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Obertone : En Guérilla contre la pensée unique

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Laurent Obertone est un cas à part : journaliste de terrain et écrivain de talent, il est absent des médias, mal à l’aise avec ses thématiques. Ce qui ne l’empêche pas de rencontrer un vrai succès de librairie avec chacun de ses livres. Dans son nouvel ouvrage, « Guérilla », il raconte la guerre civile en France, et la fragilité de notre pays. Un livre coup de poing. Interview.

Laurent Obertone, bonjour, Merci de nous accorder ce entretien pour Funéraire Info.

Nous vous avions interrogé il y a quelques temps, pour Utøya, vous revenez aujourd’hui avec Guérilla, après avoir publié, entre temps, la France Big Brother. Vous vous êtes fait connaître du grand public avec un best-seller, la France Orange Mécanique.

Pour nos lecteurs qui ne vous connaîtraient pas, pouvez-vous vous présenter ?

J’ai 32 ans, j’ai été journaliste, je suis écrivain. Je suis diplômé de journalisme, d’histoire, d’anthropologie et de statistiques. J’ai écrit sur la criminalité, et le conditionnement médiatique. Un travail qui m’a valu de vigoureuses attaques, mais aussi – et surtout – l’adhésion de nombreux lecteurs.

Guérilla parle de la guerre civile en France, une hypothèse qui revient sur toutes les lèvres depuis quelques mois. Vous aviez entamé l’écriture du livre avant que ce thème ne soit sérieusement envisagé, c’était une prescience, ou est-ce que la rumeur courait dans certains milieux autorisés depuis longtemps ?

Ce livre est basé sur les scénarios de travail les plus probables du renseignement français. Les professionnels de la sécurité intérieure ont en effet conscience, depuis quelques années, que la conjonction d’émeutes massives, comme en 2005, et d’actes terroristes de grande ampleur, pourrait dépasser nos forces de l’ordre, et plonger le pays dans le chaos.

Pourquoi avoir choisi la forme du roman ? Vous êtes très à l’aise avec la forme du document, c’était courir un risque ?

Oui, c’était un risque, il est difficile d’être suivi par un lectorat dans les deux genres. La forme du roman convenait beaucoup mieux à Guérilla. Le but est de faire prendre conscience au lecteur de ce qui peut se passer, dans un futur proche. Le roman permet d’anticiper les réactions des médias, des forces de l’ordre, des citoyens, et de dérouler ce scénario auquel tout le monde pense, mais que personne n’ose réellement imaginer et décrire.

Votre livre ne manque pas de moments drôles, comme la description de la pensée bobo. N’avez-vous pas peur que certains l’utilisent comme argument ? « Obertone caricature, ce n’est pas un livre sérieux » ?

On me disait déjà ça quand j’ai écrit La France Orange Mécanique. Le livre a très vite été dépassé par les événements… Depuis, le terrorisme a fait 250 morts. Vous verrez que mes caricatures seront très vite dépassées par le réel, si ce n’est pas déjà le cas.

Dans votre livre, vous décrivez les français comme une population quasi hypnotisée par un discours bien pensant. Est-ce que cela fait partie de la caricature, ou sommes-nous arrivés à ce point ?

Pensez aux réflexes conditionnés que nous inculquent les médias. « Pas d’amalgame ». « Faut pas généraliser ». « Faut pas stigmatiser ». « Vous faites le jeu du FN ». Le discours officiel est à des années lumières du sentiment populaire. Nous en sommes venus à nous fliquer nous-mêmes, dès lors qu’il est question de sujets « sensibles », comme par exemple l’immigration. On sait qu’une opinion non-conforme peut nous valoir l’ostracisme, l’exclusion du groupe, ce qui est la hantise de tout bon mammifère. Nous vivons une forme de Terreur. Le citoyen ne peut plus exprimer ses inquiétudes, et par conséquent son opinion. On le prive ainsi de sa souveraineté.

Vous avez rencontré des spécialistes du renseignement, entre autre, pour étayer votre démonstration. La guerre civile, en France, est-ce selon eux inéluctable, ou simplement une hypothèse de travail parmi d’autres ?

Les scénarios d’affrontements, d’actes terroristes, et d’émeutes, sont inéluctables. Il est en revanche difficile de présumer de la réaction des forces de l’ordre, et des citoyens français. Du fait de cette morale à laquelle nous sommes tous conditionnés, il est probable qu’une forme de passivité et d’attentisme permettra aux événements de prendre une ampleur incontrôlable.

Ils vous ont livré un diagnostic,mais est-ce qu’ils proposent également des solutions pour éviter cela, ou au moins s’assurer une victoire ?

Ils sont impuissants. Ils savent qu’il est impossible de prévenir et de juguler ce qui risque d’arriver.

Si oui, sont ils écoutés ? Pourquoi ?

Les gouvernants n’écoutent pas : gérer de tels incidents, du moment qu’ils demeurent contrôlables, est bon pour la popularité. Sarkozy a fait son beurre sur les émeutes, Hollande sur le terrorisme. Et de nos jours, un gouvernement n’écoute que pour mieux communiquer, jamais pour agir. Dans Guérilla, cette ère de la promesse prend fin : il faut des actes, et gouvernants et administrations ne savent que parler…

Dans votre livre, les militaires, paralysés par un général franc-maçon et ami du premier ministre, ne bougent pas et rongent leur frein. Pourtant, les militaires ont le droit moral de désobéir à un ordre aberrant. Laisser-faire n’est il pas un ordre aberrant ?

Si, bien sûr. Cependant, les officiers supérieurs seront très peu nombreux à prendre un tel risque, à remettre en jeu toute leur carrière. Les plus dociles sont les mieux placés. S’il y a des désobéissances, elles seront marginales, probablement le fait d’officiers subalternes. Je pense aussi à des désertions massives, parfois pour passer du côté de la banlieue, ou simplement rejoindre ses proches. Il n’y a plus dans ce pays de structures sacrées susceptibles de lier les individus. Ce sera le grand chacun pour soi.

De même, on voit l’Europe et les pays étrangers ne pas bouger. Certains pays à tendance hégémonique, et certaines institutions, comme la Commission Européenne, ne verraient elles-pas au contraire là l’occasion de mettre la France sous tutelle ?

Non, puisqu’il s’agira de révolte « populaire ». Par conséquent, personne n’aura aucune raison d’intervenir. Le potentiel militaire français reste puissant et dissuasif, trop pour que ça arrive. De plus, les pays voisins, qui connaissent déjà des problèmes proches des nôtres, s’efforceront surtout d’éviter une possible contagion.

Il y a des témoignages incroyables sur la page Facebook de Ring : des lecteurs qui parlent de libraires qui cachent le livre en réserve, voire certains qui refusent de le vendre… Ils ne sont pas Charlie ?

Globalement, les libraires sont d’excellents professionnels. Il arrive que certains, dans certaines enseignes, militants, dissimulent le livre, ou mentent à l’acheteur potentiel sur sa disponibilité. Être Charlie, c’est surtout être unanime… Ce sont des problèmes qui témoignent de la difficulté que peut rencontrer une pensée divergente, dans notre société démocratique.

Malgré un assourdissant silence médiatique, le livre est un best-seller. Comment l’expliquez-vous ? Le bouche à oreille ? Le travail de votre éditeur, Ring, sur les réseaux sociaux ?

Je dirais que Ring a lancé la fusée, avec d’énormes boosters, pour l’arracher à la morne atmosphère de la rentrée littéraire, puis le bouche à oreille a pris le relais pour emmener la fusée sur orbite. Aujourd’hui nous pouvons exister sans les grands médias officiels, c’est une excellente chose.

Certains expliquent que Ring, votre maison d’édition, est de droite dure, puisqu’elle vous édite. Pourtant, dans leur catalogue, on trouve toutes les tendances politiques. Certains auteurs, en interne, se plaignent ils de cette image ?

Je ne l’ai jamais entendu dire, justement parce que Ring défend tous ses auteurs avec la même force. Mais il est vrai que la réduction de Ring à mes livres serait très injuste pour les autres auteurs. On ne réduit par Albin Michel à Éric Zemmour. Les individus qui procèdent à une telle réduction trahissent leur impuissance : plutôt que s’en prendre à mon travail, on cherche à m’isoler, à me diaboliser, à faire du tort à mon éditeur…

Une référence vient inévitablement à l’esprit quand on lit votre livre, même s’il est très différent, c’est « Le Camp des Saints » de Jean Raspail, dont Guérilla pourrait presque être la suite. Vous l’aviez à l’esprit en écrivant ?

Le contexte est fort différent. Le livre de Raspail a été écrit avec une prescience extraordinaire, quarante ans avant les bateaux de migrants. Guérilla anticipe finalement beaucoup moins, puisqu’il s’agit d’un futur qui est déjà là… Comme disait le psychiatre Winnicott, le patient est souvent dans la crainte d’un effondrement qui a déjà eu lieu… Il y a des moments où l’on a besoin de se l’entendre dire. En lisant Guérilla, le lecteur se rend compte que l’effondrement est déjà là. Et je pense qu’il le sait déjà.

On vous classe dans la même tendance politique que Eric Zemmour ou Philippe de Villiers, vous reconnaissez-vous dans cette filiation ?

Si nous nous retrouvons sur certaines grandes lignes, je pense que ces deux auteurs ont leur singularité, et que j’ai la mienne. Mon raisonnement est davantage anthropologique qu’historique.

Deux questions un peu plus légères, pour finir.

Vos livres sont toujours très bien faits, mais ils ont tous en commun de casser le moral du lecteur. Quel livre conseilleriez-vous aux lecteurs de Funéraire Info pour se remettre de la lecture de Guérilla ?

Pour relativiser, je conseille au lecteur de se souvenir que François Hollande est Président de la République. L’effondrement a déjà eu lieu !

Plus sérieusement, même s’il est parfois difficile d’oublier le quotidien, on peut lire Jean de La Fontaine… C’est sublime et ça ne coûte rien.

Et, dernière question, elle est pour vous : que souhaiteriez-vous dire aux lecteurs de Funéraire Info.

Je lui conseille de lire et de penser l’Homme, de ne pas se laisser confisquer sa souveraineté intellectuelle, de cesser de suivre et d’être foule, de refuser une existence domestique, faite de consommation et de communication. La vie est trop précieuse pour demeurer captif de ce monde insensé.

« Guérilla » Laurent Obertone, Ring éditions, 19.95 euros

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