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Pourquoi il faut aller voir Split de M. Night Shyamalan 

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split M. Night Shyamalan

Manoj Nelliyattu Shyamalan, plus connu sous le nom de M. Night Shyamalan, est un type formidable. Parce qu’après avoir vu Sixième Sens, on s’était persuadé d’avoir trouvé le nouveau Hitchcock, qu’après avoir vu Le Dernier Maître de l’Air on s’était persuadé de l’avoir perdu, et qu’enfin, après The Visit, on sait qu’on l’a retrouvé.

Bonne raison 1 : ce gars a fait Sixième Sens

A ce stade, il me semble indispensable de vous signaler que la suite est pleine de spoils.

Sixième Sens, c’est quand même le film qui a démontré que Bruce Willis était un sacré bon acteur, ce que les derniers « Die Hard » avaient eu tendance à faire oublier. Et aussi, le film qui a démontré que le jeune M. Night Shyamalan était un scénariste doué, audacieux et inspiré.

Rappelons l’histoire de Sixième Sens : Bruce Willis est un psychiatre reconnu, qui se fait tirer dessus par un jeune patient qu’il n’est pas parvenu à soigner. Un an plus tard, il rencontre un petit garçon au comportement anormal, persuadé de voir les morts, plus précisément les fantômes des personnes décédées, mais qui restent dans notre monde parce qu’elles ne savent pas qu’elles sont mortes.

Et le coup de génie est là : on se rend compte au fur et à mesure que le petit garçon (Haley Joel Osment, impressionnant), dit la vérité, la preuve en étant le retournement final, à savoir que le personnage de Bruce Willis, lui aussi, est mort, tué par son patient, un an plus tôt, ce que lui, et le spectateur, ignoraient.

On revoit alors le film une seconde fois, avec cette information cruciale en tête, et on réalise alors que M. Night Shyamalan est un génie : il a passé tout le film à nous le dire, et on n’a rien vu.

M.-Night-Shyamalan Pourquoi il faut aller voir Split de M. Night Shyamalan Bonne raison 2 : ce gars sait rhabiller les mythes pour l’hiver

On se demandait quel serait le « twist », ce retournement de situation final, dans Incassable. Dans ce film, Bruce Willis, encore lui, est abordé par un homme, joué par Samuel L Jackson, atteint de la maladie des os de verre. Parce que Willis est le seul survivant d’un accident de train, il semble important de le signaler, dont il s’est tiré sans aucune égratignure.

Samuel Jackson lui explique que Bruce Willis est un authentique super héros, doté de supers pouvoirs, et que le collectionneur de comics malade le cherche depuis longtemps. Effectivement, au fur et à mesure, on réalise, en même temps que le personnage de Bruce Willis, que c’est vrai.

Le retournement final, tout à fait inattendu, est presque aussi stupéfiant que celui de Sixième Sens, mais moins génial, dans ce sens où le réalisateur triche un peu en ne donnant pas tous les éléments au spectateur. Mais le réalisateur confirme son talent inné pour les scénarii recherchés.

Bonne raison 3 : ce gars est de retour

Après quelques années à tourner des films au budget colossal inversement proportionnel à leur recherche scénaristique, M. Night Shyamalan revient, avec The Visit, d’abord, et Split ensuite, à ce qu’il sait faire le mieux : des intrigues extrêmement fouillées, un cinéma au plus près des personnages, un budget limité qui lui permet d’envoyer promener les studios et de garder la maîtrise de son film.

Une critique ? Pour quoi faire ? Il suffit de signaler ce dont tout le monde convient : le M. Night Shyamalan de Sixième Sens est de retour. Une phrase suffit, pas besoin de carte de visite.

« Split » de M. Night Shyamalan, actuellement au cinéma.

 

Atelier « je fabrique mon cercueil  » en maison de retraite

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club du cercueil kiwi

« Qu’est-ce que tu vas faire pour occuper ta retraite ? » est une question traditionnelle des pots de départ. Ces Néo-Zélandais y apportent une réponse originale : « Ben, je vais construire mon cercueil ». Ca change de la pêche et des parties de cartes…

On sait ce que les personnes âgées craignent, arrivées à un certain âge, plus que le cercueil : l’absence de but, la solitude, l’inactivité, et, au final, coûter de l’argent à leurs famille au moment du départ. Tranquillement en train de tricoter sur son canapé, en 2010, Katie Williams, alors âgée de 71 ans, a eu une idée lumineuse : fonder un club. Pas un club de Bridge, le but était de faire oublier l’ennui, pas de le souligner, ni de Scrabble, le but étant d’améliorer la qualité de vie des personnes âgées, pas de les pousser au suicide.

Non, un club qui permette aux personnes âgées de faire fonctionner à la fois leurs méninges et leur adresse, dans une ambiance conviviale, tout en en retirant un bénéfice.

Euréka ! Pourquoi ne pas créer un club où les retraités pourraient fabriquer eux-même leur propre cercueil ? Aussitôt dit, aussitôt fait, Katie Williams jeta immédiatement son tricot, épargnant peut être sans le savoir à son petit-fils d’avoir à porter un pull over qui lui aurait coûté de longues et onéreuses années de psychanalyse, et créa aussitôt dans son garage le premier Kiwi Coffin Club, soit « Club du cercueil Kiwi ».

Il faut dire que Katie Williams avait déjà un passif : avant sa retraite, elle était infirmière spécialiste en soins palliatifs. Comme elle l’a confié à un journal local, elle « avait l’habitude d’être en deuil ».

Sept ans plus tard, Katie Williams a 77 ans, un cercueil à sa taille fait de ses propres mains, mauve avec des petites fleurs, et contemple d’un air bienveillant les Kiwi Coffin Club qui ont fleuri à travers le pays.

Les membres de ces clubs passent la journée ensemble, écoutant de la musique, prenant le thé et le déjeuner, et, donc, fabriquant des cercueils. Les associations mettent même en place des actions de bienfaisance, en offrant des cercueils pour enfant aux hôpitaux locaux, bien entendu fabriqué par leurs soins.

Travail du bois, travail intellectuel (en faisant les plans du cercueil), travail artistique (la décoration de la boîte), et, au final, une substantielle économie au moment des obsèques, les pompes funèbres étant obligées d’accepter l’usage de ces cercueils, expliquent sans doute en partie le succès de ces clubs.

Un des clubs de l’île du Nord compte 120 membres. Même si, pour certains, faire le premier pas est difficile, l’ambiance bienveillante et conviviale les aide ensuite à s’intégrer.

Ses membres considèrent que leurs cercueils, tant qu’ils sont vivants, ne sont que des boîtes, et ces boîtes servent à unir, jusqu’à l’ultime séparation.

Chronique des amours tragiques : Roméo et Juliette

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Roméo et Juliette

Suite et fin de la chronique du mois consacrée aux amours célèbres et dramatiques. L’histoire de Roméo et Juliette est sans doute la plus tragique de toute et en cela est également la plus célèbre.  Écrite par William Shakespeare au XVIème, la tragédie raconte l’histoire de jeunes amants morts à cause de la haine que se voue leurs deux familles.

L’histoire débute à Vérone, une petite ville italienne à la fin du XIVème siècle. Les Montaigu et les Capulet deux grandes familles, se vouent une haine sans limite à tel point que leur bataille trouble la jolie petite ville. Le prince de la cité, Escalus, finit par décider que les responsables des troubles seront condamnés à mort.

Les Capulet organise une grande fête dans le but de faire rencontre leur fille Juliette au Comte de Paris auquel elle est promise. Roméo, fils des Montaigu décide de se rencontre masqué à ce bal en compagnie de ses deux amis, Mercutio, et Benvolio.

C’est un véritable coup de foudre qui s’opère entre Roméo et Juliette, quelques baisers sont échangés mais le cousin de la jeune Juliette, Tybalt, les surprend et fait fuir Roméo et ses amis. Ne pouvant oublier sa belle, Roméo s’introduit plus tard dans la soirée où aura lieu la légendaire scène du balcon où tour à tour les deux jeunes amants déclarent leur amour. Bien conscient de ce que cela représente pour leurs familles, Juliette propose à ce qu’ils se marient au plus vite.

Ils trouvent tout deux au frère Laurent l’écoute, et le soutien dont ils ont besoin. Ce dernier voit dans ce mariage la possible réconciliation des deux familles. Le mariage est célébré en toute discrétion.

Tybalt qui se rend compte que Roméo est toujours amoureux de Juliette décide de provoquer le jeune homme en duel. Mais Roméo refuse de se battre et c’est Mercutio qui affrontera Tybalt à sa place, il mourra dans ce duel. Roméo dans un geste de vengeance désespéré tue Tybalt à son tour.

Conformément à la règle établie par le prince Escalus, Roméo doit être condamné à mort. Grâce à son père, il obtient la clémence mais doit s’exiler loin de Vérone, et donc…loin de Juliette.

Voyant le désespoir de leur fille, les Capulet décide d’avancer le mariage avec le Comte de Paris. Sans solution à cette impasse elle demande de l’aide auprès du frère Laurent. Celui-ci lui donne un philtre qui lui donnera l’apparence de la mort durant quarante heures. Afin que le stratagème fonctionne, il doit prévenir Roméo au plus vite.

Mais à Mantoue, Roméo reçoit de son ami, qui lui annonce la mort de Juliette. Fou de chagrin, il se procure du poison, n’envisageant pas la vie sans elle, et décide de venir mourir auprès d’elle. Frère Laurent comprend que le message n’arrivera pas à temps et essaie d’aller au plus vite délivrer Juliette du tombeau des Capulet dans lequel elle est enfermée.

À son arrivée au tombeau Roméo découvre le Comte de Paris venue se recueillir, ils s’affrontent et le Comte meurt. Roméo absorbe le poison et meurt à son tour dans les bras de sa bien-aimée. Frère Laurent arrive trop tard et ne peut assister qu’impuissant au réveil de Juliette. Désespérée elle attrape la dague de son amour et se poignarde, se tuant à son tour.

Le frère Laurent va répandre la nouvelle en racontant la véritable histoire de Roméo et Juliette aux deux familles.

Les deux pères constatant que leur haine a tué leurs enfants, se réconcilient et érigent une statue d’or.

Amour, donne-moi ta force et cette force me sauvera.

 

Gendarmes et sécurité routière : L’annonce du décès

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L'Annonce - Sécurité Routière

[VIDÉO] Nouvelle campagne de la sécurité routière : "L'annonce"La sécurité routière lance sa nouvelle campagne de prévention avec un court-métrage documentaire de Jean-Xavier de Lestrade intitulé "L'annonce", cet instant où le temps s'arrête, où des vies basculent, où rien ne sera jamais comme avant... 5 minutes pour montrer, à travers les témoignages bouleversants de gendarmes, la déflagration que provoque un accident de la route sur l’entourage de la victime.#TousTouchés #TousResponsables

Publiée par Gendarmerie nationale sur Lundi 13 février 2017

On en a vu des spots de publicités pour la prévention routière. On le sait, on connaît le drame. Mais on l’ignore à chaque fois qu’on rentre dans sa voiture. Pressé de partir, pressé d’arriver, pressé tout le temps. On l’oublie quand on enclenche mal la ceinture. On l’oublie la main au téléphone, on l’oublie avec des amis un peu trop alcoolisés sur la banquette arrière. On l’oublie la musique à fond ou après plusieurs verres de vin. On l’oublie parce qu’on ne veut pas voir, parce qu’on ne se sent pas concernés. Et puis un jour…

Un jour comme aujourd’hui, où rien de spécial ne se passe. Vous sourirez, riez, cuisinez. Vous attendez, le portable posé quelque part sur un coin de table. Vous êtes parents, conjoints. Vous aimez donc forcément vous avez appris à avoir peur. L’amour a cette faculté d’annihiler les angoisses les plus profondes dans un quotidien léger. Et puis on sonne à la porte, vous ouvrez et apercevez les gendarmes. Vous ne voyez pas les personnes réellement, vous ne voyez que l’uniforme et le visage tendu. Comme une éclipse, vous savez, vous ne voulez pas, mais tout votre être tremble.

On vous demande si vous êtes seul(e) et on vous annonce qu’une des personnes que vous aimez le plus sur terre a eu un accident. Je vous parle souvent du deuil, et dans ces étapes il y a celle du déni. Pourtant avant le deuil, il y a ça : L’annonce. Le moment que vous n’oublierez jamais. Vous vous souviendrez du temps qu’il faisait, de l’heure qu’il était de ce que vous portiez ce jour là, des odeurs, des aiguilles du cadran alors même que vous n’auriez sans doute jamais fait attention jusque là. Pourquoi ? Parce que dans un état de lutte intense contre la peur et la douleur, nous nous accrochons au moindre détail autour de nous, nous les fixons à jamais dans notre mémoire et l’entourons de la catastrophe.

À ce stade là vous ne parlez pas, vous hurlez peut-être, votre corps se manifeste comme jamais. Le temps est suspendu est si lourd à la fois, il vous étourdi. Et là on vous annonce que la personne que vous aimez est morte, décédée, qu’elle n’a pas survécu. Tous les synonymes imaginables sonnent faux pour vous. Là commence le déni. Comment ça se pourrait-il ? « Tout à l’heure tout allait bien, je lui ai parlé, je l’ai vu. Non vous vous trompezVous mentez. »

Et pourtant…Entre « tout allait bien » et « plus jamais » des hommes et des femmes sont venus vous annoncer l’imprononçable. Ils se tiennent devant vous imperturbables et pourtant eux aussi sont humains, eux aussi ont des enfants, un mari une femme. Eux aussi ont vécu des décès, eux aussi voudraient être n’importe où plutôt que là en ce moment précis.

Ils savent dans un silence hurlant, long et douloureux que vous n’allez jamais les oublier. Ils savent qu’à jamais ils seront les acteurs de votre vie qui leurs a enlevés l’insouciance de cette journée que quelque part ils vous ont tués tout en vous laissant en vie.

Interview : Daniel Cerdan, Assauts, le GIGN face à la mort

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daniel cerdan assaut editions ring

Daniel Cerdan a un CV impressionnant : trente-six ans dans la gendarmerie, membre du GIGN ou il a fini chef de groupe, il rejoint ensuite la Garde Républicaine dont il sera un des responsables, chargé de la protection des édifices et des personnalités de la république. Son livre ASSAUTS (octobre 2016), est la première immersion en temps réel au cœur des derniers assauts anti terroristes des forces du RAID et du GIGN. Interview sans langue de bois.

Daniel Cerdan vient de sortir un livre aux éditions Ring : Assauts. Le sujet est annoncé dans le titre : les assauts menés par les unités d’intervention des forces de l’ordre, analysés par cet ancien du GIGN. Pour Funéraire Info, il nous en dit plus, et nous parle du rapport de ces hommes d’élite vis à vis de la mort.

Les amis de la police

Daniel Cerdan est tout l’inverse de l’idée que l’on s’en fait : où l’on imagine un militaire austère et taiseux, on se retrouve avec un homme convivial, avenant, qui parle de son sujet avec passion. Alors, commençons l’interview avec un poil d’impertinence : dites, Daniel Cerdan, votre livre est très bien, mais on a l’impression que vous n’aimez pas trop la police, non ?

« Ce n’est pas une question d’aimer ou de ne pas aimer. Je respecte les policiers qui font, pour certains un travail difficile, je pense aux fonctionnaires de la BAC dans les quartiers difficile, par exemple. Mais je déplore que la police, surtout les syndicats, dans les ministères ou les médias, se permette régulièrement de critiquer la gendarmerie. »

Il détaille « Les policiers ont 600 syndicalistes à temps plein, par exemple, la gendarmerie n’en a aucun. Ces derniers ont négocié beaucoup d’avantages dont mon arme n’a même pas idée. Ensuite, comparons un policier avec un gendarme. La police est organisée en spécialités, il y a celui qui rédige les PV, celui qui relève les empreintes digitales… Le gendarme, on lui demande de savoir tout faire. La gendarmerie couvre 95 % du territoire et 55 % de la population. Je pense dès lors que les critiques sont quelque peu déplacées. »

Les cow boys en action

Mais on ne peut pas s’empêcher de se faire la réflexion, en lisant Assauts, que vous n’estimez vraiment pas les groupes d’intervention de la police. Arguments solides à l’appui, comme dans l’affaire Merah.

« C’est un exemple, le RAID a lancé un assaut, puis face à la résistance d’un homme seul, ils ont fait demi-tour et entamé un siège de 130 heures. Je m’interroge : il a été préparé, cet assaut ? Il y a une règle de base, c’est qu’une fois le top intervention donné, on n’interrompt pas l’assaut avant sa conclusion. Puis, enfin, l’histoire se termine de la façon que vous connaissez, Merah saute par son balcon alors qu’il est sous le feu et est abattu à ce moment-là. Précisément au moment ou il était vulnérable, exposé, et plus facile à interpeller. La police a eu 12 Légion d’honneur ! Le GIGN pour Marignane, près de 200 otages libérés ! UNE légion d’honneur ! »

Pour vous, Merah aurait pu être interpellé ? « Si le GIGN avait été à la manœuvre, il aurait probablement été pris vivant, oui. » malgré les risques ? « Oui. Quelqu’un comme Merah n’a pas pu organiser seul, il avait un réseau, des complices. Il aurait été plus utile de l’avoir vivant et de l’interroger que de le tuer. Le GIGN aurait employé les chiens ou le lacrymogène. »

Le GIGN à la manœuvre

La Groupe d’Intervention de la Gendarmerie Nationale est une troupe d’élite à laquelle Daniel Cerdan a appartenu pendant près de quinze ans. Si il devait résumer le GIGN en un mot, c’est la maîtrise. « Le groupe passe son temps à l’entraînement, dans des conditions difficiles, sur tous les cas de figure. A tel point que tout ce qu’on fait durant un assaut doit être quasiment un réflexe. Et, le secret, c’est la cohésion du groupe ».

Un exemple frappant dans le livre, les tireurs d’élite, entraînés à tirer tous en même temps, à tel point qu’un témoin n’entendrait qu’un seul coup de feu. « La maîtrise de tir est un élément essentiel, on ne fait pas feu à tort et à travers. L’usage du feu, c’est à un moment déterminé sur une cible déterminée. Encore une fois, prenez l’exemple de l’assaut de la police à Saint Denis. Des centaines de cartouches ont été tirées sans rien toucher, ou est la maîtrise du tir ? Il n’y avait aucune discipline de tir, comme pour l’assaut de l’hyper casher. »

L’entraînement est extrêmement poussé « Ce qui nous donne une efficacité sur le terrain. Il y a eu au GIGN plus de morts à l’entraînement qu’en intervention. »

Les gendarmes face à la mort

Mais, même bien maîtrisé, l’assaut n’est jamais sans risques. On y pense, à la mort ? « Non. J’ai l’habitude de prendre un exemple qui vous paraîtra curieux : le boulanger, quand il se lève, le matin, il pense qu’il peut rater sa baguette ? C’est notre métier, nous y sommes bien préparés, et l’échec n’a pas sa place dans le dispositif. Nous avons une mission à accomplir, et le camarade devant nous sait que, si il tombe, on lui marchera dessus pour continuer. ».

La préparation, le drill, encore… « C’est l’essentiel. Quand on est appelé, par exemple, à cause d’un forcené retranché dans un appartement, on se procure les plans, le cadastre, on va visiter un appartement identique dans l’immeuble… Lorsqu’on entre dans les lieux la première fois, on en connaît les moindres recoins. Un assaut se joue en cinq secondes, on n’a pas le temps de tergiverser ou de réfléchir, tout est de l’ordre des automatismes. » Souvent, le suspect est interpellé avant qu’il ait eu le temps de comprendre ce qui lui arrive.

Mais quand on ne maîtrise pas le timing, comme le cas des frères Kouachi, qui sont sortis avant que les gendarmes donnent l’assaut ? «  encore, la réponse est dans la maîtrise, repérer le terrain, toutes les issues, et ne pas laisser un espace, dans l’éventualité d’une sortie, ou les suspects pourraient agir sans que nous n’ayons de possibilité de les neutraliser. »

Le bras armé de l’état

Mais lorsque vous montez à l’assaut, pour utiliser le terme, vous savez que peut être vous serez forcé de tuer le forcené ? « Nous ne le faisons que lorsque nous y sommes obligés, et sans états d’âme, parce que, avant, tout aura été fait pour l’éviter. Nous sommes le bras armé de l’état, tout simplement. Nous le savons, lorsque, par exemple, le forcené refuse de parler. C’est une attitude qui indique qu’il cherche la confrontation, et souvent, ça se termine mal. »

« Mais abattre un forcené, ce n’est pas un objectif ou un motif de satisfaction. Autre exemple, qui arrive, nous donnons l’assaut et découvrons que le suspect s’est suicidé. Nous quittons les lieux aussitôt, parce que nous n’avons rien à y faire, et par respect pour le défunt, sa mort n’est pas un spectacle. »

« Je me rappelle de l’intervention d’un groupe, un forcené qui voulait mourir et qui avait tout fait pour aller à la confrontation. Durant l’action, des grenades lacrymogènes avaient explosées. Le forcené était étendu, mort, par terre, il n’avait plus rien, il avait brûlé sont argent et ses papiers, il était couvert de cette pellicule blanche, en costume cravate, impeccable. Il voulait mourir dignement. Les hommes du groupe étaient émus. »

« Sur une autre intervention, il y avait deux suspects, un était visible et l’autre passait par intermittence devant une petite fenêtre. Le tireur qui était en position pour celui-là avait prévenu qu’au troisième passage, il ferait feu, pour coordonner les tirs. Et effectivement, au troisième passage, il a fait feu. Puis au signal de fin d’intervention, il s’est relevé, a remballé ses affaires, et il est parti, sans aller voir. Ce n’était pas un carton au stand de tir, il n’était pas soucieux de faire un score. »

Quitter le GIGN

Mais ce n’est pas trop dur de quitter le GIGN « Non. On se rend compte que, même si on est jeune dans sa tête, le corps ne suit plus, et qu’on ne peut plus être aussi efficace que les autres dans la colonne d’assaut. Ça devient une évidence. Mais j’ai eu une carrière passionnante, ensuite, à la Garde Républicaine. « J’ai rêvé ma vie et j’ai vécu mes rêves » tout simplement. »

Que pensez-vous du GIGN aujourd’hui ? « Je suis impressionné. Parce que Le GIGN a pris de l’ampleur, il y a des antennes régionales… Et puis, vous aurez beau avoir les meilleurs gars, si vous ne leur donnez pas le meilleur équipement, ça ne sert pas à grand-chose. Tout est très perfectionné aujourd’hui, et il y a des spécialistes qui sont vraiment à la pointe de leur domaine. Un des assauts les plus médiatiques du GIGN, c’est Marignane, contre cet avion pris en otage par des terroristes, Le GIGN s’entraîne dans des avions plusieurs fois par mois par arriver à un tel résultat de perfection »

« J’avais le numéro de certification 54 au GIGN, j’ai été à une remise de brevet récemment, on en était à plus de 1000 numéros. C’est impressionnant ». Vous n’avez pas de nostalgie ? « Non. J’ai fait ce dont je rêvais, j’ai fait mon devoir, j’ai écrit deux livres pour dire ce que j’avais à dire. Je reconnais mon bonheur tous les jours et je pense à mes camarades disparus. »

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La légende alcoolisée du cadavre de l’amiral Nelson

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L’Amiral Nelson, de son nom complet Horatio Nelson, 1er vicomte de Nelson, comte de Bronte, a encore de nos jours deux pouvoirs : mettre de mauvaise humeur n’importe quel amiral français, et attirer les touristes pour admirer sa colonne à Trafalgar Square. Ce qu’on oublie un peu, c’est qu’après sa mort, l’histoire de son cadavre fut mouvementée… Et éthylique.

La mort de Nelson

Il est un peu après treize heures, ce 21 octobre 1805, et le capitaine Thomas Hardy a un petit sourire aux lèvres en regardant dans sa longue-vue. Il faut dire que la flotte anglaise est en train d’administrer, métaphoriquement, une fessée mémorable à la coalition franco-espagnole, et par là, symboliquement, à Napoléon lui-même.

Hardy, tout concentré sur le déroulement de la bataille, réalise soudain que cela fait un petit moment qu’il ne perçoit plus la présence du héros du jour, l’Amiral Nelson, à ses côtés. Il se retourne, le cherchant du regard, et le voit, à quelques mètres, à genoux, se tenant le ventre. Hardy se précipite vers lui et Nelson sourit, en disant « Hardy, je pense qu’ils ont enfin réussi… ma colonne vertébrale est touchée ».

En effet, un tireur d’élite français a réussi l’exploit d’atteindre le cauchemar de Napoléon, l’homme par qui la France ne peut atteindre la seule supériorité qui lui manque, la navale. La balle a pénétré son épaule gauche, transpercé son poumon et la colonne vertébrale avant de s’immobiliser dans les muscles dorsaux à cinq centimètres au-dessous de l’omoplate droite. Nelson est un mort en sursis.

Tandis qu’on le transporte à l’infirmerie, Nelson demande aux deux matelots qui transportent sa civière de faire un détour, pour qu’il puisse donner des recommandations au barreur du bateau sur la façon de manœuvrer. Ceci fait, il demande à ses brancardiers de recouvrir son visage d’un mouchoir, afin que les marins ne le reconnaissent pas et gardent intact leur moral.

Arrivé à l’infirmerie, Nelson réclame à boire, et demande au Capitaine Hardy de descendre régulièrement pour lui faire son rapport sur le déroulement de la bataille et donner ses ordres. Enfin, épuisé, Nelson ferme les yeux, murmure « J’ai fait mon devoir. Dieu et mon pays ». Le plus grand marin anglais n’est plus.

Les dernières volontés

Après la victoire anglaise et la défaite française au large d’une ville Espagnole qui donnera une expression célèbre, « un coup de Trafalgar », les officiers anglais s’avisent qu’ils ont un problème. La dernière volonté de Nelson, en effet, précisait qu’il souhaitait être inhumé en Angleterre.

La tradition étant que les marins morts en mer soient immergés, les officiers, quoique désireux de respecter la volonté de l’illustre disparu, se regardent atterrés. C’est bien joli, tout ça, mais ils sont marins, pas croque-morts, et ils n’ont aucune idée de comment s’y prendre pour conserver la dépouille. D’autant qu’au sud de l’Espagne, il fait chaud, et que la perfide Albion, pardon, l’Angleterre, n’est pas la porte à côté.

C’est alors que le chirurgien du bord, William Beatty, suggère de conserver la dépouille de Nelson dans de l’alcool. Faute de mieux, les officiers acceptent, et Nelson est placé dans un tonneau d’eau-de-vie. Ce dernier est ensuite attaché au grand mât, et placé, indique le journal de bord, sous bonne garde.

On s’est pris une Nelson

C’est là que la légende commence. En effet, l’histoire officielle veut qu’à son arrivée en Angleterre, la dépouille de Nelson ait été placée dans un cercueil, lui aussi rempli d’alcool, sans commentaire particulier, jusqu’à ses obsèques, le 9 janvier.

Mais une rumeur insistante voit le jour : le tonneau aurait été presque à sec. En effet, le soir du 21 octobre, une fois la flotte franco-espagnole défaite, et tout danger écarté, les marins auraient été autorisés à fêter cette victoire mémorable, en se prenant, pardon pour mon langage, une cuite qui resterait dans les annales de la picole.

Et, durant cette fête mémorable, quelques marins, fin saouls, auraient décidé de célébrer la mémoire de Nelson en buvant un petit coup à sa santé de l’eau-de-vie dans laquelle l’amiral participait aux libations d’une toute autre façon. Une forme particulièrement tordue de cannibalisme.

La vérité, c’est qu’effectivement, le niveau d’alcool avait baissé dans le tonneau, mais dans quelles proportions, on l’ignore. Peu, certainement, parce que le corps semblait relativement bien conservé.

Enfin, c’est une maigre consolation : au pays du bon vin, on se consolera en sachant que notre plus grande défaite maritime aura été dignement arrosée par nos vainqueurs.

 

Présidentielle 2017 : quel programme pour le funéraire ?

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Elyséee président 2017 funéraire

Depuis hier soir, toutes les forces sont en place, sauf imprévu : on connaît la liste des six candidats principaux de l’élection présidentielle et celle des plus petits. Il est temps de passer aux programmes, et, en ce qui nous concerne, aux sujets liés au funéraire que nous aimerions voir les candidats aborder. Sans trop d’illusions…

Et l’Elysée sera occupé par…

Benoît Hamon, François Fillon, Emmanuel Macron, Marine Le Pen, Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon sont les six candidats qui, aujourd’hui, sont à la fois candidats à l’élection présidentielle et assurés d’avoir les 500 signatures nécessaires pour cela. Ce six là concourront donc pour l’Elysée, sauf désistement ou alliance de dernière minute.

Parmi ces noms, sans doute le futur président ou la future présidente. Maintenant que la situation est, sinon limpide, du moins clarifiée, sur les forces en présences, ils vont annoncer leurs propositions et programmes, et, certainement, répondre aux interrogations de français.

Ce qui tombe bien : nous, des français, on en connaît plein, et ils occupent toutes et tous des emplois dans le funéraire. Devinez de quoi on aimerait voir parler les candidats ?

Revenir sur les mesures prises ?

Que deviendront les deux mesures prises pendant le quinquennat, toutes les deux d’initiative parlementaire : les devis en mairie et la cérémonie d’obsèques laïques ?

Les devis en mairie, on a assez dit, en long, en large et en travers, tout le mal que nous pensions de cette mesure, quasiment inapplicable sur le terrain, et ajoutant une contrainte supplémentaire et superflue aux pompes funèbres. Superflue, surtout, à l’heure d’internet et de la transparence, ou les familles peuvent accéder en ligne à toutes les informations dont elles peuvent avoir besoin et ou elles n’hésitent plus à faire des devis comparatifs.

Quand à la cérémonie d’obsèques laïque, elle est du même tonneau : concernant finalement très très peu de personnes, l’immense majorité des familles concernées optant pour les cérémonies civiles proposées par les pompes funèbres, elle sème le trouble parmi, justement, ces familles, fait une concurrence totalement déloyale aux pompes funèbres qui ont fait un véritable de travail de création autour de l’hommage civil, et sera, de plus, une épine dans le pied des élus, leur phagocytant temps et place.

La crémation

Quid du plan d’installation des crématoriums ? Ébauché, détaillé, négligé, celui-ci est aujourd’hui n’a pas plus de conséquences que le papier sur lequel il est imprimé. Des crématoriums continuent de se construire parfois à proximité d’équipements existants tandis que des territoires sont encore sous-équipés.

Un futur président précisera-t-il un projet de schéma d’implantation des crématoriums, libéralisera-t-il le secteur à l’anglo-saxonne… Ou laissera-t-il les choses en état vaille que vaille ?

Autre sujet, l’application de la norme anti émission désormais imminente. Il revient au pouvoir en place de prendre les décisions sur les destinées des équipements qui ne seront pas aux normes. Fermeture ? Sanction financière ? Délai supplémentaire ? Mise sous le tapis ?

La thanatopraxie

Concernant la thanatopraxie, reste à traiter la question des soins de conservation sur les patients atteints de HIV ou d’hépatite. Les familles, les intéressés, les thanatopracteurs, attendent que, dans un sens ou dans l’autre, une décision ferme et claire soit prise. La mesure serait prise par voie réglementaire par la ministre de la santé pour octobre 2017. On sait déjà que le président actuel ne se représentera pas, et que le prochain gouvernement, ses orientations et ses décisions ne sont pas les même. Une décision ferme et définitive sera-t-elle prise ?

Un autre sujet a surgi avec fracas : les progrès de la médecine, et particulièrement en matière de pacemakers. Quelques problèmes se sont posés pour des défunts équipés de pacemakers quasiment indétectables, impossibles à enlever pour qui ne dispose pas des équipements et de la formation adéquate, et chirurgiens et thanatopracteurs se renvoient la patate chaude. Il reviendra aux pouvoirs publics de clarifier les choses et d’autoriser de nouvelles procédures, parce que ces cas vont augmenter exponentiellement, et la situation va devenir explosive…

L’écologie

Les « obsèques vertes ». Vaste sujet. Si l’écologie n’est ou n’est pas au cœur des programmes (tout dépend du candidat), les réflexions sont menées par différents acteurs de la société. Tant au niveau des fournisseurs du secteur funéraire que de la Commission Européenne, sur des orientations souvent opposées.

Le sort des cercueils en carton, le devenir de l’inhumation, les futures normes de crémation, l’utilisation de pesticides dans les cimetières, les nouvelles techniques comme l’aquamation… Faut il laisser les commissaires européen inventer des normes et nous les imposer, ou prendre l’initiative ? Le sujet viendra inévitablement sur le tapis un jour ou l’autre. La question sera : le personnel politique en place s’en sera-t-il saisi pour être à l’initiative, ou subira-t-il les décisions de bureaucrates supranationaux ?

Espoir, fol espoir

Mais tout cela n’est que fol espoir. Il y a fort à parier que les candidats se garderont bien d’évoquer le sujet, peu porteur et sensible.

Rappelons qu’en 2012, au tout début de Funéraire Info, nous avions sollicité tous les candidats à la présidentielle de l’époque. Les deux seuls à nous répondre avaient été Philippe Poutou, qui avait indiqué, par la voix d’un camarade « Il veut bien répondre, mais il n’a pas d’idée sur le sujet, il voudrait attendre un peu de voir ce que les autres en diront » et Eva Joly, qui s’était engagée à répondre sous une semaine. Cinq ans plus tard, nous attendons toujours…

La mort, la Princesse Leia, ma biche et les lapins

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C’est passé quasiment inaperçu : Claude Gensac et Richard Adams sont morts hier. La nouvelle de leur disparition a été éclipsée par la disparition de Carrie Fisher. Certains sont de véritables poissards, non seulement de mourir, mais de mourir le même jour que des personnes plus célèbres qu’elles.

Michael Jackson, le king de la jungle

C’est la malchance : être connu et mourir le même jour que quelqu’un d’encore plus connu. Les exemples ne manquent pas. Ainsi, quelques jours après sa mort, beaucoup s’étaient avisés de la disparition de Farrah Fawcett, actrice devenue célèbre pour avoir été une drôle de dame, et qui a poursuivi ensuite une carrière riche en quantité, mais parfois décevante en qualité, de la notoriété tout du moins.

Mais Farrah Fawcett méritait à tout le moins un hommage appuyé, pas qu’on réalise plusieurs jours après sa mort qu’on avait complètement oublié de l’honorer. Il y avait une bonne raison à cela : le jour même de la mort de Farrah Fawcett, Michael Jackson était retrouvé mort.

L’exemple est extrême : Michael Jackson n’était pas célèbre, il était la définition de célébrité à lui tout seul. Je me rappelle d’un reportage sur une tribu d’indiens d’Amazonie qui étaient coupés du monde, même si le contact avait été établi, simplement, parce que la civilisation, ça ne les intéressait pas.

Un journaliste leur avait montré des vidéos sur un écran. Le premier pas de l’homme sur la lune ? Jamais entendu parler. Apple, l’iPhone, l’informatique ? Inconnus. Le 11 septembre ? C’est quoi ? Puis venait un clip, et le visage jusqu’à présent dubitatif des indigènes s’éclairait d’un grand sourire « Michael Jackson ! » s’exclamaient ils. Au journaliste interloqué qui leur demandait comment ils connaissaient Michael Jackson, les indiens répondaient naturellement « Mais tout le monde connaît Michael Jackson ».

Forcément, comment vouliez-vous lutter contre un type plus célèbre que l’iPhone et le premier pas de l’homme sur la lune ? Même une Drôle de Dame ne pouvait pas lutter.

Claude VS Carrie

Soyons juste : la mort de Claude Gensac a été traitée par la presse. Mais la part belle a été donnée à Carrie Fisher. Ce qui n’est pas foncièrement injuste en soit, l’objet ici n’est pas de dénoncer des injustices.

Mais le problème, c’est que le temps d’antenne consacré à Madame Gensac a été réduit, obligeant es journalistes à condenser les information pour la resituer rapidement. Claude Gensac était connue de tous pour avoir incarné l’épouse de Lois de Funès dans nombre de ses films. « Ma biche », c’était elle.

Sauf que, pas de chance, Claude Gensac était surtout une immense actrice, très talentueuse, tant à la scène qu’à l’écran, et qui avait conçu une certaine acrimonie, parce qu’on ne parlait d’elle que pour avoir été « Ma Biche ». Exactement, parallèle ironique, comme Carrie Fisher, connue pour être la Princesse Leia, malgré une carrière très riche.

Richard, le classique oublié

Mais, décédé le même jour que Carrie Fisher et Claude Gensac, quelles chances avait Richard Adams ? Non seulement mourir ce jour là, mais en plus, tard dans la nuit, et, tare suprême pour qui prétend à l’hommage, Richard Adams était écrivain.

Mais pas n’importe quel écrivain : Richard Adams était l’auteur de « Watership Down », publié en France à de nombreuses reprises, parfois sous le titre « Les garennes de Watership Down », réédité, justement, une quatrième fois récemment.

Jamais entendu parler de « Watership Down » ? Le livre appartient au genre de la fantasy animalière, et, après tout, il ne s’est vendu qu’à 50 millions d’exemplaires. Grosso modo on peut dire qu’il y a trois best-sellers en fantasy : Harry Potter, 420 millions d’exemplaires pour 12 livres (incluant les tomes originaux et leurs suites), Bilbo le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux, 150 millions en tout pour quatre livres (dont 100 millions rien que pour Bilbo…) et Watership Down, 50 millions à lui tout seul… Soit quinze de plus qu’un tome de Harry potter.

Curieusement, la France est le seul pays occidental ou le livre n’ait jamais pris. Watership Down apparaît régulièrement dans le classement des livres préférés des lecteurs aux USA, en Angleterre, en Allemagne,… et quasiment personne n’en a entendu parler en France. Ce qui est bien dommage. Tenez, les amateurs de série télévisée, lisez « Watership Down », vous vous rendrez compte que les auteurs de « Games of Thrones » et « The Walking Dead » le connaissent par coeur…

Un bon jour pour mourir

Mais, me demanderez-vous, l’inquiétude marquant votre front d’un pli disgracieux, quelle est la solution ? Il n’y en a pas. Le temps d’antenne et l’attention des lecteurs ou spectateurs n’est pas extensible à l’infini, et la notoriété internationale de « La Guerre des Etoiles » est sans comparaison avec celles du « Gendarme de Saint Tropez ».

Mais on ne pourra que se lamenter sur ces occasions manquées. Manquée, l’occasion de démontrer que Claude Gensac était bien une immense actrice. Manquée, l’occasion d’enfin faire découvrir au public français « Watership Down ». Dommage, mille fois dommage. Reste à revoir Star Wars.

Reste à éviter de mourir le même jour que quelqu’un de plus célèbre que soi. Plus facile pour certains que pour d’autres.

Obsèques et fiançailles, une ambiance mortelle

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Des obsèques en Chine ont tourné au tragique fait divers début décembre. En cause, une tradition, dite des « épouses fantômes », interdite en 1949 par Mao mais toujours pratiquées. Il faut dire que, comme l’héroine de cette histoire, les traditions ont la vie dure.

L’amour à mort

C’est une histoire qui commence bien mal : par un décès. Plus précisément, dans cette province chinoise, le trépas d’un homme encore jeune, et célibataire. Comme toutes les mamans du monde, la mère conçoit une grande frustration : voilà que son fils chéri n’a pas trouvé le moyen, dans cette vie, de lui donner des petits-enfants, au diable l’avarice, il lui en donnera dans l’autre.

Voilà donc la famille qui décide d’arranger un mariage fantôme. Sur un principe tout simple, à savoir inhumer dans un cercueil double le célibataire et un corps d’un autre défunt de sexe opposé, âge en rapport, afin que les deux tourtereaux soient réunis dans l’autre vie pour l’éternité.

Il faut dire que l’étroitesse de la couche, la pénombre, le manque de distractions et l’éternité devant eux, tout est propice à un rapprochement entre les futurs tourtereaux. D’autant plus qu’au vu de lé fréquentation habituelle dans son cercueil, le choix est restreint.

La fiancée rétive

Voilà donc la famille qui, après avoir fait passer le mot, reçoit plusieurs offres. Parmi celles-ci, une jeune femme très bien, âge en rapport, célibataire sans enfants, et jolie selon les canons locaux, ce qui ne gâte rien. La famille accepte bien volontiers, et la marâtre avec autant d’empressement que, sa bru putative étant décédée, elle ne risquait pas de la contrarier. L’agent matrimonial macabre se voit donc gratifier de l’équivalent de 3500 euros, le prix pour un cadavre de jeune fille bonne à marier.

La jeune défunte, convenablement vêtue, est donc installée dans le cercueil, près de son fiancé, très raide, et le couvercle de la double boîte est fermé, puis cloué. La famille se recueille auprès de son défunt fils et de sa défunte et récente belle-fille, puis, tout ce petit monde s’achemine vers le cimetière.

Las ! Bien que censément décédée, la belle-fille ne renonce pas à l’idée de contrarier sa belle-mère, puisqu’un barouf épouvantable s’élève du cercueil. Une lune de miel très agitée ? Une scène de ménage ? Point du tout. Il s’avérera, après ouverture du cercueil, que la nouvelle du trépas de la jeune femme a été un tantinet exagérée.

Prévenue, la police chinoise a mené une enquête révélant que la supposée fiancée fantôme défunte était en réalité une jeune attardée mentale enlevée par des voyous, vendue à une réseau mafieux qui l’a prostituée, avant de lui injecter une dose massive de drogue et de la vendre pour morte à la famille.

Les fiancées fantômes

Quoique Mao en ait interdit la pratique en 1949, la tradition pluriséculaire des fiancées fantômes persiste encore aujourd’hui en Chine. Et les faits divers relatifs à ces histoire sordides sont fréquents.

En mai 2011, Wang Hairong, avec deux complices, avait persuadé une jeune femme de monter dans leur voiture avant de l’étrangler, a indiqué le Legal Daily (Fazhi Ribao), précisant que la victime était alors enceinte. Ils ont ensuite vendu le corps dans une ville voisine pour 22.000 yuans (2.700 euros) à cette famille. Wang Hairong a été condamné à mort et exécuté en 2013.

En mars 2013, les médias chinois avait rapporté que quatre personnes avaient été emprisonnées pour avoir déterré des cadavres en vue de les revendre comme « épouses fantômes ».

Les corps sont généralement fournis par des intermédiaires et le prix des dépouilles fraîches a grimpé d’au moins 25 % au cours des cinq dernières années. Il atteint aujourd’hui 50 000 yuans. L’année dernière, un journal chinois a accusé de riches patrons de mines de charbon d’avoir fait monter le prix des défuntes épouses jusqu’à 130 000 yuans. En 2010, un réseau de pilleurs de tombes avait déjà été démantelé dans la province du Hebei. Ses membres avaient profané des dizaines de sépultures dans la région et engrangé des centaines de milliers de yuans de profit.

Allez, la petite page de culture générale : en chinois, mariage fantôme se dit « Minghun ».

Et pour finir cette histoire, sachez que la jeune femme supposée morte va bien, elle est actuellement toujours soignée à l’hôpital. Quand au jeune homme, il a été enterré et finira vieux garçon.

Décès de personnalités, manuel de savoir-vivre quand la mort frappe

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Comment rendre hommage à un dictateur . Ne riez pas : l’exercice est plus compliqué qu’on ne le croit. Un exemple presque au hasard : Fidel Castro. Parce que l’homme était à la fois un dirigeant autocratique sourcilleux en même temps que le chef d’un état très convoité. Exercice de compassion envers les rédacteurs de communiqués officiels…

Fidel jusqu’au bout

D’un côté, nous avons Fidel, dictateur communiste à cigare et casquette kaki, ancien meilleur ami d’un des pires criminels de guerre d’Amérique du Sud, lui-même doté d’une nette tendance à faire fusiller tous les gens qui le contrarient, et pour qui une bonne journée est une journée où il a pu faire un bras d’honneur à la démocratie et aux droits de l’homme.

De l’autre, nous avons Castro, dirigeant d’un des derniers pays socialistes, résistant de toujours à l’hégémonie américaine, dont le programme éducatif a fait de son peuple le mieux lettré du monde, symbole de la révolution dont le portrait de l’ancien meilleur ami trône dans toutes les chambres d’adolescents rebelles.

Au centre, une cohorte de dirigeants mondiaux très, très embêtés. C’est dommage : si Fidel n’avait pas été si mort, ils auraient passé, certainement, une excellente journée.

Les lois élémentaires du communiqué funèbre

Il y a quelques règles à respecter dans l’élaboration d’un communiqué officiel lors de la mort d’une personnalité.

D’abord, le timing. Il faut précisément calculer l’intervalle de temps dans lequel le communiqué sera envoyé. Trop tôt, c’est que le communiqué était prêt, et c’est mal. Cela veut dire que, d’une, on s’attendait à la mort du défunt, elle était peut être même souhaitée, et, même si cela procède d’une démarche lucide, ce peut être considéré comme très impoli. Surtout si il s’avère qu’on a eu raison.

Trop tard, par contre, c’est pire. Cela peut avoir deux significations : qu’on avait à faire quelque chose de plus important, et ipso facto, que l’on met le défunt au second plan. Ou bien, si vous êtes, un exemple au hasard, un président français très très impopulaire et connu pour ses boulettes, que vous ne savez pas quoi dire.

Mais, me demanderez-vous alors, bien que j’ai horreur d’être interrompu lorsque je disserte, mais tant pis, les communiqués officiels ne sont pas préparés en avance ? Dans les rédactions des journaux, si. Mais il semblerait que, sous les ors de la République, non. Du moins, on espère que non. Parce que nombre d’entre eux ont côtoyé, ces dernières années, l’amateurisme.

Revenons-en à Fidel

Mais, revenons en à Fidel, nous on peut, et tant que ce n’est pas lui qui revient, tout va bien. Et imaginons la déconfiture des conseillers de l’Elysée à qui a été confiée la tâche de lui rendre hommage.

« Bon, les gars, je vous propose : Fidel Castro était un dirigeant…

– Ah, mais attend, il dirigeait plus, Fidel, C’était Raoul qui était aux commandes. Et puis, dirigeant, c’est comme dans dirigeant d’un pays démocratique, c’est pas vraiment ça…

– Oui, bon, tu as raison. Un truc comme : l’infâme dictateur communiste Fidel Castro ?

– Mais ça va pas la tête ? Imagines qu’on veuille refaire la Gauche Plurielle ? On peut pas se fâcher avec les cocos !

– La Gauche Plurielle ? T’es sérieux ? Tu rêves, mon gars.

– Rêver, un peu comme Fillon, tu veux dire ?

– Ouais, tu as raison : ça le fait pas, infâme dictateur communiste. Dirigeant socialiste ?

– Ben non… C’est nous aussi. Et même si ce n’est pas comparable, et que je ne suis pas sûr qu’on soit socialiste, c’est quand même assez dur de comparer un dictateur en jogging qui fume le cigare et un président en scooter qui aime les croissants…

– Bon, on fait quoi, alors ? On ne met même pas les drapeaux en berne.

– Non, il ne faut pas pousser. Quoique, pour faire plaisir à ses fans… Ca existe, en demi-berne ? En gros, le but, c’est de contextualiser Castro sans fâcher ni les communistes, ni les démocrates, faire plaisir à Raoul sans contrarier Barack, et ménager à la fois les Cubains de Cuba qui sont restés fidèles et Fidel et les cubains de Miami qui voudraient castrer Castro. Le tout, en douze minutes montre en main. Les antidépresseurs sont dans le tiroir du bas, si c’est ce que tu cherches. »

Ce qui nous donne…

Je n’ai pas pu m’empêcher de vous livrer le communiqué officiel de l’Elysée, avec quelques commentaires entre parenthèses.

« Fidel Castro était une figure du XXe siècle. Il avait incarné la révolution cubaine, dans les espoirs qu’elle avait suscités puis dans les désillusions qu’elle avait provoquées. Acteur de la guerre froide, il correspondait à une époque qui s’était achevée avec l’effondrement de l’Union Soviétique. Il avait su représenter pour les cubains la fierté du rejet de la domination extérieure.

La France qui dénonçait les atteintes aux droits de l’homme avait toujours contesté l’embargo imposé par les Etats-Unis à Cuba. Elle s’était félicitée de son ouverture et du dialogue qui s’était rétabli entre les deux pays.

Je l’avais rencontré le 11 mai 2015 au cours de la première visite d’un Chef d’Etat français à Cuba depuis la révolution.

J’adresse à Raoul Castro son frère, à sa famille et au peuple cubain mes condoléances.

François Hollande »

On notera que le communiqué est très, très intelligent. Prenez les désillusions : personne ne précise si les désillusions sont celles des cubains, ou celles des puissances qui ont encouragé la révolution, avant de se fâcher avec Castro, au premier rang desquelles les Etats-Unis. Ménager la chèvre et le chou, attaquer quand il faut attaquer mais sans jamais préciser qui, un communiqué, en un mot, exemplaire.

Comment il va, l’autre ?

Il est très facile, alors, d’imaginer les rédacteurs de communiqués, épuisés, des plaquettes vides d’antidépresseurs et des tasses de café vides près d’eux, psalmodiant une prière laïque pour qu’aucun politique controversé ne meure avant, disons, la fin du mandat.

Paradoxalement, le dirigeant mondial le plus malin, le jour de la mort de Fidel Castro, a été Donald Trump. Le président américain élu s’est contenté d’un simple tweet, dont je vous livre la traduction complète, de tête et sans en omettre un mot : « Fidel Castro est mort ». Factuel, sans énerver personne, sans se fatiguer, d’une sécheresse de ton qui dit tout sans rien dire, en un mot : parfait. Bon, Donald Trump reste Donald Trump, et il s’est rattrapé depuis, mais il n’empêche : l’espace de quelques heures, il est devenu le dirigeant le plus malin du monde, avant de redevenir Fidel à sa réputation.

Il n’empêche : ce sera beaucoup plus simple quand le dirigeant Nord Coréen va mourir. On pourra dire ce qu’on veut, à condition de ne pas froisser ses alliés chinois, ni les Russes qui sont les alliés de ses alliés, ni les défenseurs de droits de l’homme qui aiment froisser les Russes et les Chinois, ni… Bref, les crises ne sont pas finies. D’angoisse chez les uns, et de rire à la rédaction.