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Japon : en attendant la crémation, un passage par l’hôtel

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(capture site Le Journal de Montréal)

Le Japon est dépassé par ses morts, et ça se sent, rapportait le week-end dernier le journal britannique The Telegraph. Les salons funéraires débordent. Les crématoriums manquent. Où faire patienter les défunts ? A l’hôtel, bien sûr.

Des projections démographiques font froid dans le dos. Avec une progression de 20.000 morts par an, les études estiment que l’archipel (127 millions d’habitants) comptera 1.7 million de morts par an en 2040. Que faire de ces défunts en pagaille ? Pour pallier le déficit de prise en charge, déjà sensible aujourd’hui, le pays voit éclore désormais des « hôtels-morgue », comme dans la ville de Kawasaki par exemple. Des bâtiments où laisser reposer un corps en attendant qu’un créneau se libère. La famille loue une chambre pour quatre jours au plus, à 58 euros la journée.

La plupart du temps, le bâtiment sans âme (appelé Sansou) compte une dizaine de chambres à décorer temporairement selon son goût et l’hommage à rendre à la personne décédée. L’espace y est climatisé, mais non réfrigéré. Autrement dit : les corps commencent à s’y altérer rapidement. Conséquence : la ventilation envoie vers les habitations voisines des odeurs pas toujours agréables, rapporte le journal britannique.

Une proximité urbaine à mettre sur le comte du manque de place au Japon, qui rend difficile notamment la construction de nouveaux crématoriums. En attendant, les familles n’ont que quatre jours pour migrer vers un salon funéraire, faute d’aller solliciter un autre « hôtel-morgue ».

Russie : Un cercueil pour cacher des kilos de caviar

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Les caviars découverts dans un cercueil.

Dans l’Extrême-Orient, les autorités de Khabarovsk ont annoncé la découverte dans le cercueil, par la police russe, de près d’une demi-tonne de caviar de contrebande, qu’un corbillard, arrêté pour excès de vitesse, a transporté.

Les policiers russes ont découvert avec stupeur une drôle de dépouille. En arrêtant pour excès de vitesse le chauffeur d’un corbillard, au lieu d’un cadavre d’une vieille femme, les policiers ont constaté la présence des boites en plastiques remplies de caviar de 500 kg, qui étaient dissimulées à l’intérieur du cercueil, sous des couronnes funéraires. Dans un communiqué, la police régionale a assuré qu’il n’y avait aucun corps dans le véhicule funéraire, et pourtant le chauffeur visiblement trop pressé, a assuré à la police qu’il transportait le cadavre d’une vieille femme.

Son passager et le chauffeur ont assuré à la police qu’ils n’avaient aucune idée de la présence du caviar dans le cercueil. Des hommes qu’ils ne connaissaient pas ont placé le cercueil à bord du véhicule. Pour acheminer le cercueil dans une morgue, ils avaient été payés, selon eux, 25 000 roubles, qui sont environ 350 €, par des inconnus.

Le total de cette prise est de 500 kg selon les autorités russes. Même si la valeur de la marchandise n’a pas encore été précisée, en Russie, le prix d’une boite de 100 grammes de caviar de la mer Caspienne qui est la principale zone de production de caviar russe est d’au moins 7 500 roubles, soit 105 €.

Afin de préserver l’espèce qui est fortement menacée d’extinction, la pêche des populations des esturgeons sauvages a été interdite en 2006 par la Russie, n’empêche qu’il s’agit d’un repas que les Russes apprécient fortement. En 2007, c’est au niveau mondial que l’exportation de caviar sauvage a été interdite.

Sans oublier l’amende pour excès de vitesse, les deux croque-morts qui ont pris part à ce trafic risquent plusieurs mois de prison.

En coma éthylique à la morgue

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Le french bashing, c’est mal, c’est vrai. Et un beau matin, je me réveillais mort de honte, réalisant que, depuis des années, je narrai des boulettes funéraires exclusivement françaises. Il est temps de se montrer patriote, et de se moquer des camarades étrangers. Fêtons cette nouvelle série à la vodka.

Lorsque Aleksei Verechtchaguine commença à se sentir mal, il en conçut un grand étonnement, et commença à chercher la cause de son malaise. La soirée battait son plein, le repas tardait un peu à arriver, peut être faisait il une petit fringale ?

En tout cas, ce nouvel an à Novossibirsk s’annonçait très bien, et Aleksei Verechtchaguine avait la ferme intention de bien en profiter. Il entama sa troisième bouteille de vodka de la soirée, et la révélation se fit : il avait grignoté des radis avec du beurre, le beurre devait être rance.

Aleksei Verechtchaguine but son verre de vodka, sentit le malaise s’amplifier, sa poitrine devint douloureuse, la pièce se mit à tourner, et il se sentit basculer en arrière. « Saleté de radis » fut sa dernière pensée consciente. Aleksei ne sentait plus rien en touchant le sol, il ne perçut pas la panique dans la voix de ses amis, n’eut pas conscience de l’agitation. Il n’y eut que les ténèbres.

Après que les ambulanciers eurent emporté le corps de feu Aleksei Verechtchaguine, ses amis restèrent stupéfaits. Un leva son verre, portant un toast à la santé de leur défunt camarade, suivi d’un second, en hommage à sa personnalité, certes éthylique, mais si attachante, et, au troisième verre, à l’unanimité, il fut décidé que la soirée devait continuer, en hommage. C’est ce que Aleksei aurait voulu.

***

La soirée était animée à la morgue de Novossibirsk : comme toutes les soirées importantes dans les grandes villes, le nombre de décès augmentait sensiblement, et la capitale de l’Oural, avec ses 1 600 000 habitants, ne faisait pas exception. Le corps de Aleksei Verechtchaguine fut déposé, dans son sac, sur une table métallique, et laissé là, parmi d’autres.

***

Lorsque Aleksei Verechtchaguine ouvrit les yeux, il se demanda quel était l’imbécile qui s’était amusé à l’enfermer dans un sac. Il essaya de déchirer le plastique épais, avant que la couture de la fermeture éclair qui maintenait sa prison fermée finisse pas céder. Une fois dépêtré de sa housse, il ne reconnut ni le plafond, ni les néons qui clignotaient. Il referma les yeux, essayant de faire passer la migraine qui lui martelait les tempes, se redressa doucement, et regarda autour de lui.

Partout ou se portait son regard, des tables en acier sur lesquelles étaient déposées des corps dans des housses de plastique blanc. Le long des murs, des tiroirs réfrigérés qui attendaient que les défunts de la salle aient été identifiés pour les accueillir, au sol, un carrelage blanc facile à nettoyer à grande eau, et, au fond, une porte orange et un employé aux yeux exhorbités.

« Tu tombes bien, tovarich » dit Aleksei « Tu n’aurais pas un truc à boire, par hasard ? »

***

Un médecin affolé fut appelé au chevet un peu froid de Aleksei, qui apprit sans réelle surprise qu’il était encore en vie. Il avait fait un coma éthylique, des signes vitaux très faibles, imperceptibles, des secouristes débordés, et déconcentrés par les amis du fêtard, un médecin urgentiste pressé qui avait à peine jeté un coup d’oeil et cru les ambulanciers sur parole avaient conduit le jeune homme à la morgue.

Une fois les explications finies, le personnel hospitalier guetta la réaction d’Aleksei. Celui-ci se contenta de regarder sa montre, et posa une seule et unique question « Quelqu’un pourrait me déposer ? »

« Ou voulez-vous aller ? » demanda le médecin.

« Ben, si on part maintenant, je peu retourner à ma soirée de réveillon avant minuit. »

Ainsi fut fait, malgré les timides protestations du médecin. Une fois retourné à la soirée de réveillon devenue soirée hommage à leur camarade disparu et ressuscité, il en resta bien entendu la principale attraction, et relata son aventure encore et encore, ce qui lui donna fort soif. Heureusement pour lui, il restait de la vodka.

« Dis moi, tovarich » demanda un de ses amis « Tu l’as échappé belle. Tu devrais marquer le coup, et faire quelque chose de grand de ta nouvelle vie, qu’en penses tu ? »

Aleksei Verechtchaguine réfléchit un instant, et déclara solennellement « Tu as raison. A compter de ce jour, moi, Aleksei Ilitch Verechtchaguine, je consacrerai ma vie à informer et alerter les citoyens de la Grande Russie sur les dangers du radis. Nou poneslas’ ! » puis il siffla sa vodka, comme il convenait, cul sec.

La rédaction de Funéraire Info rappelle que l’abus d’alcool est dangereux pour la santé. Il semblerait, renseignement pris, que les radis n’aient provoqué aucun autre décès dans le monde jusqu’à présent, mais nous vous recommandons de rester prudent.

Miracle de la vie, un bébé chinois déclaré mort revient à la vie.

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Illustration d'un nourrisson

Après avoir passé la nuit par – 12 degrés dans une morgue, un miracle s’est produit, car un bébé chinois déclaré mort a donné des signes de vie.

Les médias chinois ont parlé d’un miracle. Un nourrisson chinois déclaré mort et qui a passé une nuit dans une morgue réfrigérée, alors qu’il était sur le point d’être incinéré, a soudainement donné des signes de vie.

Vendredi, la crémation du corps du nourrisson était sur le point de commencer par les employés d’une firme de pompes funèbres dans la province du Zhejiang, du district de Pan’an, quand celui-ci a commencé soudainement à émettre des gémissements, a annoncé sur son compte de microblogs officiel une émission de la chaîne de télévision provinciale. La télévision du Zhejiang a révélé que l’enfant a passé dans une armoire frigorifique de la morgue, une quinzaine d’heures, à une température avoisinante de -12 degrés, après avoir été déclaré mort la veille. Les employés de l’entreprise funéraire en réalisant avec stupéfaction que l’enfant était encore en vie, ont immédiatement prévenu les secours, le père et le nourrisson, puis ont hospitalisé en soins intensifs le nourrisson.

Les autres médias chinois ont massivement repris, en plein week-end du Nouvel An lunaire, en le publiant avec photos du miraculé et de son certificat de décès à l’appui, ce récit dramatique, a également été partagé sur les réseaux sociaux. Le médecin de l’hôpital Pan’an où le bébé était mis au monde, le docteur Chen a annoncé que c’est un véritable miracle et que c’est la première fois qu’il a vu un tel cas.

L’enfant a passé 23 jours en couveuse après sa naissance prématurée en début du janvier. Son père, M. Lu impatient de le ramener chez eux pour le début de l’année du Singe l’a retiré de l’hôpital. Malheureusement, deux jours plus tard, son état s’était brusquement dégradé. Le 4 février, la mort du bébé ramené aux urgences avec le visage bleuâtre a été déclarée et est confirmée par un docteur qui a assuré que son cœur ne battait plus. M. Lu a enveloppé dans deux couches de vêtements le corps de son fils, puis dans un sac épais, avant de le mettre dans l’armoire frigorifique. Même si les médecins sont restés circonspects sur ses chances de récupération, cela lui a probablement sauvé la vie.

Morgue : quand Béatrice Dalle se met à table

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(capture France 3)

Béatrice Dalle se met à table, quitte à tomber dans le glauque. Invitée ce mardi soir sur France 3 (23h05) du Divan de Marc-Olivier Fogiel, l’actrice raconte avoir déjà mangé l’oreille d’un mort, un soir qu’elle était défoncée. « De toutes façon, le mec ne s’en est pas plaint, hein ? », en plaisante-t-elle.

L’ancienne comédienne du film « 37,2 le matin », 51 ans, qui n’en est pas à une provocation près, a ou n’a pas fait ce qu’elle a dit. Elle aurait pu aussi ne pas le raconter en public. Le magazine de France 3 aurait pu aussi couper ce passage sordide de l’enregistrement. Mais non.

On aura donc droit au récit de ce jour où Béatrice Dalle sous acide, comme elle se décrit, se trouvait dans une morgue, allez savoir pourquoi, en compagnie « de copains zicos ». Comprendre musiciens. « On a fait ça deux ou trois fois pour gagner un peu de sous », explique l’actrice.

« Une fois, poursuit-elle, on s’est fait un plat (…) On a goûté, c’était de l’oreille. » Marc-Olivier Fogiel étonné (on le serait à moins) demande des précisions, qu’elle donne, ajoutant un « Oh la la, c’est pas grave, Le mec ne sait même pas que j’ai mangé ses oreilles ». « Découper des parties de cadavre ne vous a jamais effrayé ?», embraye l’animateur. « Non », rétorque-t-elle. Réelles ou non, les aventures culinaires et cannibales de Béatrice Dalle ont au moins réussi à faire largement parler d’elle sur Internet aujourd’hui. Pas sûr que ce soit à son avantage.

Inde : le « mort » se réveille juste avant l’autopsie

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(capture youtube)

Il était moins une. Déclaré mort par erreur, un Indien de 45 ans s’est réveillé… dans la salle d’autopsie lundi dernier. Les agents de la morgue de cet hôpital de la banlieue de Bombay s’apprêtaient à pratiquer un examen qui, on l’imagine,  l’aurait tué pour de bon.

Cette incroyable bévue fait grand bruit dans les médias indiens incrédules, et la police locale tente de comprendre. Le doyen de l’hôpital, pour sa part, essaie de retracer le parcours de ce patient chanceux.

Très faible et malnutri, l’homme a été trouvé inconscient à une station de bus. Transporté à l’hôpital, il a été pris en charge par un médecin urgentiste aux méthodes expéditives, et peut-être débordé. Une simple prise du pouls, forcément faible, a classé le patient comme bon pour la morgue. Le docteur a ordonné un transfert immédiat, ignorant le protocole pourtant clair dans l’établissement: en pareil cas, il faut garder le mort au moins deux heures en observations après le constat de décès.

Ce sont deux agents hospitaliers qui transportaient le corps vers la morgue qui ont remarqué un souffle léger et un mouvement du ventre.

La victime se trouve désormais soignée dans une unité de soins intensifs, où elle tente de reprendre des forces. Le médecin négligent lui, selon certains médias indiens, aurait tenté de camoufler sa bourde après-coup, en déchirant son rapport médical.

Alice Springs : 17 bébés non réclamés à la morgue

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(Capture Youtube)

C’est un cri d’alarme qui fait la première page des gazettes australiennes : les corps de 17 bébés se trouvent actuellement entreposés, parfois depuis octobre dernier, à la morgue de l’hôpital d’Alice Springs, au centre du pays. Leurs parents ne les ont pas réclamés.

Un organisme de bienfaisance, qui soutient les parents en deuil, dénonce ce fait « choquant et triste», cherchant à comprendre. La douleur est unique, et personne ne la vit de la même façon, avance t-il. Perdre un enfant est une douleur extrême. Ces parents ont peut-être besoin de temps pour la surmonter et organiser des obsèques. Peut-être aussi est-ce une histoire de moyens financiers.

A l’hôpital, on fait remarquer que le nombre de corps d’enfants à la morgue n’est pas plus élevé ici qu’ailleurs. Et d’expliquer : Plutôt que de se focaliser sur le nombre, concentrons plutôt les efforts à accompagner ces familles jusqu’à ce qu’elles soient en capacité de s’occuper de leur petit défunt. Parfois, des mères quittent les lieux sans avoir précisé ce qu’elles souhaitaient. Une fois sorties, elles sont plus difficiles à atteindre. L’hôpital stockera les corps jusqu’à ce que les décisions soient prises, promet le directeur général.

Les soeurs de Sainte Catherine, l’invention de la morgue

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Les religieuses de l’hôpital Sainte Catherine, au Châtelet, furent très populaires parmi les parisiens du XIIème au XVIIIème siècle, et gagnèrent leur place dans le funéraire en inventant un mot bien connu…

sainte_catherine_d_Alexandrie-225x300 Les soeurs de Sainte Catherine, l'invention de la morgue
Sainte Catherine

L’an mil

A l’approche de l’an 1000, l’église développa un réseau d’œuvres pieuses pour pallier à l’appréhension d’une fin du monde annoncée comme imminente. Parmi ces œuvres, l’hôpital Sainte Opportune, au Châtelet, alors gros faubourg de Paris à l’origine géré par des frères de la congrégation de Saint Augustin. Petit à petit, l’intérêt pour Sainte Opportune décrut, tarissant le flot de pèlerins, en même temps que des sœurs remplaçaient les moines, qui finirent pas laisser la gestion de l’hospitalité aux nonnes.

La mission de l’établissement changea alors, l’hôpital se consacrant à deux tâches, l’accueil et les soins dispensés à des jeunes filles arrivées de la campagne dans ce quartier plutôt mal fréquenté, et l’ensevelissement en terre consacrée des défunts morts en prison, noyés dans la rivière proche ou abandonnés dans les rues.

La construction d’une chapelle en 1221 consacra son changement de nom : désormais, ce serait l’hôpital Sainte Catherine.

Les sœurs de choc

En échange de leur mission d’ensevelissement des défunts, les sœurs se virent donner une partie du cimetière des Innocents au Châtelet.

Plus particulièrement, les sœurs avaient la charge de l’inhumation des défunts provenant du Grand Châtelet, à la fois prison du tribunal et maison d’arrêt, et s’occupaient de l’inhumation respectueuse, en terre consacrée, des prisonniers morts en détention.

Étaient également conduits là les corps de noyés, ou les corps envoyés par la justice, déposés à fin d’enquête ou d’identification.

Les sœurs vivaient grâce à un droit de préemption de ce qu’elles retrouvaient sur les morts, y compris les vêtements, qui étaient vendus. Problème : la police de l’époque avait tendance à se servir d’abord, livrant les corps nus aux sœurs spoliées de la seule source de revenus que leur procurait cette activité…

Déjà tendu pour cette raison entre la police et les sœurs, la situation explosa en 1494. Les nonnes refusaient une chose : inhumer les corps des suicidés en terre consacrée. Elles refusèrent à un commissaire de police l’inhumation d’un pendu. Le gradé, vexé, fit une descente avec ses hommes, enfoncèrent les portes, molestèrent les sœurs et les obligèrent à pratiquer l’inhumation.

Les nonnes de choc firent tant de raffut auprès de la justice, que celle-ci, sur ordre direct du roi, interdirent sous peine de sanctions graves de prélever quoi que ce fut sur les défunts, les possessions devant revenir aux sœurs, et renvoyèrent le commissaire à la vie civile après l’avoir obligé à s’excuser et faire une offrande substantielle à la communauté pour implorer son pardon.

Un nouveau mot

La basse-geole, une cellule en sous-sol à la congrégation Sainte Catherine, servait donc à déposer les corps, en attendant qu’un médecin désigné par le tribunal vienne l’examiner, ou que quelqu’un vienne le reconnaître.

Petit à petit, un mot fit son apparition dans le langage courant, puis dans les documents administratifs, pour désigner spécifiquement cette pièce de l’hôpital Sainte Catherine : la morgue.

Dérivé d’un mot signifiant regarder avec dédain, le verbe morguer désigna d’abord l’exposition des nouveaux arrivants dans une prison afin que les gardiens puissent mémoriser leurs traits. Le séances d’identification des corps ressemblant à ces « morguages », la sémantique trouva sa voie.

Le mot morgue remporta un certain succès pour désigner ensuite les dépositoires à défunt. De surnom propre, il devint nom commun, y compris à l’étranger. Le Coroner en chef de la Morgue de New York, affectueusement surnommée Necropolis, doit ignorer que le nom officiel de son lieu de travail vient de nonnes parisiennes du XIIème siècle…

L’hôpital dura jusqu’en 1790, ou les ordres religieux furent dissous par la révolution française. Les bâtiments changèrent d’affectation, furent vendus, et la dernière trace disparut lorsque la rue Saint Denis fut élargie et le boulevard Sébastopol créé en 1851.

Outre le mot morgue, les sœurs de Sainte Catherine inventèrent l’hôpital de jour, l’asile de nuit aux femmes sans-abri, le premier centre de réinsertion et de placement des anciennes prostituées, des œuvres sociales qui se perpétuent encore aujourd’hui sans que l’on se souvienne de leur origine.

« La morgue me va si bien » de Linda Widad, thanatopracteur rime avec auteur

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41f+upwaACL-209x300 "La morgue me va si bien" de Linda Widad, thanatopracteur rime avec auteurLa biographie d’une thanatopractrice, ce n’est pas si courant. Lorsque celle-ci est psychologue de formation, a abandonné le métier, et a une jolie plume, ça devient très intéressant.

Synopsis

« Vous aimez les séries télévisées telles que Six Feet Under ou Dead Like Me ? Les enquêtes policières de Kay Scarpetta ? L’’univers funéraire vous attire, vous fascine et vous répulse à la fois ? Alors suivez l’’auteur dans ses aventures au cœur de la morgue. Ses différentes rencontres avec des corps froids lui vaudront des péripéties parfois drôles, parfois tristes… Comme la vie, la mort a aussi ses hauts et ses bas »

A quoi ça ressemble ?

Le livre de Linda Widad est une parcelle d’autobiographie, un moment de vie, écrit à la première personne, sur le ton d’un récit intimiste. Clairement, l’opus n’a pas la volonté d’être le livre ultime sur les pompes funèbres, mais plutôt un parcours personnel au pays des morts.

L’auteure y narre son arrivée dans la thanatopraxie, sa formation, ses rencontres, ses succès et ses échecs, toutes ces choses qui font les hauts et les bas d’une vie professionnelle, vu par le prisme d’une jeune femme passionnée mais (trop?) sensible. Des professionnels de la mort humains aux familles distantes, en passant par les agents hospitaliers qui font parfois preuve d’un mépris ostentatoire, toute la faune ou presque passe entre ces pages.

C’est bien, ou non ?

Le livre est sans cesse sur la corde raide. Tout avis sur la littérature étant forcément subjectif, vous me pardonnerez ici d’employer le pronom « je ». Ceci est mon avis, je le partage, mais il n’engage que moi.

Tout bon allergique au nouveau roman vous le dira, la littérature nombriliste est insupportable. Cette manie qu’ont les jeunes auteurs à la mode des cercles bobos de masquer la vacuité de leur récit, si cet enchaînement de phrases autosatisfaites peut être qualifié de récit, et tournant sans cesse la pointe de leur stylo vers eux plutôt que de décrire le monde, donne des envies de meurtre légitimes à l’homme de qualité qui a fait ses humanités.

La bonne nouvelle, c’est que Linda Widad n’est pas comme cela. La mauvaise nouvelle, c’est quelle les connaît, et, penses-je, les admire. L’auteure a certainement lu plus Duras que Flaubert. Fort heureusement, contrairement à la Marguerite fanée (au propre comme au figuré), Linda Widad a du talent, un sens de l’observation prononcé, et de l’intelligence.

Elle évite donc l’écueil du catalogue de ressenti par rapport à des évènements flous, pour décrire au contraire des situations précises, mettant en adéquation, l’air de rien, les événements, son ressenti, l’empathie des tiers, parfois la confrontation entre ce qu’elle s’imaginait et ce qu’elle constate.

Mais aussi…

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Linda Widad

Le livre annonce des passage émouvants, et il y en a, mais aussi des passages drôles. Cela demande un certain éclaircissement. Même si elle n’est pas dénuée d’humour, Linda Widad, en tant qu’auteure, serait incapable de raconter une blague si sa vie en dépendait. Ce n’est pas très grave en soi : ce n’est pas un recueil des meilleurs histoires drôles. Et Shakespeare non plus n’en était pas capable, ce qui ne l’a pas empêché de devenir le plus grand écrivain de langue anglaise.

Toutefois, des passages donnent à sourire, parce que la situation en elle même est drôle, et que Linda Widad est une excellente conteuse. Intelligemment situé en contexte, finement placé, l’humour de situation, discret, fait mouche. Je vous défie de ne pas sourire la prochaine fois que vous mangerez des macarons de chez Picâââââârd.

Bon, on le lit ou pas ?

Oui, il faut le lire. Parce qu’il est bien écrit, malgré quelques écueils et quelques manières, inhérentes à tout premier livre. Il faut le lire parce que l’auteure a une façon de voir et de raconter des évènements que nous, professionnels du funéraire, avons vécu également, sans doute à ses côtés, mais décrits avec une vision personnelle et parfois originale. Il faut le lire, enfin, parce que, d’après ce qu’on saisit de sa biographie, Linda Widad a commencé de nombreux livres restés inachevés, et que ce serait dommage qu’elle n’en fasse pas d’autres. Vous ais-je dit qu’elle avait du talent ?

« La morgue me va si bien » de Linda Widad, éditions Les 2 Encres, collection « Lignes de vie », 18 euros.

Chronique caniculaire

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Prologue

Canicule-198x300 Chronique caniculaireFanch Kervella et Yann Le Gall, de Plougastel, s’étonnèrent de l’accent du gars qui leur demandait son chemin. Et de sa demande « vous voulez quoi ? » demanda Fanch.

« Té, voir les champs de Fraise, peuchère ! » répondit le gars.

« Elle sont cueillies, les fraises » répondit Yann, puis, poussé par la curiosité : « vous venez d’où ? »

« De Marseille. Il fait trop chaud, là bas, on est remonté chercher des températures un peu plus normales en Bretagne ».

« Eh », dit Fanch, « Y’a rien de normal, il fait trop chaud »

« Pour un Marseillais, c’est la température normale, un été ».

Après avoir devisé quelques minutes avec le jovial sudiste, ils le regardèrent partir vers une crêperie qu’ils lui avaient recommandée. Yann dit « Il fait tellement chaud que même les Marseillais tiennent plus ? Il va arriver quéqu’chose de pas normal, moi j’dis ».

Fanch regarda la ciel, et opina pensivement.

Acte 1

2955 Chronique caniculaireDébut août 2003, les météorologistes étaient rayonnants : pour une fois, ils avaient de bonnes nouvelles à annoncer aux touristes et vacanciers, du beau temps sur toute la France. Régulièrement, ils s’amusaient a signaler les nouveaux records de température.

Début août 2003, les soignants urgentistes constatèrent qu’ils avaient plus de travail que d’habitude, plus de personnes âgées, en plus des petits bobos habituels. Cela arrivait parfois : hasard statistique, certaines journées aux urgences étaient plus chargées que d’autres sans que l’on saches véritablement pourquoi, mais là, ça faisait trois d’affilées, chacune plus chargée que la précédente. « Il y a des semaines comme ça » se disaient ils.

Début août 2003, le régleur des pompes funèbres était embêté : avec tous les gars en congés, la demande de convois était inhabituelle. Il y avait parfois des pics, mais en cette période, cela tombait mal.

Début août 2003, le gouvernement était en vacances. Ils avaient beau temps.

Acte 2

entte-canicule-juin-76-300x275 Chronique caniculaireLe présentateur météo se tortillait sur son siège : il n’avait pas l’habitude de parler ainsi assis, au journal télévisé, de surcroît. La canicule faisait la une, car c’en était effectivement une : la différence de température entre le jour et la nuit était minime, et ce n’était plus drôle du tout. Les gens ne pouvaient plus dormir, les organismes récupérer.

Les soignants urgentistes se disaient qu’ils avaient besoin de vacances : ils prenaient leur service dans des urgences pleines, ne soufflaient pas une seconde la journée, et finissaient avec les urgences toujours pleines. « Soit j’ai la berlue, soit il se passe quelque chose » se dit l’un, qui téléphona au ministère de la santé pour les alerter. « C’est noté » fut la réponse qu’il obtint.

Les croque-morts qui finissaient d’installer le corps à l’arrière du camion réfrigéré auraient bien voulu respirer, mais il faisait trop chaud. Le corps était dans un état de décomposition avancé. « C’est déjà le quatrième aujourd’hui » dit l’un. Il voulut ajouter « Pourvu que ce soit le dernier » mais fut interrompu par la sonnerie du téléphone.

Le gouvernement était en vacances. Le premier ministre appela le ministre de la santé, qui appela le ministère « Rien de spécial » lui répondit-t-on. Tant mieux : il avait beau temps.

Acte 3

secheresse-300x225 Chronique caniculaireLe présentateur météo paniquait : son bulletin était devenu plus important que le journal télévisé. La France était suspendue à ses lèvres.

Les soignants des urgences paniquaient : ils n’avaient plus les moyens de faire face à l’afflux de personnes déshydratées ou en détresses respiratoires. Jamais autant de certificats de décès ne furent signés dans les services d’urgence que cet été là. De nombreux personnels en vacances étaient revenus, beaucoup bénévolement, mais cela ne suffisait pas. Et les défunts restaient sur des brancards, dans les couloirs : la morgue était saturée.

Les pompes funèbres paniquaient : les morgues étaient pleines, les funérariums pleins, ils avaient été obligés de demander des frigos à Rungis, qui étaient pleins. En désespoir de cause, on mit à leur disposition un camion réfrigéré, qui tournerait en permanence pour maintenir le froid, en guise de morgue.

Le ministre appela le ministère pour demander si vraiment il ne se passait rien. « calme plat » lui répondit-t-on. « Mais, et ce médecin qui crie dans la télé ? » demanda le ministre « un petit jeune qui veut faire son intéressant  » lui répondit-t-on. Alors le ministre appela la presse, et fit une déclaration. Ce soir là, les personnels soignants épuisés et les croque-morts saturés virent le seul homme qui pouvait encore quelque chose pour les aider déclarer que « Tout allait bien ».

Même le présentateur météo en resta bouche bée.

Epilogue

7201140_Kroll_p-20050617-00AWQV_0KVIGRRX-266x300 Chronique caniculaireLa canicule de 2003 fit 15000 morts en France, et 70 000 en Europe.

Un plan canicule fut mis en place.

Une commission d’enquête fut également mise en place. Elle conclut que, si rien n’avait été prévu, alors aucun manquement n’avait pu être commis.

Le gouvernement réfléchit longtemps à une mesure, et finit par voter un nouvel impôt. Aucun de ses membres n’a reconnu officiellement une quelconque responsabilité, accusant « la dégradation du lien social ».

Beaucoup des croque-morts qui passèrent leurs journées sous une chaleur implacable à chercher des corps en état de décomposition avancée sont suivis pour trouble du sommeil. Certains ont quitté le métier après cela.

Le 3 septembre 2003, Jacques Chirac et le maire de Paris assistent à la cérémonie d’inhumation au cimetière parisien de Thiais (Val-de-Marne) des 57 victimes parisiennes de la vague de chaleur exceptionnelle de début août dont les dépouilles n’ont pas été réclamées par des proches.