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« Nuit » de Bernard Minier, la décevante suite de « Glacé »

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nuit bernard minier martin servaz 2

Bernard Minier est de retour, et avec lui son personnage emblématique, le commandant Servaz. Dans la suite, et peut être la fin, des aventures des personnages présentés dans Glacé, récemment adapté pour la télévision, on assiste à la confrontation tant attendue entre Hirtmann, le tueur en série, et sa Némésis Servaz. Pour une réussite mitigée…

De quoi ça parle ?

Nuit de tempête en mer du Nord. Secoué par des vents violents, l’hélicoptère dépose Kirsten Nigaard sur la plate-forme pétrolière. L’inspectrice norvégienne enquête sur le meurtre d’une technicienne de la base off-shore.

Un homme manque à l’appel. En fouillant sa cabine, Kirsten découvre une série de photos. Quelques jours plus tard, elle est dans le bureau de Martin Servaz. L’absent s’appelle Julian Hirtmann, le tueur retors et insaisissable que le policier poursuit depuis des années. Étrangement, sur plusieurs clichés, Martin Servaz apparaît. Suivi, épié.

Kirsten lui tend alors une autre photo. Celle d’un enfant. Au dos, juste un prénom : GUSTAV.

Pour Kirsten et Martin, c’est le début d’un voyage terrifiant. Avec, au bout de la nuit, le plus redoutable des ennemis.

Alors ?

Après « Glacé », « Le cercle », et « N’éteint pas la lumière », on attendait que Martin Servaz retrouve enfin Julian Hirtmann, pour régler leurs comptes. La confrontation a enfin lieu, et elle est décevante.

Pourtant, le livre commence fort : après une interpellation qui a mal tourné, Servaz passe plusieurs jours dans le coma, frôlant la mort. De retour, affaibli, changé, il est sollicité par une policière norvégienne qui a retrouvé la trace du tueur en série Julian Hirtmann, évadé à la fin de Glacé. Et avec sa piste, celle d’un enfant auquel le tueur semble particulièrement attaché.

Rendez-vous manqué

C’est alors que commence un invraisemblable jeu de piste, ou plutôt d’amorces de pistes toutes rapidement écartées.

Servaz a vécu une expérience de mort imminente et s’en ouvre à son psy. Le début de quelque chose de nouveau pour le personnage ? Que nenni, l’auteur semble soudain s’en désintéresser pour passer à autre chose. Pareillement, l’entourage de Servaz ne cesse de lui rabâcher qu’il a changé depuis son coma. Le lecteur attentif ne notera aucune différence, pourtant, avec son comportement dans les romans précédents.

La police des polices s’intéresse à un meurtre qu’aurait commis Servaz ? A aucun moment la menace ne semble peser réellement sur le personnage, jusqu’au Deux ex Machina final qui le délivre.

On ne passe. Comme si l’auteur rigoureux de Glacé s’était soudain mué en gamin indiscipliné lâché dans un magasin de jouet fait d’idées, s’amusant avec les unes et les autres avant de vite passer à la suivante, lassé.

Et donc ?

Et donc, le final, qu’on espérait grandiose, devient juste grand-guignol, tous les problèmes de Servaz sont résolus, et le roman offre un fin ouverte, laissant augurer d’une suite. Sauf que Bernard Minier, à force de parsemer son histoires d’intrigues trop vites ébauchées et conclues, et de vouloir faire de Hirtman un méchant plus grand que nature, à la tête d’un véritable réseau de pervers, ne parvient qu’à lasser.

C’est dommage. Même si Bernard Minier a prouvé qu’il en avait sous le pied pour d’autres thrillers qui tiennent la route, comme « Une putain d’histoire », et qu’il semble qu’il se soit lassé de Martin Servaz, on aurait aimé pouvoir dire au revoir plus correctement au héros de « Glacé ». Un rendez-vous manqué, donc.

« Nuit » de Bernard Minier, XO éditions, 525 pages, 21.90 euros

nuit-bernard-minier-martin-servaz-668x1024 "Nuit" de Bernard Minier, la décevante suite de "Glacé"

Bande dessinée : TED BUNDY de Dobbs et Vitti

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Théodore Robert Bundy. Meurtrier, violeur, fétichiste, nécrophile. Un être totalement désinhibé et manipulateur qui traversa l’Amérique des années 1970, et qui échappa aux forces de police à de nombreuses reprises grâce à son audace et sa ruse. Avant les meurtres de « Ted », personne n’avait entendu le terme de serial killer…

10322719_491796604283747_1505150637362019632_n-225x300 Bande dessinée : TED BUNDY de Dobbs et VittiLongtemps après son exécution, nul ne connait vraiment le nombre exact des jeunes femmes qui furent ses victimes…

Est-il vraiment besoin de présenter le monstre qu’est Ted Bundy, l’un des tueurs en série le plus tristement connu.

Le ton est donné dès l’ouverture. « En ce qui me concerne, je ne pouvais simplement pas me contenir… Je suis le salaud le plus insensible que vous ayez jamais rencontré. » – Ted Bundy »

Les éditions Soleil ont eu une curieuse idée, créer une collection de bandes dessinées sur des tueurs en série qui ont existé.

Idée par ailleurs pas si stupide que cela, le tueur en série fascine le public, toutes sortes d’ouvrages fleurissent sur les tables des libraires depuis des années. Des fictions, des études, des témoignages. Depuis que Stéphane Bourgoin a ouvert la brèche, moult auteurs, journalistes, soi-disant spécialistes ont écrit. Avec plus ou moins de succès.

Que dire sur Ted Bundy qui n’a pas encore été dit ?

Pas grand chose, sauf à prendre sa vie à contre pied, ne pas conter ce que l’on a déjà lu des tas de fois, le prendre sous un angle différent.

Des années plus tard des étudiants du FBI suivent un cours sur ce meurtrier. Les failles de l’enquête de l’poque sont soulignées aux futurs agents, on leur explique tout les dysfonctionnement, tout ce qui aurait pu être évité, tout ce qui aurait pu permettre d’arrêter Bundy plus tôt…

Un scénario de Dobbs très intelligent, qui n’entre pas dans les poncifs, les clichés maintes fois répétés sur Bundy. Le trait d’Alessandro Vitti est sobre, aucune scène gore nul besoin de montrer les massacres commis par Bundy, d’autres scènes suffisent à montrer quel monstre il était… Dobbs aborde de manière inédite des facettes méconnues de sa personnalité, de son caractère, les raisons de son comportement. Il tente de nous expliquer son mode opératoire, il cherche ce qui a pu faire de lui l’un des tueurs en série les plus sanglants de l’histoire du crime des États-Unis. Ce scénario et des les dessin de Vitti permettent de créer un malaise.

Un dégout face au monstre, sans pour autant tomber dans la surenchère de dessins sanguinolents.

Bundy a marqué l’époque par son apparence tout à fait banale, ce gendre idéal, ce gentil garçon serviable, c’est certainement cela qui fait le plus peur.Il fut le premier tueur pur lequel on a utilisé les termes « Masque de normalité et Serial Killer… »

Dobbs est un type sympa et bourré d’humour que j’ai eu le plaisir de rencontrer lors des halliénnales, il prévient son lecteur quand celui-ci lui cause un peu trop tueurs sériels : Des fois le sort s’acharne… On tente de stopper définitivement une thèse sur les tueurs en série afin d’avoir une vie sociale équilibrée… et puis vlan ! Les gens c’est évident, vont me regarder de travers dans certains festivals en me demandant : « Vous n’écrivez que sur des tueurs comme ça ? » Et moi de leur répondre : « Ben non, j’ai fait Ed Gein avant ». Merci à toute l’équipe d’avoir planté en beauté ma réputation sans tache de grand romantique idéaliste…

A noter l’illustration de couverture est d’Olivier Peru (Zombie, oracle, lancelot, etc.)

La collection comporte quatre autres titres : Zodiac Killer ; le vampire de Sacramento ; l’étrangleur de Boston, Ed Gein. Si vous avez un cadeau à faire à un chroniqueur, je peux vous refiler mon adresse, merci.

Sébastien Mousse,

L’atelier Mosésu

Sébastien-MOUSSE-150x150 Bande dessinée : TED BUNDY de Dobbs et Vitti
Sébastien MOUSSE (Photo : Benjamin Berdeaux)

 

636_P1 Bande dessinée : TED BUNDY de Dobbs et Vitti

Le Vampire de Düsseldorf, un tueur en série Allemand

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L’Amérique n’a pas l’apanage des tueurs en série. Du monde entier, des criminels sadiques ont sévi, y compris chez nos voisins Allemands, qui se souviennent encore en frissonnant du Vampire de Dusseldorf, Peter Kürten.
Enfance malheureuse

Né dans une famille pauvre de Cologne, troisième d’une fratrie de treize enfants, Peter Kürten eut une enfance marquée par la délinquance et de fréquentes fugues du domicile familial. Il prétendit plus tard avoir commis son premier meurtre à l’âge de 9 ans : il aurait noyé deux jeunes chiots pendant une baignade. Sa famille déménagea à Düsseldorf en 1894. Il fit quelques passages en prison, pour vol et pyromanie.

Sa première condamnation pour meurtre fut prononcée en 1913 : lors d’un braquage, il étrangla une jeune fille. Kürten passa donc huit ans en prison, jusqu’en 1921, année ou il fut libéré et qui le vit emménager à Altenburg, où il devint syndicaliste. En 1925, il retourne à Düsseldorf. Il se marie, et vit une existence paisible, presque bourgeoise.

Le Vampire de Dusseldorf

Le 8 février 1929, il agresse une jeune femme et tue une fillette de 8 ans. Le 13 du même mois, il poignarde un mécanicien de vingt coups de couteau. Le 21 août, il attaque, toujours avec un couteau, trois personnes différentes. Le 23 août, il assassine deux sœurs, âgées de cinq et quatorze ans ; puis un homme le 24. Il commet encore deux viols et deux meurtres en septembre et octobre 1929, ainsi que deux agressions avec un marteau. Le 7 novembre, il tue une fillette de cinq ans et envoie à la police une carte indiquant l’emplacement du corps. La diversité des méthodes employées, ainsi que des profils des victimes, laissait croire à la police que plusieurs tueurs distincts étaient en liberté dans Düsseldorf.

La panique commence à s’installer dans tous les quartiers de Düsseldorf. Le soir, toutes les rues se vident. Les journaux font leurs choux gras de l’affaire et on peut lire que « La Bête des abîmes a encore frappé ».

La fin du vampire

Peter Kürten ne fut jamais soupçonné avant la fin : discret, courtois, poli, il faisait tout pour ne pas attirer l’attention, avec un succès certain.

En février et mars 1930, il agresse plusieurs personnes avec un marteau, mais aucune n’est tuée. En mai, il accoste Maria Budlick, qu’il amène chez lui, puis dans les bois de Grafenberg. Il la viole, puis la laisse partir.

Maria Budlick mène directement la police chez Kürten qui, à cause du risque de condamnation, prend la fuite. Il avoue le viol, ainsi que les autres meurtres, à sa femme qui ignorait ses macabres activités, en lui demandant de tout dire à la police. Le 24 mai, il est repéré et arrêté.

Pendant son interrogatoire, il avoue près de 80 crimes, mais, à son procès qui débute en avril 1931, l’accusation retient contre lui neuf meurtres et sept tentatives de meurtre. Il tente d’abord de plaider non-coupable, mais change rapidement de tactique. Il est jugé coupable et condamné à mort. Il est guillotiné le 2 juillet 1931 à Cologne.

Cinéma : revivez le procès Guy Georges (jour 15)

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Dans les années 1990, Guy Georges a été l’un des tueurs en série les plus recherchés. Entre 1991 et 1998, le criminel a opéré à Paris, violant, poignardant. Actuellement en salles, le film « L’affaire SK1 », du cinéaste Frédéric Tellier, retrace cette traque hors norme et le procès qui a suivi en 2001.

Notre collaborateur Olivier Pelladeau, alors chroniqueur judiciaire au quotidien « France Soir », a suivi ces audiences éprouvantes. Comme un feuilleton en temps réel et en 16 épisodes, « Funéraire Info » publie pendant deux semaines ses comptes-rendus d’époque, comme si vous y étiez. Guy Georges a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans.

Jeudi 5 avril 2001. Quatorzième audience.

« Perpétuité pour Guy Georges

C’est l’usage. Le président Yves Jacob et les jurés ont donné une dernière fois la parole à Guy Georges avant de délibérer. Avant que celui-ci ne soit finalement condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie (à l’unanimité) de 22 ans de sûreté. Derniers mots publics avant longtemps. Alors, debout au bord du box de la cour d’assises de Paris, l’accusé déplie un papier. Il s’excuse de mal s’exprimer, et jette par-delà les murs à la société qui l’accuse les questions qui le taraudent.

« Pourquoi mes parents m’ont-ils abandonné ? Pourquoi, à cinq ou six ans, m’a-t-on retiré une moitié d’identité ? Pourquoi dix ans plus tard la Ddass me raconte-t-elle des mensonges ? Pourquoi, après ma première condamnation, on ne se penche pas sur moi alors qu’on me dit dangereux ? Pourquoi, en 1982, me condamne-t-on à 18 mois alors que je n’ai rien fait ? Pourquoi, en 1985, me juge-t-on à dix ans de réclusion en 2h30 ? Pourquoi ma folie meurtrière commence-t-elle en 1991 ? Pourquoi ne m’arrête-t-on pas en 1995 quand je donne mon sang ? Pourquoi suis-je devenu ce tueur implacable et sans pitié, diabolique et démoniaque selon l’avocat général ?  Pourquoi suis-je capable de rire et de plaisanter quand je souffre ? »

Au seuil d’une prison dont il pressent qu’il ne « sortira jamais, vous pouvez être tranquille », il refuse qu’on ne retienne de lui que la face obscure. « J’ai aussi du blanc en moi. J’assume ce que j’ai fait. Mais j’ai une haine de la société. Cette peine que vous m’infligez, c’est moi qui me l’inflige. »

Fascination morbide

Il remercie les gendarme de leur correction, se tourne vers les familles de ses victimes, ajoute : « Quoi qu’il arrive, je ne recommencerai jamais. Et même si vous ne l’acceptez pas je vous demande encore pardon. »

Cette société « qui refuse de se regarder en face » quand elle produit un Guy Georges, Me Alex Ursulet (son avocat) la prend à témoin, en fait la source de toutes les malédictions. « Pourquoi a-t-il tué ? C’est la seule question de ce procès. Tout le monde veut savoir. Elle nous interroge au fond de nous-mêmes. Il n’y a pas de réponse. Tout le monde est fasciné par cette histoire. Pas seulement ici. Depuis le début. Fascination morbide. Gardons-nous de ce mécanisme collectif qui ferait de l’accusé un coupable d’avance. »

L’avocat, en affirmant ressentir aussi la douleur qui suinte du dossier, trouve nécessaire de justifier ce qui l’a fait douter : le portrait-robot peu ressemblant, des empreintes digitales non identifiées relevées chez les victimes, une empreinte de pied différente, et l’infaillible ADN, dont l’expert avoue une erreur de transcription. Malgré les aveux, il dit n’avoir pas trouvé dans cette audience réponses à ses attentes.

Avec emphase, Me Ursulet veut plaider « contre la malédiction », « pour la part maudite » de Guy Georges, ce « fils de personne ». A l’avocat général : « Dire qu’il n’est pas malade mais qu’il est incurable, quel extraordinaire paradoxe ! Ne voyez-vous que le diable dans l’homme qui est derrière moi ? Lorsque Dieu n’a pas donné d’explication aux hommes, c’est qu’il se réserve le droit d’en être le seul juge. »

Après quatre heures de délibéré, les jurés ont eux-mêmes tranché. Acquittant d’ailleurs l’accusé pour une agression où la victime ne l’avait pas reconnu. »

 

Cinéma : revivez le procès Guy Georges (jour 14)

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Dans les années 1990, Guy Georges a été l’un des tueurs en série les plus recherchés. Entre 1991 et 1998, le criminel a opéré à Paris, violant, poignardant. Actuellement en salles, le film « L’affaire SK1 », du cinéaste Frédéric Tellier, retrace cette traque hors norme et le procès qui a suivi en 2001.

Notre collaborateur Olivier Pelladeau, alors chroniqueur judiciaire au quotidien « France Soir », a suivi ces audiences éprouvantes. Comme un feuilleton en temps réel et en 16 épisodes, « Funéraire Info » publie pendant deux semaines ses comptes rendus d’époque, comme si vous y étiez. Guy Georges a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans.

Mercredi 4 avril 2001. Treizième audience.

« Le maximum requis contre Guy Georges

« Au regard de l’extrême gravité des faits, et de la dangerosité que Guy Georges représente, je requiers la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de 22 ans. » Le maximum possible.

En moins de deux heures ce mercredi, l’avocat général Evelyne Lesieur a souligné qu’elle ne voyait pour le « tueur de l’Est parisien » guère d’échappatoire, guère d’espoir. « C’est un multirécidiviste, et il n’existe pas de traitement pour lui. » L’acquittement est toutefois demandé dans l’affaire Estelle F., survivante qui n’a pas reconnu en Guy Georges son agresseur.

S’appuyant sur les aveux de l’accusé, sur un « ensemble d’indices concordants », l’avocat général estime « sans doute possible » Guy Georges coupable de sept viols suivis d’assassinats et de vols d’objets chez les victimes, ainsi que de trois tentatives avortées malgré lui. Même ADN dans quatre cas, même signature dans les vêtements lapidés au couteau, dans l’égorgement des victimes, même absence de mobile qui « caractérisent le tueur en série ».

En un « rituel de vampirisation », l’accusé s’en est pris à des sœurs de sang. « C’est leur caractère socialement adapté, leur énergie vitale qui l’ont accroché, analyse la magistrate. Leur réussite le renvoie à son propre sentiment d’échec et de frustration, ce qui lui est insupportable. Guy Georges se nourrit de la force vitale de celle qui subit son emprise. »

Pour l’avocat général, « l’accusé donne des leçons à l’enfer ». Diabolique dans le crime, il l’est encore à son procès. « Jouant sur tous les registres, menant le bal de la perfidie », multipliant depuis son box « l’arrogance, l’insulte, l’outrage, le déni, vrillant les cœurs ouverts des familles des victimes, prolongeant leur interminable chemin de croix commencé depuis dix ans ».

« Qui pouvait être dupe de cette mise en scène », s’emporte-t-elle, bras levés. L’accusé n’avait jamais nié les faits pendant l’instruction. Le voici qui le fait ici, à la face même des pères, des mères de ses victimes. Puis sa défense brandit le spectre de l’erreur judiciaire, cherche d’improbables coupables, évoque un tabassage policier propre à le faire avouer. Guy Georges ne veut plus répondre, puis reconnaît. Il s’adapte aux circonstances. Il n’a pas vraiment le choix : il a laissé son ADN dans les crimes que la Cour aborde.

La parole des rescapées ? Il faut la croire, au regard de la véracité des scènes qu’elles décrivent. Si semblables. Voici Elisabeth O., « la miraculée, celle qui doit sa vie à une ampoule de 15W. Elle nous a fait le récit des impressions d’une condamnée à mort. A vous familles, elle vous a donné les pièces du scénario à l’issue duquel vos enfants ont été tuées ».

Plus tard dans l’audience, Me Pons a tenté de trouver une place pour la défense. Avec d’infinies précautions face à la douleur des familles, l’avocate s’interroge. Sur la fragile mémoire des survivantes et le risque d’erreur. Sur cette faute de frappe dans la transcription du code génétique de Guy Georges. Un accusé qui n’est pas le diable décrit par l’accusation et qui demeure, malgré le pessimisme exprimé, « le seul à inventer son lendemain ».

Fin des plaidoiries de la défense et verdict ce jeudi. »

 

 

Cinéma : revivez le procès Guy Georges (jour 13)

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(Photo production film SK1)

Dans les années 1990, Guy Georges a été l’un des tueurs en série les plus recherchés. Entre 1991 et 1998, le criminel a opéré à Paris, violant, poignardant. Actuellement en salles, le film « L’affaire SK1 », du cinéaste Frédéric Tellier, retrace cette traque hors norme et le procès qui a suivi en 2001.

Notre collaborateur Olivier Pelladeau, alors chroniqueur judiciaire au quotidien « France Soir », a suivi ces audiences éprouvantes. Comme un feuilleton en temps réel et en 16 épisodes, « Funéraire Info » publie pendant deux semaines ses comptes-rendus d’époque, comme si vous y étiez. Guy Georges a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans.

Mardi 3 avril 2001. Douzième audience.

« Guy Georges a besoin de tuer

Juger, c’est comprendre. Un homme, un fait, le pourquoi, le comment. Mais ici, face à ce Guy Georges si énigmatique qu’il questionne même les experts psychiatres, l’art touche à ses limites. C’est Me Haïk qui l’affirme aux jurés de la cour d’assises de Paris. « Paradoxalement, on va peut-être vous demander ici de juger sans comprendre. Car comment l’humain peut-il produire tant d’inhumain ? »

Sur la lancée des médecins lundi, l’avocat de la famille Escarfail a rappelé hier avant d’autres parties civiles cette idée force dont devront s’imprégner, selon lui, les jurés : « Guy Georges a besoin de la mort de l’autre pour survivre. A cause de cette nécessité de tuer, il est condamné à la répétition. ». Il est « la concentration des forces du mal dans une enveloppe humaine », prolonge Me Rault (familles Rocher et Frinking).

A l’audience encore, l’accusé joue, théâtralise, manipule. Me Bine-Fisher (famille Nijkamp) : « Ce menteur, multirécidiviste, violeur, meurtrier qui prémédite, qui fait ses courses, a demandé pardon. Mais ça veut dire quoi pour lui ? Ses victimes sont des objets. Dit-on pardon à des objets ? » Logique d’exclusion. La famille Magd souhaite « l’élimination », rapporte son avocat.

Dix ans d’angoisse

Pour les proches des sept jeunes femmes victimes de Guy Georges de 1991 à 1997, pour les quatre rescapées du tueur en série avoué, ces plaidoiries marquent une certaine fin. Celle de dix ans d’angoisse, de souffrance chevillée au corps, de quête de vérité. Quand le verdict sera rendu, jeudi, chacun emportera son deuil à vie, sans avoir forcément trouvé ici de réponses à ses interrogations.

« Comment Elsa, dans sa voiture aux portes verrouillées, s’est-elle laissée convaincre par Guy Georges de lui ouvrir ? », se demande ainsi Me Maury (famille Benady). Elsa, martyrisée dans son parking, « c’était la vie, l’amour. Quand elle voyait un SDF l’hiver en bas de chez elle, elle lui donnait à manger. Elle allait en confiance vers l’autre ».

« Il ne faut pas confondre la folie de l’acte et la folie du meurtrier. Guy Georges a volontairement choisi l’extrême mal », prévient Me Doumic (famille Escarfail) qui revient sur « l’épouvantable intensité de la dernière heure de vie » de Pascale, 19 ans, la première de la série. Comme si, avec sa blondeur et sa fragilité, elle avait déclenché chez lui une vague de terreur contenue depuis dix ans. Nous souhaitons tous que nos derniers mots, nos derniers regards soient pour ceux que nous aimons. Guy Georges les a volés à sa famille. »

A gros flots de douleur étalée au pied des jurés, les récits s’accumulent, si semblables, si différents aussi à l’heure d’apprendre la mort de sa fille, sa compagne, sa sœur. « On ne sait jamais quand frappe la souffrance », commente Me Chabert (famille Sirotti). L’avocat évoque le père de Magali, et sa fleur fraiche déposée chaque jour sur la tombe. Il raconte ce jour abominable où la mère s’en est allée rendre au magasin la robe de mariage prévue, devenue inutile. Pour tous, il y a ce sentiment intense d’absence, comme une part d’eux à jamais arrachée. Réquisitoire demain. »

Cinéma : revivez le procès Guy Georges (jour 12)

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Dans les années 1990, Guy Georges a été l’un des tueurs en série les plus recherchés. Entre 1991 et 1998, le criminel a opéré à Paris, violant, poignardant. Actuellement en salles, le film « L’affaire SK1 », du cinéaste Frédéric Tellier, retrace cette traque hors norme et le procès qui a suivi en 2001.

Notre collaborateur Olivier Pelladeau, alors chroniqueur judiciaire au quotidien « France Soir », a suivi ces audiences éprouvantes. Comme un feuilleton en temps réel et en 16 épisodes, « Funéraire Info » publie pendant deux semaines ses comptes rendus d’époque, comme si vous y étiez. Guy Georges a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans.

Lundi 2 avril 2001. Onzième audience.

« Les psys estiment Guy Georges incurable

Comment Guy Georges Rampillon, gamin placé à la Ddass, s’est-il mué en ce Guy Georges, tueur en série avoué que la cour d’assises de Paris juge pour sept assassinats et quatre tentatives ? Psychiatres et psychologues n’ont pas eu de trop d’une journée d’audience ce lundi pour y répondre. Avec cette conclusion claire : « une quasi-impossibilité d’imaginer pour lui une thérapie ou une prise en charge. » Dans son état, il est « condamné à la répétition », a ainsi constaté le docteur Michel Dubec.

Le médecin confie son sentiment étrange face à Guy Georges, l’homme qui s’adapte très bien à son environnement, qui propose un contact « facile, cordial », qui « fait entrer son interlocuteur dans la connivence ». Un séducteur qui embobine sa proie.

Des vingt actes criminels répertoriés dans la carrière de l’accusé, les experts relèvent un enchevêtrement de violence prédatrice (celle qui tue froidement) et de violence émotive (celle qui éclate en réaction). Cette violence prédatrice où le « sujet n’éprouve qu’indifférence pour sa victime », Guy Georges l’a d’abord ressenti.

Au fil des années, les attaques au couteau se sont teintées d’une dimension sexuelle. C’est en 1991, avec le premier des assassinats reprochés ici, que la dernière étape –le meurtre- apparait. La mort de Pascal Escarfail, dans son appartement parisien, sera copiée comme un rituel. Parce que cette personnalité au « moi » chancelant ne trouve d’équilibre que dans le passage à l’acte. Et dans son recommencement.

Un crime qui « apaise son excitation, mais qui lui procure plus tard du dégoût ». La femme agressée n’est vue que comme un objet qui n’éprouve rien, que comme une volonté d’emprise. Paradoxe : lui-même ne ressent rien pour elle.

Guy Georges n’est pas mentalement malade. Il possède une intelligence intuitive, qui le fait s’adapter : quand un événement imprévu l’empêche d’agresser, il fuit. Soit en abandonnant sa proie. Soit en quittant momentanément Paris. Ses fameuses pulsions ne sont donc pas si incontrôlables… Il est d’ailleurs tout à fait capable de mener parallèlement une vie normale.

« Quand je l’ai interrogé, témoigne le docteur Dubec, il était capable d’estimer que l’acte qu’on lui reproche n’est pas normal. » Eternel révolté, vaguement contestataire, il se dit victime de la société. Il estime avoir été parfois injustement condamné. Il a déjà agi par vengeance. Il faut aussi aller chercher son isolement dans une grande timidité, dans les conditions de sa naissance, et un mode de vie instable.

« Qu’est-ce qui pouvait l’arrêter ? », interroge l’avocat d’une famille de victime. A la cour, Georges a répondu ces jours derniers : « la mort ».

La cour s’interroge alors sur la portée des aveux passés dans le box. La voie de la réadaptation passe par la confidence, pas par l’aveu. L’accusé, soutient un médecin, ne ressent pas de culpabilité. Quelle thérapie possible, alors ? Dès 1980, quand Guy Georges avait 17 ans et déjà deux actes de violence à son actif, des praticiens exprimaient leurs réserves.

Cinéma : revivez le procès Guy Georges (jour 11)

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(Photo production film SK1)

 

Dans les années 1990, Guy Georges a été l’un des tueurs en série les plus recherchés. Entre 1991 et 1998, le criminel a opéré à Paris, violant, poignardant. Actuellement en salles, le film « L’affaire SK1 », du cinéaste Frédéric Tellier, retrace cette traque hors norme et le procès qui a suivi en 2001.

Notre collaborateur Olivier Pelladeau, alors chroniqueur judiciaire au quotidien « France Soir », a suivi ces audiences éprouvantes. Comme un feuilleton en temps réel et en 16 épisodes, « Funéraire Info » publie pendant deux semaines ses comptes-rendus d’époque, comme si vous y étiez. Guy Georges a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans.

Vendredi 30 mars 2001. Dixième audience.

« Le serial killer trahi par son ADN

Le docteur Olivier Pascal, du CHU de Nantes, a un regret, peut-être même un remords. « Si nous étions sortis de notre travail d’expert en génétique, les deux dernières jeunes femmes (Magali Sirotti et Estelle Madg, NDLR) seraient vivantes aujourd’hui. Mais sur le plan légal, je n’avais pas le droit de prendre l’initiative. » Manque de chance ou de perspicacité des enquêteurs. Il n’en demeure pas moins que Guy Georges a été « avec certitude » trahi par son ADN dans trois assassinats et une tentative, entre 1994 et 1997.

Après la mort dans son appartement de Pascale Escarfail en janvier 1991, Guy Georges égorge dans des parkings parisiens Catherine Rocher (janvier 1994) puis Elsa Benady (novembre 1994). Crimes avoués devant la cour d’assises de Paris ces derniers jours.

Vêtements, tapis, mégots, cheveux : aucun ADN n’est identifié dans ces trois cas. Les meurtres des parkings, malgré un mode opératoire proche, ne seront d’ailleurs pas traités par le même groupe de la brigade criminelle  parisienne.

Un prospectus de théâtre ensanglanté est toutefois découvert dans la voiture d’Elsa Benady, portant un ADN masculin inconnu.

Après l’assassinat chez elle d’Agnès Nijkamp (décembre 1994), l’agression contre Elisabeth O. (juin 1995), les morts d’Hélène Frinking (juillet 1995) et d’Estelle Magd (novembre 1997), l’ADN d’un homme identique, baptisé « SK » (serial killer) est mise en évidence à partir de sperme, de sang, d’une cigarette. Avec une probabilité d’erreur allant de une sur 145 millions à une sur 700.000 milliards.

Explorant les fichiers d’agresseurs sexuels, les policiers s’intéressent en novembre 1995 à Guy Georges, alors en prison. Parmi huit suspects, ce dernier accepte de donner son sang.

« SK », comme serial killer

Au laboratoire nantais, l’ADN de « SK » dort dans un congélateur depuis fin 1994. A ce moment-là, le juge d’instruction ordonne de comparer l’échantillon de Georges. Mais c’est avec le prospectus de théâtre de l’affaire Benady. Pas avec l’ADN de « SK ». Echec.

La victime Elisabeth O. ne l’ayant en outre pas reconnu sur photo, l’accusé est blanchi. Policiers et juge n’établissent, à ce stade de l’enquête, pas de lien évident entre les crimes en parking et les meurtres en appartement. Une aubaine pour le « tueur de l’Est parisien » qui, lui, repart en chasse, et tue.

En février 1998, le juge (discrètement présent dans le public hier jeudi) décide de passer en force, aux marges de la loi. Il demande au laboratoire nantais, comme à d’autres, de fouiller leurs archives. « Nous avions chez nous 3.500 dossiers, à comparer avec « SK », un à un », explique Olivier Pascal. Le 24 mars, Guy Georges est identifié. Le surlendemain, il est arrêté.

Me Chabert (famille Sirotti) se lève, interroge l’expert Pascal : « Les aveux de Guy Georges confirment-ils vos constatations ? » Le scientifique, qui répond par l’affirmative, précise que ça n’est pas entré en compte. Me Chabert le remercie pour son « travail exceptionnel » pendant l’enquête. Et il raconte : après l’arrestation de l’accusé, le juge a demandé pardon à la famille Sirotti, pour le raté d’expertise de 1995. C’est le seul pardon qu’ils aient accordé.

Cinéma : revivez le procès Guy Georges (jour 9)

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Dans les années 1990, Guy Georges a été l’un des tueurs en série les plus recherchés. Entre 1991 et 1998, le criminel a opéré à Paris, violant, poignardant. Actuellement en salles, le film « L’affaire SK1 », du cinéaste Frédéric Tellier, retrace cette traque hors norme et le procès qui a suivi en 2001.

Notre collaborateur Olivier Pelladeau, alors chroniqueur judiciaire au quotidien « France Soir », a suivi ces audiences éprouvantes. Comme un feuilleton en temps réel et en 16 épisodes, « Funéraire Info » publie pendant deux semaines ses comptes-rendus d’époque, comme si vous y étiez. Guy Georges a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans.

Mercredi 28 mars 2001. Huitième audience.

« Seule la mort pouvait m’arrêter »

« Guy Georges parle, réunit ses souvenirs, hésite, s’énerve quand on met en doute sa volonté toute neuve de se raconter. Premiers récits de meurtres par lui-même à l’audience. La cour d’assises de Paris semble encore comme assommé par les aveux de l’accusé, hier mardi : sept femmes assassinées entre 1991 et 1997, et une miraculée.

A l’écouter, un tueur hantait bien l’est de Paris. Des femmes, il en a d’ailleurs suivi d’autres, au gré de ses pulsions, qui n’en sauront jamais rien. Sauvées par « les circonstances » ou une porte d’immeuble trop vite refermée.

8 juillet 1995. Voici Hélène Frinking, 27 ans, psychomotricienne, hollandaise. « C’est vers la gare de l’Est que je l’ai aperçue. Je l’ai suivie jusqu’à chez elle. Quand elle est entrée sous le porche, j’ai sorti mon couteau. On a monté l’escalier. Elle a ouvert sa porte. On est entré. Elle avait peur. Je lui ai attaché les mains, l’ai bâillonnée. Je l’ai violée. Je l’ai tué. » Il est quatre heures du matin. Son compagnon la découvrira vers 9h15, en la visitant rue du Faubourg Saint-Martin (XXe arrondissement).

Constatations policières : « Du sang recouvrait une grande partie de la chambre. Sur le lit, au sol, sur les murs. Le corps nu reposait sur le dos, entre le lit et le mur, le cou, la gorge et la nuque entaillés 16 fois. » Sur les poignets, la colle d’un sparadrap. Sous le lit, le slip et un pantalon découpés. Le soutien-gorge est sectionné entre les bonnets. Comme d’habitude. Un Opinel gît dans un coin, un oreiller maculé dans un autre. L’évier de la salle de bain, humide, présente les traces sanguines d’un lavage récent. Deux empreintes d’un pied gauche nu sont relevées, particulières : le deuxième doigt est plus long que le pouce. Le sperme prélevé met en évidence l’ADN de Guy Georges.

Hélène Frinking est rentrée à pied d’une fête, au quartier latin. Elle y enterrait joyeusement la vie de jeune fille d’une amie. La cour présente sa photo à l’accusé, qui la reconnaît. « Peut-on considérer qu’avec le sparadrap et le couteau que vous aviez sur vous, vous cherchiez une fille, ce soir-là », interroge le président du tribunal. « Oui. Les pulsions me prenaient trois-quatre heures avant. »

Me Rault (famille Frinking) le bouscule, au risque de le braquer. Mais la famille veut savoir. « Pourquoi l’avez-vous massacrée ainsi ? » Il l’ignore. « L’oreiller, c’était pour quoi faire ? » D’un ton neutre : « Pour l’empêcher de crier quand je lui donnais les coups de couteau. »

« Vous a-t-elle demandé de la laisser ? » Guy Georges a tenté de l’amadouer. Hélène gagne du temps, cherche sans doute à le calmer. « Elle m’a parlé de son nom, de son âge, de son métier. Elle a sans doute parlé d’autre chose, mais on ne retient pas tout. Elle ne pouvait pas savoir que j’allais la tuer. Moi, j’étais dans un état que je n’explique pas. Conscient sans l’être. Je vais peut-être dire des mots qui font mal. Mais quand je suis comme ça, je suis sans pitié. »

L’accusé affirme ne plus supporter ce qu’il a fait. Mer Doumic (famille Escarfail) glisse à cet être double que le « bon Guy Georges » aurait pu se rendre. « C’est pas si simple, rétorque t-il. On n’est pas deux. Le bon veut protéger le mauvais. Mais un seul agissait : c’est moi. » Son avocat, Me Ursulet : « Qu’est-ce qui aurait pu vous arrêter ? » « La mort ».

 

Cinéma : revivez le procès Guy Georges (jour 7)

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Dans les années 1990, Guy Georges a été l’un des tueurs en série les plus recherchés. Entre 1991 et 1998, le criminel a opéré à Paris, violant, poignardant. Sur les écrans cette semaine, le film « L’affaire SK1 », du cinéaste Frédéric Tellier, retrace cette traque hors norme et le procès qui a suivi en 2001.

Notre collaborateur Olivier Pelladeau, alors chroniqueur judiciaire au quotidien « France Soir », a suivi ces audiences éprouvantes. Comme un feuilleton en temps réel et en 16 épisodes, « Funéraire Info » publie pendant deux semaines ses comptes-rendus d’époque, comme si vous y étiez. Guy Georges a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans.

Lundi 20 mars 2001. Sixième audience.

«Guy Georges joue avec la cour

Yves Jacob, le président de la cour d’assises de Paris, soupire. « Je suis un éternel naïf, lance t-il à Guy Georges. Je ne m’attendais pas à cela. Vendredi, vous aviez dit que vous vouliez parler. Je pensais que vous alliez le faire. » Loin de s’épancher, d’avouer les sept assassinats dont on l’accuse, Guy Georges, vindicatif et cynique, s’est au contraire muré ce lundi dans un mutisme buté.

« En fait, explique t-il énervé, ce que j’avais à vous dire était désagréable. La justice, j’en ai marre. Cela fait plus de 30 ans qu’on m’humilie. La justice, je lui pisse dessus ! A partir de maintenant, je ne dirai plus rien. » Stupeur, dans cette salle d’audience bondée. L’accusé, 38 ans, qui nage dans un tee-shirt bariolé trop grand, paraît le gamin frondeur qu’il a du être. Au bord de la rupture vendredi, il a obtenu un week-end de réflexion. Il en revient requinqué. « On a essayé de le croire humain. En fait, il ne l’est pas », constate la mère d’une victime.

La tempête sous ce crâne d’accusé était-elle trop grande ? Georges a refusé ce lundi matin d’être extrait de sa cellule de la Santé. Quand l’escorte l’a embarqué de force, sur ordre du président, c’était nu sous une couverture. Il entre dans le box en retard, vêtu sommairement. « Les rapports de force, ça ne mène à rien », s’emporte t-il, explorant les dorures du plafond.

Par six fois jusqu’au soir, le président va le pousser à parler : est-il responsable notamment de la mort d’Agnès Nijkamp, décoratrice de 33 ans, découverte par son compagnon violée et égorgée le 9 décembre 1994 dans leur duplex de la Bastille ? L’ADN de l’accusé a été retrouvé dans le sperme prélevé. Marge d’erreur : un sur un milliard.

« Quand on voit la scène du crime, on se dit qu’on a à faire avec quelqu’un de « sérieux », un fauve qui met son intelligence et son sens de l’organisation au service de ses pulsions criminelles », confie un enquêteur.

Le policier, décrivant les vêtements lacérés, les plaies au couteau, les objets dérobés, y voit l’habituel mode opératoire du « tueur de l’Est parisien ». L’homme aux onze victimes entre 1991 et 1997.

« Pourquoi lui avez-vous fait si mal ? », l’interroge l’avocate des Nijkamp. « Je ne réponds pas. » Elle poursuit : « Vous n’avez pas été sensible quand elle a eu si peur ? » Georges, félin en représentation : « Je ne réponds pas.»

Le président lit les aveux détaillés passés chez le juge, en mai 1998. Pas de commentaire. L’accusé explique alors que s’il « respecte les victimes », magistrats et avocats ne lui inspirent que méfiance.

En néerlandais, Christine Nijkamp, cadette d’Agnès, confie alors l’atroce douleur qui l’a saisie en 1994, combien elle s’est sentie amputée d’une part d’elle-même. « A l’époque où elle a été tuée, Agnès traversait la période la plus heureuse de sa vie. » se tournant vers Guy Georges : « Qu’est-ce qui vous empêche de répondre à nos questions ? »

« Je parlerai bientôt. A vous, les familles. Mais pas maintenant. Cette cour d’assises est un théâtre. » Quand ? Où , demande t-on ? Peut-être au verdict. « Je parlerai », répète juste Guy Georges. Un avocat prend date, pour des jours meilleurs : « Le premier courage d’un homme est de savoir reconnaître ses fautes. Réfléchissez à cela. » « Je n’ai pas à vous répondre », lui retourne l’accusé.