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Infirmiers et personnels soignants face à la mort

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infirmiers et personnels soignants face à la mort
crédit photo : Blog le monde , débat sur la fin de vie

Quelques éclairages nets, tout en douceur et en pudeur pour ces professionnels qui côtoient la mort bien plus souvent qu’on ne le pense.

Appréhender la mort pour mieux aider la vie

Stéphanie a 35 ans. Elle explique en préambule de son travail de recherche, qu’elle fait partie de cette génération qui à un moment donné a voulu changer de vie, pour faire quelque chose de plus profond, pour donner un sens à chaque jour qui passe, une sorte « de crise de la trentaine et de la quarantaine mélangée ». Elle reprend ses études avec l’appréhension de ne plus avoir la force qu’elle aurait eu si elle avait encore 20 ans. « La discipline est souvent idéalisée, installée en vocation, pourtant on le sait avant d’y aller, ça va être beaucoup plus complexe que cela, ça va être passionnant mais aussi, dévorant. »

Écrire sur la mort dans le milieu hospitalier, c’est surtout écrire sur la fin de vie, une sorte de transition palpable vécue quasiment au quotidien pour certain(e)s infirmier(e)s. « C’est très caricatural ce que je vais dire, mais c’est un peu ça, une fois que les médecins ont fait leur travail, ou que le chirurgien a fait ce qu’il a pu, on se retrouve comme ça, a refermer, suturer, panser, rhabiller etc. On nous laisse avec un cadavre alors que deux heures avant on discutait avec lui ou elle. C’est violent parfois ». Elle entame donc son travail avec l’angle de la fuite de certains professionnels, pourtant plus diplômés, pourtant plus à même d’entreprendre cette partie ô combien complexe qui préfèrent la fuite. De la lâcheté ? Peut-être mais surtout une réaction humaine. La mort, c’est l’échec.

Ce travail lui a surtout permis d’aborder le soin de manière complètement différente. « Dans le palliatif par exemple, mais même ailleurs, les personnes ont besoin de savoir ce qu’il va se passer, et qu’on leurs explique, calmement et posément les choses. Bien sur nous n’avons pas toutes les solutions, mais j’avais besoin de me confronter à ça pour apprendre à trouver en moi les ressources nécessaires pour me tenir là, debout devant un patient sans défaillir. La confiance en soi, permet de rassurer le patient. »

soignant-patiente-photos-as Infirmiers et personnels soignants face à la mort

La mort en face

Pour David tout est une question de mesure. « La profession de soignant est particulière parce qu’on tisse de véritables liens avec nos patients, on connaît leurs histoires, et connaître leur dossier médical c’est connaître leur intimité d’une certaine manière. On les voit quotidiennement parfois plus que notre propre femme ou enfants. »

Dans le cadre de la fin de vie, le lien entre soignant-soigné va s’exercer au quotidien. L’aide à s’alimenter, confort physique, psychologique, et par ce lien, les soignants vont voir se dégrader la personne jusqu’à la déchéance profonde de leur état. Ils recueillent aussi des informations précieuses, comme les regrets sur des choses manquées de leur vie, ou la peur de ‘l’après’. « Ça me fait énormément relativiser » explique David.  « Dans mon service on me voit toujours rire, je suis un peu le boute-en-train, mais je suis obligé, je ne veux rien regretter, quand j’entends le nombre d’actes manqués de la part de mes patients je ne veux pas être comme ça. Ils sont en train de mourir, ils ont des douleurs physiques réelles, et pourtant c’est les regrets qui leurs font le plus mal ».

Les émotions cul de sac

On ne se rend pas toujours compte mais eux aussi prennent toutes ces émotions pour ne plus les restituer. Le personnel d’entretien vient chaque jour dans les chambres de ces malades, leurs sourie, échange quelques mots, nettoie, met en place en essayant d’être suffisamment présent pour eux et suffisamment absent pour ne pas les déranger. « On fait ça quotidiennement, et puis machinalement on ouvre les portes, on les voit dans leur intimité, ça nous dérange presque d’être là, et puis un jour on ouvre la porte…et il n’y a plus personne, et là on se dit qu’on préférait encore qu’il soit là » me rapporte Sylvie.

Le deuil des soignants

Que cela soit à l’hôpital ou en libéral, les professionnels sont formés à une certaine distance psychologique, mais cela n’empêche pas qu’un décès d’un malade est une rupture du lien qu’il entretenait avec le patient et c’est la répétition des ces ruptures qui exigent de chacun une très grande force morale.

« C’est très compliqué pour nous, parce que lorsque la famille vient, on comprend le deuil, c’est normal, mais nous on s’est attaché et surtout au delà de la tristesse de la perte du lien, on se dit qu’on a échoué notre mission principale à savoir : Soigner. Alors on change un peu l’angle, on devient ceux qui essaient au mieux d’aider à ne pas souffrir ou à ne pas avoir mal lorsque l’on sait qu’on ne pourra pas les guérir. Le soin a plusieurs définitions. Mais…ça ne nous console pas toujours. » relativise David.

Le décès d’un patient affecte donc non seulement sa famille mais aussi tous ceux qui l’ont côtoyé au quotidien, du personnel soignant à l’infirmière à la personne chargée de l’entretien. De plus, cela va affecter plus ou moins toute l’équipe de manière horizontale suivant le degré d’intensité de ce décès : Longue agonie ou le premier décès en carrière, les décès qui vont faire écho à la vie personnelle des soignants, etc.

« J’ai vécu mon premier décès en carrière » explique Stéphanie, encore étudiante. « Je me dis que je ne l’oublierai jamais, certes, mais je sais aussi que d’autres vont encore plus me toucher à un moment ou à un autre parce que j’aurais entretenu de plus longs rapports avec la personne par exemple. Voilà…j’en suis là, à relativiser la mort de quelqu’un en me disant ça sera pire la prochaine fois. Au-delà de la tristesse ce premier décès est marquant dans le sens où j’ai vécu en moi un sentiment de colère et d’impuissance, j’ai même été pour la première fois déçue de ma profession en me disant « ah oui, on peut échouer » j’avais une vision trop idéalisée du job, c’était clairement une perte narcissique, et là ça m’a permis de me remettre à ma place ».

« Je me rappelle d’un monsieur, un petit papi, me confie David, il vivait un long combat contre la maladie. Comme beaucoup de sa génération, il avait fait la guerre, et on se disait tous les deux, sans se le dire, que c’était dur de le voir mourir là dans un lit d’hôpital alors qu’il avait survécu à la guerre, et en même temps, quand il était sur le front, il aurait souhaité ça, partir dans longtemps je pense. Je venais toujours le revoir à la fin de mon service, je ne sais pas pourquoi j’étais attaché à lui comme ça, sans doute un rapport avec mon père, mon grand-père, ou une raison psychologique, j’en sais rien. Toujours est-il que lorsqu’il est décédé, je ne l’ai pas su tout de suite, je suis allé dans sa chambre à la fin du service, et là il n’y avait personne, quand j’ai su, j’étais en colère, j’ai pas pu contrôler l’émotion, en fait…je crois que je me suis senti trahi et abandonné ».

Pour Sylvie le décès le plus marquant « c’était une dame atteinte d’un cancer qui s’est généralisé, même si dans une vie ça paraît très court, en quelques mois, le cancer l’emporte, ici ça m’a paru une éternité tant elle souffrait. Je suis passée par toutes les émotions, la compassion, la colère, la douleur, l’empathie, le rejet, je voulais la voir tout le temps et ne pas la voir aussi, c’était très compliqué. Quand elle est morte j’étais à la fois soulagée pour elle et en même temps j’avais une partie douloureuse en moi, je n’ai jamais réussi à expliquer ça, ni à oublier ».

Les professions, soignants hospitaliers ou libéraux ne sont pas seulement que des titres ou des fonctions, ce sont des êtres humains insérés dans une famille, dans une société et dans toutes les nuances de douleurs que cela induit. Une mort a toujours un effet miroir, le premier, le dernier, plus long, le plus difficile, le plus attachant, celui qui ressemble le plus à ma vie. Chaque dernier souffle porte en lui un écho à soi. C’est encore plus particulièrement marquant chez les enfants, on constate un épuisement considérable dû à l’implication de chaque professionnel auprès de ces petits êtres. La fatigue est physique mais aussi psychologique. Chacun est différent, certains feront du déni, d’autres seront plus stoïques, certains vont s’isoler, d’autres auront besoin de parler. Tout comme dans la société en générale, chaque décès amène à un deuil particulier. Aucun schéma, aussi préparé soit-il, ne prévoit cela.

 

 

 

 

Palliatif : le temps du dernier souffle et les yeux de Sasha

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les yeux de Sasha

Infirmier et auxiliaire de puériculture j’ai travaillé une dizaine d’années en soin palliatif à accompagner les enfants dans ce qui est leur dernier souffle. Des chambres aseptisées au chambre avec photos, et jouets, j’ai vu de tout, j’ai ressenti de tout, au point même d’être submergé, jusqu’au jour où je n’ai presque plus rien ressenti, jusqu’à Sasha. Ce jour là, j’ai voulu tout quitter.

Mathilde, Noé, Sarah, Enzo et Luca, Enrique, Paul, Manon. Ce qu’ils ont en commun ? Une perfusion à leur bras, une famille qui sourit devant eux et qui pleure dans les couloirs. Des vomissements, le teint pâle, un regard qui pétille malgré la maladie et un dernier souffle, toujours, tout le temps. Dans les couloirs, avec mes collègues on se sert les coudes, face à la colère des familles, aux hurlements, on joue avec les fauteuils roulants dans les couloirs avec les enfants, on vole des petits biscuits à la cafet. On tue le temps avant qu’il ne nous les tue. On déjoue la mort tous les jours, et elle gagne parfois, elle gagne trop souvent. On écoute des histoires dramatiques où la mère ou le père ne survivra pas à son chagrin. Où parfois c’est un frère et une sœur qui meurent. Les fantômes finissent par habiter avec nous à tel point que l’odeur de la mort devient nauséabonde.

Les yeux de Sasha

Jusqu’à elle, la petite Sasha. Des yeux émeraudes et une maladie qui la rendra aveugle. De son sourire à chaque fois qu’elle entendait frapper à la porte de sa chambre, à ses éclats de rire dans les couloirs malgré la fatigue et son tout petit déambulateur, je n’oublie rien. Il n’est pas rare lorsqu’on reprend le service d’entrer dans une chambre encore habitée hier. Mais Sasha, c’était différent, on a tous une limite, tous notre cas particulier. Je suis arrivé pour prendre mon service du matin, et en entrant dans la chambre, elle venait se s’éteindre, elle si frêle, si petite, et ses yeux d’émeraude. L’odeur de la mort, le courant d’air chaud de la chambre venait s’insinuer dans la chambre devenue si froide. 10 années d’expériences, et je ne savais ni quoi dire, ni quoi faire, je ne savais plus, je n’étais plus. Pourtant quelque chose en moi s’était brisé. Un mélange de « plus jamais ça » et de « comme tous les autres ».

À chemin entre le désespoir et la désespérance, il fallait que je quitte cette chambre, que je quitte ces couloirs, il fallait que je quitte la mort.

J’aurais pu tout quitter ce jour-là, partir comme certains collègues devenu(e)s sages-femmes ou encore pompes funèbres car ils expliquaient qu’il était plus facile de s’occuper des familles des défunts que de voir partir les vivants. Et ils n’avaient pas tort. Mais moi, j’étais utile, j’atténuais la douleur et égoïstement je me disais que je ne pouvais pas m’en aller. Eux ne repartiraient jamais vivants et moi j’étais là à les abandonner. Oui ça fait un peu mission de vie, et il y a des jours pires que d’autres mais il y en a des mieux aussi, tout comme des yeux comme ceux de Sasha, dont l’âme survit à tout.

Atelier « je fabrique mon cercueil  » en maison de retraite

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club du cercueil kiwi

« Qu’est-ce que tu vas faire pour occuper ta retraite ? » est une question traditionnelle des pots de départ. Ces Néo-Zélandais y apportent une réponse originale : « Ben, je vais construire mon cercueil ». Ca change de la pêche et des parties de cartes…

On sait ce que les personnes âgées craignent, arrivées à un certain âge, plus que le cercueil : l’absence de but, la solitude, l’inactivité, et, au final, coûter de l’argent à leurs famille au moment du départ. Tranquillement en train de tricoter sur son canapé, en 2010, Katie Williams, alors âgée de 71 ans, a eu une idée lumineuse : fonder un club. Pas un club de Bridge, le but était de faire oublier l’ennui, pas de le souligner, ni de Scrabble, le but étant d’améliorer la qualité de vie des personnes âgées, pas de les pousser au suicide.

Non, un club qui permette aux personnes âgées de faire fonctionner à la fois leurs méninges et leur adresse, dans une ambiance conviviale, tout en en retirant un bénéfice.

Euréka ! Pourquoi ne pas créer un club où les retraités pourraient fabriquer eux-même leur propre cercueil ? Aussitôt dit, aussitôt fait, Katie Williams jeta immédiatement son tricot, épargnant peut être sans le savoir à son petit-fils d’avoir à porter un pull over qui lui aurait coûté de longues et onéreuses années de psychanalyse, et créa aussitôt dans son garage le premier Kiwi Coffin Club, soit « Club du cercueil Kiwi ».

Il faut dire que Katie Williams avait déjà un passif : avant sa retraite, elle était infirmière spécialiste en soins palliatifs. Comme elle l’a confié à un journal local, elle « avait l’habitude d’être en deuil ».

Sept ans plus tard, Katie Williams a 77 ans, un cercueil à sa taille fait de ses propres mains, mauve avec des petites fleurs, et contemple d’un air bienveillant les Kiwi Coffin Club qui ont fleuri à travers le pays.

Les membres de ces clubs passent la journée ensemble, écoutant de la musique, prenant le thé et le déjeuner, et, donc, fabriquant des cercueils. Les associations mettent même en place des actions de bienfaisance, en offrant des cercueils pour enfant aux hôpitaux locaux, bien entendu fabriqué par leurs soins.

Travail du bois, travail intellectuel (en faisant les plans du cercueil), travail artistique (la décoration de la boîte), et, au final, une substantielle économie au moment des obsèques, les pompes funèbres étant obligées d’accepter l’usage de ces cercueils, expliquent sans doute en partie le succès de ces clubs.

Un des clubs de l’île du Nord compte 120 membres. Même si, pour certains, faire le premier pas est difficile, l’ambiance bienveillante et conviviale les aide ensuite à s’intégrer.

Ses membres considèrent que leurs cercueils, tant qu’ils sont vivants, ne sont que des boîtes, et ces boîtes servent à unir, jusqu’à l’ultime séparation.

Mistral Gagnant : Les soins palliatifs à hauteur d’enfant d’Anne-Dauphine Julliand

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Aujourd’hui sort au cinéma un magnifique film documentaire signé par Anne-Dauphine Julliand sur l’univers des soins palliatifs et tout particulièrement sur celui des enfants intitulé Mistral Gagnant.

Le synopsis : Ambre, Camille, Charles, Imad et Tugdual ont entre six et neuf ans. Ils vivent dans l’instant. Avec humour et surtout l’énergie optimiste de l’enfance, ils nous prennent par la main, nous entraînent dans leur monde et nous font partager leurs jeux, leurs joies, leurs rires, leurs rêves, leur maladie.  Avec beaucoup de sérénité et d’amour ces cinq petits bouts d’Homme nous montrent le chemin du bonheur.

Un film à hauteur d’enfant, sur la vie tout simplement.

Son nom vous dit sûrement quelque chose, puisqu’Anne Dauphine Julliand est également l’auteure de « deux petits pas sur le sable mouillé » qui raconte l’histoire de Thaïs, petite fille atteinte d’une maladie grave qui causera son décès un an après la naissance de son frère. C’est sa vie et son histoire que l’auteure nous dévoilait sobrement.

Sur les pas de son roman, cette fois-ci Anne Dauphine Julliand signe un documentaire remarquable qui reprend l’essence même de ses travaux : La vie ». Au micro de France Info ce mercredi 1er février, elle expliquait à quel point les enfants en soins palliatifs, malgré la douleur la maladie et la fatigue, pouvaient être tournés résolument vers la vie. Des rires, des joies et surtout une farouche envie de profiter des instants qui sont les leurs sans durée ni limite. Un film « sans pathos » et Anne Dauphine le dit elle-même « c’est parce qu’il n’y en a aucun ».

Les enfants sont aussi capables de dire et de faire des choses que nous adultes nous ne pouvons plus ou nous ne croyons plus comme par exemple de parler de la vie, de la maladie et même de la mort le plus naturellement possible avec leurs mots d’enfants.

Anne Dauphine Julliand était présente aux Assises du funéraire qui se sont déroulées le 03 Octobre dernier au Palais du Luxembourg organisées par la Chambre Syndical Nationale de l’Art Funéraire. Elle présentait ainsi les différents intervenants qui ont tour à tour commentés l’étude du CREDOC sur le vécu du deuil.

Anne Dauphine, nous emmène non pas dans l’univers des hôpitaux mais bien dans celui de la vie de ces enfants dont on a tout à apprendre. Un souffle d’amour à prendre de toute urgence.

Panique au funérarium : il est mort, le sort s’acharne encore

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morgue mort

Rien n’aura été épargné à la famille de Jean-Guy. Ce Canadien de Trois-Rivières (province de Québec) a succombé mercredi dernier à un cancer. Souffrant, il avait demandé une aide médicale à mourir. Cela s’est compliqué. Du coup, il est mort avant. Pire : au funérarium, ses proches se sont aperçu in-extremis que le corps envoyé par l’hôpital n’était pas le sien.

C’est quand un employé du complexe funéraire a demandé ce week-end dernier si le défunt avait beaucoup changé ces derniers temps que la famille a senti une embrouille. Permis de conduire de Jean-Guy en main, ce technicien embarrassé constatait que la photo ne correspondait pas vraiment. Comment y croire ? L’hôpital où le décès s’était produit avait pourtant procédé à l’identification à la morgue. Et il y allait y avoir crémation. Une disparition sans traces, une erreur programmée qui aurait aussi impacté une autre famille en deuil.

Car il y a eu inversion des corps à l’hôpital de Trois-Rivières, avant le transfert vers le funérarium. Confus, le Centre universitaire reconnaît et s’excuse, soulignant que les procédures ont été réexpliquées au personnel. La famille, qui envisage de porter plainte, attend surtout des explications. Comment peut-on se tromper à ce point ? Dans la presse locale, elle a lancé un appel pour que d’autres proches aux prises à un décès soient désormais vigilants.

Pas de chance. Car l’épisode du funérarium est tombé sur une famille déjà très éprouvée. Car le décès de Jean-Guy s’est produit dans la confusion. Atteint d’un cancer qui le faisait beaucoup souffrir, plusieurs traitements reçus ne sont pas parvenus à le sauver. Plutôt que de se voir trainer difficilement en longueur, il avait choisi d’en finir, quand il le dirait. Un choix clairement exprimé à l’hôpital lundi puis mardi de la semaine dernière. Une heure avait été fixée pour mercredi, et le patient devait reconfirmer son choix. Mais il est tombé inconscient, et n’a pu le faire. Alors que le pays discute actuellement au Parlement d’une loi sur la fin de vie qui fixerait mieux les choses, un flou a entouré le sort de Jean-Guy dans ses dernières heures, à en croire la presse locale.

Rien n’était tranché quand il est mort, deux heures avant le moment initialement choisi, mais qui restait à confirmer. Pendant ce temps, avec le souhait du mourant comme guide, plaidant le respect des volontés, sa famille éprouvée luttait contre l’équipe médicale qui prônait plutôt un transfert vers les soins palliatifs.

 

 

Cancer : l’autopsie pour améliorer l’efficacité des traitements

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(capture Youtube)

De plus en plus d’hôpitaux pratiquent une autopsie sur des malades fraichement décédés d’un cancer, expliquait samedi dernier le professeur David Khayat sur le site du journal Sciences et avenir. Un outil pour améliorer les traitements, mais qui peut parfois être mal perçu par les familles.

Chef de service en cancérologie à l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière depuis 25 ans, le professeur Khayat tient une chronique pour le magazine. Il y explique l’actualité de la recherche. La pratique est encore réduite, mais tend à croitre. L’idée est de prélever des tissus tumoraux dans les six heures qui suivent la mort, autrement dit des tissus non encore dégradés. Des analyses génétiques sont pratiquées pour dire comment les cellules cancéreuses ont pu résister aux traitements, et trouver ainsi rendre donc ces derniers plus efficaces.

Là, le médecin pointe une difficulté, touchant à l’attitude à adopter vers les proches du patient et celui-ci. Cela se fait lorsque le malade se trouve en soins palliatifs. Elle met notamment l’entourage directement face à l’idée de la mort prochaine, à cette douleur, à la séparation qui s’annonce.

Bien souvent, poursuit le Pr Khayat, la procédure est finalement acceptée parce que les proches estiment que pratiquer l’autopsie (et toucher au corps au-delà de ce qui est nécessaire) peut être considéré comme un don, comme une aide aux milliers de malades du cancer à venir. Il est possible de proposer une autopsie plus ou moins poussée. Néanmoins, un examen complet permet parfois de détecter des tumeurs non décelée jusque là à l’imagerie.

Loi sur la fin de vie : le Parlement vote ce mercredi soir

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assemblée nationale loi obsèques laiques

Fin de parcours ce mercredi soir pour la loi sur la fin de vie. Plus de dix ans avant la première loi sur le sujet, l’Assemblée nationale et le Sénat vont accorder de nouveaux droits aux malades, tant la majorité des votants paraît largement favorable au texte présenté par les députés Alain Claeys (PS) et Jean Leonetti (LR).

Promesse de campagne du candidat François Hollande en 2012, ce texte propose notamment deux axes forts. D’abord un droit à la sédation profonde et continue. Autrement dit, dès lors que la souffrance d’une maladie incurable devient insupportable, l’endormissement vers la mort sans douleur. Une disposition largement plébiscitée dans les sondages d’opinion.

Deuxième volet : la possibilité pour tous de laisser par avance des instructions pour, quand l’heure sera venue, éviter l’acharnement thérapeutique. Directives qui s’imposeront aux médecins, sauf si celui-ci les juge « manifestement inappropriées ». Un renversement de situation culturel pour nombre de soignants, formés à sauver coûte que coûte.

En marge de ces travaux parlementaires, le gouvernement a annoncé un plan national d’aide (2015-2018) au développement dans les régions des soins palliatifs, avec la création de nouveaux lits, de nouvelles structures, l’accompagnement des malades à domicile et un enseignement universitaire mieux adapté. L’objectif est d’atteindre en 2018 au moins un lit de spins palliatifs pour 100.000 habitants. Ce dispositif mobilise 190 millions d’euros.

Sur le sujet, les clivages restent criants dans la société, entre ceux qui ne voient dans le texte d’aujourd’hui qu’une étape vers la légalisation de l’euthanasie et les opposants à cette idée qui craignent des dérives éthiques.

Soins palliatifs, nouvelle priorité gouvernementale

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MarisolTouraine

Un grand plan (2016-2018) pour améliorer la fin de vie des Français, et rattraper le retard national : c’est ce qu’a présenté hier jeudi la ministre de la Santé Marisol Touraine.  190 millions d’euros vont être mobilisés. Selon son constat, seule une personne sur cinq recevrait les soins palliatifs dont elle a besoin.

C’est parce que la durée de vie s’est allongée, et que les maladies chroniques sont mieux traitées que le besoin en soins palliatifs (notamment à domicile) est devenu plus criant depuis une dizaine d’années. Le souhait de la majorité des Français reste un maintien chez eux. La réalité est autre : ils finissent pour la plupart dans un hôpital ou une maison de retraite.

La ministre chiffre les besoins : pour elle, 225.000 personnes décèdent chaque année « dans des conditions requérant des soins palliatifs », avec plus ou moins de facilité selon les régions. Six nouvelles unités vont être créées l’an prochain, qui s’ajouteront aux 127 recensées en 2013 (soit 1.412 lits existants). L’objectif est d’atteindre « au moins un lit pour 100.000 habitants ».

Parallèlement,  le gouvernement entend éviter les hospitalisations à tout prix. « Au moins 30 nouvelles équipes mobiles de soins palliatifs » vont s’ajouter dans quelques mois. Elles interviendront soit à domicile, soit dans les maisons de retraite (Ehpad).

Un effort d’anticipation est demandé aux Agences régionales de Santé pour détecter en amont les patients susceptibles d’avoir recours à ces traitements de fin de vie. Les citoyens sont également sollicités, au travers d’une des dispositions de la future loi Claeys-Leonetti : laisser des directives anticipées, qui s’imposeront aux médecins. Une campagne de communications sera lancée sur ce point en 2016.

Enfin, le personnel soignant sera mieux formé. Une filière universitaire va être créé, avec des enseignements pluridisciplinaires (médecine, philosophie, droit, psychologie). Il n’existe actuellement aucun diplôme spécialisé en soins palliatifs.

Vincent Lambert : arrêt des soins validé

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(capture Youtube)

Ce vendredi matin à Strasbourg, la Cour européenne des droits de l’Homme a validé la décision d’arrêter les soins portés à Vincent Lambert. Il revient désormais à l’équipe soignante du CHU de Reims de faire le constat qu’aucun traitement ne peut sauver le trentenaire tétraplégique, en état végétatif depuis sept ans après un accident de la route.

La décision du Conseil d’Etat de 2014 d’arrêter les soins ne viole pas le droit à la vie du patient, a décidé la cour européenne, ouvrant la voie à la mort de Vincent Lambert. L’état de santé de ce dernier est au cœur d’un conflit familial et judiciaire. Ses parents, qui ne veulent pas le voir mourir, entendent aujourd’hui formuler d’autres recours –même si l’arsenal français et européen semble désormais bien épuisé.

Leur idée serait de faire transférer le jeune homme, âgé de 38 ans, vers un autre établissement, qui prend en charge pareils malades. Et pas un service de soins palliatifs comme à Reims, qui a donc forcément une autre philosophie. Car, pour décider de l’arrêt des soins et le retrait de la sonde qui l’alimente, il revient à une équipe médicale d’estimer la situation. Le changer d’hôpital permettrait de prolonger sa vie.

Ce qui n’est pas dans l’idée de Rachel, l’épouse du patient, et d’une autre partie de la famille. Ils estiment que Vincent Lambert n’aurait pas voulu vivre ainsi. Son avocat a expliqué ce vendredi matin que la procédure de fin de vie devait maintenant reprendre, et qu’il serait sage de respecter la décision du jour.

L’arrêt de la Cour européenne des droits de l’Homme, au-delà du cas Lambert, a conforté la loi Léonetti de 2005. Elle est qualifiée de « suffisamment claire et précise » pour orienter le choix d’un médecin dans un cas comme celui d’aujourd’hui.

 

Radio : des soins palliatifs au serial killer

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Elizabeth Short

Deux moments de radio. Deux rapports à la mort, racontés intelligemment, récemment diffusés sur les ondes, qui méritent qu’on prenne le temps d’écouter. Entre malades en phase terminale et recherche criminelle, une même angoisse : la vie qui s’enfuit.

Voici tout d’abord « A l’écoute, un regard : les écoutants bénévoles », un reportage tout en finesse et sensibilité diffusé en décembre sur France Culture dans l’émission d’Irène Omélianenko « Sur les docks ». Direction le CHU de Grenoble, service des soins palliatifs. Le reportage suit des bénévoles de l’association Jalmalv, venus accompagner vers la fin les malades en plein questionnement, souffrance, révolte ou acceptation.

Que viennent-ils chercher, ces « écoutants », et qu’apprennent-ils sur l’éphémère de la vie ? De petites choses infimes, mais précieuses.

Même fin mais tout autre destin que celui d’Elizabeth Short, dite le Dalhia Noir. Une apprentie actrice découverte en janvier 1947 coupée en deux dans un terrain vague de Los Angeles. La littérature et le cinéma ont accommodé ce fait divers à leur façon.

Spécialiste des serials killers, Stéphane Bourgoin pensent avoir dénoué l’énigme dans son dernier livre, fruit de vingt ans d’investigations dans des dossiers non résolus. Il désigne un coupable au micro de la radio suisse « La Première » (émission « Entre nous soit dit« , de Mélanie Croubalian), réhabilite la starlette assassinée, et dépeint le monde un rien fascinant des tueurs en série et leurs motivations. Pour lui, le tueur du Dahlia noir (mort accidentellement en Californie dans l’incendie de sa chambre d’hôtel) a aussi perpétré 22 autres meurtres entre 1934 et 1950, avec un même rituel à chaque fois. A écouter ici.