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Le deuil coloré

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Nous entendons souvent que les pratiques funéraires évoluent. Certes, que l’on soit Darwinien ou non, tout évolue, les pratiques, les usages. La naissance évolue, nous ne naissons pas dans les mêmes conditions qu’auparavant et la mort évolue aussi. Nous ne mourons ni pour les mêmes raisons, ni de la même manière. Le deuil, est il aussi sujet à ces changements ? Bribes de réflexions.

Nous nous souvenons tous de la tombe rose de la petite Léa. Des polémiques non seulement parfaitement inutiles mais aussi douloureuses pour la famille de la petite Léa. Après tout je le dis régulièrement s’il y a bien un synonyme du mot deuil, c’est celui de l’intime. Derrière tout ça, on peut s’interroger.

Les entreprises funéraires redoublent de créativité chaque année, et j’en ai présenté quelques unes lors de ma chronique sur le salon Funexpo. De jolies urnes, de jolies plaques, oui…Mais pourquoi faire ? Si ce n’est bien pour rendre le souvenir coloré à la hauteur de l’amour que l’on portait et que l’on porte toujours pour la personne décédée ?

Je me félicite de voir la créativité à l’oeuvre sur ce sujet et surtout la sensibilité des pompes funèbres sur cette question. Le deuil peut-il être coloré ? Question problématique dans une société encline à normaliser les rôles et surtout les réactions qui en découlent :

La mort : on pleure. La naissance : on sourit. Si bien que les femmes pleurent dans le baby blues et que la maman de Léa n’a plus le droit de sourire.

Nous n’allons pas revenir sur des millénaires de pratiques du deuil, de la couleur des vêtements de cérémonie mais aussi des rituels qui peuvent les accompagner. Le deuil dans ce cas précis, et je sais que je vais en faire bondir plus d’un, est un produit. Au sens où un objet particulier peut donner une symbolique nouvelle à quelque chose qui est finalement très silencieux.

Doit-on occulter la mort d’un enfant ? Doit-on la rendre blanche, neutre ? Pas si sûr car le risque c’est qu’elle devienne invisible. Je dis souvent à propos des enfants qu’ils sont dans un monde sans limite, qu’ils vont pouvoir dessiner. Nous essayons de leur donner quelques couleurs et lignes directrices, mais ils ont leur propre palette et dès leur plus jeune âge, ils sortiront des lignes pour créer le plus beau des mondes. Parce que c’est ça le monde de l’enfance, un monde multicolore. Le réduire au blanc, symbole d’innocence, est une hérésie pour des enfants curieux de nature.