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Alien : Covenant, dans l’espace, personne ne vous entendra ronfler

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Alien Covenant

Alien : Covenant est le nouveau, et très attendu, film de Ridley Scott. Presque 40 ans après le premier Alien, ce nouveau film devait faire le lien entre la saga Alien et Prometheus, dernier film en date dans cet univers, y apportant des réponses claires. Au final, c’est une énorme déception.

Alien covenant

Durant la préparation de la mission Prometheus, Peter Weyland ordonne à un androïde de prendre part à la mission. Weyland se présente comme le « créateur » de l’être synthétique et lui explique que cette mission a pour but de connaitre les créateurs des humains. Weyland demande ensuite à l’androïde de se choisir lui-même un nom. Il choisit alors « David ».

Des années plus tard, en 2104, l’USCSS Covenant est un vaisseau spatial de la société Weyland-Yutani. À son bord, un équipage d’une quinzaine de membres (dont un androïde bâti sur le même modèle que David, Walter) qui transporte plus de 2 000 colons en hibernation et 1140 embryons humains. Le vaisseau vole vers Origae-6, une planète située à l’autre bout de la galaxie, pour y implanter une colonie.

Après une importante avarie qui tue plusieurs personnes, dont le capitaine Jacob Branson, l’équipage reçoit un message mystérieux provenant d’une planète inconnue. Cette planète, plus proche que la destination initiale du Covenant, présente aussi des conditions plus propices à l’installation d’une colonie. Contre l’avis du premier officier et veuve de Branson, Daniels, le capitaine en second, Oram, décide de changer le plan de route du Covenant et d’aller enquêter sur cette nouvelle planète.

Le retour de l’Alien

Il s’agit du sixième film de l’univers d’Alien et du troisième réalisé par Ridley Scott. Il s’agit d’une suite directe à Prometheus (2012), ainsi que d’une préquelle du film Alien (1979). Le film met en vedette Michael Fassbender, Katherine Waterston, Billy Crudup, Danny McBride et Demián Bichir dans les rôles principaux. Le film prend place dix ans après les évènements de Prometheus.

Alien: Covenant marque le retour du xénomorphe au cinéma qui avait effectué sa dernière apparition en 2008 dans Aliens vs. Predator: Requiem et dans la saga Alien dans Alien, la résurrection en 1997. Le film raconte comment et par qui ou quoi les xénormorphes ont été créés et dans quel but, tout en introduisant une nouvelle espèce extraterrestre, le néomorphe.

Ridley Scott a annoncé que Alien: Covenant aura une suite et que si cette suite fonctionne, il fera peut-être trois autres films dans le but de relier au fur et à mesure des films l’histoire de Prometheus à la saga Alien.

Alors, c’est comment ?

Prometteur sur le papier, Ridely Scott de retour aux commandes et le lien fait entre Alien et Prometheus, le film s’avère, dans les faits, une franche déception.

Déception parce que, même si le film est toujours absolument magnifique, et parfaitement mis en scène, Ridley Scott oblige, il ne s’y passe pas, finalement, grand-chose d’intéressant. Tout repose, en fait, sur les délires mégalomaniaques de David, qui voit ses motivations, finalement assez simples à comprendre, développées jusqu’à l’écœurement.

Dans le même temps, la star du film, l’alien, y fait presque de la figuration. Les aliens du films, quoique menaçants, perdent leur aura terrifiante et leur élimination semble presque trop facile, comparé à leurs précédents exploits. On est loin, très loin, de l’étranger terrifiant du premier opus, semblant invincible et surgissant de nulle part.

Quand aux personnages… A part le démiurgique David, ils sont, du point de vue développement, inexistants.

Le film reste néanmoins visuellement splendide, et propose quelques scènes marquantes. Mais celles-ci sont noyées dans de grandes plages d’ennui profond, ce qui est bien dommage. Les xénomorphes ne méritaient pas ça.

« Alien : Covenant », de Ridley Scott, actuellement au cinéma.

Pourquoi il faut aller voir Split de M. Night Shyamalan 

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split M. Night Shyamalan

Manoj Nelliyattu Shyamalan, plus connu sous le nom de M. Night Shyamalan, est un type formidable. Parce qu’après avoir vu Sixième Sens, on s’était persuadé d’avoir trouvé le nouveau Hitchcock, qu’après avoir vu Le Dernier Maître de l’Air on s’était persuadé de l’avoir perdu, et qu’enfin, après The Visit, on sait qu’on l’a retrouvé.

Bonne raison 1 : ce gars a fait Sixième Sens

A ce stade, il me semble indispensable de vous signaler que la suite est pleine de spoils.

Sixième Sens, c’est quand même le film qui a démontré que Bruce Willis était un sacré bon acteur, ce que les derniers « Die Hard » avaient eu tendance à faire oublier. Et aussi, le film qui a démontré que le jeune M. Night Shyamalan était un scénariste doué, audacieux et inspiré.

Rappelons l’histoire de Sixième Sens : Bruce Willis est un psychiatre reconnu, qui se fait tirer dessus par un jeune patient qu’il n’est pas parvenu à soigner. Un an plus tard, il rencontre un petit garçon au comportement anormal, persuadé de voir les morts, plus précisément les fantômes des personnes décédées, mais qui restent dans notre monde parce qu’elles ne savent pas qu’elles sont mortes.

Et le coup de génie est là : on se rend compte au fur et à mesure que le petit garçon (Haley Joel Osment, impressionnant), dit la vérité, la preuve en étant le retournement final, à savoir que le personnage de Bruce Willis, lui aussi, est mort, tué par son patient, un an plus tôt, ce que lui, et le spectateur, ignoraient.

On revoit alors le film une seconde fois, avec cette information cruciale en tête, et on réalise alors que M. Night Shyamalan est un génie : il a passé tout le film à nous le dire, et on n’a rien vu.

M.-Night-Shyamalan Pourquoi il faut aller voir Split de M. Night Shyamalan Bonne raison 2 : ce gars sait rhabiller les mythes pour l’hiver

On se demandait quel serait le « twist », ce retournement de situation final, dans Incassable. Dans ce film, Bruce Willis, encore lui, est abordé par un homme, joué par Samuel L Jackson, atteint de la maladie des os de verre. Parce que Willis est le seul survivant d’un accident de train, il semble important de le signaler, dont il s’est tiré sans aucune égratignure.

Samuel Jackson lui explique que Bruce Willis est un authentique super héros, doté de supers pouvoirs, et que le collectionneur de comics malade le cherche depuis longtemps. Effectivement, au fur et à mesure, on réalise, en même temps que le personnage de Bruce Willis, que c’est vrai.

Le retournement final, tout à fait inattendu, est presque aussi stupéfiant que celui de Sixième Sens, mais moins génial, dans ce sens où le réalisateur triche un peu en ne donnant pas tous les éléments au spectateur. Mais le réalisateur confirme son talent inné pour les scénarii recherchés.

Bonne raison 3 : ce gars est de retour

Après quelques années à tourner des films au budget colossal inversement proportionnel à leur recherche scénaristique, M. Night Shyamalan revient, avec The Visit, d’abord, et Split ensuite, à ce qu’il sait faire le mieux : des intrigues extrêmement fouillées, un cinéma au plus près des personnages, un budget limité qui lui permet d’envoyer promener les studios et de garder la maîtrise de son film.

Une critique ? Pour quoi faire ? Il suffit de signaler ce dont tout le monde convient : le M. Night Shyamalan de Sixième Sens est de retour. Une phrase suffit, pas besoin de carte de visite.

« Split » de M. Night Shyamalan, actuellement au cinéma.

 

Devant un film de fantômes, il meurt puis disparaît

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Voici une histoire empreinte de tristesse, de peur et d’étrange. Celle d’un homme de Tiruvannamalai, au sud de l’Inde, qui succombe en regardant un film de fantômes, puis dont le corps disparaît. Evanoui. Parti.

Conjuring 2 : le cas Enfield, film d’horreur américain, vient de sortir dans les salles du pays, suite d’un premier opus qui a rencontré un bon succès en 2013. Notre homme, âgé de 65 ans, a donc acheté sa place en compagnon d’un ami. Mais durant le film, il s’est plaint de douleurs à la poitrine. Quand est arrivée une scène particulièrement terrifiante, il s’est évanoui tout de go.

On peut mourir de peur devant un film de chasseurs de fantômes, crise cardiaque à l’appui. Transporté d’urgence à l’hôpital, il a été impossible de ranimer ce spectateur. Rien à faire. Le décès a été constaté.

Mais alors que le personnel de l’hôpital s’apprêtait à examiner le corps à la morgue, impossible de trouver le cadavre. Un individu aurait été aperçu emmenant le cadavre. C’est du moins la piste la plus rationnelle sur laquelle travaille désormais la police locale.

Réalisé par James Wan (déjà maître d’œuvre de Saw, Insidious et du premier Conjuring), le film en est la suite, se situe à Londres, et raconte l’histoire vraie d’un couple des années 70 chasseurs d’esprits. Ce long métrage sortira en France le 29 juin.

« Le Domaine », un film au coeur des pompes funèbres

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Images extraites du documentaire Le Domaine

Le désir de réaliser un film en immersion sur un sujet encore largement tabou, la mort : c’est ce qui a notamment conduit le réalisateur Greg Nieuviarts à tourner « Le Domaine ». Sept années de maturation et d’embûches, et à l’arrivée un beau documentaire qui partage le quotidien de deux entrepreneurs de pompes funèbres du Mans et de Bourg-en-Bresse. Un film humain. Une réflexion sur leur métier.

Funéraire Info : comment est né ce documentaire ?

Greg-Nieuviarts-150x150 "Le Domaine", un film au coeur des pompes funèbres
Greg Nieuviarts

Greg Nieuviarts : Il y a en peu qui parlent de ce métier, qui est souvent approché sous son aspect financier ou par son côté spectaculaire (la thanatopraxie). Pour un documentariste, quoi de plus excitant que de combler le vide, donner du sens à l’invisible, filmer ce qui reste encore tabou. Je voulais réaliser un film en immersion. Pour cela il m’a fallu du temps pour comprendre les pratiques, comment filmer la douleur, les corps, les professionnels. Comment trouver la bonne distance avec un sujet qui nous est si intime.

Comment avez-vous fait ?

C’est en observant ces professionnels que j’ai compris quelle devait être mon approche. La caméra allait suivre le cours de la vie, celui de la main du thanato qui masse le bras ou l’oreille, celui de l’organisateur des cérémonies. La caméra devait être fragile, portée à l’épaule afin de ne rien figer. Les séquences devaient être au plus proche des pratiques. Parfois lentes et parfois très rythmées, d’une autorité que l’on ne soupçonne pas.  « Le Domaine » parle des évolutions de notre rapport à la mort, au travers des pratiques de deux entreprises. Un film miroir en quelque sorte.

Pourquoi avoir précisément choisi ces deux entrepreneurs de pompes funèbres ?

Avant de rencontrer Pascal Malherbe et Jean-Pierre Comtet, j’ai contacté de nombreuses personnes. Il me manquait un fil conducteur. J’ai compris que je voulais faire un film sur la transmission des savoirs. Un film qui trouve son origine dans notre passé pour mieux filmer le présent et ainsi imaginer le futur. Il fallait que je trouve des professionnels qui sont nés dans le métier, des gens du « Domaine ». J’ai donc envoyé presque 50 lettres auprès d’entreprises familiales. Je n’ai reçu que peu de réponses dont celles de Jean-Pierre Comtet et Pascal Malherbe. Nous nous sommes rencontrés et ils m’ont ouvert leur porte. Nous avons appris à nous connaître. Ils m’ont fait confiance. Ce n’est pas facile pour des entrepreneurs de pompes funèbres d’ouvrir ainsi leur porte, car c’est un métier qui aime à se parer, qui aime à être toujours parfait vis à vis de l’extérieur. Pourtant c’est un métier où toutes choses est en lien avec l’humain et donc l’imperfection. Or cette imperfection ne devrait pas exister car c’est elle qui peut devenir choquante. Peut-être parce que nous parlons ici d’un tabou.

Vous montrez des scènes crues, comme celle de la toilette mortuaire, qui peuvent peut-être choquer. Pourquoi ?

Cette question m’a habitée constamment. Qu’est ce qui choque le plus ? Une coulée de sang sur un cou ou un doudou sur une table de soin ? Le pied d’un professionnel qui bute sur la roue du chariot sur lequel repose un défunt ? Le son de la table métallique qui claque au moment où le corps est accueilli dans le cercueil ? Tout devenait choc car tout est humain dans cet univers symboliquement très connoté. C’est pourquoi il a fallu créer des sas, des respirations, pour accompagner le spectateur. Ce film donne la parole à ceux qui travaillent au quotidien avec la mort. Je ne voulais en aucun cas choquer le spectateur car je voulais qu’il entende. Toutefois, je ne voulais pas faire un film lisse car alors la parole des professionnels n’aurait pas été prise au sérieux. L’âpreté de certaines séquences fait corps avec le discours. Elle crée l’impact nécessaire à l’écoute. Comme le dit Jean-Pierre Comtet, « La mort est quelque chose que l’on sait être… ». Saura-t-elle se laisser voir ?

A-t-il été simple de faire accepter votre caméra auprès des familles ?

Pour les familles cela a été beaucoup plus long. Au début je pensais même que j’allais devoir construire mon film sans elles. Ce sont les employés des pompes funèbres qui, une fois ma démarche comprise, m’ont montré comment faire. Comme eux, il fallait trouver la bonne distance pour accompagner les vivants sans être trop présent. C’est une forme de respect de ce qui est en jeu à ce moment là. Je ne parle pas d’empathie, mais de respect. Le contrat avec les familles était assez simple. Je ne les filmais que lorsque les professionnels étaient présents. Le film devait se faire à travers eux.

En tant qu’observateur de ce milieu funéraire, qu’est-ce qui vous a frappé ?

Ce qui m’a le plus frappé n’est pas dans ce film. C’est un autre vaste sujet. C’est le rachat par le financier de toutes ces petites entreprises de pompes funèbres pour former des groupes homogènes. C’est imaginer que tous ces artisans qui ont combattu pour devenir maître de leur entreprise ont été capable de se vendre au plus offrant, alors qu’ils avaient je pense tous quelque chose à transmettre à un jeune, même si ce n’était pas leur enfant. La pompe funèbre dans certaine région va devenir un monopole, dans mon département notamment en Ille-et-Vilaine. C’est donc un appel que je lance à ceux qui n’ont pas encore vendu : réfléchissez à deux fois. Cooptez un jeune qui veuille porter vos valeurs. Pas un vulgaire business. C’est peut-être ainsi que le lien entre les pompes funèbres et les familles pourra se renforcer.

Votre regard sur la mort a-t-il changé ?

Oui. Elle est désormais à côté de moi. J’ai de nombreux amis qui partent malgré leur jeune âge. La malbouffe qu’on nous inflige depuis longtemps a transformé nos corps. Malgré notre reprise en main, les dégâts sont là. Je vis donc avec l’idée que peut-être demain se sera moi. Ce n’est pas négatif. Cela me porte plutôt à relativiser certaines choses et à en privilégier d’autres. La mort n’est pas nécessairement une mauvaise compagnonne. On aimerait ne pas l’avoir assise trop prêt de nous. Il faut se jouer d’elle, s’en amuser pour mieux accueillir ce qui nous entoure.

Une production Les films de l’Autre côté. Site du film : Le Domaine. Avant-première vendredi 30 octobre (19h) à Rennes au théâtre de la Parcheminerie. Diffusion sur les chaines des télévisions locales TVR35 les 3, 4 et 7 novembre et LMTV Sarthe les 1er, 2 3,4 et 5 novembre. Horaires sur leurs sites internet.

Père Lachaise : ballade accélérée en noir et blanc

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(capture Facebook)

Voilà une bien jolie mais courte promenade dans les allées tortueuses du cimetière du Père Lachaise, à Paris. Celle filmée en noir et blanc par Mathieu Stern, formateur numérique et réalisateur de web-séries et de web-documentaires notamment, et mise en ligne début septembre.

Sa spécificité : la durée (deux minutes) et des images accélérées puis freinées. Comme chaloupées entre des gros plans de statues expressives et une folle course sinueuse entre deux rangées de chapelles. L’atmosphère du Père Lachaise et son million d’hôtes, cimetière le plus visité de la capitale, labyrinthe accidenté, s’y prête très bien. Les nuages défilent derrière des monuments immobiles, qui soudain semblent s’animer par un effet d’empilement rapides de gros plans. La musique d’accompagnement choisie est signée du pianiste et compositeur italien Ludovico Einaudi, grand pourvoyeur pour la publicité et le cinéma.

Déjà auteur sur le Net d’une compilation de lieux méconnus de Paris, Mathieu Stern est un touche-à-tout de l’image. Dix web-séries à son actif, des publicités (Boulanger, Maif, Intel), de la formation « buzz et marketing », il a aussi travaillé pour M6, D8 et des sites comme Marmiton.

C’est souvent décalé, comme cette conférence à TEDx Paris où il décortique comment, en tant qu’influenceur digital,  il a fait prospérer sur le web une fausse information, reprise en boule de neige : des chats sont employés comme porteurs d’explosifs vivants dans une mine russe…

Cinéma : revivez le procès Guy Georges (jour 15)

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Dans les années 1990, Guy Georges a été l’un des tueurs en série les plus recherchés. Entre 1991 et 1998, le criminel a opéré à Paris, violant, poignardant. Actuellement en salles, le film « L’affaire SK1 », du cinéaste Frédéric Tellier, retrace cette traque hors norme et le procès qui a suivi en 2001.

Notre collaborateur Olivier Pelladeau, alors chroniqueur judiciaire au quotidien « France Soir », a suivi ces audiences éprouvantes. Comme un feuilleton en temps réel et en 16 épisodes, « Funéraire Info » publie pendant deux semaines ses comptes-rendus d’époque, comme si vous y étiez. Guy Georges a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans.

Jeudi 5 avril 2001. Quatorzième audience.

« Perpétuité pour Guy Georges

C’est l’usage. Le président Yves Jacob et les jurés ont donné une dernière fois la parole à Guy Georges avant de délibérer. Avant que celui-ci ne soit finalement condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie (à l’unanimité) de 22 ans de sûreté. Derniers mots publics avant longtemps. Alors, debout au bord du box de la cour d’assises de Paris, l’accusé déplie un papier. Il s’excuse de mal s’exprimer, et jette par-delà les murs à la société qui l’accuse les questions qui le taraudent.

« Pourquoi mes parents m’ont-ils abandonné ? Pourquoi, à cinq ou six ans, m’a-t-on retiré une moitié d’identité ? Pourquoi dix ans plus tard la Ddass me raconte-t-elle des mensonges ? Pourquoi, après ma première condamnation, on ne se penche pas sur moi alors qu’on me dit dangereux ? Pourquoi, en 1982, me condamne-t-on à 18 mois alors que je n’ai rien fait ? Pourquoi, en 1985, me juge-t-on à dix ans de réclusion en 2h30 ? Pourquoi ma folie meurtrière commence-t-elle en 1991 ? Pourquoi ne m’arrête-t-on pas en 1995 quand je donne mon sang ? Pourquoi suis-je devenu ce tueur implacable et sans pitié, diabolique et démoniaque selon l’avocat général ?  Pourquoi suis-je capable de rire et de plaisanter quand je souffre ? »

Au seuil d’une prison dont il pressent qu’il ne « sortira jamais, vous pouvez être tranquille », il refuse qu’on ne retienne de lui que la face obscure. « J’ai aussi du blanc en moi. J’assume ce que j’ai fait. Mais j’ai une haine de la société. Cette peine que vous m’infligez, c’est moi qui me l’inflige. »

Fascination morbide

Il remercie les gendarme de leur correction, se tourne vers les familles de ses victimes, ajoute : « Quoi qu’il arrive, je ne recommencerai jamais. Et même si vous ne l’acceptez pas je vous demande encore pardon. »

Cette société « qui refuse de se regarder en face » quand elle produit un Guy Georges, Me Alex Ursulet (son avocat) la prend à témoin, en fait la source de toutes les malédictions. « Pourquoi a-t-il tué ? C’est la seule question de ce procès. Tout le monde veut savoir. Elle nous interroge au fond de nous-mêmes. Il n’y a pas de réponse. Tout le monde est fasciné par cette histoire. Pas seulement ici. Depuis le début. Fascination morbide. Gardons-nous de ce mécanisme collectif qui ferait de l’accusé un coupable d’avance. »

L’avocat, en affirmant ressentir aussi la douleur qui suinte du dossier, trouve nécessaire de justifier ce qui l’a fait douter : le portrait-robot peu ressemblant, des empreintes digitales non identifiées relevées chez les victimes, une empreinte de pied différente, et l’infaillible ADN, dont l’expert avoue une erreur de transcription. Malgré les aveux, il dit n’avoir pas trouvé dans cette audience réponses à ses attentes.

Avec emphase, Me Ursulet veut plaider « contre la malédiction », « pour la part maudite » de Guy Georges, ce « fils de personne ». A l’avocat général : « Dire qu’il n’est pas malade mais qu’il est incurable, quel extraordinaire paradoxe ! Ne voyez-vous que le diable dans l’homme qui est derrière moi ? Lorsque Dieu n’a pas donné d’explication aux hommes, c’est qu’il se réserve le droit d’en être le seul juge. »

Après quatre heures de délibéré, les jurés ont eux-mêmes tranché. Acquittant d’ailleurs l’accusé pour une agression où la victime ne l’avait pas reconnu. »

 

Cinéma : revivez le procès Guy Georges (jour 13)

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(Photo production film SK1)

Dans les années 1990, Guy Georges a été l’un des tueurs en série les plus recherchés. Entre 1991 et 1998, le criminel a opéré à Paris, violant, poignardant. Actuellement en salles, le film « L’affaire SK1 », du cinéaste Frédéric Tellier, retrace cette traque hors norme et le procès qui a suivi en 2001.

Notre collaborateur Olivier Pelladeau, alors chroniqueur judiciaire au quotidien « France Soir », a suivi ces audiences éprouvantes. Comme un feuilleton en temps réel et en 16 épisodes, « Funéraire Info » publie pendant deux semaines ses comptes-rendus d’époque, comme si vous y étiez. Guy Georges a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans.

Mardi 3 avril 2001. Douzième audience.

« Guy Georges a besoin de tuer

Juger, c’est comprendre. Un homme, un fait, le pourquoi, le comment. Mais ici, face à ce Guy Georges si énigmatique qu’il questionne même les experts psychiatres, l’art touche à ses limites. C’est Me Haïk qui l’affirme aux jurés de la cour d’assises de Paris. « Paradoxalement, on va peut-être vous demander ici de juger sans comprendre. Car comment l’humain peut-il produire tant d’inhumain ? »

Sur la lancée des médecins lundi, l’avocat de la famille Escarfail a rappelé hier avant d’autres parties civiles cette idée force dont devront s’imprégner, selon lui, les jurés : « Guy Georges a besoin de la mort de l’autre pour survivre. A cause de cette nécessité de tuer, il est condamné à la répétition. ». Il est « la concentration des forces du mal dans une enveloppe humaine », prolonge Me Rault (familles Rocher et Frinking).

A l’audience encore, l’accusé joue, théâtralise, manipule. Me Bine-Fisher (famille Nijkamp) : « Ce menteur, multirécidiviste, violeur, meurtrier qui prémédite, qui fait ses courses, a demandé pardon. Mais ça veut dire quoi pour lui ? Ses victimes sont des objets. Dit-on pardon à des objets ? » Logique d’exclusion. La famille Magd souhaite « l’élimination », rapporte son avocat.

Dix ans d’angoisse

Pour les proches des sept jeunes femmes victimes de Guy Georges de 1991 à 1997, pour les quatre rescapées du tueur en série avoué, ces plaidoiries marquent une certaine fin. Celle de dix ans d’angoisse, de souffrance chevillée au corps, de quête de vérité. Quand le verdict sera rendu, jeudi, chacun emportera son deuil à vie, sans avoir forcément trouvé ici de réponses à ses interrogations.

« Comment Elsa, dans sa voiture aux portes verrouillées, s’est-elle laissée convaincre par Guy Georges de lui ouvrir ? », se demande ainsi Me Maury (famille Benady). Elsa, martyrisée dans son parking, « c’était la vie, l’amour. Quand elle voyait un SDF l’hiver en bas de chez elle, elle lui donnait à manger. Elle allait en confiance vers l’autre ».

« Il ne faut pas confondre la folie de l’acte et la folie du meurtrier. Guy Georges a volontairement choisi l’extrême mal », prévient Me Doumic (famille Escarfail) qui revient sur « l’épouvantable intensité de la dernière heure de vie » de Pascale, 19 ans, la première de la série. Comme si, avec sa blondeur et sa fragilité, elle avait déclenché chez lui une vague de terreur contenue depuis dix ans. Nous souhaitons tous que nos derniers mots, nos derniers regards soient pour ceux que nous aimons. Guy Georges les a volés à sa famille. »

A gros flots de douleur étalée au pied des jurés, les récits s’accumulent, si semblables, si différents aussi à l’heure d’apprendre la mort de sa fille, sa compagne, sa sœur. « On ne sait jamais quand frappe la souffrance », commente Me Chabert (famille Sirotti). L’avocat évoque le père de Magali, et sa fleur fraiche déposée chaque jour sur la tombe. Il raconte ce jour abominable où la mère s’en est allée rendre au magasin la robe de mariage prévue, devenue inutile. Pour tous, il y a ce sentiment intense d’absence, comme une part d’eux à jamais arrachée. Réquisitoire demain. »

Cinéma : revivez le procès Guy Georges (jour 9)

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Dans les années 1990, Guy Georges a été l’un des tueurs en série les plus recherchés. Entre 1991 et 1998, le criminel a opéré à Paris, violant, poignardant. Actuellement en salles, le film « L’affaire SK1 », du cinéaste Frédéric Tellier, retrace cette traque hors norme et le procès qui a suivi en 2001.

Notre collaborateur Olivier Pelladeau, alors chroniqueur judiciaire au quotidien « France Soir », a suivi ces audiences éprouvantes. Comme un feuilleton en temps réel et en 16 épisodes, « Funéraire Info » publie pendant deux semaines ses comptes-rendus d’époque, comme si vous y étiez. Guy Georges a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans.

Mercredi 28 mars 2001. Huitième audience.

« Seule la mort pouvait m’arrêter »

« Guy Georges parle, réunit ses souvenirs, hésite, s’énerve quand on met en doute sa volonté toute neuve de se raconter. Premiers récits de meurtres par lui-même à l’audience. La cour d’assises de Paris semble encore comme assommé par les aveux de l’accusé, hier mardi : sept femmes assassinées entre 1991 et 1997, et une miraculée.

A l’écouter, un tueur hantait bien l’est de Paris. Des femmes, il en a d’ailleurs suivi d’autres, au gré de ses pulsions, qui n’en sauront jamais rien. Sauvées par « les circonstances » ou une porte d’immeuble trop vite refermée.

8 juillet 1995. Voici Hélène Frinking, 27 ans, psychomotricienne, hollandaise. « C’est vers la gare de l’Est que je l’ai aperçue. Je l’ai suivie jusqu’à chez elle. Quand elle est entrée sous le porche, j’ai sorti mon couteau. On a monté l’escalier. Elle a ouvert sa porte. On est entré. Elle avait peur. Je lui ai attaché les mains, l’ai bâillonnée. Je l’ai violée. Je l’ai tué. » Il est quatre heures du matin. Son compagnon la découvrira vers 9h15, en la visitant rue du Faubourg Saint-Martin (XXe arrondissement).

Constatations policières : « Du sang recouvrait une grande partie de la chambre. Sur le lit, au sol, sur les murs. Le corps nu reposait sur le dos, entre le lit et le mur, le cou, la gorge et la nuque entaillés 16 fois. » Sur les poignets, la colle d’un sparadrap. Sous le lit, le slip et un pantalon découpés. Le soutien-gorge est sectionné entre les bonnets. Comme d’habitude. Un Opinel gît dans un coin, un oreiller maculé dans un autre. L’évier de la salle de bain, humide, présente les traces sanguines d’un lavage récent. Deux empreintes d’un pied gauche nu sont relevées, particulières : le deuxième doigt est plus long que le pouce. Le sperme prélevé met en évidence l’ADN de Guy Georges.

Hélène Frinking est rentrée à pied d’une fête, au quartier latin. Elle y enterrait joyeusement la vie de jeune fille d’une amie. La cour présente sa photo à l’accusé, qui la reconnaît. « Peut-on considérer qu’avec le sparadrap et le couteau que vous aviez sur vous, vous cherchiez une fille, ce soir-là », interroge le président du tribunal. « Oui. Les pulsions me prenaient trois-quatre heures avant. »

Me Rault (famille Frinking) le bouscule, au risque de le braquer. Mais la famille veut savoir. « Pourquoi l’avez-vous massacrée ainsi ? » Il l’ignore. « L’oreiller, c’était pour quoi faire ? » D’un ton neutre : « Pour l’empêcher de crier quand je lui donnais les coups de couteau. »

« Vous a-t-elle demandé de la laisser ? » Guy Georges a tenté de l’amadouer. Hélène gagne du temps, cherche sans doute à le calmer. « Elle m’a parlé de son nom, de son âge, de son métier. Elle a sans doute parlé d’autre chose, mais on ne retient pas tout. Elle ne pouvait pas savoir que j’allais la tuer. Moi, j’étais dans un état que je n’explique pas. Conscient sans l’être. Je vais peut-être dire des mots qui font mal. Mais quand je suis comme ça, je suis sans pitié. »

L’accusé affirme ne plus supporter ce qu’il a fait. Mer Doumic (famille Escarfail) glisse à cet être double que le « bon Guy Georges » aurait pu se rendre. « C’est pas si simple, rétorque t-il. On n’est pas deux. Le bon veut protéger le mauvais. Mais un seul agissait : c’est moi. » Son avocat, Me Ursulet : « Qu’est-ce qui aurait pu vous arrêter ? » « La mort ».

 

Cinéma : revivez le procès Guy Georges (jour 8)

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(Photo production film SK1)

Dans les années 1990, Guy Georges a été l’un des tueurs en série les plus recherchés. Entre 1991 et 1998, le criminel a opéré à Paris, violant, poignardant. Sur les écrans cette semaine, le film « L’affaire SK1 », du cinéaste Frédéric Tellier, retrace cette traque hors norme et le procès qui a suivi en 2001.

Notre collaborateur Olivier Pelladeau, alors chroniqueur judiciaire au quotidien « France Soir », a suivi ces audiences éprouvantes. Comme un feuilleton en temps réel et en 16 épisodes, « Funéraire Info » publie pendant deux semaines ses comptes-rendus d’époque, comme si vous y étiez. Guy Georges a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans.

Mardi 27 mars 2001. Septième audience.

« Guy Georges a craqué

C’est le début d’audience, hier après-midi. Dans la cour d’assises de Paris comble, Alex Ursulet a le visage quasi collé à son client Guy Georges. Entre eux, un micro colporte à peine leur dialogue, intense, intime. « Le moment est venu de dire les choses. C’est moi qui vous le demande. Personne ne supportera ce silence, ni les familles, ni la victime, ni vous. Pour votre mère, pour votre père, parlez. Avez-vous agressé Elisabeth O. ? » L’accusé se tait. Son conseil insiste.

Tête basse, il souffle alors : « Oui. » « Guy Georges, reprend son avocat, avez-vous tué Pascale Escarfail ? » « Oui. » Et Catherine Rocher ? Et Elsa Benady ? Et Agnès Nijkamp ? Et Hélène Finking ? Et Magali Sirotti ? Et Estelle Magd  « Oui, oui, oui… », concède l’accusé, marquant un temps à chaque fois. Sept assassinats. Il a aussi agressé Elisabeth O. le 16 juin 1995, avant qu’elle ne s’échappe. Il nie toutefois trois autres tentatives. Et soudain, le félin cynique, celui qui se jouait de ses victimes lundi encore, pleure. Comme les familles face à lui, sur les quatre bancs des parties civiles.

Qui regarde t-il, désormais : le président du tribunal, les avocats qui l’ont malmené ces jours derniers, ou cet autre lui-même, le Guy Georges des squats qui se rêvait père de famille ? « Je sais que je vais être condamné à une peine. Je sais à quelle peine. C’est moi qui ai foutu ma vie en l’air. »

Il coupe encore le président, qui l’a encore forcé à venir à l’audience aujourd’hui, pour s’adresser aux familles. La voix peu sûre, les mains agrippant le rebord du box. « Je vous demande pardon. Pardon. Pardon. Je demande pardon à ma famille, à ma petite sœur, à mon père, à un dieu s’il y en a un. A moi aussi, je me demande pardon. »

« J’avais prévu de donner aujourd’hui la parole à mademoiselle O., poursuit le président Yves Jacob. Mais vous avez fait un grand pas. Continuez. » Elisabeth O., rousse aux longs cheveux, s’avance au pied du box. Regards du prédateur et de sa proie.

Quartier Bastille

Péniblement, l’accusé extrait ses souvenirs. « Je me souviens du quartier Bastille. Juin 1995. J’étais arrivé dans la rue. Elle est entrée sous le porche, dans le couloir. J’ai suivi. Elle était sur le pallier. Je l’ai menacée d’un couteau. On est entré, on a discuté. Elle avait peur. Elle m’a demandé mon prénom. J’ai dit : Eric. J’ai fumé une cigarette. J’avais le couteau à la main. » Cigarettes synonymes plus tard d’ADN pour les enquêteurs.

« Quelles étaient vos intentions ? », demande le magistrat. « Comme les autres. » « Vous vouliez juste la tuer ? » « Non, la violer aussi. » Le président : « Pourquoi faites-vous cela ? » Georges l’ignore. « Je me suis posé la question : comment arrêter ? C’est pour ça que j’ai donné mon sang, en 1995. »

Ainsi, à l’entendre, Guy Georges aurait vainement voulu se faire attraper par la Brigade criminelle parisienne après quatre assassinats et une tentative, quand les policiers, en début d’enquête, ont passé en revue 576 suspects, dont lui…

Sous l’œil de l’accusé, la survivante Elisabeth se raconte à la barre. « Je ne saurai jamais si Pascale Escarfail aimait les fleurs, si Catherine Rocher était gourmande, si Agnès Nijkamp aimait lire. Mais je sais comment elles sont mortes. C’est une intimité assez inattendue. J’ai réalisé qu’elles étaient mes sœurs de sang. »

Elle revit son « innocence perdue », ces soirées de rire, de danse, son métier, ses amis, ce monde qui lui appartenait. Voici l’immeuble, l’escalier. « Tout à coup, un individu monte quatre à quatre, me fonce dessus. Sa motivation, sa puissance me clouent au mur. Je ne savais pas que la peur avait une douleur. Son couteau était pointé sur ma gorge. »

Interrogée par la police, elle décrira le tee-shirt noir, le bombers grenat. Elle dressera un portrait-robot peu ressemblant. Elle ne reconnaîtra pas Guy Georges sur la photo présentée. Elle s’en veut. Pour les victimes suivantes.

Georges la mène au bas de son duplex, la ligote, la bâillonne sur son lit. Une lampe est restée allumée à l’étage. « Sûr de lui, le tueur monte l’éteindre. « Alors, j’ai arraché mes liens avec toute la force que j’ai pu réunir. Je me suis levée, j’ai ouvert la fenêtre bruyamment. Je comptais les pas à l’étage. J’avais une dizaine de secondes. Les volets rouillés ont offert une résistance. Je ne sais pas comment j’ai sauté par la fenêtre : elle était haute. Puis j’ai couru. Si je suis là aujourd’hui, c’est parce qu’une ampoule de 15W est restée allumée. »

Cinéma : revivez le procès Guy Georges (jour 6)

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Dans les années 1990, Guy Georges a été l’un des tueurs en série les plus recherchés. Entre 1991 et 1998 lorsqu’il est arrêté, le criminel a opéré dans l’est de Paris, violant, poignardant. Sur les écrans cette semaine, le film « L’affaire SK1 », signé du cinéaste Frédéric Tellier, retrace cette traque hors norme et le procès qui a suivi en 2001.

Notre collaborateur Olivier Pelladeau, alors chroniqueur judiciaire au quotidien « France Soir », a suivi ces audiences éprouvantes. Comme un feuilleton en temps réel et en 16 épisodes, « Funéraire Info » va publier pendant deux semaines ses comptes-rendus d’époque, comme si vous y étiez. Guy Georges a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans pour ses sept victimes

Dimanche 25 mars 2001. Bilan de la première semaine.

« Guy Georges va-t-il avouer ?

Quarante-huit heures de réflexion, le temps du week-end, et des aveux. Comme il l’a déjà fait en 1998 devant les policiers. C’est ce qu’a promis à demi-mots Guy Georges vendredi devant la cour d’assises de Paris, alors que sa défense prenait l’eau. Ce lundi matin, le président Yves Jacob lui donnera donc la parole. Une parole propre à soulager sa conscience, propre à apaiser les proches de ses onze victimes supposées. Propre enfin à rendre un visage plus humain à ce tueur en série présumé qui s’évertue à nier depuis une semaine, sourire en coin.

Au fond, pouvait-il en être autrement ? Il a fallu quatre jours pour que Guy Georges, interpellé par une partie civile, accepte de dire le mot « innocent », puisqu’il s’en réclamait. A sa mère même, il a répondu étrangement : « Je ne suis pas coupable puisque je ne suis pas condamné ».

Mais la défense de l’accusé, qui consiste à dénoncer des « aveux extorqués », des enquêtes incomplètes, qui se cherche de façon désespérée d’autres coupables tous azimuts, atteint ses limites. Malgré un mode opératoire commun, on n’a pas trouvé l’ADN de l’accusé sur les scènes de crimes abordées jusqu’ici. Avec le dossier Agnès Nijkamp, ce n’est plus le cas. La jeune femme a été violée, égorgée le 9 décembre 1994 à Paris.

Vendredi, la jeune sœur d’une autre victime, Elsa Benady, a exhorté l’accusé : « Réfléchissez bien. A un moment, il faudra que ça sorte. Il faudrait un peu nous aider, si c’est encore possible. »

Du vinaigre sur la plaie

 Les témoignages poignants des proches ont indéniablement pesé au fil des jours. « Perdre un enfant, j’ai connu le pire qui soit. Penser à Elsa, gracieuse, charmante, souriante, c’est la seule façon de se maintenir », a confié Ghislaine Benady, sa mère.

Jeudi dernier, Liliane Rocher, mère de Catherine (égorgée en janvier 1994), avait ému la cour. « Les parents ne se rendent pas compte des infinies qualités de leurs enfants. Quand on se disputait, je trouvais le matin en allant à la salle de bain des Post-it sur le fil à linge avec écrit : Maman, je t’aime. Il y a l’avant, où on se dit qu’on n’a pas assez profité. Il y a l’après, où je m’étonne moi-même de pouvoir survivre. Mon mari était très introverti. Après cette histoire, il s’est autodétruit. »