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Assise du funéraire : François Michaud-Nérard et l’importance du collectif

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Aujourd’hui nous clôturons cette table ronde des Assises du funéraire avec l’intervention de François Michaud-Nérard, directeur des Services Funéraires de la Ville de Paris. C’est un visionnaire du funéraire, il a sans cesse à cœur de comprendre le secteur dans son ensemble, de la place du corps mort à celui symbolique des rituels qui y sont associés. De la famille au conseiller funéraire, du défunt aux survivants, quelle place donne-t-on et souhaite-t-on donner à la mort dans notre société ?

La sociologie de la mort est l’autopsie du vivant.

 

Il rebondit sur l’intervention de Nathalie Vallet-Renart en expliquant que les conseillers funéraires ont sans cesse cette émotion en vitrine. Ils interviennent dans un moment clé qui est la fin d’une histoire et le début d’une nouvelle, entre l’annonce du décès et la vie « d’apparence normale ». Il nous interroge sur ce qu’il se passe durant cette période charnière, quels sont les rôles des conseillers ? Comment être plus performant ? Il nous rappelle qu’il n’y a pas un deuil mais des deuils.

Il prend l’exemple d’une personne de 70 ans qui accuse le décès d’un parent de 90 ans, par définition ces personnes ont vécu plus de deuil mais paradoxalement prennent plus de distance par rapport à celui-ci. Ils sont davantage dans un esprit de projection.

La mort sociale se produit bien avant la mort physique, la nostalgie apparaît avant la peine.

Tout comme les autres intervenants de la table ronde, il évoque le cas du palliatif qui est une approche très particulière du deuil mais aussi de la mort en elle-même car il est souvent conseillé par l’hôpital d’aller voir les pompes funèbres avant le décès, ce qui dans la plupart des cas conduit à un rapport apaisé avec le futur défunt. L’approche du deuil se fait en douceur, dans une continuité.

François Michaud-Nérard a toujours à cœur de n’oublier personne, la mort des jeunes seniors, mais aussi celle des enfants, celle de l’injustice et de la colère qui s’ajoute à la peine, celle qui n’entre pas dans les cases normées de l’ordre des choses, celle que l’on accepte pas. Tout comme celle du deuil périnatal qui ne voit pas que la mort d’un être mais aussi d’un projet de vie qui s’écroule. La société « perd » un foetus tandis que les parents « perdent » un bébé.

C’est également le cas de la place des enfants lors des obsèques qui est la leur, en leur permettant d’assister aux obsèques. Les enfants sont solides et en les intégrant on leur permet d’être actifs et donc être acteurs de leur deuil. Les cacher c’est les maltraiter.

La religion avant pouvait aider à pallier à ces carences, ces manques, sur notre devenir sans l’être aimé, aujourd’hui 40% des personnes sont athées, et parmi celles qui sont croyantes, nous observons tout de même 45% de non pratiquants. Les religions s’effondrent et avec elles les enseignements liés à la mort et au renouveau.

Les pratiques funéraires évoluent : Si l’on se base sur la crémation c’est aujourd’hui 30% des décès qui s’opèrent de cette manière, qui correspond à une évolution exponentielle en une seule génération.

Le directeur des services funéraires nous invite à changer d’angle. Si l’on prend l’exemple des contrats obsèques on observe un glissement sur la manière dont on envisage la mort. Ce n’est plus les conventions sociales, ni les proches qui prennent en chargent les obsèques mais le futur défunt lui-même. Le contrat obsèques n’est pas une aide pour les survivants mais une mise en scène Goffmanienne de la sortie du futur défunt.

Le métier consiste à accompagner chacun dans sa singularité. C’est un vrai challenge dans une société encline à faire de la mort une dimension tabou alors même que les conseillers funéraires sont en première ligne d’un corps social garantissant l’institution des rites.

De manière anthropologique, nous observons quatre points communs :

  • La place physique du cadavre ( cf : en ce sens je vous invite à lire le propre et le sale, l’hygiène du corps depuis le Moyen Age de Georges Vigarello )
  • La place symbolique (l’ailleurs)
  • Rétablir l’ordre social
  • Permettre de mettre en place le travail de deuil

Dans le cas de la religion, un autre point intervient qui est de s’occuper de l’âme du défunt.

Reprenons point par point :

  • La place physique du cadavre : Le soin de conservation permet de s’occuper physiquement dans un espace de transition du corps du défunt. Le lieu de demeure avec la pierre tombale qui vient par dessus, donc symboliquement marquer la frontière entre les vivants et les morts est un élément de cloisonnement du corps mort. Ce qui est la difficulté de la crémation puisqu’il s’agit d’apprendre à ne pas cantonner dans l’espace quelque chose que d’ordinaire nous arrivions à placer en un point précis, et nommé.
  • La place symbolique : C’est le processus de crémation. Un corps de plusieurs kilos se retrouvent ensuite dans un petit contenu d’à peine quelques kilos. Il va être essentiel de préparer les membres de l’assemblée à cette transformation qui est l’élément central de la cérémonie.
  • L’ordre social : Le défunt faisait parti de multiples cadres organisationnels, comment va se renouer l’espace social sans lui ? Il prend le cas des francs-maçons qui symboliquement rétablissent la chaîne.
  • Aider l’initiative du travail de deuil : Les pompes funèbres ont un rôle premier intégrant, lors d’une cérémonie civile. Cela nécessite beaucoup de contraintes, mais elles sont indispensables.

Et les rites sont dans le temps ce que la demeure est dans l’espace. Car il est bon que le temps qui s’écoule ne nous paraisse point nous user et nous perdre, comme la poignée de sable, mais nous accomplir. Il est bon que le temps soit une construction. Antoine de Saint Exupéry.

À l’heure où l’individu prime, les rites sont essentiels, le sentiment de désastre personnel doit devenir un espoir constructif. Il faut prendre conscience par la communauté que l’on peut aisément s’en sortir. On parle aujourd’hui beaucoup de personnalisation, ce qui est une bonne chose pour l’identité du défunt, mais ça n’est pas le rituel. Le rituel doit faire sens et la personnalisation doit quant à elle, faire sens au rite.

Pour revenir sur le registre de l’émotion, il s’agit d’ouvrir les cœurs pour amener à un apaisement. Faire pleurer les gens ça n’est pas que les aider, la catharsis n’a de sens que s’il y a ensuite il y a une réelle restabilisation.

Il doit y avoir un moment collectif solidaire avant un chemin solitaire.

Suite de la chronique : https://www.funeraire-info.fr/assises-du-funeraire-la-conclusion-passionnee-de-damien-le-guay-65773/

Le deuil coloré

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Nous entendons souvent que les pratiques funéraires évoluent. Certes, que l’on soit Darwinien ou non, tout évolue, les pratiques, les usages. La naissance évolue, nous ne naissons pas dans les mêmes conditions qu’auparavant et la mort évolue aussi. Nous ne mourons ni pour les mêmes raisons, ni de la même manière. Le deuil, est il aussi sujet à ces changements ? Bribes de réflexions.

Nous nous souvenons tous de la tombe rose de la petite Léa. Des polémiques non seulement parfaitement inutiles mais aussi douloureuses pour la famille de la petite Léa. Après tout je le dis régulièrement s’il y a bien un synonyme du mot deuil, c’est celui de l’intime. Derrière tout ça, on peut s’interroger.

Les entreprises funéraires redoublent de créativité chaque année, et j’en ai présenté quelques unes lors de ma chronique sur le salon Funexpo. De jolies urnes, de jolies plaques, oui…Mais pourquoi faire ? Si ce n’est bien pour rendre le souvenir coloré à la hauteur de l’amour que l’on portait et que l’on porte toujours pour la personne décédée ?

Je me félicite de voir la créativité à l’oeuvre sur ce sujet et surtout la sensibilité des pompes funèbres sur cette question. Le deuil peut-il être coloré ? Question problématique dans une société encline à normaliser les rôles et surtout les réactions qui en découlent :

La mort : on pleure. La naissance : on sourit. Si bien que les femmes pleurent dans le baby blues et que la maman de Léa n’a plus le droit de sourire.

Nous n’allons pas revenir sur des millénaires de pratiques du deuil, de la couleur des vêtements de cérémonie mais aussi des rituels qui peuvent les accompagner. Le deuil dans ce cas précis, et je sais que je vais en faire bondir plus d’un, est un produit. Au sens où un objet particulier peut donner une symbolique nouvelle à quelque chose qui est finalement très silencieux.

Doit-on occulter la mort d’un enfant ? Doit-on la rendre blanche, neutre ? Pas si sûr car le risque c’est qu’elle devienne invisible. Je dis souvent à propos des enfants qu’ils sont dans un monde sans limite, qu’ils vont pouvoir dessiner. Nous essayons de leur donner quelques couleurs et lignes directrices, mais ils ont leur propre palette et dès leur plus jeune âge, ils sortiront des lignes pour créer le plus beau des mondes. Parce que c’est ça le monde de l’enfance, un monde multicolore. Le réduire au blanc, symbole d’innocence, est une hérésie pour des enfants curieux de nature.