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Le rôle des pompes funèbres lors d’une levée de corps médico-légale

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Illustration autopsies

Une levée de corps médico-judiciaire ne concerne pas directement les pompes funèbres. En revanche, il est possible qu’un jour où l’autre vous y soyez confrontés. Dans ce cas, il est intéressant d’en connaître les protocoles.

La découverte du corps

Lors de la découverte d’un corps, les choses peuvent plus ou moins se compliquer et plus ou moins durer dans le temps. La police arrive sur les lieux et constate les premiers éléments. Si rien ne vient corroborer un fait suspect, un médecin est appelé pour venir effectuer l’acte de décès. A ce moment précis, il peut y avoir encore la possibilité d’un obstacle médico-légal.

Mais si la découverte du corps présente des caractéristiques suspectes ou criminelles, dans ce cas le procureur de la république, demandera une autopsie et mande donc un médecin légiste.

Suivant les circonstances du lieux, du décès, du climat, de l’environnement, du nombre de corps, parce que ça peut arriver également, les constatations peuvent être longues entre les différents intervenants que sont, entre autre, les policiers de l’identité judiciaire.

Dans le cas de l’arrivée du médecin légiste

Avant que le corps ne soit déplacé, le médecin légiste arrive sur les lieux afin de définir un créneau horaire de décès. On est bien d’accord que l’on est pas dans une série policière alors oubliez le  » d’après la température du foie, la personne est morte à 5h48 précise ». Je vous invite à lire un article consacré à ce sujet ici.  Puis, le médecin légiste va procéder à un examen de corps afin d’en définir les éléments immédiatement visibles et superficiels.

Ensuite viendront les premiers prélèvements et les relevés d’identification, et pour cela je vous invite à relire l’article que nous avions consacré à ce sujet ici.

A ce moment précis, nous n’en sommes pas encore à la réquisition, qui elle ne sera délivrée que s’il y a des investigations poussées à faire. L’Officier de Police Judiciaire présent, reçoit alors un rapport oral des premières constatations. Dans le cadre d’une réquisition, un rapport écrit sera joint au dossier.

S’en suit désormais l’autopsie, une fois que le corps, placé dans une housse scellée, sera admis à l’institut médico-légal.

Le rôle des pompes funèbres dans tout ça

En un mot : aucun. Repartons dans fiction 5 min, il est rare dans une série policière de voir arriver les pompes funèbres sur les lieux d’une découverte de corps. Sans doute parce qu’il est plus intéressant pour le téléspectateur bien calé dans son canapé de voir arriver un binôme d’inspecteurs qui font semblant de se détester et de ne rien ressentir, tous deux habillés d’une veste en cuir, qu’un véhicule de transport de corps. Dans la vraie, les pompes funèbres arrivent fréquemment sur le lieu de la découverte de corps avant l’étape d’arrivée du médecin légiste. D’où le fait de ne rien faire, et en somme, de ne rien dire non plus.

Sachant que le lieu de découverte est une scène considérée comme éventuelle celle de crime, que tout est en désordre, et que tout est prélevé, ne commencez pas à faire les cent pas dans la boue, ou toucher à toute la déco. Demandez directement aux policiers le périmètre dans lequel vous pouvez intervenir et cantonnez-vous-y, ça vous évitera probablement des problèmes ultérieurs ou une remontrance de l’équipe en place ou de votre propre patron(e).

Le transport du corps en housse doit se faire de la façon la plus simple possible. Bien entendu, sous aucun prétexte, la housse ne doit être ouverte.

Heureusement cela ne vous arrivera pas tous les jours, mais des situations délicates de ce genre peuvent vite devenir dramatiques et angoissantes pour vos équipes si elles n’ont pas été briefées auparavant. D’où l’utilisation abusif de la pédagogie.

De toute façon, c’est un discours récurent, lorsque vous allez en chambre mortuaire l’on vous dit souvent « ça n’est pas chez vous, c’est chez eux », idem dans une chambre funéraire lieu de passage de tout le monde, et dans un crématorium. Le métier de pompes funèbre est celui de l’effacement, et il n’y a finalement que chez vous…où vous êtes chez vous.

Comment se déroule une autopsie médico-légale ?

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transport de corps avant mise en bière après une autopsie

L’autopsie médico-légale est demandée par l’autorité judiciaire le plus souvent par le Procureur de la République. Même si une autopsie médico-légale est réalisée sans nécessité de recueillir l’accord de la famille du défunt, la loi du 17 mai 2011 prévoit l’information aux familles.

L’ autopsie médico-légale a pour but de déterminer les causes et circonstances de la mort lorsque celle-ci est violente, suspecte ou inexpliquée. Elle doit être réalisée le plus rapidement possible. Le médecin légiste est en contact avec le Procureur de la République.

Elle comporte deux grandes phases que sont l’examen externe et l’examen interne.

L’examen externe :

Cet examen externe est identique a celui qui a été réalisé par le médecin lors de la découverte du corps sur les lieux au moment de la levée de corps, mais elle va se dérouler dans des conditions plus adéquates. Dans le cas de fractures ou de projectiles balistiques ou encore dans le cadre d’une identification de personne, une radiographie peut être demandée. Dans le cas d’une mort suspecte par empoisonnement ou pour les personnes dépendantes, il peut également avoir recours à une analyse toxicologique.

L’examen interne :

Une fois l’examen externe terminé, le médecin légiste va commencer l’examen interne en faisant des incisions profondes à l’aide d’un scalpel. L’on appelle cela aussi des « crevées ». Ces crevées sont réalisées au niveau des masses musculaires. Cela va permettre de déterminer s’il y a eu lutte grâce aux hématomes et aux ecchymoses.

Puis le médecin légiste va s’intéresser aux organes, ceux de l’abdomen c’est-à-dire le foie l’estomac, les reins, la rate, l’intestin, la vessie, les organes génitaux, le pancréas et les glandes surrénales ainsi que les organes du thorax, le poumon et bien sur, le cœur. Ces organes vont être analysés puis retirés, souvent disséqués et pesés.

Les analyses qui vont suivre vont permettre de comprendre et de dater certaines choses, comme ce qui a pu entrainer la mort ; une intoxication, ou détecter une maladie par exemple. L’on appelle cela des analyses histologiques. Puis va s’effectuer les analyses toxicologiques qui vont permettre grâce au sang et aux urines notamment de détecter des substances toxiques.

La langue, ainsi que l’œsophage ou encore la trachée et les artères carotides sont ôtés puis disséqués.

L’examen de la boite crânienne va également être une étape très importante. Le médecin légiste procède à une découpe minutieuse de la boîte crânienne afin d’extraire l’encéphale et la dure-mère. L’encéphale est pesé, disséqué puis prélevé. La base du crâne est analysée afin de rechercher d’éventuelles fractures de la boîte crânienne, dans le cas d’un projectile par exemple.

Une fois que l’autopsie médico-légale est terminée, l’étape qui arrive est également très importante, puisqu’il s’agit de la restauration du corps. Les organes qui n’ont pas été prélevés vont être remis à l’intérieur du corps. Puis le corps va être suturé, même au niveau des lésions les plus profondes. Ensuite il va être nettoyé, et il arrive qu’il soit maquillé et habillé selon les volontés des familles.

 

Médecin légiste, oui d’une certaine manière je soigne les morts

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je soigne les morts

« Je suis comme tout le monde, quand je rentre chez moi, parfois je me dis « jamais je n’aurais cru faire ce travail », mais ça me va, tant mieux même !  Frédéric est médecin légiste, « il soigne les morts » comme il l’explique en toute simplicité, humanité et profondeur. il nous livre aujourd’hui son témoignage sur sa vie, son travail, son quotidien avec ceux dont il fait parler le corps.

Pourquoi je fais ça ? » c’est la question qu’on me pose le plus souvent, certains sont avocats, d’autres médecins. Moi j’aide la justice en faisant parler les morts, ils ont des choses à nous dire, et il n’y a que nous pour les aider, et pour aider leur famille à comprendre ce qu’il s’est passé. Dans 90 % des cas il n’y a rien de spécial mais ça reste des morts violentes, brutales qui arrachent quelque chose à leur famille. C’est mon devoir d’éclairer tout ça.

Donc, mon objectif premier avant toute chose, c’est de comprendre les causes du décès. L’autopsie d’une personne va permettre de réunir beaucoup d’éléments. L’idée c’est d’éviter à la fois l’erreur judicaire et à la fois qu’un coupable s’en sorte. Dans le cas d’une autopsie scientifique on découvre parfois que les patients étaient mal soignés de leur vivant, on est un peu la police des médecins finalement, forcément ça ne nous attire pas les faveurs du reste de la profession médicale. Personne n’a envie de se faire pointer du doigt.

« Il y a quelque chose chez les médecins en France qui une fois que le patient est mort, c’est fini, ça n’est plus de leur responsabilité, pourtant ça l’est, et je suis là pour le rappeler ».

 « Quand on constate le décès, on est pas seulement là pour en faire un état, on est aussi là pour poser un diagnostic. Bien sur c’est à cheval entre la médecine et la justice, des éléments seront mis sous scellés à l’issue de l’autopsie, des mèches de cheveux par exemple retrouvées sur le corps. Parfois aller chercher les causes de la mort, ça permet littéralement de sauver les vivants. Ça m’arrive régulièrement de devoir prévenir la famille parce que le décès est lié à une maladie génétique. En le sachant, ils pourront ainsi se soigner.

Moi je travaille à Lyon. Lyon et Paris sont les deux seuls instituts médico-légaux sur les huit qui existent en France, qui vont ainsi fournir les données pour les causes de décès pour les stat nationales. C’est très important. Lorsqu’il y a eu les décès suite aux pilules ou aux implants mammaires, les morts subites du nourrisson, etc. c’est nous qui alertons le Minstère de la Santé.

Parfois on me dit que mon travail ne sert pas à grand chose, que c’est trop tard, ils sont déjà morts et que ça ne les ramènera pas, pourtant pour moi c’est essentiel, et oui je peux dire que d’une certaine manière « je soigne les morts ».

 

Médecin légiste , la mort, la justice et le vivant

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médecin légiste

Le médecin légiste est ce que l’on appelle un auxiliaire de la justice, c’est-à-dire qu’il intervient à la demande d’une autorité judiciaire (magistrat, Parquet, juge d’instruction, etc.).

L’une des missions du médecin légiste est de réaliser des autopsies dans le cas de décès d’origine criminelle ou suspecte, qu’il s’agisse de décès sur la voie publique, de corps non identifié ou encore à la demande des familles, appelée aussi « autopsie scientifique ». Une procédure judiciaire est ouverte lorsque le décès est d’origine suspecte.

Le rôle du médecin légiste est de déterminer les causes, les circonstances et l’heure de la mort. Pour cela, il observe la scène du crime présumé et prélève les indices nécessaires à son analyse (traces de sang, empreintes digitales, traces de fluides corporels, cheveux, morceaux de peau, etc).

La levée du corps peut-être effectuée directement à la morgue de l’hôpital ou à l’institut médico-légal. Un examen de corps externe et interne est ainsi réalisé. Des analyses poussées peuvent avoir lieu, comme des radios ou des examens toxicologiques.

Le corps du défunt quitte l’institut médico-légal quand un permis d’inhumer est délivré par le magistrat chargé de l’enquête.

Quand le légiste a terminé une autopsie, il va rédiger un rapport, qu’il remettra au magistrat qui l’a chargé de l’affaire. Il se peut qu’il soit appelé en qualité d’expert lors du procès du présumé criminel au tribunal.

La mort…mais pas que, le médecin légiste au service des vivants

Un médecin légiste s’occupe aussi des vivants, et ça peu de gens le savent. Il intervient par exemple à l’Institut Médico Judiciaire, pour les victimes de viols et violences conjugales par exemple. Il va constater les blessures, mesurer les bleus et évaluer leur degré de gravité.

Un médecin légiste est aussi appelé à n’importe quel moment pour ausculter une personne en garde à vue.

Le rôle des médecins légistes et de coordonner les informations essentielles entre la médecine et la justice.

Il existe environ 500 médecins légistes en France, principalement des hommes.

Le médecin légiste face à la réglementation en France des autopsies

En France, les critères sur lesquels se basent les médecins légistes pour pratiquer ou non une autopsie sont flous. Pourtant  la recommandation du Conseil de l’Europe explique ce qui peut être fait pour harmoniser les règles en matière d’autopsie médico-légale.

Normalement, si l’on suit les recommandations du conseil de l’Europe les autopsies devraient être réalisées en cas de mort non naturelle. Cela implique donc les homicides, les morts subites, les violations des droits de l’homme, les suicides, les suspicions de fautes médicales, les accidents de transport, les cas de maladies professionnelles, les catastrophes naturelles, les décès en détention et les corps non identifiés.

Pourtant aucun parquet de France n’applique la même chose. Cela va déprendre du procureur de la République, c’est lui qui décide si un corps doit être autopsié ou non.

Moins de 2% des décès en France font l’objet d’une autopsie. Sur 600 000 décès en 2015, seuls 9 000 corps ont eu une autopsie.

À venir prochainement : Portrait d’un médecin légiste et pourrait-on passer à côté de certains homicides ?

Quand les élèves thanatopracteurs snobent une autopsie

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table d' autopsie
table d'autopsie

Pour débuter l’année et finir les tranches de vie, une petite dernière pour la route ? A partir de la semaine prochaine, nous débuterons une nouvelle série de politique-fiction. En attendant, une petite histoire d’école de thanatopraxie, où l’on montre que l’heure qu’il est est le pire ennemie des aspirants.

La journée se déroulait normalement, c’est à dire dans un calme de monastère. Non pas que les élèves fussent particulièrement attentifs, chacun rêvassait plutôt dans son coin à ce qu’il allait faire le week-end suivant. L’enthousiasme et la passion des débuts étaient depuis longtemps éteints.

C’était assez classique : les impétrants étaient arrivés persuadés que, dès le premier jour, ils enfileraient un masque et une combinaison, et procéderaient à des injections de formol à cœur ouvert sur des cadavres, devant l’œil ébahi de leurs formateurs qui ne manqueraient pas de glisser « Tu es bien meilleur que je ne le suis ». Il avaient déjà appris tout ce qu’ils devaient savoir en regardant la télévision.

Au lieu de quoi, ils s’étaient retrouvés assis en salle de formation, à devoir apprendre des planches anatomiques par cœur, après s’être rendu compte que tout ce qu’ils avaient pu lire, voir et entendre sur la thanatopraxie était faux. Non, ils n’ouvriraient jamais un corps avec une incision en Y pour y injecter un mélange formolé de leur composition qui allait révolutionner les soins d’embaumement. Et, pour finir de les achever, leurs formateurs avaient été formel : seuls ceux qui travailleraient le plus réussiraient. L’éventuelle existence du talent était une considération secondaire.

Claire, la formatrice, se mettait en quatre pour que ses stagiaires réussissent, non seulement à décrocher leur diplôme, mais à ensuite à mener une carrière heureuse. Elle voulait les intéresser. Voilà pourquoi elle entra en classe, ce jour-là, avec le sourire :

« J’ai une très bonne nouvelle. Vous le savez, nous travaillons en collaboration avec l’hôpital, et le professeur Chabenat, qui dirige l’unité médico-légale du CHU, a accepté de vous accueillir vendredi matin à huit heures pour assister à une autopsie qu’il pratiquera et commentera lui-même. »

Une vague lueur d’intérêt s’alluma dans l’œil des élèves. Des questions fusèrent sur le déroulement.

« Comme vous le savez » expliqua Claire, «  le professeur est une référence dans son domaine. Le public n’est jamais admis aux autopsies, c’est donc une chance extraordinaire que vous avez. Vous serez dans la pièce, et le professeur expliquera ce qu’il fait. »

Les élèves manifestèrent leur joie. Claire leur expliqua qu’ils devraient se rendre directement à l’IML, où ils seraient accueillis par le professeur, et qu’ils pourraient ensuite partir en week-end, puisque les cours prenaient fin à midi.

Le vendredi, Claire était dans son bureau, en train de préparer ses cours, lorsque le téléphone sonna. « Claire ? Professeur Chabenat à l’appareil. » Claire regarda sa montre : neuf heures. L’autopsie était déjà finie ? Il y avait eu un problème ?

« Bonjour, professeur. Comment allez-vous ? »

« Bien, merci. Dites, c’est bien aujourd’hui que vos élèves assistent à l’autopsie ? »

Claire sentit l’inquiétude monter « Oui… Pourquoi, ils vous ont dit quoi ? »

« Rien. Il n’y a personne. »

« Pardon ? »

Le professeur soupira « Je les attends depuis une heure. Les deux gendarmes qui doivent assister à l’autopsie aussi, attendent depuis une heure. Je ne sais pas ce qui se passe, avec vos élèves, mais je ne peux pas attendre plus longtemps »

« Je comprends » dit Claire « Je vais voir ce qui s’est passé, sûrement un malentendu ».

Ce qui s’était passé, découvrit vite la formatrice, était simple : panne d’oreiller, de voiture, goutte au nez, tous les élèves avaient une excuse pour rester au lit.

Lorsque la formatrice me raconta cette histoire, elle conclut « Voilà, les gamins qui arrivent en formation ont vingt ans, on leur conseille de travailler en pompe funèbre avant, ils nous expliquent que c’est pas la peine, ils arrivent comme s’ils savaient tout, entre l’école et les à côté, leurs parents dépensent vingt mille euros, et quand ils ont la chance d’assister à une autopsie, ils préfèrent rester au lit ». Ce qui, reconnaissons-le, est la meilleur morale à donner à cette histoire.

Attentat de Nice : les morts tous identifiés, premières obsèques

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La Promenade des Anglais, à Nice.

Un camion fou lancé sur la Promenade des Anglais, à Nice (Alpes-Maritimes). C’était il y a une semaine, un soir de feu d’artifice et de fête nationale. Les 84 morts de cet attentat ont désormais tous retrouvé leur identité depuis mardi. Certains ont déjà été inhumés.

Selon le président de la République, cette attaque terroriste a également blessé 331 personnes, dont 15 se trouveraient encore entre la vie et la mort. Dès dimanche dernier, le travail des médecins légistes avançant, 34 certificats de décès et autant de permis d’inhumer avaient été délivrés. Une démarche administrative permettant à la justice de restituer aux familles les premiers corps. Un processus long et minutieux, également, pour éviter toute erreur tragique d’identification. Sur les 84 morts enregistrés, 52 identités étaient connues dimanche. Elles le sont toutes aujourd’hui.

Parmi ces défunts figurent 38 personnes de nationalité étrangères, selon le Quai d’Orsay. Des ressortissants venus de 19 pays : Algérie, Allemagne, Arménie, Belgique, Brésil, Estonie, Etats-Unis, Géorgie, Italie, Kazakhstan, Madagascar, Maroc, Pologne, Roumanie, Russie, Suisse, Tunisie, Turquie, Ukraine.

Cinq jours après l’attentat, les premières obsèques musulmanes ont été organisées à Nice. Une première cérémonie a eu lieu mardi dernier à la mosquée Ar-Rahma (lavement, prière) pour une femme, son enfant de quatre ans et un jeune homme, tous trois d’origine tunisienne et prêts à être rapatriés dans la foulée. Ils sont arrivés à l’aéroport de Carthage dans la nuit suivante.

Hier mercredi, c’était le tour d’un adolescent et de sa tante à la mosquée Al-Forqane, avant un départ des dépouilles pour le Maroc. Les autorités du culte étaient présentes. Ce jeudi, d’autres obsèques sont prévues pour au moins deux défunts à la mosquée Al-Rahma. Une trentaine de personnes de confession musulmane ont notamment été victimes de cet attentat.

La mort en noire : Boulin, l’affaire est dans le lac…

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Le 30 octobre 1979 à 8 h 40, le corps d’un homme est retrouvé dans l’étang Rompu, dans la forêt de Rambouillet. C’est bizarre, le cadavre se trouve à cinq mètres de la berge, il est à genoux, la tête hors de l’eau, il y a une cinquante de centimètres de profondeur et une couche de vase de d’une quarantaine de centimètre.

Le véhicule du défunt, une Peugeot 305 n’est pas loin, stationné sur la berge, à quelques mètres du chemin qui mène à l’étang juste à côté de la départementale qui relie Saint-Léger-en-Yvelines au sud à Montfort-l’Amaury au nord.

Le SRPJ de Versailles se rend sur les lieux, la victime n’est pas n’importe qui, il s’agit de Robert BOULIN, ministre du travail en poste. Les premiers éléments de l’enquête s’orientent vers la cause du suicide. On savait l’homme politique en proie à une grave dépression.

Tout a commencé en 1979, à la fin de l’été, plusieurs journaux reçoivent des lettres anonymes. Des courriers qui accusent Robert Boulin de tremper dans une magouille immobilière, il aurait acquis deux hectares de garrigue à Ramatuelle, sur ce terrain il aurait fait ériger un mas de 180 mètres carrés. Tout cela par l’intermédiaire d’un ami, Henri Tournet, qui lui cède le terrain pour un prix dérisoire : 40 000 francs.

Mais Tournet a déjà vendu le terrain à trois autres pigeons et Boulin est victime d’une escroquerie. Cependant Robert Boulin est intervenu à diverses reprises pour obtenir la constructibilité de cette garrigue. Tournet , lui a remboursé les 40 000 francs à Robert Boulin. Le ministre du travail est donc soupçonné de trafic d’influence.

Le journal d’extrême droite Minute est le premier à attaquer vigoureusement le ministre le 17 octobre, titrant « Boulin a fait la belle boulette ». Boulin use de son droit de réponse, il déclare sur Europe 1: « Que voulez-vous que je réponde ? J’ai l’âme et la conscience tranquilles et j’ai été exemplaire. Peut-être encore plus que vous ne le pensez, parce qu’il y a des choses que je ne peux pas dire ici ». La presse continue de tirer à vue sur le ministre.

L’affaire est donc entendue, le ministre est avant tout un homme, il n’a pu supporter la vindicte populaire, la campagne de presse orchestrée contre lui a eu raison de sa foi en la vie, il a préféré le suicide plutôt que d’être trainé dans la boue diffamé en place publique.

Fin de l’histoire…

Sauf que si l’on s’attarde un peu plus sur le dossier on se rend compte que tout le monde n’est pas forcement de cet avis, à commencer par la famille du défunt qui si au départ avait accepté la thèse du suicide, penche maintenant pour celle de l’homicide, on aurait assassiné le ministre !

Pourquoi ce revirement ? L’avocat de la famille — Robert Badinter — qui a accès au dossier, découvre des photos du visage de Boulin tuméfié, le doute n’est plus permis, c’est un meurtre.

Certains diront que c’est logique, on ne peut pas admettre qu’un homme qui se soit lancé dans la politique, donc avec une âme de conquérant, devienne suicidaire du jour au lendemain. Mais si l’on reprend certains points de l’affaire, on se rend compte qu’il y a de quoi douter.

Boulin est retrouvé la bouche fermée, logiquement une personne qui se noie à la bouche ouverte, même dans le cas d’un suicide, il y a des réflexes de survie, comme tenter de respirer.

Les chaussures et bas de pantalon du ministre sont peu souillés par la vase, comment a-t-il pu se rendre ici sans se salir ?

Le portefeuille est resté sec, mais nul ne connait l’endroit où il fut retrouvé. Le corps de Boulin été déplacé avant l’arrivée du médecin-légiste. Personne ne saura ainsi pourquoi son gilet est déchiré dans le dos…

Les photographies de l’identité judiciaire révèlent que Robert Boulin porte une entaille à la limite du poignet et de l’avant-bras droit. Selon les dernières personnes qui l’ont vu avant son décès, il n’était nullement blessé. On ne retrouve pas trace de cette plaie dans le rapport d’autopsie…

La première autopsie du corps de Robert Boulin, effectuée par les docteurs Bailly et Depouge, confirme point par point les conclusions des policiers de Versailles :

« L’enquête a formellement établi que le décès de M. Robert Boulin est consécutif à un suicide par noyade précédé d’une forte absorption de Valium (…) » Les médecins constatent un œdème hydroaérique du tissu pulmonaire accompagné de présence d’eau à l’intérieur de la cavité gastrique. (…) Ces conclusions sont celles habituellement observées dans les cas d’asphyxie par submersion. (…) Les lésions constatées au visage peuvent avoir été provoquées par une chute antérieure à la mort et ne sont pas suffisantes pour envisager l’hypothèse de violences volontaires préalables1. »

Il est précisé aussi dans ce rapport la présence de lividités cadavériques dans le dos du du ministre. Sauf les lividités ont lieu en parties déclives du cadavre, donc pour un homme mort à genoux (en position dite du prieur), elles ne peuvent être à cet endroit, mais au ventre et en dessous des genoux. Conclusion : Le corps a été déplacé…

En 1983 suite à la demande de la famille du ministre, son corps est exhumé afin de pouvoir pratiqué une seconde autopsie.

On découvre alors une trace de corde au poignet droit, et un hématome derrière la boite crânienne de Robert Boulin. Le docteur Daniel Jault déclarera des années plus tard « on a tous pensé qu’il avait été liquidé 2». Seulement cela fait quatre ans que le ministre est décédé, la nature a bien avancée son œuvre putréfactive, personne ne peut vraiment affirmer, tout le monde reste sur le droit de réserve, on n’affirme rien, sauf une fracture du mandibule supérieur gauche datant du vivant de la victime.

Lors de la première autopsie, plusieurs organes furent prélevés sur Boulin dont la langue, le larynx et les poumons, ils auraient dû être placés sous scellés judiciaires mais ont été incinéré, empêchant ainsi toute contre-expertise.

Le véhicule lui-même aura subit que de très courte investigation, pas d’analyses poussées sur des taches suspectes, pas de recherche d’empreinte, même si l’on a retrouvé des mégots de cigarettes, alors que le ministre ne fumait pas.

La lettre d’adieu de Boulin, envoyée à plusieurs destinataires hauts placés, laisse aussi certaines personnes perplexes, des décalages entre les lignes, et ce ne sont que des copies, nul ne retrouvera l’originale de cette lettre.

Alors suicide par trop de pression avec l’affaire de Ramatuelle, ou exécution d’un homme qui en gênait d’autres dans l’ascension des sommets de l’état ?

Nul ne le sait, ou presque. Deux théories, deux clans qui s’affrontent à coups d’expertises et de contres-expertises.

Il est à noter que dans les années 1980, les Renseignements généraux (RG) ont enquêté sur l’affaire Boulin. Dans un rapport des RG du 13 octobre 1987, il est notifié que quatre hommes de main sont désignés selon une source issue du SAC comme les responsables de l’agression contre Boulin3

©Stanislas PETROSKY

L’Atelier Mosésu

1 Jacques Derogy et Jean-Marie Pontaut, Enquête sur les « Affaires » d’un septennat, éditions Robert Laffont, 1981

2 Sud Ouest 10 juillet 2011 interview réalisée par Yann Saint-Sernin

3 Frédéric Charpier, Les officines, trente ans de barbouzeries chiraquiennes, Le Seuil, 2013.

Le médecin légiste tranche dans le vif

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La salle d'autopsie de la série
La salle d'autopsie de la série "Les experts"

Il y a quelques années, pas si lointaines, dans cette ville de province dont je tairai le nom, le fonctionnement de la médecine légale était le suivant : le procureur de la république appelait un médecin légiste habilité auprès de son tribunal, ce dernier se rendait alors à la salle d’autopsie sise au centre hospitalier, et procédait à l’examen. Il envoyait ensuite sa facture au procureur, qui la réglait, au tarif convenu.

Néanmoins, tout n’était pas pour le mieux dans le meilleur des mondes : les médecins légistes, par exemple, grognaient et râlaient, puisque, outre leur rémunération qui confinait au ridicule, ils devaient de surcroît attendre des semaines, parfois des mois, avant de se faire payer.

Le système avait un autre inconvénient, qui était le budget du tribunal. Celui-ci était alloué en début d’année, et se voyait renouveler par le système habituel de l’état. Si le tribunal local dépensait son budget, on lui attribuait le même l’année suivante. Si par contre tout n’avait pas été dépensé, la somme restante était restituée aux caisses de l’état qui, l’année suivante, allouait un budget réévalué en fonction des dépenses réelles.

Pour faire simple, l’état donnait 100, si le tribunal dépensait 100, l’état donnait à nouveau 100 l’année suivante. Par contre, si l’état donnait 100, et que le tribunal dépensait 80, l’état reprenait 20 et donnait 80 l’année suivante. Sans même une petite félicitation pour les économies réalisées.

La plupart du temps, faut-il vous rappeler que ces histoires datent « d’avant », le budget alloué était relativement équilibré, et souvent, les tribunaux finissaient, dans les régions paisibles, avec un peu de réserve, qu’il fallait vite dépenser de peur de se voir amputer l’an suivant de quelques sous. Ainsi, vers les mois de novembre et décembre, autopsiai-t-on à tire-larigot. Les médecins transpiraient à grosses gouttes : le moindre décès en salle d’opérations, voilà le procureur qui ordonnait une autopsie.

Une vieille dame, morte paisiblement dans son lit à l’âge avancé, mais déçu, de 98 ans, se vit ainsi emportée vers un examen médico-légal, sans ouverture en Y, heureusement, mais avec prélèvements divers et variés. Il fallait dépenser.

Une année heureuse pour le crime fut en revanche celle du renflouage. Un bateau avait coulé au large des côtes et, devant l’insistance des familles, le tribunal avait ordonné de renflouer l’épave, afin de la ramener sur le terre ferme pour pouvoir l’expertiser tout à loisir. Le budget entier y passa, et aucune rallonge n’était prévue pour les dépenses exceptionnelles.

Curieusement, ce furent dans les poches vides de la justice que se trouva la solution à la criminalité : pas un seul homicide ne fut enregistré, et, par conséquents, aucune autopsie ne fut ordonnée.

Le petit dialogue suivant me fut confié par un policier, à condition que j’attende quelques années avant de le publier sous quelque support que ce soit. Nous y sommes.

« Monsieur le Procureur, nous avons une suspicion d’homicide…

Mais non, lieutenant, c’est un suicide !

Pardon, Monsieur le Procureur, mais le défunt a tout le même trois impacts de balles dans le corps !

Et bien, il ne voulait pas se rater, voilà tout. »

En somme, si l’on voulait commettre le crime parfait, il suffisait de couler un bateau. Quoiqu’en dise Charles Hernu.