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La morgue, ce lieu qui est passé de l’exposition à l’invisible

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Dans les tiroirs, les corps reposent depuis quelques heures, parfois quelques jours. La morgue sert à conserver le corps avant son inhumation ou sa crémation. La morgue telle qu’on la connaît aujourd’hui est très récente. Sombre et honteuse c’est en ces termes qu’elle est qualifiée. Pourtant lieu indispensable, elle est souvent relayée, reléguée, invisible.

« La morgue est avec l’exécution publique le dernier lieu d’exposition du cadavre, d’un face à face ailleurs refusé, d’où la fascination qu’elle exerce ». Voyelle. M. La Morgue. L’image de la mort. Colloque.

On lui prête des imaginations fantastiques, on devine ce qu’il s’y trouve, on devine qui y travaille, on devine qui y passe. La morgue c’est le lieu de l’image de la mort.

« Morguer » signifiait à l’origine regarder avec hauteur. C’était d’une prison que les guichetiers dévisageaient les prisonniers avant de les écrouer. Puis à Paris, c’est devenu le lieu de reconnaissance des cadavres grâce à une exposition publique. C’était donc le lieu le plus visité de la capitale. Mais déjà auparavant, au XIV siècle, les prisons du châtelet avaient un dépôt de cadavres. Ils sont entassés, identifiables et visibles de l’extérieur.  La morgue se situait derrière Notre-Dame sur la placette appelée aujourd’hui « square de l’île de France ». C’est en 1914, que la morgue, rebaptisée Institut Médico Légal est transférée quai de la Râpée dans le XIIème arrondissement.

C’est le XIXème siècle qui va réellement institutionnaliser la morgue. Des salles séparées par une vitre apparaissent et une salle pour le public est construite. Nous voyons ensuite  arriver une salle de greffe, et une salle d’autopsie. L’installation de la conservation va marquer un tournant dans l’histoire de ce lieu spécifique en 1897.

Identification et curiosité

Le premier but est donc l’identification par exposition des morts violentes. La mort est synonyme de violence dans les toutes les premières images représentatives de la morgue. La visite de la morgue était sujette à la curiosité. Voir la mort pour comprendre le vivant. Tout le monde venait, toutes les catégories socio-professionnelles étaient représentées. La douleur était au cœur de l’exposition.

Morgue_de_Paris_09508 La morgue, ce lieu qui est passé de l'exposition à l'invisible

Morgue de Paris, XIXème s.

Lieu d’interaction

Dans une France -fin du XIXème siècle- répressive en terme de sexualité, la nudité de la morgue était le lieu permissif dans son extrême. Tout le monde s’approchait, la jeunesse venait découvrir ce lieu ouvert et comprendre l’anatomie. Le cadavre est une réalité totalement mise en scène grâce aux regards des spectateurs. C’est le lieu d’interaction ultime, la morgue est d’abord un espace collectif où se nouent les relations sociales.

La mort, c’est la grande analyste qui montre les connexions en les dépliant et fait éclater les merveilles de la genèse dans la rigueur de la décomposition : et il faut laisser le mot décomposition trébucher dans la lourdeur de son sens. Michel Foucault, Naissance de la clinique. Op. Cit., p.147.

Des exécutions publiques à la décomposition des chairs, la mort fascine. Un épisode particulièrement tragique en particulier met en exergue cette fascination. Celle d’un enfant de la Villette en 1840.

Le 17 mars 1840, on découvre le corps quasi décapité d’un jeune garçon dans la commune de La Villette. On l’apporte dans la matinée à la Morgue. Dès midi une foule immense s’est amassée devant le bâtiment, ce qui témoigne de la rapidité de la circulation de l’information. Les jours suivants, les flots de curieux ne tarissent pas, d’autant qu’une mise en scène spectaculaire est imaginée par les autorités : le 19, l’enfant est embaumé, rhabillé et exposé sur une chaise, dans la vitrine. Il s’agissait à la fois d’allonger la durée de l’exposition, de redonner au cadavre un aspect plus réaliste, plus « vivant » et d’attirer le public. De fait l’exposition dure presque deux mois et demi.  Bertherat, B, op.cit., p.30.

Vers la fin du XIXème siècle, on estime la moralité en danger. On commence par couvrir le sexe des cadavres puis on s’essaie à l’interdiction de l’établissement pour les femmes et les enfants. En 1887, le magistrat Adolphe Guillot demande la fermeture de l’établissement appuyé par les thèses du docteur Gustave Le Bon, psychologue qui met en évidence la dangerosité de la bestialité de la foule et le trouble à l’ordre public.

Voir pour comprendre

C’est donc par la morale que la morgue ferme ses portes au public quelques années plus tard en 1907. Voir c’était savoir, voir c’était reconnaître. C’était surtout expliquer, parler, raconter. Isoler la mort va rompre avec sa représentation. On commence à fantasmer et donc, à avoir peur. Plus de 100 années après, la morgue est devenue ce lieu de l’ultime disparition. Dans la croyance populaire, faire disparaître le lieu, c’est faire disparaître la mort. Les médecins, chirurgiens, personne n’y descend considérant l’étape inférieure comme l’échec de l’étage supérieur. On ne veut pas la voir, elle est cachée, invisible. L’hôpital Georges Pompidou est une preuve absolue de cette désolation car c’est en achevant les travaux de l’hôpital qu’ils ont constaté que la morgue n’avait pas été construite. Aristote disait que la vision était le plus noble de nos sens. Or la mort devient ici inénarrable, incompréhensible.

Fermeture à la mémoire

C’est donc la bourgeoisie du XIXème siècle qui a jeté pudiquement un voile sur la mort. On cherche à ne plus voir quelque chose qui reste de l’ordre de l’imperceptible au sens empirique du terme. Pourtant la mort apparaît entre l’image et la parole. On le voit très bien avec ces mises en scène très ritualisées à l’époque et même encore aujourd’hui dans d’autres cultures (cf. le pleureuses) alors que de nos jours, aussi horrible soit elle, la mort est silencieuse, le deuil difficile.

Cachez-moi cette morgue

Cacher la mort, c’est cacher la morgue, donc le lieu même de la mort. Et avec ce mouvement c’est tout la profession que l’on efface. Les agents d’amphithéâtre sont transparents pourtant présents chaque jour pour accueillir la violence du chagrin et s’insérer dans un rouage complexe entre le corps qui « n’est pas encore descendu » et le corps qui s’en va. Pour certains aujourd’hui la morgue c’est ce lieu sous terrain. Pour d’autres c’est un amphithéâtre ( tout la symbolique de la mise en scène expliquée plus haut est perceptible par ce terme ), un dépositoire, une chambre mortuaire, un lieu de conservation où décèdent 80% de la population. C’est un endroit obligatoire à un hôpital, maison de retraite, au delà de 200 décès par an. La chambre mortuaire est un service gratuit pour les trois premiers jours permettant à la famille d’organiser les obsèques dans le délai légal.

LEGO_Morgue La morgue, ce lieu qui est passé de l'exposition à l'invisibleUne morgue doit avoir un accueil séparé de la zone technique (soins de conservation par exemple). Si les familles souhaitent que le corps reste au delà des trois jours, le service devient payant et le prix est fixé par le directeur de l’établissement. Le transfert du corps vers une chambre funéraire doit être organisée dans les 48H suivant le décès.

La morgue…ce lieu invisible où seuls les professionnels habillés de noir passent, à l’arrière, en dessous, où seuls les caducées de thanatopraxie franchissent le seuil de la porte. Cette morgue que l’on ne veut pas voir qui est pourtant le lieu le plus important au sens même où il est le premier lieu de vie du défunt, le premier lieu de vie, de la mort.

Les agents d’amphithéâtre, ces professionnels indispensables

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agents d'amphithéatre

On ne vous a pas assez parlé des agents d’amphithéâtre. Alors on va essayer de rattraper ça. Pourtant ce sont eux les premiers à côtoyer la mort. Ils prennent la violence de la fin de vie de manière brutale et récurrente. Les corps ne sont pas encore préparés, les familles pas encore venues, les défunts encore en tenue d’hôpital. Qui sont ces agents ? Comment travaillent-ils ? Focus sur la vraie profession de l’ombre du funéraire.

Agents d’amphithéâtre, une formation qui demeure floue

Si le thanatopracteur bénéficie d’une formation contrôlée par le ministère de la santé – puisqu’il y a acte invasif sur un corps– il n’en est rien pour les agents d’amphithéâtre. Pourtant ce dernier travaille dans un hôpital, et est donc un trait d’union entre l’univers médical et l’univers funéraire. Il constitue une charnière importante du rouage dans l’organisation des obsèques, c’est par lui que va transiter les corps, les opérateurs funéraires et les familles. Depuis quelques années nous sommes entrés dans une véritable culture du palliatif ce qui fait que nous mourons davantage à l’hôpital que dans tout autre lieu. Selon le décret no 97-1039 du 14 novembre 1997, « les établissements de santé publics ou privés doivent disposer d’au moins une chambre mortuaire dès lors qu’ils enregistrent un nombre moyen annuel de décès au moins égal à 200. » La morgue ne relève donc pas de la mission de service public définie par l’article L2223-19 du code général des collectivités territoriales. La morgue n’a pas toujours été ce lieu caché de tous, mais au fur et à mesure des années les progrès de la médecine s’améliorent et on assiste alors à une bascule : plus les progrès de la médecine vont en s’accroissant plus l’échec de la mort est insupportable. Dans cette société de l’éternel, la morgue est le refuge de ce qu’on a raté, alors qu’il devrait être mis à côté de l’hôpital comme le lieu de transition.

La délégation de service

Cette délégation du travail tabou est très prégnante à l’hôpital tout comme dans d’autres sphères professionnelles. Everett Hughes écrivait à ce sujet : « La pureté physique de l’organisme humain dépend d’équilibres fragiles ; les médecins et ceux qui les assistent interviennent aux frontières où ces équilibres sont, de fait, souvent perturbés. Rendre la santé (c’est-à-dire, une forme de pureté), voilà le grand miracle. Ceux qui opèrent ce miracle sont plus qu’absous de l’impureté potentielle de leurs tâches ; mais ceux qui accomplissent les tâches humbles, sans être reconnus comme les auteurs de ces miracles, n’ont droit qu’à un médiocre prestige. Ce qui permet d’insister sur le fait que la division du travail va bien au-delà du simple phénomène technique, et qu’elle contient d’infinies nuances psychosociologiques. »

Julia Kristeva, philologue et psychanalyste écrivait : « Le déchet comme le cadavre m’indique ce que j’écarte en permanence pour vivre. Ces humeurs, cette souillure, cette merde, sont ce que la vie supporte à peine et avec peine de la mort. J’y suis aux limites de ma condition de vivant. De ces limites se dégagent mon corps comme vivant. Ces déchets chutent pour que je vive, jusqu’à ce que, de perte en perte, il ne m’en reste rien et que mon corps tombe tout entier, au-delà de la limite, cadavre. »

Le cadre légal des agents d’amphithéâtre

Les personnels des chambres mortuaires relèvent du statut des « agents de service mortuaire et de désinfection » selon le décret n°2001-1033 du 8 novembre 2001. L’article 42 de ce décret précise : « les agents de service mortuaire et de désinfection sont chargés soit du service des personnes décédées et de la préparation des autopsies, soit des travaux que nécessite la prophylaxie des maladies contagieuses. Ils assurent, à ce second titre, la désinfection des locaux, des vêtements et du matériel et concourent au maintien de l’hygiène hospitalière ». En ce sens ils ont un rôle différent de celui des soignants des services de soin, ils ne sont plus dans le soin à proprement parler pour « faire aller mieux » mais au contact de la mort. C’est ce qui les marginalise au sein de la structure hospitalière.

La gratification du travail, aussi chez les agents d’amphithéâtre

Si ce travail n’est pas reconnu à sa juste valeur au sein de l’organisation du travail, en revanche les agents d’amphithéâtre aiment profondément leur métier qui leur apporte une grande satisfaction personnelle. Ils ont parfaitement conscience de la nécessité et de l’importance de leur travail. Leur but est à la fois de faciliter le départ des corps et donc d’être le point de départ de l’organisation pour les opérateurs funéraires mais aussi de faciliter l’arrivée des familles qui vont voir le corps mort de leur proche pour la première fois. Il doit côtoyer d’autres activités thanatologiques, comme le prélèvement de cornées, les autopsies scientifiques, etc. Un agent d’amphi va préparer le corps du défunt – cela est très variable suivant les hôpitaux – Sans commettre d’acte invasif qui va être à la charge du thanatopracteur. Certains agents d’amphi vont exécuter des toilettes mortuaires, aider au prélèvement de cornée, assister le médecin légiste. C’est également lui qui doit s’occuper de l’entretien de la morgue et de sa salubrité.

 

Agent d’amphithéâtre, je fais mes confidences aux morts

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LEGO Morgue

 » Je travaille depuis 25 ans dans le funéraire, et presque depuis aussi longtemps comme agent d’amphi. Dans le funéraire, je vois souvent des gens dire « je fais ce métier par vocation ». Ça, ça vaut surtout pour les conseillers funéraires, moi je le fais pas par vocation, je le fais surtout par besoin.

Depuis que je suis tout petit je suis fasciné par les morts. Attention, je dis pas la mort, mais bien les morts. Dans les BD d’abord, pas de pulsions de morts je vous rassure, ni même gothique rien. J’avais deux parents aimant, marié depuis des années. J’ai toute la panoplie du gars normal et équilibré, mais les morts, c’est fascinant.

Quand un bébé nait tout le monde est auprès à lui dire qu’il est magnifique alors que c’est rarement vrai, il comprend rien, il ne peut rien faire tout seul, et tout l’univers est là à lui sourire. Les soins sont remboursés, les maternités aussi. Mais les morts, tout le monde s’en fout ! pourtant ils sont bien là. Qu’ils aient des familles ou non, ils ont vécu, ils ont tous une histoire.

Alors quand ils arrivent, je leurs parle, à tous, hommes, femmes, enfants. Je me demande si c’était des criminels, des racistes, des bonnes sœurs. Je leurs raconte ce qu’il s’est passé depuis qu’ils ont rendu l’âme, en général c’est là que je me rends compte à quel point rien d’intéressant n’arrive. Du coup ça me rassure, je me dis que quand moi aussi je passerai l’arme à gauche, je ne manquerai pas grand chose. Depuis la première personne que j’ai vu ici il y a 22 ans à aujourd’hui à part des successions de gouvernement, y a eu quoi de nouveau ? La terre est toujours ronde, les gens meurent toujours autant, et même plus qu’avant.

Parfois ça se bouscule ici, les pompes sont débordées. Je me dis qu’il doit y avoir un truc de l’autre côté pour que tout le monde se presse comme ça. Un peu comme à la caisse d’un supermarché.

Je ne les prends pas pour mes psys j’en ai pas besoin, mais je leur parle, d’eux, de moi, de la vie. Je leurs pose des questions, parce que parfois il n’y a pas de famille, ou si peu, et même quand il y en a, personne ne leur parle. Ils se parlent entre eux, vous ferez attention, les gens pleurent « comment je vais faire maintenant » mais y a bien que le maitre de cérémonie qui parle un peu du défunt.

Alors non je ne suis pas le centre du monde, mais là, pendant quelques heures, je fais en sorte que personne ne les oublie. Ils m’accompagnent au quotidien, les morts sont mon quotidien. »


Vous aussi vous avez envie de nous partager votre histoire. Ecrivez-nous à l’adresse mail suivante : sarah.funeraireinfo@gmail.com

Levorthyrox, épidémie…au menu du réveil funéraire du jeudi 30 novembre 2017

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réveil funéraire 30 novembre

 Levorthyrox, épidémie…au menu du réveil funéraire du jeudi 30 novembre 2017. Dans la presse et sur le web, la revue de presse du funéraire, des pompes funèbres, des crématoriums et des thanatopracteurs dans le réveil funéraire du jeudi 30 novembre 2017. Revivez l’actualité dans le réveil funéraire sur Funéraire-Info

Levorthyrox

Quatorze décès de patients prenant du Levothyrox (Merck) ont été enregistrés dans la base nationale recensant les effets indésirables des médicaments. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a confirmé mercredi 29 novembre les informations du numéro zéro de l’hebdomadaire Ebdo. Mais à ce stade, précise l’ANSM, « aucun lien ne peut être établi avec le médicament ».

Athlétisme

Le monde de l’athlétisme est en deuil. Selon nos informations, Zenash Gezmu, la championne d’athlétisme de nationalité éthiopienne qui a remporté plusieurs fois le marathon de Sénart est décédée, lundi 27 novembre. Une information malheureusement confirmée par son ancien club, Neuilly-sur-Marne Athlétisme. La licenciée venait de rejoindre le Stade Français Athlétisme.

Épidémie

L’hiver dernier, l’épidémie de grippe a été précoce et a particulièrement affecté les personnes âgées. Le nombre de cas de grippe sévère a été plus élevé que les années précédentes. On estime qu’elle a engendré un excès de mortalité de 950 décès, indique la cellule d’intervention en région de Santé publique France.

Langage

Beaucoup de gens confondent assurance vie et assurance décès. L’assurance vie est un placement qui permet de faire fructifier ses économies et d’en profiter de son vivant. L’assurance décès, elle, ne répond qu’à un seul besoin de prévoyance.

Vols de la mort

Paula Donadío, fille d’une rescapée de l’Esma, a perdu quatre de ses oncles dans ce centre de détention. Après le verdict, elle souligne l’exemplarité du procès. «Ce procès a été très important. D’abord, parce qu’il a montré le caractère systématique des enlèvements et des disparitions. Ensuite, parce que c’est la première fois qu’on a pu juger les vols de la mort. C’était un des mécanismes utilisés par les bourreaux pour se débarrasser des corps des détenus qui deviendraient ensuite des disparus ».

Abandonnés

Cinquante-huit  corps sont en souffrance à l’Hôpital central de Yaoundé depuis plusieurs mois, sans qu’aucune personne ne vienne les réclamer. Tel est la substance du communiqué du directeur dudit hôpital, Pierre Joseph Fouda, paru dans la presse publique mercredi, 22 novembre 2017. 22 de ces corps ont une identité connue tandis que celles des 36 autres dépouilles reste à fournir. Il s’agit de personnes retrouvées mortes dans quelques artères de la villes, décédées à l’hôpital et qui se retrouvent à la morgue depuis janvier 2017- pour les anciens

Portrait

Témoignage

Son meilleur ami s’est suicidé ce printemps, alors qu’ils étaient encore au lycée. Depuis il ne se passe pas une semaine sans qu’il vienne visiter son ami au cimetière pour discuter avec lui. Il partage avec nous, quelques notes prises au grès de ses conversations, là assis, sur la tombe de son meilleur ami.

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La morgue de Nouméa fermée de nuit, les pompes funèbres dans l’incompréhension

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morgue de Nouméa
Image Les Nouvelles Calédoniennes

C’est fin août 2017 que les différentes pompes funèbres de Nouméa (NC) reçoivent un courrier les prévenant du prochain changement de règlement intérieur de la morgue municipale. C’est quelques jours plus tard, que les détails tombent : la morgue sera fermée de 22h à 6h du matin à partir du 1er septembre.

Morgue de Nouméa : interdit de mourir de nuit ?

Le problème étant que les pompes funèbres de la ville ne disposent pas de chambres funéraires, et que par conséquent, le dépôt des corps à la morgue de Nouméa la nuit leur sera impossible « sauf cas exceptionnels ». Ne précisant pas ce que sont des « cas exceptionnels », la Mairie laisse les pompes funèbres dans l’incompréhension, et sans aucune solution.

Comme se le demande Delphine (Société Transfunéraire)

, lectrice qui a nous a transmis cette information, ainsi que ses confrères : que faire des corps lors des réquisitions, et des corps tout court finalement ? Si la Mairie précise que ceux-ci devront être entreposés dans des locaux techniques appropriés, elle oublie qu’aucunes pompes funèbres n’est titulaire de l’habilitation pour la gestion de chambres funéraires, et il ne semble pas que le fait que des corps restent entreposés dans les véhicules de transport de corps avant mise en bière contrevienne à la législation.

LEGO_Morgue-300x248 La morgue de Nouméa fermée de nuit, les pompes funèbres dans l’incompréhension

 

C’est donc une impasse, dans laquelle les professionnels sont contraints de rester jusqu’à ce que la Mairie daigne proposer une solution digne pour les défunts et leurs familles. En attendant, Del ironise : que doivent faire les pompes funèbres ? Ne plus répondre au téléphone la nuit ? Dire aux familles que le défunt devra rester chez elles jusqu’au lendemain matin ?

Côté Mairie, une mesure économique

Dans l’édition du 3 septembre du journal « Les Nouvelles Calédonniennes », la Mairie justifie son choix. Dans le créneau horaire désormais fermé, la morgue recevait « moins d’un corps par nuit ». Ce qui mobilisait un employé toute la nuit, un coût trop élevé.

Se voulant rassurante, elle met en avant l’ouverture d’une salle de conservation des corps au Médipôle. Cependant, celui-ci ne recevra que les corps décédés au sein de l’établissement hospitalier. Pas vraiment une avancée donc pour les professionnels du funéraire qui restent dans l’attente d’une réunion d’urgence.

Dossier à suivre.

 

Mauvaise journée : elle se réveille à la morgue avant de mourir à nouveau

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morgue mort

La famille de Rathnam, une femme de 51 ans, habitante de Kerala, en Inde, a reçu le choc de leur vie quand la défunte s’est avérée bel et bien vivante. C’est après avoir passé une heure à la morgue de l’hôpital que la famille l’infortunée a constaté l’erreur.

De vie à trépas…

Il faut dire à la décharge du corps médical que Rathnam était gravement malade et était traitée pour la jaunisse, une maladie du foie, et un dysfonctionnement rénal dans un hôpital universitaire de Madurai depuis deux, selon le journal « la Chronique de Deccan ».

Placée sous assistance respiratoire, les médecins l’avaient déclarée condamnée, à court terme, sans trop prendre de risques. Ses proches avaient alors décidé de l’hospitaliser à domicile, avec un suivi de soins palliatifs, afin qu’elle puisse mourir chez elle.

Mercredi dernier, le 6 septembre, sa famille constaté qu’elle ne respirait plus. Ils ont alors contacté l’hôpital, qui a envoyé une ambulance, pour la transférer à la morgue du secteur.

De trépas à la vie

Le temps de prévenir quelques proches, et la famille, une heure plus tard, la défunte s’est retrouvée à la morgue locale, pour une cérémonie d’hommage, comme le veut la coutume en Inde. Rapidement, un doute s’est fait jour : pour un défunt, la morte était très agitée et respirait bruyamment.

La famille a alors prévenu les autorités, et, quelques instants plus tard, une patrouille de police s’est rendue sur les lieux. Bien que n’ayant pas fait d’études de médecine, les policiers ont déclaré sans ambages que la morte était bien vivante. La ressuscitée a été transférée en urgence à l’Hôpital St John.

Les policiers, curieux de nature, sinon ils ne seraient pas de bons policiers, se sont alors mis à farfouiller un peu partout et à poser des questions, avec d’autant moins de gêne qu’ils n’importunaient plus une famille en deuil, désormais. Il s’est avéré que l’hôpital a ordonné le transfert du corps vers la morgue sans qu’aucun médecin ne soit venu, au préalable, constater le décès.

Un sursis de courte durée

Quand à l’infortunée, elle a malheureusement peu profité de ce répit inespéré : elle est décédée à nouveau dans la soirée. Oui décédée à nouveau, jamais je n’aurais cru écrire ça un jour. Définitivement, cette fois-ci, les médecins ont vérifié deux fois.

L’article original, en anglais, est à lire ici. Mais le nôtre est meilleur.

Anecdotes du funéraire : ces témoignages de votre terrain professionnel

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anecdotes du funéraire

Ça fait longtemps que je ne vous ai pas écrit un petit article témoignage. Voilà qui est chose faite, d’autant que ces derniers mois il vous est arrivé plein de choses.

C’est sûr à vous, elles ne vous ont pas fait beaucoup rire sur le moment, mais vous verrez les lire trois mois après… ça fait du bien, enfin j’espère. Allez en scène, vos meilleures anecdotes du funéraire, merci à tous les professionnels de les avoir partagées.

« Je bosse dans le funéraire depuis 10 ans comme conseillère, la plupart du temps, je suis au bureau ou en démarches, ce qui reste un petit job tranquille pour moi, sauf que là, plein de décès sont tombés en même temps, mon collègue me demande un coup de main pour préparer un cercueil avant la mise en bière. Il sait pourtant que ça me fait peur d’aller au hangar avec tous les cercueils debout, mais bon, je l’aide c’est mon collègue. J’arrive à l’heure prévu, hangar vide, noir, cercueils debout sauf celui qui était en place pour la préparation qu’il avait placé au sol en faisant attention de mettre un truc en dessous pour pas l’abîmer. L’horreur absolue. Je lance un « ouh ouh » comme dans un film d’horreur, personne… je commence à trembler un peu, et bien sûr mon téléphone est au bureau…J’attends encore quelques minutes et lorsque je commence à tourner les talons, je vois mes collègues crier « SURPRISE ! » en arrivant avec un énorme gâteau. Moi je cris, je hurle, je pars en arrière et je tombe en plein… dans le cercueil! Je m’en rappellerai de mes 35 ans.

Cendrine, assistante funéraire.

« Je suis thanato depuis 3 ans, je commence à devenir routinier dans mes procédures et ça me va très bien. À l’hôpital ou ailleurs je passe pour le chieur de service parce que je vérifie toujours tout trois fois. Une fois n’est pas coutume, j’arrive à la morgue, je vérifie le nom sur la porte, sur le bracelet, je demande à l’agent d’amphi, je vérifie sur mes fiches. Et je m’aperçois que le nom que j’ai est « D….t » alors que là devant moi j’ai « D….d ». « T’inquiète pas c’est qu’une erreur de frappe. » J’appelle mon patron, je revérifie encore, ce qui fait doucement fumer la tête de l’agent d’amphi et j’attaque mon soin. En fait oui… j’avais raison. Deux dames, même âge même prénom, même nom de famille à… une lettre près, sauf que la dame en question n’était pas encore descendue, le médecin n’avait pas signé le certificat. Heureusement l’autre dame devait aussi avoir un soin, de quoi ne pas améliorer les rapports avec mon concurrent, et de repasser mes procédures au peigne fin. « 

Alexis, thanatopracteur.

« Les obsèques à l’américaine, ça n’est pas trop mon genre, je suis plutôt discret, sobre comme maître de cérémonie. J’écoute ce que les familles veulent et j’essaie de m’adapter au mieux à leur demande. Là j’ai eu une cérémonie avec une grande famille, de celles qui pleurent à chaudes larmes très fort et très bruyamment pour les obsèques de papi. Après tout, chacun sa manière de réagir. Dans l’assemblée beaucoup de dames, dont une jeune femme apprêtée et maquillée pour aller en soirée visiblement. Je voyais qu’elle me regardait étrangement mais bon, je restais concentré. Juste avant la fin de mon laïus, elle se lève en trombe, court dans mes bras en me disant merci et m’embrasse sur la bouche ! J’avais du rouge à lèvre rouge partout et j’étais tellement gêné que mon collègue qui retenait son rire à du reprendre la suite. »

Javier, maître de cérémonie.

« Qui dit période de grosse chaleur, dit période d’affluence au niveau des décès, en tout cas c’était le cas à ce moment là. On réserve tout, le convoi est prêt, on arrive à l’Église avec toute la famille qui nous suit depuis le départ de la morgue et on tombe sur… un autre convoi, pour d’autres obsèques, au même moment, dans le même lieu. Le culte nous avait « oublié ». Sympa pour expliquer à la famille qu’il va falloir attendre pour la cérémonie mais que si elle veut il y a un bar en face. »

Gustin, directeur d’agence de pompes funèbres

« Premier jour, première boulette, j’arrive pour aller chercher un corps dans un domicile. Pas à l’aise du tout car le défunt était un jeune père de famille, j’essaie d’être le plus discret possible, surtout que le bébé de 15 mois dort à poing fermé pour la sieste. Manque de bol, je suis tellement stressé, qu’à peine arrivé je marche sur un jouet du petit, bruyant bien sûr, qui réveille le bébé, et je me casse la figure. Dans mon élan je me rattrape à la première chose qui me passe par la main… la mère… qui tombe sur le défunt. La fin de ma vie. »

Frédéric, porteur, maître de cérémonie.

Ah comme je vous adore, même lorsqu’ils vous arrivent pleins d’aventures comme ça, surtout d’ailleurs !

D’autres anecdotes du funéraire ? Faîtes un tour sur les tranches de vie ou plongez-vous dans la lectures de quelques ouvrages.

Portes ouvertes à la chambre mortuaire de Bichat samedi 20 mai 2017

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Chambre mortuaire de Bichat
Chambre mortuaire de Bichat, capture d'écran Libération

La chambre mortuaire est souvent le lieu caché, le lieu tabou et donne droit par conséquent à toutes sortes d’imaginations sur ce qui s’y passe. Le voile se lève désormais grâce aux portes ouvertes de l’Assistance des Hôpitaux-Paris, où la chambre mortuaire Bichat sera ouverte à tous, demain, samedi 20 mai 2017.

« 1.400 brancards franchissent chaque année les portes d’entrées du «service de soins de la chambre mortuaire» du XVIIIe arrondissement » révèle Libération.

Yannick Tolila Huet est la responsable de ce service. La chambre mortuaire, nous le savons, sert à conserver les corps avant l’organisation des obsèques. Seuls donc les familles des défunts y accèdent, les brancardiers et les opérateurs de pompes funèbres ainsi que les thanatopracteurs pour y réaliser les soins de conservations. Comme dans beaucoup d’hôpitaux, ici ce sont les agents de services mortuaires qui réalisent les toilettes afin de présenter les corps à la famille.

Christelle Plutus est aide-soignante dans ce service composé de cinq autres personnes. Elle relate avec beaucoup de tact l’ambiance particulière qui se dégage de ces lieux.

Anecdotes sur les tenues des défunts, conversations, rires et larmes, psychologie aussi, le service mortuaire est le lieu de tous les possibles et de toutes les confidences.

Une manière aussi de mettre en avant un métier peu connu celui d’agent d’amphithéâtre dont je vous parlais il y a peu ici. Le métier évolue et de « caché » il devient celui qui prend en charge les morts dans une démarche positive.

Un métier difficile certes, mais où une attention particulière est apportée à chaque défunt. Pour les agents du service, dont certains sont issus des soins palliatifs, la mort marque la fin de la douleur, souvent difficile à gérer et à vivre au quotidien, la chambre mortuaire est donc paradoxalement un lieu apaisé. La mort revêt un caractère de chagrin mais avec quelque chose d’apaisant. C’est aussi une manière de relativiser sur le caractère éphémère de la vie.

Des portes ouvertes qui attireront sans nul doute les curieux et qui, on l’espère ouvriront un peu plus les consciences sur la vie et sur la mort, et surtout sur le trait d’union entres les deux.

Pour aller plus loin : https://www.funeraire-info.fr/agent-damphitheatre-focus-sur-la-profession-oubliee-84718/

Agent d’amphithéâtre : Focus sur la profession oubliée

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LEGO Morgue

Dans le secteur funéraire s’il y a bien une profession dont on parle peu c’est celle d’agent d’amphithéâtre. Pourtant ce sont eux les premiers à côtoyer la mort. Ils prennent la violence de la fin de vie de manière brutale et récurrente. Les corps ne sont pas encore préparés, les familles pas encore venues, les défunts encore en tenue d’hôpital. Qui sont ces agents ? Comment travaillent-ils ? Focus sur la vraie profession de l’ombre du funéraire.

Agent d’amphithéâtre, formation

Si le thanatopracteur bénéficie d’une formation contrôlée par le ministère de la santé – puisqu’il y a acte invasif sur un corps- il n’en est rien pour l’agent d’amphithéâtre. Pourtant ce dernier travaille dans un hôpital, et est donc un trait d’union entre l’univers médical et l’univers funéraire. Il constitue une charnière importante du rouage dans l’organisation des obsèques, c’est par lui que va transiter les corps, les opérateurs funéraires et les familles. Depuis quelques années nous sommes entrés dans une véritable culture du palliatif ce qui fait que nous mourons davantage à l’hôpital que dans tout autre lieu. Selon le décret no 97-1039 du 14 novembre 1997, « les établissements de santé publics ou privés doivent disposer d’au moins une chambre mortuaire dès lors qu’ils enregistrent un nombre moyen annuel de décès au moins égal à 200. » La morgue ne relève donc pas de la mission de service public définie par l’article L2223-19 du code général des collectivités territoriales. La morgue n’a pas toujours été ce lieu caché de tous, mais au fur et à mesure des années les progrès de la médecine s’améliorent et on assiste alors à une bascule : plus les progrès de la médecine vont en s’accroissant plus l’échec de la mort est insupportable. Dans cette société de l’éternel, la morgue est le refuge de ce qu’on a raté, alors qu’il devrait être mis à côté de l’hôpital comme le lieu de transition.

La notion de sale boulot

Everett Cherrington Hughes est un des fondateurs de l’école de pensée de l’École de Chicago. Il s’est intéressé particulièrement aux professions et notamment à notre rapport sur la division du travail – d’une manière différente de celle de Durkheim –. Il entre en rupture avec l’époque fonctionnaliste qui s’intéresse à la façon dont une profession se construit et se structure afin de supporter les pressions qu’elle peut subir. Alors que E. Hughes s’intéresse aux activités et aux professions comme une forme d’accomplissement de soi dans un processus d’identification. Nous sommes dans une forme parallèle à l’interactionnisme d’Erving Goffman. Il considérait que le métier est l’un des éléments de la vie d’une personne que l’on prend en compte pour porter un jugement sur quelqu’un et certainement celui qui influence le plus la manière dont on peut se juger soi-même. C’est lui qui a créé la notion de Dirty Work, le sale boulot, en mettant en lumière ces professions de l’ombre – collecteur de déchets, aide soignant, etc-. Il dégage ainsi plusieurs axes de réflexion de cette notion de « sale boulot ». Par exemple celui qui « renvoie aux tâches physiquement dégoûtantes ou symbolisant quelque chose de dégradant et d’humiliant ». Mais cela peut être aussi : « Ce qui va à l’encontre de nos conceptions morales les plus héroïques ». L’agent d’amphi, tout comme l’aide soignant(e) regroupe les deux, la notion de saleté d’impureté avec le cadavre mais aussi l’échec devant le désir d’immortalité de notre société moderne.

Cette délégation du travail tabou est très prégnante à l’hôpital tout comme dans d’autres sphères professionnelles. Everett Hughes écrivait à ce sujet : « La pureté physique de l’organisme humain dépend d’équilibres fragiles ; les médecins et ceux qui les assistent interviennent aux frontières où ces équilibres sont, de fait, souvent perturbés. Rendre la santé (c’est-à-dire, une forme de pureté), voilà le grand miracle. Ceux qui opèrent ce miracle sont plus qu’absous de l’impureté potentielle de leurs tâches ; mais ceux qui accomplissent les tâches humbles, sans être reconnus comme les auteurs de ces miracles, n’ont droit qu’à un médiocre prestige. Ce qui permet d’insister sur le fait que la division du travail va bien au-delà du simple phénomène technique, et qu’elle contient d’infinies nuances psychosociologiques. »

Julia Kristeva, philologue et psychanalyste écrivait : « Le déchet comme le cadavre m’indique ce que j’écarte en permanence pour vivre. Ces humeurs, cette souillure, cette merde, sont ce que la vie supporte à peine et avec peine de la mort. J’y suis aux limites de ma condition de vivant. De ces limites se dégagent mon corps comme vivant. Ces déchets chutent pour que je vive, jusqu’à ce que, de perte en perte, il ne m’en reste rien et que mon corps tombe tout entier, au-delà de la limite, cadavre. »

Le cadre légal

Les personnels des chambres mortuaires relèvent du statut des « agents de service mortuaire et de désinfection » selon le décret n°2001-1033 du 8 novembre 2001. L’article 42 de ce décret précise : « les agents de service mortuaire et de désinfection sont chargés soit du service des personnes décédées et de la préparation des autopsies, soit des travaux que nécessite la prophylaxie des maladies contagieuses. Ils assurent, à ce second titre, la désinfection des locaux, des vêtements et du matériel et concourent au maintien de l’hygiène hospitalière ». En ce sens ils ont un rôle différent de celui des soignants des services de soin, ils ne sont plus dans le soin à proprement parler pour « faire aller mieux » mais au contact de la mort. C’est ce qui les marginalise au sein de la structure hospitalière.

La gratification du travail, aussi chez l’agent d’amphithéâtre

Si ce travail n’est pas reconnu à sa juste valeur au sein de l’organisation du travail, en revanche les agents d’amphithéâtre aiment profondément leur métier qui leur apporte une grande satisfaction personnelle. Ils ont parfaitement conscience de la nécessité et de l’importance de leur travail. Leur but est à la fois de faciliter le départ des corps et donc d’être le point de départ de l’organisation pour les opérateurs funéraires mais aussi de faciliter l’arrivée des familles qui vont voir le corps mort de leur proche pour la première fois. Il doit côtoyer d’autres activités thanatologiques, comme le prélèvement de cornées, les autopsies scientifiques, etc. Un agent d’amphi va préparer le corps du défunt – cela est très variable suivant les hôpitaux – Sans commettre d’acte invasif qui va être à la charge du thanatopracteur. Certains agents d’amphi vont exécuter des toilettes mortuaires, aider au prélèvement de cornée, assister le médecin légiste. C’est également lui qui doit s’occuper de l’entretien de la morgue et de sa salubrité.

 

Impayé à la morgue, le défunt placé en garde à vue

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obseques defunt morgue en garde à vue

Il n’y a pas de problème, il n’y a que des solutions. Et lorsque deux fonctionnaires sont envoyés par leurs supérieurs pour régler un problème, l’ordre est implicite : ils doivent trouver une solution, point à la ligne. Même si la solution doit faire d’eux des anti-héros dans le monde entier.

Le soleil implacable du Ghana ne gênait pas l’assistance, habituée à ce climat rigoureux. Surtout la peine effaçait tout autre désagrément : cet homme était très aimé, et ses obsèques étaient bien tristes.

Alors que tous se recueillaient, deux hommes surgirent soudain dans le cimetière, repérèrent l’attroupement, et se dirigèrent droit vers les endeuillés, d’un pas décidé et fulminant.

« Nous confisquons ce cercueil ! »

Devant la foule médusée, les deux hommes s’apprêtent à joindre le geste à la parole, lorsqu’une vois s’élève « Mais ça va pas bien dans votre tête ? Vous êtes qui, vous, d’abord ? »

Les deux individus déclinent alors leur identité : ils sont agents à la morgue à Tema, à l’hôpital, ce qui leur confère une autorité. Et ils viennent confisquer le corps.

La raison est toute simple : alors que la morgue était pleine, entre les visiteurs venus se recueillir ou identifier des défunts, et tandis que les agents étaient occupés, justement, à préparer les défunts pour les visites et les identifications, la famille de ce disparu s’est glissée dans la foule, s’est emparé du corps, et s’en est repartie, c’est là que réside son crime, sans s’acquitter des 5500 Francs CFA de taxe. (Soit très exactement au cours actuel du change, 8 euros 38).

« Pardon, messieurs, mais techniquement, c’est du vol. La famille a payé ce cercueil, et vous n’avez pas le droit de vous en emparer d’autorité, d’autant que sa valeur excède largement leur dette. » explique un ami du défunt, après avoir écouté attentivement les explications des parties.

« C’est vrai, ça, qu’est-ce qu’on fait ? » demande un agent de morgue à son confrère. Celui-ci réfléchit intensément, puis soudain, il trouve.

« Vous avez tout à fait raison. Nous n’avons pas le droit de saisir ce cercueil. Je vous demande pardon ».

Toute l’assistance pousse un soupir soulagé.

« En revanche, nous plaçons le défunt en détention jusqu’à ce que vous ayez acquitté la taxe ».

Et voilà les deux agents, devant l’assemblée médusée, qui ouvrent le cercueil, s’emparent du défunt, et, après l’avoir sanglé sur un brancard de fortune, se le chargent sur l’épaule et s’en vont, sous les lazzis et les quolibets. Sans que personne, toutefois, ne songe à s’interposer : le Ghana ne plaisante pas avec ceux qui portent la main sur un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions.

Finalement, après une quête improvisée, le défunt a pu être sorti de la morgue plus tard dans la journée, légalement cette fois-ci. Après une vie exemplaire, commencer sa mort avec une garde à vue, ça fait désordre.