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La mort en noire : Le Marquis du crime

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Alain est né le 14 février, jour de la saint-Valentin.

Est-ce là un signe du destin pour cet homme qui aime tant les femmes ?

Car Alain est un homme à femme, un séducteur, un Don Juan. Mais pas seulement, il est aussi un romanesque mythomane. Né en 1905 sur l’ile de la Réunion, orphelin très jeune, vers l’âge de sept ans. L’homme se décrète alors Marquis.

Quelques membres de sa famille possèdent le titre de seigneur de Sigoyer, une petite ville des Alpes-Maritimes. Seulement Alain ne fait pas partie de cette branche-là de la famille, mais peu lui importe, le titre de Marquis lui sied à merveille, lui donne de la prestance.

Toute sa carrière n’est faite que de mensonge, Alain se fait passer pour comptable, chauffeur, écrivain, magicien, homme d’affaires. Une vie que l’on peut qualifier de rocambolesque, moult maîtresse, et, de temps à autre, un séjour en prison lorsqu’une de ses escroqueries est mise à jour.

La spécialité du Marquis est ce que l’on nomme la carambouille, une sorte de cavalerie sur le bien immobilier. Alain achète à crédit une demeure, souvent de luxe à un individu, il acquiert donc ainsi un titre de propriété qui lui permet de revendre le bien, même en dessous du prix du marché, mais peu lui importe vu qu’il ne remboursera jamais le crédit… A force il est fiché à travers l’Europe comme escroc notoire. En 1931, il est poursuivi pour abus de confiance, risquant cette fois-ci plus que quelques mois de geôle, il se souvient alors avoir été comédien dans l’une de ses nombreuses vies, et se fait ainsi passer pour fou afin d’échapper à la prison. Une fois « guéri », il ouvre à travers l’Europe plusieurs écoles de magie. Une grande passion pour Alain que la magie, surtout la noire à laquelle il s’adonne dans une grande bâtisse qu’il habite dans la vallée de Chevreuse, « la maison rouge ».

Jusque-là, l’histoire peut prêter à rire, un homme qui se joue des bourgeois et de la loi, une sorte d’Arsène Lupin chaud lapin, un personnage de roman…

Mais cela commence à sentir mauvais quand quelques mois plus tard, le Marquis est soupçonné de l’enlèvement d’un dénommé Petroff Gautcheff, « la maison rouge » est perquisitionné, nulle trace de l’homme recherché. Par contre les enquêteurs découvrent le passeport et d’autres papiers d’identités d’un ressortissant américain disparu. Le Marquis est de nouveau soupçonné. Lorsqu’on l’interroge sur le disparu, il déclare l’avoir mangé. Retour à la case asile psychiatrique. Mais grâce à l’intervention d’une ancienne maîtresse, il est rapidement relâché.

Arrive la guerre, le Marquis oscille d’un camp à l’autre, une fois dans la Résistance, une autre dans la collaboration, non pas par manque d’idéologie, non simplement il va là où son enrichissement personnel sera le plus intéressant. Il devient l’un des propriétaires les plus riches de Paris, son restaurant situé avenue de la Grande-Armée ne désemplit pas, il est la table favorite du gratin de la Wermarcht. En même temps disposant de chais et de cognac, il fait fortune avec le trafic d’alcool.

Alain est marié depuis quelques années avec Jeanine, mais celle-ci, lasse de ses nombreuses frasques, ne vit plus sous le même toit que son époux. Lui demeure boulevard de Bercy, avec sa gouvernante, une dénommée Irène Lebeau qui est aussi sa maîtresse. Réside aussi sous son toit, sa belle-mère, madame Kergot, la maman de Jeanine… qui est également une de ses maîtresses. Le Marquis a eu trois enfants, dont deux avec son épouse, comme la séparation de corps a eu lieu d’un commun accord, il verse une pension à Jeanine pour l’éducation de sa descendance.

Ils vivent séparés mais à l’époque on ne divorce pas aux torts d’une personne sans preuve. Jeanine a pour habitude de venir chercher la pension alimentaire, c’est lors d’une de ses visites qu’elle surprend son mari au lit avec Irène. Elle a la preuve du délit d’adultère, et demande le divorce pour faute. 24h00 plus tard, Irène signale la disparition de sa fille à la police, compte tenu des soupçons qui ont déjà pesé sur le Marquis, il est soupçonné, interpellé, interrogé et même torturé par la gestapo. Malgré le supplice de la baignoire qu’il endure (Le supplice de la baignoire consistait à plonger le prisonnier dans une baignoire d’eau glacée, menottes aux mains ramenées dans le dos, et à lui maintenir la tête sous l’eau jusqu’à suffocation presque complète. On le ramenait à la surface en le tirant par les cheveux. S’il refusait encore de parler on le replongeait l’eau) Alain de Bernardy nie savoir où se trouve son épouse.

Il faudra plus d’un an pour retrouver le corps de Jeanine dans un état de putréfaction avancé, elle gît inhumée sous un compteur à eau, dans un entrepôt de Bercy. Les locaux appartiennent au Marquis.

Avec son passif et cette preuve accablante Bernardy passe aux assises en décembre 1946, il est accusé de meurtre, Irène Lebeau sa maîtresse de complicité. Il a pour défenseur Maître Jacques Isorni, qui fut aussi l’avocat du Maréchal Pétain.

Le Marquis manipulateur et menteur né, nie le crime, mais surtout se défend très habilement. Il va même jusqu’à accuser sa maîtresse, c’est elle qui aurait tué sa femme, elle lui aurait tiré dessus à l’aide d’un révolver. Irène se défend, elle témoigne comme quoi elle a vu Alain étrangler sa femme. Aucune balle ne sera retrouvée…

Le Marquis Alain de Bernardy de Sigoyer est condamné à mort le 23 décembre 1946, sa maîtresse Irène Lebeau est acquittée. Il est guillotiné le 11 juin 1947 à la prison de la Santé à Paris par le bourreau Jules-Henri Desfourneaux.

Le 12 juin 1947, soit le lendemain de l’exécution, en pleine nuit, on frappe à la porte de maître Isorni. Qu’elle n’est pas sa stupeur de voir Bernardy qui d’une voix sépulcrale lui prédit les pires malédictions pour ne pas avoir su le faire acquitter.

Il a fallu quelques temps à l’avocat pour comprendre qu’il s’agissait d’un comédien payé par le Marquis, dernière escroquerie d’un homme qui a voulu se venger par-delà la mort envers celui qui a ses yeux avait été un incapable…

©Stanislas PETROSKY

Aimer à perdre la raison (La Mort en Noire)

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Jacques est bel homme, en plus il porte très bien l’uniforme des officiers de Saint-Cyr. Un garçon qui lit énormément, il a déjà compulsé plusieurs fois Les nourritures terrestres d’André Gide, tout comme L’intrus de Gabrièle d’Annunzio. Il dévore littéralement les grands philosophes, et aussi le marquis de Sade. Toutes ces lectures donnent à Jacques une grandiloquence, il aime les envolées lyriques, les grands mots, les beaux discours. Certains le qualifieraient de séducteur.

Il rencontre lors d’un bal Denise, il n’a que vingt-quatre ans, elle est son ainée de quatre ans. C’est un véritable coup de foudre, elle est aussi belle qu’il est séduisant. Lui l’érudit romanesque croise la route d’une jolie jeune femme cultivée. Ils démarrent tous deux une histoire d’amour passionnelle. Une relation fusionnelle dans laquelle Denise s’offre, se donne corps et âme à son amant, il est tout pour elle, l’homme de sa vie, celui pour et par qui elle vit.

Il n’en est pas de même pour Jacques, car lui qui a déjà deux enfants d’une autre union ne supporte pas d’apprendre que celle qu’il aime a déjà un enfant. Une délicieuse petite Cathy, âgée d’un peu plus de deux ans.

Jacques qui se révèle peu à peu narcissique et manipulateur. Tout doit tourner autour de lui, il est l’axe central de leur couple. Il fait comprendre de plus en plus à Denise que leur histoire, leur passion ne peut pas être ce qu’elle devrait être à cause de cette petite Cathy. Dans son délire egocentrique il ne peut admettre qu’un autre homme ai pu enfanter celle qu’il aime.

Denise est perdue, Jacques c’est son véritable amour, le seul, le vrai, c’est l’homme de sa vie, celui qu’elle attendait depuis si longtemps. Elle est prête à tout pour lui, alors quand il lui déclare : L’amour n’existe pas sans sacrifice, sans souffrance. Rien n’est plus beau que d’immoler une jeune proie, Denise ne sait pas quoi répondre.

Surtout que maintenant Jacques est certain de son emprise sur elle, il a su se rendre indispensable, crée une véritable dépendance. Denise ne sait plus rien faire sans lui. Alors il menace de rompre. L’homme fait du chantage affectif, il veut qu’elle sacrifie son enfant unique pour sauver leur amour.

Tous ceux qui connaissent la jeune secrétaire savent que Denise est une mère exemplaire. Elle se sacrifie pour subvenir au besoin de son enfant, cet adorable petit ange dont elle s’occupe à merveille, l’élevant seule. Denise aime sa petite, elle l’aime beaucoup, mais autant qu’elle aime Jacques.

Le 22 septembre 1954 elle reçoit une lettre de rupture de son amant, alors elle décide de sacrifier Cathy. Elle la suspend de son balcon au dessus du vide, mais en pleurs, au dernier moment, elle se retiendra, l’amour maternel l’emporte sur Jacques et sa domination.

L’homme n’est pas du genre à laisser sa proie filer, il tient Denise dans la toile qu’il a tissé, et sept jours plus tard, il menace une nouvelle fois de la quitter, mais cette fois-ci pour une autre. Denise ne peut supporter d’imaginer une autre femme dans les bras, dans le lit, dans le cœur de son amant.

Alors elle va commettre un acte odieux, le plus horrible des crimes, cette fois-ci, aucune hésitation, elle jette son enfant dans un canal.

Mais la mort ne veut pas de Cathy, la première fois sa mère n’a pu aller jusqu’au bout de son sinistre projet, refusant sa folie et le joug de Jacques, et cette fois-ci c’est un promeneur qui a vu le bout de choux se débattre dans les eaux sombres qui lui porte secours.

Une fois de plus Jacques n’a pas dit son dernier mot, son ascendance est toujours là, ses phrases pernicieuses aussi : Il faut que tu immoles ton propre sang, seul ce sacrifice glorifiera notre amour, ou encore : Il y a comme une volupté à abandonner une belle proie… Denise, trois semaines après l’épisode du canal, va commettre l’irréparable, elle va noyer sa fille. Elle va plonger la petite Cathy dans une lessiveuse et lui maintenir la tête sous l’eau jusqu’à ce que ce que mort s’en suive…

Cathy a deux ans et demi, sa mère, sous l’empire de son amant vient de la tuer. Juste après le décès de la petite, comme toute mère, elle sombre dans une dépression profonde, un accident, elle n’a pas assez surveillé sa fille lors du bain, elle culpabilise …

Aucune trace suspecte n’est relevée, on conclut donc à un accident, parfois le malheur frappe à la porte. Seulement des témoins des premières tentatives se manifestent, une personne qui avait vu une femme en colère menacer un enfant dans le vide, un autre qui a vu cette petite dans le canal…

Le 6 décembre 1954 Denise Labbé est interpellée, puis accusée d’infanticide, elle avoue. Mais elle avoue l’avoir fait parce qu’elle était envoutée par son amant. Celui-ci est donc convoqué, bien sûr Jacques Algarron nie toute implication. Il dit que si lui voulait quitter cette femme, c’est justement parce qu’elle était folle, pour lui Denise n’est rien d’autre qu’une démente. Il s’en veut, il aurait dû prévenir la police, s’il l’avait fait la petite serait encore là.

L’affaire s’avère compliquée, à part quelques lettres de Jacques envoyées à Denise, il n’y a rien. Et lui dit qu’en aucun cas il ne voulait qu’elle tue son enfant, juste un jeu amoureux un peu pervers entre deux amants passionnés. Et puis surtout, peut-on manipuler une femme au point d’en venir à l’obliger à tuer la chair de sa chair par amour ?

Certains diront que c’est impossible, un homme ne peut avoir une telle influence sur une femme. Le public se passionne pour cette affaire, est-ce un infanticide ? Cette femme est-elle folle ? Est-ce un crime passionnel ? Cet homme est-il un manipulateur hors pair ?

Ce sont les jurés qui auront le dernier mot, malgré un avocat qui plaidera le jeu qui a mal tourné, la femme qui ne comprenait pas que son amant plaisantait, qu’il jouait avec des textes philosophiques qu’elle ne comprenait pas forcément, ils condamneront Denise aux travaux forcés à vie, et son amant à une peine de vingt ans de travaux forcés, reconnaissant ainsi son rôle de manipulateur.

Les manipulateurs narcissiques sévissent chaque jour, causant moult traumas à leurs victimes, c’est depuis peu (30 mai 2001) que la manipulation mentale est punissable, depuis la loi About-Picard.

Stanislas Petrosky
L’Atelier Mosésudenise-labbe-et-jacques-algarron-282x300 Aimer à perdre la raison (La Mort en Noire)

La journée d’la femme

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Louis a toujours offert des fleurs à Nina le jour de la journée de la femme. Bien sûr certains diront que c’est la journée des droits de la femme, pas de la femme. Racontez cela à Louis je suis convaincu qu’il vous répondra simplement :

—  J’m’en fous, moi ce qui compte, c’est d’offrir des fleurs à Nina !

Voilà, pour Louis, les droits de la femme c’est totalement abstrait, il s’en fout. Il veut juste lui offrir des fleurs à sa Nina.

Comme pour son anniversaire, sa fête, la fête des mères —   ben ouais, Nina est la mère de ses deux gosses —, Noël, Pâques, la Saint Valentin… Chaque occasion est bonne pour que Louis offre des fleurs à Nina. Alors il n’en a rien à braire de savoir si c’est la journée de la femme, ou la journée des droits de la femme. Pour lui c’est juste un bouquet de roses rouges en plus pour sa Nina.

Toujours des roses rouges, la première fois qu’il a décidé de ce qui est devenu aujourd’hui un rituel, la petite fleuriste lui avait demandé :

—  Vous voulez quoi comme fleurs ?

—  Chais po…

—  C’est pour offrir pour quoi ?

—  Pour faire plaisir…

—  C’est qui la personne pour vous ?

—  Ben c’est Nina, c’tte question con !

La petite fleuriste restait calme et souriante face à cet homme bourru, elle voulait le conseiller, l’aider, elle trouvait gentil qu’il veuille offrir de fleurs à une femme, autant que celle-ci soit heureuse.

—  Et Nina c’est ?

—  Ma femme…

—  Alors prenez des roses rouges.

—  Pourquoi ?

—  C’est le symbole de l’amour la rose rouge.

—  Alors oui, c’est bien ça, un gros bouquet de roses rouges.

Et depuis Louis ne se posait plus la question, il entrait chez la fleuriste et demandait un gros bouquet de roses rouges pour Nina.

Et aujourd’hui, en cette journée des droits de la femme, comme toutes les autres fois où il offrait son gros bouquet de rose rouges à Nina, Louis chialait comme un con.

Il chialait comme un con parce que ses fleurs il les déposait dans un grand vase de granit noir au pied de la tombe où reposait Nina.

15 ans que Nina était morte…

15 ans que Louis était seul.

15 ans qu’il lui offrait des roses rouges dès qu’il pouvait.

15 ans qu’elle était morte sous les coups répétés de Louis. Il y a 15 ans ce fut la dérouillée de trop, celle où Nina vola en arrière sous une gifle plus appuyé que les autres.

15 ans que son crâne avait éclaté comme une coquille d’œuf contre l’évier de la cuisine.

15 ans que ce con s’en voulait…

Chaque jour dans le monde, en France, à côté de chez nous, des femmes meurent sous les coups de leur maris, sont battues, humiliées, violées…

Ce n’est pas une journée qui changera quelque chose, et encore moins un bouquet de roses.

©Stanislas PETROSKY

Jeanne, l’Ogresse de la goutte d’or

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Comme beaucoup de femmes en ce début de XXème siècle Jeanne est montée de sa Bretagne natale pour la capitale. Elle a tout juste quatorze ans quand elle doit quitter ses parents et affronter Paris.

Elle fait partie de ces bretonnes qui cherchent une place de bonne. Dans un premier temps Jeanne est au service d’un architecte, elle a pour charge de veiller sur les cinq enfants de la maison.

Malgré un air gourd, des gestes rudes de la campagne et un visage ingrat peu habitué à sourire, Jeanne est appréciée de ses patrons.

Quelques mois plus tard Jeanne croise le chemin de Jean, un jeune cocher qui travaille dans le quartier de la chapelle. C’est le coup de foudre immédiat. Elle est amoureuse de cet homme, lui aussi est un personnage bourru, et aussi fortement porté sur la bouteille, mais l’amour fait des merveilles et Jeanne ne voit pas les défauts de son amoureux.

Elle se retrouve enceinte, mineurs tous les deux ils se marient. De cette union nait un petit garçon, Jeanne est maman. Mais au bout de quelques semaines l’enfant meurt, sans aucune raison apparente. Les jeunes époux sont dépités, Jean sombre un peu plus dans l’alcool, pour y noyer son chagrin.

Nous sommes en 1894, beaucoup d’enfants meurent à la naissance ou dans les jours qui suivent, la malnutrition, les maladies, la prophylaxie n’est pas celle que l’on connaît actuellement.

Quelques temps plus tard, Jeanne est de nouveau enceinte, la joie règne à nouveau sur le foyer du jeune couple. Elle accouche d’une petite fille, cette fois sa survie n’est que de quelques jours, la pneumonie l’emporte. Jean s’enfonce encore un peu plus dans l’alcoolisme, en peu de temps, il a perdu ses deux enfants. Le couple se dispute de plus en plus, la belle histoire d’amour du départ n’est plus qu’un vague souvenir. Tout comme la jeunesse de Jeanne, ces deux deuils successifs l’ont usé, vieillit.

Un troisième enfant arrive au monde en 1898, Marcel. Jeanne retombera enceinte plusieurs fois, mais aucune de ses autres grossesses n’arrivera à terme. Elle qui aime tant les enfants, mais elle a Maurice, Maurice et tous ces autres gosses du quartier de la Goutte d’or qu’elle garde. Le couple est arrivé ici pour se rapprocher de la sœur de Jean, elle a besoin d’une nourrice, autant rendre service à la famille. Cette pauvre Jeanne qui n’a vraiment pas eu de chance, perdre deux mômes quant on les apprécie tant.

Quatre ans plus tard, le jour de Noël, monsieur et madame Alexandre rentre chez eux, Jeanne — en qui ils ont une confiance absolue — à la garde de leur petite Lucie. À leur arrivée il trouve Jeanne affolée qui serre contre elle le corps sans vie de la petite fille…

Quelques mois après, c’est la petite Marcelle Poyata qui succombera de la même façon, ses parents la trouveront dans les bras de cette pauvre Jeanne. Pour ces deux enfants la cause du décès sera la même que pour la petite fille de Jeanne, la pneumonie. Il faut dire qu’en ce début de XXème siècle, en 1902, le quartier est insalubre.

Le temps passe, et en ce tout début du mois de mars 1905, Jeanne garde les deux fillettes de Blanche, la sœur de Jean. Georgette n’a pas dix-huit mois, elle va mourir en quelques minutes dans les bras de Jeanne, l’enfant est prise d’une crise d’étouffements convulsifs, la pauvre nourrice n’a rien pu faire.

Jeanne est maudite… elle est maudite car seulement trois semaines plus tard, alors qu’elle surveille la petite Germaine, une autre de ses nièces, âgée de seulement sept mois, l’enfant étouffe comme tous les autres. Jeanne panique, elle hurle, elle pleure, les voisins entendent et viennent, les parents sont prévenus, quand ils arrivent, Germaine respire encore, mais elle est sans conscience.

Elle va agoniser pendant 24 heures pour finalement rendre l’âme dans les bras de cette pauvre Jeanne qui la serre contre son cœur.

Comment peut-on vivre un tel calvaire ? Surtout que le sort n’en a pas fini avec Jeanne, une semaine après la mort de sa petite nièce, c’est Marcel, son propre fils qui va partir d’une pneumonie aigüe à seulement 7 ans…

Quand Jeanne sort dans le quartier, on la regarde de travers, on murmure sur son passage. De « pauvre Jeanne » au début, où l’on parlait de malédiction, on en vient maintenant à la surnommer l’Ogresse, des rumeurs commencent à courir comme quoi elle ne serait pas si innocente que cela, que si les enfants meurent, c’est peut-être de sa faute…

Malgré cela sa famille est toujours là pour l’aider la soutenir, aucun membre du clan Weber n’oserait imaginer que Jeanne puisse être négligente lorsqu’elle a des enfants sous sa garde, c’est juste le destin qui s’acharne contre elle.

Le 5 avril 1905, juste après tout ces drames, Jean Weber a invité ses belles-sœurs à déjeuner. Après le repas elles vont faire une balade digestive, Jeanne ne veut pas sortir, elle n’en a pas envie. On peut la comprendre, ce n’est pas grave, Maurice, le fils de Marie sommeillait, il va rester avec Jeanne.

Lorsque tout le monde rentre de promenade, ils entendent Maurice suffoquer, sa mère se précipite et trouve Jeanne en train de l’asphyxier…

Marie dépose plainte contre Jeanne, une enquête est ouverte. Un procès s’ouvre le 29 janvier 1906. Jeanne est accusée de huit infanticides, dont trois sur ses propres enfants.

Les docteurs Socquet et Thoinot qui sont en charge du dossier, concluent à des morts naturelles. Grâce à la plaidoirie de son avocat maître Henri-Robert, Jeanne est acquittée. La presse en fait une victime, une pauvre fille d’un quartier populaire, un destin qui s’acharne sur elle. La foule la prend en pitié et l’acclame.

A sa sortie de prison, elle ne veut plus garder le nom devenu trop célèbre de Jeanne Weber, elle se fait maintenant appeler Mme Glaise. Elle quitte Paris et Jean par la même occasion pour s’installer dans l’Indre, à Chambon, chez un certain Sylvain Bavouzet. L’homme lui a écrit qu’il la croit innocente, il est veuf, il a besoin de quelqu’un pour s’occuper de ses trois enfants.

Seulement, un des enfants de Sylvain, Eugène âgé de neuf ans décède dans les bras de Jeanne. Le médecin qui constate le décès relève quelques ecchymoses au niveau du cou, mais il délivre tout de même le permis d’inhumer. Mais germaine, l’ainée des enfants Bavouzet âgée de 16 ans a peur pour elle et sa petite sœur, car elle est persuadée que Jeanne est responsable. Elle décide donc d’aller voir les gendarmes et de révéler que Jeanne Glaize et Jeanne Weber ne sont qu’une seule et unique personne…

Une enquête est diligentée, une exhumation suivie d’une autopsie pratiquée par deux légistes qui vont conclurent que « le sujet a subit des violences certaines au cou, que même s’ils ne peuvent affirmer que ces violences aient engendrées la mort du petite Eugène, c’est fortement probable ».

Nouvelle arrestation, nouvel emprisonnement, expertise, contre expertise, bataille d’hommes de science, voir d’egos, on retrouve les docteurs Thoinot et Socquet, qui eux, concluent à un décès par fièvre typhoïde. Maitres Robert qui de nouveau plaide pour Jeanne, « cette malheureuse femme » obtient le non-lieu. Et Jeanne est de nouveau libre.

Elle est libre, mais cette fois-ci, sans personne pour la soutenir, elle s’adonne à l’alcool et la prostitution. Mendiant pour manger, pour survivre. Mais un homme homme va de nouveau croiser sa route, le juge Bonjean, il s’occupe d’œuvres de charités et décide de prendre Jeanne à son service. Une fois de plus Jeanne va changer d’identité, elle devient Marie Lemoine, elle est gardienne d’un hospice… pour enfants.

Elle restera peu de temps là bas, reprenant l’errance le long des routes.

On la retrouve quelques mois plus tard sous le nom de Jeanne Molinet en la ville de Commercy. Le 8 mai 1908, Jeanne est de nouveau l’Ogresse, un enfant de 7 ans, le petit Marcel Poirot vient de décéder entre ses mains, prise en flagrant délit, il n’est pas question cette fois-ci d’acquittement ou de non-lieu, il en est finit de l’Ogresse de la goutte d’or.

Jeanne Weber est déclarée folle le 25 octobre 1908, elle est internée à l’asile de Maréville, puis à celui de Fains-Véel. Elle est reconnue coupable d’au moins dix infanticides, elle décède au cours d’une crise de folie le 5 juillet 1918

©Stanilas Petrosky

NB : Aucune faute dans le titre de cette chronique avec La mort en noire, cela sous-entend que je romance des faits divers en littérature noire…

Pierre Goldman, Ton autre chemin…

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pierre goldman
Pierre Goldman

Il est un peu plus de douze heures, Pierre Goldman remonte tranquillement la rue de la colonie. Il n’y a pas longtemps qu’il est levé, couché à plus de cinq heures du matin, Pierre a passé la nuit à la chapelle des Lombards à boire des verres en écoutant et jouant de la musique salsa.

Perdu dans ses pensées, il rejoint son ami Pierre le journaliste, s’il a le temps, après il ira voir son épouse qui doit bientôt accoucher de leur enfant.

Il est si absorbé ses pensées que lorsqu’il arrive place de l’abbé Georges Henocque, il ne remarque pas cet homme qui l’observe en faisant semblant de lire son journal malgré la brume persistante.

Tout comme il ne prend pas garde aux deux personnes qui arrivent face à lui, pourtant l’un des deux porte de grosses lunettes de soleil en ce jour nuageux.

Arrivé à la hauteur de Pierre, ils sortent leurs armes et ouvre le feu.

Pierre Goldman s’effondre, tué sur le coup. Plusieurs projectiles dans la région cardiaque et hépatique.

Neuf coups de feu ont été tirés, Goldman a été touché à huit reprises.

Les trois individus partent en courant par la rue de la colonie, l’un d’eux crie en espagnol : Por aqui, hombres !1, ils passent ensuite par le passage Trubert-Bellier, là où demeure Pierre Goldman. Au bout de la rue, une voiture rouge les attend, ils s’engouffrent dedans, le véhicule part sur les chapeaux de roues.

C’est un commando de quatre hommes qui vient d’abattre à visages découverts et en plein Paris, le journaliste-écrivain et militant d’extrême gauche Pierre Goldman.

Moins d’un quart d’heure plus tard un groupuscule d’extrême droite, Honneur de la police revendique l’attentat par ce communiqué : « Aujourd’hui jeudi 20 septembre à 12h30, Pierre Goldman a payé ses crimes. La justice du pouvoir ayant montré une nouvelle fois ses faiblesses et son laxisme, nous avons fait ce que notre devoir nous commandait. »

Car si il est dorénavant rangé des voitures, Pierre Goldman n’est pas inconnu des services de polices. Il fut accusé d’avoir participé en 1969 à un braquage où deux pharmaciennes furent tuées, un client et un gardien de la paix en civil —   Gérard Quinet —   furent eux blessés. Gérard Quinet, ainsi que d’autres témoins reconnaissent alors Goldman d’après photo puis en parade d’identification.

Arrêté, Goldman nie avoir participé au braquage meurtrier mais en reconnait trois autres. Soutenu par le milieu intellectuel de gauche, son procès déchaîne les passions. Tout d’abord condamné à perpétuité par la cour d’assises de Paris le 14 décembre 1974. Suite à ce procès, un comité de soutien est créé, une pétition est lancée, des personnalités comme Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Simone Signoret, Maxime Le Forestier prennent sa défense, Goldman est pour eux une victime. Le 20 novembre 1975, l’arrêt de la cour d’assises est cassé par la cour de cassation.

Le 4 mai 1976, au terme d’un second procès à Amiens devant la cour d’assises de la Somme —   où il est défendu par les avocats Georges Kiejman et Émile Pollak —   sa culpabilité n’est pas retenue pour les meurtres du boulevard Richard-Lenoir, mais il est condamné à douze ans de réclusion criminelle pour les trois autres braquages2.

Par le jeu des réductions de peine et de la prise en compte de la détention provisoire déjà effectuée, il sort de la prison de Fresnes le 5 octobre 1976, bénéficiant d’une mesure de libération conditionnelle.

Plusieurs hypothèses furent envisagées suite à son assassinat : le groupuscule Honneur de la police, le GAL3, le grand banditisme, la DST4 et les RG5 sous la supervision du SAC6, un livre a même émit l’hypothèse qu’il soit à l’origine de son propre meurtre7

Il faudra attendre 30 ans pour connaitre la vérité.

Michel Despratx, journaliste d’investigation recueille le témoignage d’un homme qui se fait appeler Gustavo8, celui-ci dit avoir fait partie du commando qui a exécuté Goldman. Selon lui il y avait aussi un membre des RG un autre de la DST et le tout commandité par Pierre Debizet pour le SAC.

En 2012, Emmanuel Ratier dans Faits et documents, revue d’extrême droite bimensuelle d’actualité politique affirme que Gustavo serait en fait René Resciniti de Says dit « René l’élégant », mercenaire et militant nationaliste.

© Stanislas PETROSKY

1 Par ici les mecs !

2 Pascale Robert-Diard, Didier Rioux, Le Monde : les grands procès, 1944-2010

3 Les Groupes antiterroristes de libération (Grupos Antiterroristas de Liberación,) étaient des commandos para-policiers et para-militaires espagnols, actifs de 1983 à 1987, ayant comme objectif la lutte contre l’ETA, principalement sur le territoire français.

4 Direction et Surveillance du Territoire.

5 Renseignements Généraux.

6 Service d’Action Civiques.

7 La vie rêvée de Pierre Goldman Antoine WCasublo, éditions privée.

8 Canal plus investigation du 20 août 2011

Une exhumation sous les flashs…

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Exhumation de Pierrot le fou
Exhumation de Pierrot le fou

Stanislas PETROSKY est de retour pour nous raconter, la mort de personnages souvent controversés, façon roman noir. Aujourd’hui, il va être question d’exhumation sous les flashs, mais de qui?

7 mai 1949 aux alentours de 14h00.

La nervosité est montée d’un cran, ils sont tous arrivés la veille, ils ont débarqués il y a 24h00 de Porcheville, et toujours rien, les recherches restent infructueuses. Pourtant l’ile de Gillier n’est pas grande, quelques mètres carrés garnis de saules, de châtaigniers, et de quelques herbes folles. Pour se perdre ici, il faut en vouloir. Des regards chargés d’animosité se tourne vers Edmond Courtois, l’homme qui a lâché l’information.

Courtois dit « Monmon », jamais il n’aurait pensé se coucher comme ça devant les condés, jamais, mais il doit avouer que l’inspecteur principal Pasteau est un rusé, cette façon de s’attabler avec toi et de boire le pastis, ils ont picolés, et doucement Pasteau a tendu ses lignes, il l’a joué copain, genre les flics et les grands voyous se respectent, puis insidieusement, la question piège :

— Tu sais bien que c’est lui qui a buté l’encaisseur d’Asnières lundi dernier…

— Vous déconnez ou quoi ? Ce n’est pas possible !

— Évidemment que c’est impossible, parce qu’il est mort, n’est-ce-pas ?

Pasteau le regarde, un grand sourire illumine son visage, il sait qu’il a gagné la partie.

Le couperet est tombé aussi rapidement que celui de la veuve, Monmon s’est fait piéger comme un bleu, il n’a eu plus le choix que de passer à table.

Deux jours plus tard à l’aide de barges tout le monde se rend sur les lieux d’après les indications de Monmon. En face de sa villa, la Titoune, en bordure de Seine, il y a plusieurs ilots déserts, c’est sur l’un d’eux, dénommé l’île de Gillier — ou îles aux chataigniers —  que repose le corps. Il y a une trentaine de mois, avec Attia et Boucheseiche ils l’ont enterré dans ce coin perdu, pour que personne ne le retrouve…

La pelle du cantonnier réquisitionné pour cette macabre expédition se prend dans un morceau de caoutchouc rouge, il l’arrache à la terre doucement. Il mesure presque un mètre de longueur.

Courtois reconnaît le tube.

— C’est le drain que Pierrot avait dans le ventre !

Les policiers et journalistes se rapprochent du lieu de découverte, juste à côté d’un saule en forme de fourche comme l’a dit l’indic.

Avec précaution, et sous les directives du docteur Guilleminot et du juge d’instruction Daniault, les hommes déblaient la terre, des débris de tissus apparaissent, reliés entre eux par du fils de cuivre, une cravate rouge et bleue, certainement en soie, puis un corps en état de décomposition. Les flashs crépitent illuminant le cadavre de mille feux.

L’odeur est écœurante, la pourriture est en plein ouvrage, par endroit le squelette est apparent, en d’autres il reste de la chair, visqueuse, putride et malodorante. Le soleil de mai commence à chauffer en ce début d’après-midi, activant les relents nauséabonds du corps fraichement exhumé.

Au niveau des mains, un chapelet de buis… les fossoyeurs ont-ils tenté de lui donner l’extrême onction ? Comme un dernier repenti sur toutes les horreurs commises, comme si le bon Dieu pouvait donner son pardon à une telle ordure…

Les journalistes s’en donnent à cœur joie, ils imaginent déjà les unes qu’ils vont pouvoir faire, un tirage de tous les diables, le scoop du siècle.

Les policiers et le toubib prennent des notes, deux types arrivent à travers les hautes herbes, ils portent une caisse en sapin, dernier costume pour l’homme qui git dans la terre. Courtois ne bronche pas, il essaie de se faire oublier. À l’époque, lui voulait lester le cadavre, le balancer à la Seine, au moins il serait tranquille aujourd’hui. Mais Attia a tenu à respecter la promesse faite à son pote, celle de l’enterrer comme un chrétien, dans un endroit où on ne le retrouvera jamais.

Il revoit encore gros Jo agenouillée au pied de la tombe, tentant de réciter une prière apprise il y a des lustres.

Le corps est sorti de sa sépulture clandestine, déposé sur une bâche de plastique, Guilleminot commence les investigations qu’il peut faire sur place.

Un homme ne quitte pas la scène des yeux, bien sûr on ne reconnaît pas le visage du macchabée, impossible dans l’état où il est, mais l’inspecteur principal Ricordeau sait qu’à ses pieds git la dépouille de son pire ennemi, de homme qui a tenté de l’occire en juin 1944. Il lui aura fallut attendre cinq longues années, cinq années où il n’a jamais lâché sa proie, où il a toujours chercher à mettre hors d’état de nuire ce tueur, ce chef de gang, cet homme sans foi ni loi.

Il éprouve une certaine fierté, il est mort, enfin l’ennemi public N°1 est mort, car c’est bien la dépouille de Pierre Loutrel qui est étalé dans cette glaise, il ne peut en être autrement.

Pierrot le fou est bel et bien mort.

Pierre Loutrel premier homme en France à bénéficier du surnom d’Ennemi public N° 1…

Ancien des bataillons d’Afrique, proxénète, en 1938 il vit avec Marinette Chadefaux, prostitué de son état. En 1941 Loutrel rejoint la Gestapo. En 1944 Loutrel sent que le vent tourne, que les nazis ne sortiront pas vainqueurs de cette guerre, alors sans aucun complexe il retourne sa veste et rentre dans la résistance. Mais ses bas instincts ne mettront pas longtemps à ressurgir, il renoue avec le grand banditisme. Il est arrêté pour pillage et extorsion, incarcéré peu de temps car recruté par la direction générale des études et recherches[1].

Il remonte ensuite à Paris avec l’aide d’Attia, Naudy, Fefeu, Georges Boucheseiche, Marcel Ruart et Abel Danos, il forme le célèbre Gang des Tractions Avant. A cette époque la police n’est pas équipée, la Traction Citroën est une voiture puissante qui leur permet de prendre la fuite rapidement sans être rattrapés.

1946, en seulement 9 mois le gang commet une quinzaine d’attaques à main armée dans toute la France semant la mort et la terreur.

Le gang des Tractions Avant échappera à la police dans des conditions plus que rocambolesques lors du siège de Champigny.

Le 6 novembre 1946, Loutrel est blessé à l’abdomen durant le braquage de la bijouterie Sérafian, rue Boissière à Paris. Jo Attia et Georges Boucheseiche le font hospitaliser sous un faux nom à la clinique Diderot avenue Daumesnil, ils prétextent un accident de chasse. Ils le sortiront clandestinement de la clinique quelques jours plus tard pour le conduire chez un ami à Porcheville où il succombera à ses blessures.

Nous sommes juste 66 ans en arrière, remarquez le médecin légiste sur cette photo

Exhumation-de-Pierrot-le-fou-N°1 Une exhumation sous les flashs…
Exhumation de Pierrot le fou

PHOTO 1. Source : collection Philippe Zoummeroff

Aucune protection, même pas une simple paire de gants, rien…

Sur cette seconde photo du magazine Qui détective, on notera par ailleurs dans le titre le fabuleux gangster…

Exhumation-de-Pierrot-le-fou-N°2 Une exhumation sous les flashs…
Exhumation de Pierrot le fou

PHOTO 2. Source : collection Philippe Zoummeroff

Nulle protection pour personne, la pelisse de la police traine sur la terre de tombe fraichement profanée.

En toute logique, de nos jours, le personnel pratiquant une exhumation se doit de se protéger, combinaison jetable étanche, gants imperméables et résistant, casque et masque respiratoire.

En un peu plus de 60 ans on peut voir l’évolution de la protection du personnel…

Mais si l’on n’avait pas la tenue de protection adéquate, par contre on avait des véhicules de transport adaptés.

Exhumation-de-Pierrot-le-fou-N°3 Une exhumation sous les flashs…
Exhumation de Pierrot le fou

PHOTO 3. Source : collection Philippe Zoummeroff

©Stanislas PETROSKY

[1] Service de renseignement français crée en 1944.

La mort en noire : La mort du Grand

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Régulièrement, Stanislas PETROSKY viendra nous raconter, dans Funéraire Info, la mort de personnages souvent controversés, façon roman noir. Et c’est Mesrine qui ouvre le bal…

La voiture file doucement sur le boulevard, la circulation est fluide. Il fait beau en ce deux novembre, le soleil luit dans le ciel parisien presque quatorze degrés à quinze heures, il n’y a plus de saison. Le conducteur discute avec sa passagère, caresse discrètement le caniche qu’elle a sur les genoux. Sa conduite est souple, mais l’homme est alerte à ce qu’il l’entoure, comme méfiant.

Il vient juste de tourner à droite quand cette moto le rattrape, le motard observe un instant le chauffeur puis repart. Un Renault Saviem 300 bâché bleu le double par la file de droite, le conducteur du camion fait signe au chauffeur qu’il s’est trompé de direction, l’homme lui fait signe de passer devant lui, de toute façon le feu est maintenant rouge, il n’est pas pressé.

Il sourit à sa passagère, son regard est alors attiré par cette bâche à l’arrière du camion qui le précède, la sangle élastique n’est pas prise dans les œillets de maintien, elle flotte doucement au vent.

Il n’a pas le temps de se poser de question, le morceau de plastique est levé d’un seul coup, quatre hommes en civil fusils automatiques position de tir apparaissent.

Jacques Mesrine n’a pas le temps de comprendre, les armes crachent le feu, le pare-brise de la BMW 528i est criblé de balle. Le grand n’a pas le temps de réagir, aucune sommation n’a été faite. Ses mains cherchent à protéger son visage, réflexe de survie illusoire. Des gerbes de sang éclaboussent Sylvia JeanJacquot, sa compagne. Le corps de l’ennemi public N° 1est secoué par les projectiles à hautes vélocités qui le traversent. Sa perruque tombe sur le côté. Sylvia hurle en voyant le visage défiguré de l’homme qu’elle aime. Son chien est mort, elle ressent une vive douleur à l’œil gauche, elle ne sait pas encore qu’elle vient de le perdre. Dommages collatéraux d’une opération de police.

Un homme arrive en courant, il ouvre la portière conducteur, tire à bout portant, la balle se loge dans la tempe gauche d’un homme attaché et déjà troué de projectiles. A aucun moment Mesrine n’a pu, ou n’a tenté d’attraper le pistolet automatique et les deux grenades qui sont aux pieds de Sylvia.

La bâche est rabattue sur le camion qui redémarre aussitôt laissant place à des véhicules de police qui arrivent en trombe.

Il est 15h15 en ce deux novembre 1979, le Grand a été abattu, tombé dans un guet-apens des hommes de la BRI commandée par le commissaire principal Robert Broussard. C’est Broussard lui-même lui sortira le cadavre de Mesrine de la voiture, le laissera exposé trois heures durant à la vue de tous et surtout de sa fille1.

Jacques Mesrine était un criminel recherché par Interpol, coupable de plusieurs homicides, il n’était pas un saint. Mais la France est un pays d’état de droit, et le principe de l’état de droit c’est respecter aussi les droits de ceux qui se sont rangés de l’autre côté de la loi.

La mort de Mesrine est le premier cas de remise en cause de la légitime défense invoquée par la police, car celle-ci a ouvert le feu sans sommation. Le patron du bar Le Terminus, porte de Clignancourt, affirme que les policiers n’ont pas effectué de sommations avant de tirer sur Mesrine. Tout ce qu’il a entendu, c’est une rafale de coups de feu suivie du cri : « Bouge pas ! T’es fait ! ».

Geneviève Adrey étudiante en musicologie, se trouve le 2 novembre 1979 dans une cabine téléphonique porte de Clignancourt, à quelques mètres de la voiture de Jacques Mesrine. Elle raconte avoir entendu des coups de feu très rapprochés, mais en aucun cas elle n’a entendu des sommations2.

Les policiers, pour leur défense, ont témoigné qu’au lieu de se rendre et de lever les mains, que Mérisne eut un mouvement latéral comme s’il voulait se saisir d’une arme. C’est seulement après l’intervention que l’on trouvera deux grenades et un pistolet automatique dans un sac aux pieds de sa compagne.

L’instruction fut rouverte en mars 2000. Elle débouche sur un non-lieu, le 14 octobre 2004. Le 6 octobre 2006, la Cour de cassation française a déclaré irrecevable le pourvoi en cassation de la famille Mesrine (ses enfants, Sabrina en tête, ont tout fait pour que la mort de leur père soit déclarée comme un assassinat) à la suite du non-lieu prononcé le 1er décembre 2005 par la chambre d’instruction de la Cour d’Appel de Paris3.

Jacques Mesrine est enterré au cimetière Nord de Clichy-La-Garenne, la ville qui le vit naître. Sa BMW 528i immatriculée 83 CSG 75 est restée avec les scellés de justice vingt-huit ans dans une fourrière à Bonneuil-sur-Marne avant d’être broyée dans une casse d’Athis-Mons le 14 mai 2007, car non réclamée par la famille4.

«Bonjour, mon amour. Il est certain que si tu écoutes cette cassette, ma petite Sylvie d’amour, c’est que je ne suis plus. Simple souvenir de ma voix, simple souvenir de nous deux. Tu te souviens comme nous étions heureux ! Mais oui, ma puce, ton mari est mort! Abattu par les policiers! Mais ça, nous le savions déjà. Nous savions que ça pouvait arriver un jour.»

Jacques Mesrine L’instinct de mort.

©Stanislas PETROSKY

1 Déclaration de Sabrina Mesrine Tout le monde en parle : [émission du 5 octobre 2002]

2 « La mort de Jacques Mesrine, exécution ou légitime défense », France Inter, 22 octobre 2008.

3 Le Monde du 6 octobre 2010

4 Libération du 15 mai 2007