a-t-il d’après toi des points à développer ?
ND : Le XIXème siècle est une période charnière dans l’histoire de l’embaumement et à cette époque, les mondes aujourd’hui séparés de la médecine et de l’embaumement étaient étroitement soudés. Des médecins exceptionnels tels que les docteurs Dubois et Parcelly  à Lyon, collaborateurs du célèbre docteur Lacassagne, le docteur Sucquet à Paris et tant d’autres…L’histoire de l’embaumement est complexe et la vérité se cache souvent dans les méandres des archives des facultés de médecine.  Combien de Thanatopracteurs actuellement savent que Gannal, ce n’est pas un embaumeur mais deux : Jean Nicolas GANNAL et son fils Nicolas GANNAL. Combien de Thanatopracteurs savent que c’est un concours en 1848 sous l’égide de l’Académie Royale de médecine qui scella la fracture entre l’embaumement et la médecine…

CS : Oui, nous ne connaissons pas notre propre histoire et peut-être accordons-nous trop d’importance aux égyptiens tout en négligeant le moyen-âge ?
ND : Les momies égyptiennes sont de très beaux exemples d’adaptation de principes de conservations alimentaires, mais si l’on emprunte ce chemin alors pourquoi ne rien dire des momies siciliennes traitées par les moines Capucins qui sont tout aussi remarquables ?  Le moyen âge a vu se développer les premiers procédés de conservation. Les croisades notamment nécessitèrent  la création d’une technique permettant de rapatrier les corps de chevaliers mort en terre sainte.
CS : Finalement, toute notre histoire n’est-elle pas à réécrire ?
ND : Il ne s’agit pas de réécrire l’histoire, mais d’avoir une vision la plus objective possible, de l’évolution d’une science à part entière. Le but de cette objectivité est de redonner une part de gloire à certaines personnalités et à certaines techniques oubliées et de bousculer l’image que l’on a de cette science

CS : L’embaumement peut-il être considéré comme une science ?
ND : Une science c’est quoi? C’est un ensemble cohérent de connaissances relatives à certains phénomènes obéissant à des lois et vérifiés par les méthodes expérimentales. L’embaumement répond pleinement a tous ces critères.

CS : Les Thanatopracteurs d’aujourd’hui sont-ils toujours des embaumeurs ?
ND : Actuellement, encore un certain nombre de Thanatopracteurs se battent pour que vivent un état d’esprit qui est celui de l’embaumement : Un esprit de recherche, d’expérimentation .Ces hommes et ces femmes qui se battent sont l’avenir de la Thanatopraxie et ne sont pas très éloignés des grands embaumeurs du moyen âge ou du XIXème.

CS : A ce propos, est-ce que le terme Thanatopracteur te semble correct et approprié ou lui préfères-tu celui d’embaumeur ?
ND : Je préfère celui d’embaumeur car il relie le praticien et son histoire.

CS : Pour finir, parlons un peu du site. Quand sera-t-il en ligne ?
ND : Nous avons passé du temps à rassembler des documents et à faire pratiquer des expertises pour les différentes méthodes que nous allons expliciter. Tout un travail d’archive était à faire, rien n’existait. Rassembler la biographie du docteur Parcelly a pris par exemple plus de 6 mois de recherches. Les premiers dossiers complets étant prêts, le site va ouvrir ses portes dans quelques jours. En attendant, vous pouvez retrouver certaines techniques et biographies sur le blog du projet embaumements.over-blog.com.nous n’allons pas nous contenter de fournir de la documentation et des analyses. Des documentaires sont en cours de réalisation pour permettre de diffuser le plus largement possible l’histoire de l’embaumement

CS : On peut déjà donner l’adresse ?
ND : oui www.embaumements.com Vous y retrouverez déjà le logo du projet crée par Florent Colovray et les principes et participants au projet.

CS : Et bien merci Nicolas, je te laisse le mot de la fin.
ND : Il est important de remettre en avant l’histoire de l’embaumement car trop longtemps elle fut au mieux ignorée, voire falsifiée. Quel que soit l’avenir de la Thanatopraxie. Il ne peut se faire que dans la continuité de l’esprit de découverte propre à l’embaumement.

Claire Sarazin

Venezuela : Hugo Chavez, un embaumement raté

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Après sa mort annoncée le 5 mars 2013, son corps devait être embaumé « pour l’éternité », exposé dans un cercueil en verre comme Lénine, Mao ou d’autres chefs d’états avant lui. Finalement non : l’ex-président vénézuélien Hugo Chavez, 58 ans, victime d’un cancer à épisodes, repose aujourd’hui sous un mausolée de marbre gris, à l’Académie militaire de Caracas.

Après avoir consulté des spécialistes russes et allemands, le président par intérim Nicolas Maduro a finalement reconnu à l’époque qu’un embaumement serait « difficile ». Il aurait fallu commencer le travail « bien plus tôt ». Or, le gouvernement s’était posé la question deux jours après le décès annoncé.

Le coup de tonnerre lancé aujourd’hui par l’ancien chef de la sécurité de Chavez, réfugié aux Etats-Unis, repose la question sous un autre jour. En réalité, affirme t-il, Hugo Chavez est mort le 30 décembre 2012 à 19h32. On a caché sa mort au peuple pendant un peu plus de deux mois. Des raisons politiques l’expliquent.

Beaucoup de rumeurs ont circulées avant ce décès, allant jusqu’à remettre en cause le cancer présidentiel, diagnostiqué en 2011. Après ce rebondissement, le Venezuela (socialiste) a dénoncé cette semaine un complot impérialiste visant à l’affaiblir. Mais que sait-on ? Petit retour en 2013.

Le 10 décembre 2012, Hugo Chavez, après une rechute de son cancer à l’abdomen, part pour Cuba s’y faire soigner. Il dit alors exercer toujours le pouvoir. Le 8 janvier 2013, le président de l’Assemblée nationale indique que le leader récupère et ne peut se présenter comme prévu le 10 devant les députés. Le 26, le gouvernement annonce qu’une lésion maligne a été enlevée, qu’une insuffisance respiratoire est surmontée, que l’évolution est favorable. Hugo Chavez rentre à Caracas le 18 février, sans se montrer en public. A part ses proches, personne ne l’a vu donc depuis décembre. Il est cependant sensé avoir signé des décrets en janvier ou février. Le 5 mars, il est annoncé mort.

Tombeau-Chavez-e1423145636410 Venezuela : Hugo Chavez, un embaumement ratéLà commencent les interrogations. Soit, selon l’hypothèse, Hugo Chavez est décédé depuis deux mois. On peut supposer alors que le corps a été conservé dans un lieu réfrigéré, le temps d’assurer la succession gouvernementale. Comme le suggère la thanatopractrice Claire Sarazin, il est possible qu’avant de le congeler, on a vidé le corps de ses fluides, pour injecter une solution stoppant la décomposition. Tout en ayant le temps d’organiser dans la pratique la décision politique de l’embaumer, voire selon une autre méthode de le plastifier en le plongeant dans une solution de polymères. Comme figé « pour l’éternité ».

Mais là, cela respire l’improvisation, à entendre les intentions contradictoires du successeur Nicolas Maduro en mars 2013. La température de mars tournant autour des 20 degrés à Caracas, la décomposition aurait du être rapide. On présume donc qu’il a reçu des soins élémentaires de conservation. Ce qui ne suffisait pas pour l’exposer dans toute sa gloire à l’adoration des foules.

Embaumement par le Procédé de Swammerdam par imprégnation…

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swammerdam Embaumement par le Procédé de Swammerdam par imprégnation...La période égyptienne est certainement l’une des plus riches en terme d’embaumements; Hérodote, surnommé « Le Père de l’histoire » par Cicéron était un célèbre prosateur mais également un historien grec (484 – 425 avant J-C) qui définissait trois méthodes (1) distinctes d’embaumement selon la caste et les moyens des familles qui confiaient leur défunt aux taricheutes (2) égyptiens.

La méthode qui nous intéresse aujourd’hui est celle inventée par un célèbre naturaliste Hollandais du nom de Jan Swammerdam (1637-1680) qui outre son traité sur l’histoire des abeilles, s’intéressa un moment à un procédé de conservation par imprégnation d’huile de térébenthine.

Cette huile qui découle de plusieurs espèces d’arbres et dont on faisait usage en médecine peut être extraite notamment du pistachier (huile du pistachier ou huile de Scio), du mélèze ( huile de Venise) ou celle encore qui découle du sapin et que l’on nomme la Térébenthine de Strasbourg.

Toutes ces huiles fournissent, dans la distillation avec l’eau, un liquide extrêmement pénétrant et laissent après elles, une résine cassante et insipide (3).

swammerdam1-300x247 Embaumement par le Procédé de Swammerdam par imprégnation...
Planche anatomique de Jan Swammerdam

Swammerdam eut longtemps en sa possession un cabinet de curiosités qui fit l’admiration de tous les étrangers car ce dernier était composé d’une grande quantité de corps embaumés dont les membres gardaient « toute leur moleté et conservaient un teint fleuri, sans dessèchement et sans rides […] on eût dit que c’étaient des hommes endormis, prêt à parler à leur réveil » précise le second tome des Œuvres diverses de M. Thomas (Aux Éditions des Frères Périsse à Lyon en 1773); soit près d’un siècle après la mort du célèbre naturaliste.

Jean-Nicolas Gannal, le Père de l’embaumement moderne, cite dans son livre « Histoire des embaumements » (Aux Éditions Desloges en 1841) la méthode employée par son illustre prédécesseur : «  Il faut qu’on prépare un vase d’étain d’une grandeur suffisante pour contenir le corps qu’on veut embaumer : qu’on y mette, à une distance environ de deux doigts de fond, une petite claie de bois percée de petites ouvertures; que sur cette claie on place un cadavre et qu’ensuite on verse de l’huile de térébenthine à une hauteur de trois doigts; […] de cette manière, cette huile d’une nature pénétrante s’infiltrera petit à petit dans les pores du cadavre sur lequel on l’a jeté et expulsera la partie aqueuse, cause principale de la fermentation qui tend à corrompre. Le corps s’endurcira et s’imbibera du marc épais de l’huile, dont l’effet pourrait se comparer à celui d’une moelle gommeuse, il pourra par conséquent, demeurer hors du liquide et en plein air sans se corrompre, sans qu’on ait à craindre la putréfaction ni les vers ».

L’inconvénient majeur de cette méthode est la lenteur du processus qui pouvait prendre selon Gannal, un mois pour conserver les intestins, plus de six mois pour un embryon du même âge et environ trois mois pour les membranes du cœur.

Gannal reprit l’expérience de Swammerdam à son tour et à la lettre mais n’arriva jamais à la réitérer, du moins sur le résultat final qu’obtint le naturaliste.

Le Père de la thanatopraxie moderne disait de lui  qu’il a pu observer des pièces anatomiques embaumées « avec un tel talent qu’elles semblaient rester flexibles et continuellement molles […] à tel point que les entrailles se pénètrent profondément de ce baume et qu’elles peuvent résister aux atteintes éternelles de l’air ».

Swammerdam et Ruysch (4) n’ont, selon Gannal, jamais fait connaître qu’une partie de leur système de conservation et « qu’avant l’immersion du corps dans l’une des deux liqueurs […] ils lui faisaient (sans doute) subir une préparation ».

La méthode préservait certes l’intégrité interne et externe du corps « ne perdant rien de leur substance ou de leur couleur et ce sans effusion de sang » mais la formule incomplète et le délai imposés particulièrement long du processus ont définitivement scellés le développement et l’éventuelle commercialisation de cette invention….

R. Narabutin, Artisan thanatopracteur

Sources :

www.wikipedia.com

Histoire des Embaumements, procédés nouveaux par J-N Gannal aux Éditions Desloges, 1841

Dictionnaire d’ Histoire Naturelle appliquée aux Arts en 1819 aux Éditions Deterville

De l’embaumement au soin d’hygiène et de présentation moderne : bref retour historique par Hélène Gérard-Rosay, Secrétaire Générale Adjointe de la Société de Thanatologie et Secrétaire Générale de la Société Européenne de Criminologie et de Victimologie (L’esprit du temps, Études sur la mort, 2004)

  1. Les trois classes d’embaumement : La première consistait à une momification par dessiccation des tissus par introduction de natron dans et sur le corps ainsi que la pose de bandelettes. La seconde se pratiquait sans éviscération du défunt mais en dissolvant les entrailles au moyen d’huile de cèdre et la troisième classe d’embaumement consistait au même procédé que la seconde mais sans employer d’huile de cèdre et plutôt un produit moins coûteux.

  2. Les taricheutes étaient le nom que les papyrus grecs donnaient aux individus qui exerçaient le métier d’embaumeur de l’ Ancienne Égypte.

  3. Extrait du Dictionnaire d’ Histoire Naturelle appliquée aux Arts

  4. Médecin et anatomiste qui apprit la médecine avec l’aide de Swammerdam et devint en 1668, professeur auprès des sages-femmes et c’est à lui que l’on doit en premier la découverte de l’existence de valves dans le système lymphatique