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Orphelin à 18 ans, la musique et la littérature m’ont sauvé

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orphelin littérature

J’ai perdu ma mère lorsque j’avais 5 ans, d’un cancer, puis ma grand-mère de laquelle j’étais très proche, puis mon père à l’âge de 18 ans dans un accident de voiture. Avant 20 ans, à l’âge où les jeunes se rebellent contre le système établi et remettent en doute les dires de leurs parents, considérés davantage comme géniteurs malheureux que comme parents bienveillants, j’entamais ce que j’appelais « ma continuité » en étant orphelin.

Mais je n’ai pas eu l’occasion d’être orphelin très longtemps car je me suis occupé de mon frère âgé de 16 ans, qui lui, était entré en pleine rébellion. Il en avait le droit avec ce que nous avions vécu, mais finalement ses symptômes de l’adolescence ressemblaient à tous les autres, et c’est, ce qui d’une certaine manière, lui a permis de grandir le plus normalement du monde.

Ce qui nous a sauvé mon frère et moi, c’est la musique, la musique et la littérature. Mon père était musicien et même s’il n’a jamais voulu nous initier trop tôt à la musique par peur de nous faire fuir, il a distillé ses notes dans notre maison pendant toute notre enfance. Ma mère quant à elle était professeure de lettres. J’ai mis du temps à mon plonger dans cet univers sans doute par peur de me rapprocher trop d’un fantôme doux et aimant que je n’avais pas assez connu. Mais lorsqu’il a fallu choisir son orientation au lycée, j’ai conclu un pacte avec elle. Les autres élèves piochaient ci et là ce qu’ils aimaient faire, alors pour moi entrer en filière littéraire et musicale c’était retrouver ma mère, c’était rajeunir et grandir avec elle.

Avant son décès, mon père nous avait montré toute sa collection de livres et surtout les écrits auxquels elle s’essayait parfois. Il nous a également appris plein de choses sur la musique, plus à mon frère qu’à moi d’ailleurs qui a montré des dispositions très tôt pour les instruments. Il eut une sorte d’urgence, comme s’il savait qu’il n’en aurait plus pour très longtemps. Il y a quelque chose dans le malheur et la fatalité de cyclique et d’approchant.

Aujourd’hui, 10 ans après, je suis devenu comme la moitié des enfants dans ce cas-là, prof de lettres. J’ai reproduit un schéma familial que pourtant je n’ai jamais connu. Mon frère quant à lui est devenu ingénieur à Londres, paradis pour ses week-end musicaux. On se retrouve une fois tous les trimestres minimums pour faire vivre ensemble, ce noyau de famille, avant de l’étoffer, nous l’espérons.

Le deuil c’est finalement loin d’être une histoire d’acceptation, mais plus de transmission. Bien sûr j’aurais aimé avoir cette famille à détester, mais ne l’ayant pas eu, je l’ai aimé encore plus. Par son absence elle m’a appris tout ce dont je n’aurais jamais pris conscience.


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J’ai pardonné à l’homme qui a tué ma femme.

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pardonné

Un jour vous vous énervez pour des tous petits riens, les courses, les prochaines vacances, l’organisation avec les enfants, et le soir même la police vous appelle, les pompes funèbres sont sur place, il faut identifier le corps de votre femme.

Inès avait 35 ans, d’un tempérament de feu, elle savait aussi faire preuve d’une immense douceur. Des étoiles plein le cœur elle était mon rayon de soleil et celui de nos deux filles. Ce jour là, en janvier 2006, on s’était un peu brouillés le matin à propos du fait qu’elle n’était pas sortie depuis des semaines avec ses copines. Je venais de changer de boulot, à l’époque nos filles étaient petites, Inès était institutrice et c’est vrai qu’on s’est fâché pour rien du tout. Je lui ai demandé si elle ne pouvait pas remettre sa sortie à un autre soir, alors que je savais qu’au fond, elle en avait vraiment besoin. Elle a du reprendre la route assez tôt, vers 22h, 22h30 à la sortie du restaurant. C’était un sale mois de Janvier avec de la pluie à n’en plus finir. Mais Inès roulait bien, elle était sobre, et…elle était heureuse. Ce soir là, elle croise la route d’un chauffeur poids lourd qui ne s’était pas arrêté au bout de son temps réglementaire. Nos routes sont assez pénibles, un peu comme les routes de montagne. Au détour d’un virage, alors qu’il s’était assoupi, il a croisé ma femme, mais n’étant plus vraiment sur sa voie, il l’a percuté de plein fouet, la bloquant contre la falaise.

« Monsieur, vous êtes seul ? Venez on va s’asseoir, …votre femme à eu un accident de voiture. Elle se n’en est pas sortie. »

Comment ça pas sortie ? Comment ça ma femme ? Non impossible attendez je l’appelle. Elle ne doit pas entendre son téléphone elle est sortie avec ses amies, il doit y avoir de la musique. Remontez vous coucher les filles tout va bien.

Non. Tout ne va pas bien. Et non tout n’ira plus jamais bien. Je revois la carcasse de la voiture, les vitres brisées, le toit éventré. Je revois les pompes funèbres « il va falloir la préparer, vous savez, son corps est très abimé, surtout son visage », je revois le cercueil, je revois la tombe.

Je lui en veux pendant longtemps, à elle, à ses copines à la terre entière. Et surtout à lui, à l’homme qui me l’a pris. Je le revois encore, sanglotant et j’avais qu’une envie, qu’il échange sa place contre celle de ma mère, de ma Inès. C’est devenu invivable. Au boulot je n’étais plus concentré, j’ai du confier mes filles à leurs deux grands-mères. J’ai fait fuir tout le monde autour de moi avec ma colère. Elle n’était pas canalisée et je suis resté dans cette étape trop longtemps. 

Elle avait 35 ans, c’était l’amour de ma vie. 

Je ne sais pas vraiment quand ça s’est produit, quand je suis arrivé à un minimum d’apaisement, ce que je sais c’est que jour après jour, un pas devant l’autre je m’en suis sorti. J’ai récupéré mon rôle de père. Et j’ai pardonné, pour elles, pour mes filles, je me suis apaisé. 

Aujourd’hui quand je repense à cet homme sanglotant, je ne pense plus au chauffard, je pense au chauffeur. J’ai pardonné, il le fallait, pour mes filles, pour Inès, et pour moi. 

 

 

Ne vous inquiétez pas, je suis juste en deuil, un endeuillé de Noël

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endeuillé Noël

J’ai déjà écrit à de nombreuses reprises sur le deuil. De même j’ai déjà rapporté des témoignages de personnes endeuillées. On explique souvent comment s’y prendre avec les endeuillés, comme s’ils avaient une maladie contagieuse. Et bien pour une fois, si on se mettait de l’autre côté ? Des endeuillés expliquent le mode d’emploi à ceux  » qui vont bien  » en ces fêtes de Noël.

« Je suis endeuillé, pas malade. Ou peut-être si malade, mais en tout cas, je ne suis pas contagieux. Que ça soit pour moi ou pour vous, Noël va bien arriver. Ma mère est décédée cette année dès suite d’un cancer. Elle n’avait que 53 ans. Ma mère adorait Noël et elle aurait détesté que je ne décore pas la maison. Je n’ai plus de parents, mais j’ai des enfants. Je vais fêter Noël pour eux aussi. Le chagrin ne s’arrête pas, mais la vie non plus. »

« Ma sœur est morte dans un accident de voiture, par un chauffard qui avait trop bu. Pour moi les fêtes de l’année c’est surtout des gens qui vont rentrer trop alcoolisés chez eux. Ma vie s’est arrêtée ce jour là. Noël n’a plus vraiment de sens, mais le reste des jours non plus. Je vois les regards en coin, les sourires maladroits. Et j’ai envie de vous prendre dans les bras, je sais que vous ne savez ni quoi faire, ni quoi dire. Et je ne sais pas quoi faire non plus ! Ni avec moi, ni avec vous. Alors ne vous en faites pas, parfois je parlerai parfois non et parfois même je pleurerai ».

« J’ai fait une fausse couche il y a deux ans…le jour de Noël. Mais j’ai accouché cette année d’un adorable petit garçon au début du mois de décembre, il n’a que quelques jours. Ça n’empêche pas, ça n’efface pas le chagrin, la douleur, mais ça commence à cicatriser. Il  y a deux ans c’était le pire Noël de ma vie, et cette année ça sera sans doute le meilleur. Il ne faut jamais perdre espoir. »

« Ma mère est morte d’une crise cardiaque et…mon père est mort quelques semaines après. J’ai donc perdu mes deux parents cette année. A quoi va ressembler Noel sans eux. Tous les ans, nous fêtions Noël chez eux. J’ai 4 frères et sœurs. Nous avons décidé de fêter Noel chez eux, la maison sera probablement vendue l’an prochain. Mais pour l’instant, c’est toujours un peu d’eux qui sera là cette année. Noël pour nous ? Un hommage et des souvenirs d’enfance. »

 » Je suis condamné. Voilà c’est dit. Comme tout le monde vous allez me dire. Oui, sauf que moi, ça ira sans doute un peu plus vite que vous. « Condamné », ça fait très série B. Ça vous choque ? Vous ne devriez pas, je vais mourir dans quelques semaines, peut-être même que je ne passerai pas Noël. Mais je ne vais pas m’étendre là dessus, si ça se trouve demain je vais mourir en tombant dans les escaliers, dans un tragique accident de voiture. C’est pas la mort qui choque. La mort est notre seule certitude, pourquoi diable sommes-nous si étonnés lorsqu’on nous annonce que nous allons y passer ? « 

« J’ai perdu mon frère. En fait pas je ne l’ai pas vraiment perdu, je sais où il est, et je vais lui rendre visite au cimetière toutes les semaines. Mon frère est déjà d’un cancer.Oui on meurt encore de cette saloperie aujourd’hui en 2017. Il souffrait tellement à la fin que même si je suis déchirée à l’idée que je ne le reverrai plus, je suis aussi soulagée qu’il ne souffre plus. Noël ? On va le fêter bien sur, avec nos enfants, et mes neveux, ma belle-soeur. On va être heureux et on va voir les yeux des enfants s’illuminer quand même, rien que pour ça, c’est important. Il aurait adoré ça. Et puis vous aussi je suis sure que vous avez souffert cette année, même si c’est pas un décès, ça peut être n’importe quel deuil, un emploi, une peine de coeur. Qui a le droit de juger de la souffrance de quelqu’un ? Passez tous de bonnes fêtes et profitez de vos proches.  » 

Agent d’amphithéâtre, je fais mes confidences aux morts

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LEGO Morgue

 » Je travaille depuis 25 ans dans le funéraire, et presque depuis aussi longtemps comme agent d’amphi. Dans le funéraire, je vois souvent des gens dire « je fais ce métier par vocation ». Ça, ça vaut surtout pour les conseillers funéraires, moi je le fais pas par vocation, je le fais surtout par besoin.

Depuis que je suis tout petit je suis fasciné par les morts. Attention, je dis pas la mort, mais bien les morts. Dans les BD d’abord, pas de pulsions de morts je vous rassure, ni même gothique rien. J’avais deux parents aimant, marié depuis des années. J’ai toute la panoplie du gars normal et équilibré, mais les morts, c’est fascinant.

Quand un bébé nait tout le monde est auprès à lui dire qu’il est magnifique alors que c’est rarement vrai, il comprend rien, il ne peut rien faire tout seul, et tout l’univers est là à lui sourire. Les soins sont remboursés, les maternités aussi. Mais les morts, tout le monde s’en fout ! pourtant ils sont bien là. Qu’ils aient des familles ou non, ils ont vécu, ils ont tous une histoire.

Alors quand ils arrivent, je leurs parle, à tous, hommes, femmes, enfants. Je me demande si c’était des criminels, des racistes, des bonnes sœurs. Je leurs raconte ce qu’il s’est passé depuis qu’ils ont rendu l’âme, en général c’est là que je me rends compte à quel point rien d’intéressant n’arrive. Du coup ça me rassure, je me dis que quand moi aussi je passerai l’arme à gauche, je ne manquerai pas grand chose. Depuis la première personne que j’ai vu ici il y a 22 ans à aujourd’hui à part des successions de gouvernement, y a eu quoi de nouveau ? La terre est toujours ronde, les gens meurent toujours autant, et même plus qu’avant.

Parfois ça se bouscule ici, les pompes sont débordées. Je me dis qu’il doit y avoir un truc de l’autre côté pour que tout le monde se presse comme ça. Un peu comme à la caisse d’un supermarché.

Je ne les prends pas pour mes psys j’en ai pas besoin, mais je leur parle, d’eux, de moi, de la vie. Je leurs pose des questions, parce que parfois il n’y a pas de famille, ou si peu, et même quand il y en a, personne ne leur parle. Ils se parlent entre eux, vous ferez attention, les gens pleurent « comment je vais faire maintenant » mais y a bien que le maitre de cérémonie qui parle un peu du défunt.

Alors non je ne suis pas le centre du monde, mais là, pendant quelques heures, je fais en sorte que personne ne les oublie. Ils m’accompagnent au quotidien, les morts sont mon quotidien. »


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Conseiller funéraire, je suis aussi schizophrène et oui merci, je vais bien.

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schizophrène

Mon témoignage du jour est plein de profondeur. Robin, jeune homme schizophrène est aussi conseiller funéraire. De ma conversation avec lui j’en tire plein d’humilité.

Les psychologues, psychiatres et autres, sont les premiers à avoir besoin d’une thérapie. Je ne vois pas pourquoi, moi, je ne pourrais pas aider d’autres personnes endeuillées alors que j’avais fait le deuil d’une partie de moi depuis longtemps. Oui, je suis schizophrène et conseiller funéraire. Et oui, merci, je vais bien. 

L’insertion dans la vie professionnelle des personnes atteintes de schizophrénie n’est pas simple, comme elle ne l’est pas pour les jeunes, les personnes âgées, les mères de famille, les handicapés ; à peu près tout le monde. Alors imaginez moi qui arrive avec mon bagage et mes 10 « moi » dans ma tête, je n’étais pas sur la top liste pour être embauché et pourtant…

« Décompensation on dit les médecins »

J’ai 36 ans, il y a environ 9 ans, j’avais un travail dans un autre domaine, un poste avec des menues responsabilités, une équipe à diriger. J’avais aussi une petite amie, un appart, un repas chez mes parents le dimanche, une soirée avec mes amis toutes les deux semaines, j’avais, j’étais.  Je ne l’ai pas senti tout de suite, mais au fur et à mesure je loupais des choses importantes pour me rendre à des rendez-vous fictifs dans l’espoir de sauver quelque chose ou quelqu’un. Je détruisais un à un les meubles de chez moi pour refaire tout l’appartement, etc. La frontière entre la réalité et l’imaginaire n’existait plus. « Décompensation » on dit les médecins. Avec les médicaments que l’on m’a donnés, j’arrivais à canaliser tout ça. Mais tout avait changé, tout ce qui me paraissait léger est devenu si lourd, et finalement ça a été révélateur d’une vraie prise de conscience. Ma copine m’a quitté, et j’ai quitté mon job où je ne trouvais plus vraiment de sens. Schizophrénie ou non, j’avais 27 ans, et faisais, je pense une crise de la trentaine précoce en quête de sens. Surtout qu’entre les premières décompensations et le mot pathologique de schizophrénie il s’est passé près de 18 mois.

 « C’était technique, humain, profond »

J’ai engrangé un processus de deuil, deuil de ma relation, de mes attentes professionnelles et quelque part, le deuil de moi aussi. En travaillant sur le deuil avec ma psy, je me suis plongé dans l’univers du monde funéraire. Comme 90 % de la population, pour moi avant pompes funèbres c’était surtout l’endroit où l’on ne veut jamais aller. Des mecs habillés en noir à l’air triste qui génèrent un business. Je ne sais pas si j’étais en décompensation ou non, mais un jour je suis rentré dans une agence de pompes funèbres. Je ne sais plus ce que j’ai raconté mais j’ai demandé à ce qu’on m’explique le métier. Je pense qu’on m’a pris pour quelqu’un qui venait se renseigner pour un proche. Et là j’ai découvert un autre univers, un qui collait à la fois à ma réalité et à mes phases de décompensation. C’était technique, humain, profond. Rien à voir avec ce que je faisais avant, ça faisait sens tout à coup. Et pour la première fois en près de 2 ans, la schizophrénie était une chance.

 Un coup de chance

Je me suis renseigné, j’étais été épaulé par ma psy, parce qu’il faut bien le dire, ma famille m’a tourné le dos. Et j’ai eu de la chance, beaucoup de chance, j’ai été embauché, formé par un professionnel à l’écoute. J’ai dit tout de suite que j’étais schizophrène. Comme beaucoup, et comme moi avant, il ne savait pas ce que c’était exactement. Je lui ai expliqué. Il m’a répondu en souriant « on l’est tous un peu non ? ».  Même s’il savait que ça n’était pas vrai, c’était une manière de me dire, ne t’inquiète pas, ici tu verras des gens aux souffrances inégalables. Et il avait raison.

 Aujourd’hui

M’occuper des autres, m’aide à m’oublier un peu aussi. Quelque part, aider les gens à faire leur deuil en organisant les obsèques m’aide à ne pas décompenser. Les Autres sont mes médicaments, bien que je sois, et pour toujours, sous traitement. Aujourd’hui, je vais bien, peut-être pas demain, mais aujourd’hui oui. Et quand on travaille dans le funéraire, c’est aujourd’hui qui est important.


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Merci de me laisser passer dans vos vies. 

« J’ai perdu ma sœur, mais moi, est-ce-que j’en étais encore une ? »

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j'ai perdu ma soeur

Retour sur les témoignages du mercredi avec Aurélie, 28 ans, dont sa soeur est décédée lorsqu’elle avait à peine 11 ans d’un tragique accident. Elle revient sur cet événement douloureux et sur ce qui s’est passé après; sa perte de repère, le déchirement de sa famille et son rôle au milieu de tout ça. 17 ans après, Aurélie se demande toujours si après avoir perdu sa sœur, elle en était encore une.

J’avais 11 ans lorsque j’ai perdu ma sœur

« J’ai perdu ma sœur lorsque j’avais 11 ans. Un âge horrible. C’est vrai qu’il n’y a aucun âge de préférence pour perdre quelqu’un, mais là je me situais entre la sortie de l’enfance, et le début de l’adolescence. Mes propres repères étaient déjà complètement bousculés. Ma sœur avait 15 ans. Elle s’est noyée alors qu’elle était à une fête chez des amis.

Après cela plus rien n’a jamais pu aller. Mes parents se sont séparés. Comme beaucoup de parents après le décès d’un enfant. Je le sais aujourd’hui, à 28 ans, mais à l’époque je ne le savais pas. Et même si je l’avais su ça ne m’aurait pas consolée. Papa en voulait à maman d’avoir autorisé Laura a être sortie chez ses amis alors que lui n’était pas pour. Maman reprochait à papa d’être hypocrite, qu’il aurait pu dire non, qu’elle ne se serait pas opposée. Personne ne parle d’accident, mais tout le monde parle de reproches.

C’est arrivé l’été, et en septembre j’entrais au collège. Encore une fois, pour un adolescent ça n’est déjà pas une étape terrible. Dans mon malheur j’avais la « chance » que tout le monde ne connaisse pas ma sœur, donc pour certaines personnes, j’ai été fille unique depuis le début. Pourquoi de la chance ? Mes parents, désemparés et déchirés avaient peur que je n’arrive plus à me sociabiliser. J’avais perdu ma grande sœur, et ils avaient peur aussi que pour moi les mots « fête » ou « amis » soient synonymes de mort.  Je pense que c’était surtout eux qui pensaient ça. Quoiqu’il en soit je me suis retrouvée chez le psychologue scolaire une semaine après la rentrée. Je n’en veux pas à mes parents, ils ont fait ce qu’ils jugeaient bon pour eux et pour moi à ce moment là.

Un travail de deuil en pointillé

Le mot deuil n’est pas apparu une seule fois, pourtant même à 11 ans, j’aurais bien aimé qu’on me le dise, tu vois, rien que comme ça, mettre un mot dessus, un peu comme une maladie. Mais rien. Et puis à force d’y aller, une question m’est venue, que peut-être je ne me serais jamais posée, une question qui m’obsède encore aujourd’hui. Est-ce-que je suis toujours une sœur ? C’est le même problème que les parents qui perdent leurs enfants et qui n’ont pas de nom, l’inverse des orphelins. Et nous c’est pareil on est quoi sans notre frère ou notre sœur ? Je n’avais jamais été comme elle, fille unique, je ne savais même pas ce que c’était. On a même fini par me dire qu’inconsciemment (c’est le mot préféré des psys) je devais me sentir un peu mieux d’avoir mon père et ma mère rien que pour moi. À 11 ans, j’avais épousé mon père et tué ma mère depuis longtemps, le complexe d’Œdipe n’était plus pour moi, et ma sœur était mon modèle, elle et moi, nous entrions dans le tunnel de l’adolescence. Elle me précédait en tout, et du coup elle me rassurait en passant avant et en éclairant le chemin de sa lampe torche. J’avais tout perdu, mes parents en tant que famille, ma sœur, mon modèle, et même mon rôle au sein de tout ça.

Je ne sais pas bien comment j’ai grandi depuis, de traviole je pense comme tout le monde. Ce qui est sûr, c’est que je ne veux pas d’enfant. Faudrait que je retourne chez un psy pour régler ça, mais j’en ai plus envie. »

Conseiller funéraire, un homme fait un arrêt cardiaque devant moi

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témoignage

Un témoignage ce jour rempli d’émotion. Laurent, conseiller funéraire et maître de cérémonie au moment de ce récit, nous raconte une journée pas comme les autres. 

 » Il y a quelques années, alors que je débutais dans le funéraire en tant que conseiller funéraire et maître de cérémonie, un homme d’une cinquantaine d’années se présenta à mon agence.

Il s’avance, me sert la main. Nous nous asseyons et il m’explique d’une voix très rocailleuse, qu’il est atteint d’un cancer des poumons en phase terminale et qu’il s’inquiète pour ses enfants qui vont devoir gérer son enterrement d’un point de vue décisions, organisation ainsi que financièrement. Cela l’inquiète énormément. Il a des questions et souhaite avoir des réponses, des explications ainsi qu’un devis que je lui enverrai chez lui. En quelques minutes, nous ciblons ensemble ses souhaits ainsi que ses choix.

Une fois notre discussion terminée, il se lève, me salue très gentiment, me tend la main que je saisis. Nous échangeons quelques banalités en nous serrant la main.

Il me regarde, me sourit, me remercie…

Ses yeux se révulsent, ses jambes le lâchent, il s’effondre,  je l’accompagne au sol. Je me rends compte qu’il fait un arrêt cardiaque. En quelques secondes, j’appelle les pompiers et je vais ouvrir la porte de mon bureau qui donne directement sur la rue. J’interpelle un passant pour lui demander de me ramener le défibrillateur qui se trouve à la mairie. Je reviens vers mon monsieur et commence un massage cardiaque.  Le passant  arrive avec le défibrillateur et deux employés de la mairie qui possèdent leur brevet de secourisme. Nous choquons la personne avec le défibrillateur et un des employés municipaux reprend le massage cardiaque.

Quelques minutes se passent, les pompiers et les forces de l’ordre arrivent. Ils commencent à lui prodiguer les premiers soins. Mais rien n’y fait, il s’en va doucement…

Je regarde cette scène

Ce monsieur en train de lutter, ces pompiers qui tentent désespérément de le ramener.

Ses yeux se remettent à la normale. Il me tend la main, me sourit en me regardant. On m’a rarement sourit comme cela. Je me baisse, lui saisit la main… Il me remercie et je sens sa main me lâcher tout doucement.

Mon petit Monsieur est parti. Il vient de faire un arrêt cardiaque.

Une fois le certificat de décès rédigé, mon collègue et moi-même transférons le défunt dans un funérarium puis, je reviens à mon bureau.

Le lendemain, ses enfants me contactent. Ils ont été prévenus par les forces de l’ordre. Lors de notre conversation téléphonique, je leurs explique que si ils ont des questions, je peux y répondre, que nous pouvons également nous rencontrer mais qu’il ne faut pas qu’ils se sentent « obligés » de signer les obsèques de leurs papa dans l’entreprise où je travaille.

Après notre rencontre et quelques réponses à leurs questions ses enfants me mandatent pour m’occuper de lui. Cérémonie civile au crématorium suivie de l’inhumation de l’urne en case de columbarium au cimetière de la ville où il habitait. Ses choix seront respectés.

Arrive le jour de l’enterrement…

Mise en bière du défunt suivie de la présentation à la famille. Arrive l’heure de la fermeture du cercueil. La famille laisse le choix à ceux qui le veulent de pouvoir y assister ou pas. Alors que je m’apprête à visser la troisième vis, sa fille se retourne vers toutes les personnes présentes et déclare que malgré la tristesse liée au décès de son papa, elle est très heureuse car il n’est pas parti tout seul comme cela arrive a beaucoup de monde mais en compagnie du maître de cérémonie et elle me désigne. C’est une des rares fois où je n’ai pu contenir mes larmes.

Cérémonie simple au crématorium où tout se passe bien. Deux heures plus tard je récupère l’urne et prend la direction du cimetière. L’inhumation aura lieu dans la stricte intimité familiale, seuls ses deux enfants sont présents. Quelques minutes plus tard la case est fermée et la cérémonie terminée.

Ses enfants me remercient et nous nous séparons après une journée pleine d’émotions. Depuis, chaque début d’année, ils m’adressent un petit mail.

Mon très cher monsieur, vous resterez toujours un moment très particulier dans ma carrière funéraire et un souvenir plein d’émotions.

Laurent. »

Comme chaque semaine, je vous remercie pour vos écrits, témoignages, mails, etc. N’hésitez pas à me faire parvenir un morceau de votre histoire à sarah.funeraireinfo@gmail.com

J’ai tué un homme dans un accident de voiture, depuis j’apprends à vivre

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accident de voiture

Le mercredi je vous livre souvent des témoignages. Professionnels du funéraire, de santé ou de l’état civil, particuliers qui vivent un deuil, chacun me livre dans l’intimité d’une confession, leur histoire. Je vous la transmets ici, n’étant ni juge ni psychologue, il s’agit d’une écoute et d’un regard. Mettre des mots sur une histoire.

Aujourd’hui je vous livre celle de Sybille. Il y a 3 ans, elle est à l’origine d’un accident de voiture qui a coûté la vie à un jeune homme. Elle décrit son histoire et comment elle essaie de survire à la mort d’un autre.

« C ‘était une belle journée, famille, amis, promesse d’avenir, ciel bleu, et puis…plus rien. »

« Pas un chat sur l’autoroute, nous sommes le dimanche 6 juillet 2014, en fin d’après-midi sur l’Autoroute A4 en témoignage-accident-de-voiture- J'ai tué un homme dans un accident de voiture, depuis j'apprends à vivredirection de Strasbourg. J’avais déjeuné chez mes parents pour leur 30 ème anniversaire de mariage. Pour l’occasion ils avaient invité des amis. Un jour d’été comme on les aime, ciel bleu, repas au jardin, il ne manquait plus qu’une bande son musicale dans le fond pour faire un bon film. Je n’ai bu qu’une coupe de champagne ce jour là, pour trinquer avec tout le monde. Parce qu’à vrai dire, j’avais quelque chose à leur annoncer. Mes parents allaient devenir grands-parents. Une journée remplie d’amour et de promesses d’avenir. Mon conjoint n’avait pas pu venir, il était au chevet de sa grand-mère malade en Normandie. Je repars donc seule au volant de ma voiture vers 17H.

Cette route là, je l’ai emprunté je ne sais combien de fois, elle m’est familière, et comme toutes les routes familières on perd un peu l’attention. Ça vous est déjà arrivé de conduire et tout à coup d’arriver à un endroit sans savoir comment vous avez fait ? Un automatisme vous a conduit là. C’était un moment comme celui-là, quelques secondes d’absence tout au plus, sans réellement savoir pourquoi. Sauf que j’ai été tiré de ce moment là par la voiture de devant qui freinait et dont je me rapprochais dangereusement. Tout s’est fait très vite, j’ai dépassé en un quart de secondes, en faisant un écart et en regardant furtivement dans mes rétros. J’ai réussi à doubler me remettre sur la bonne voie mais j’ai senti la voiture chasser, et commencé à faire des tonneaux. J’ai tout lâché en essayant au maximum de me protéger. Un instinct de survie. J’ai simplement attendu que ça s’arrête.

La vie qui bascule

Lorsque j’ai ouvert les yeux je n’étais plus sur l’autoroute, une autre voiture se trouvait pas loin de moi et quelqu’un en est sorti pour s’avancer vers moi. Je sors de la voiture comme je peux et j’appelle immédiatement mes parents pour leur dire de venir. Mes oreilles bourdonnent, j’entends crier mais je ne distincte pas grand chose. Je me retourne et vois un homme allongé près de ma voiture. En fait la personne qui s’approchait de moi, c’était un ami à lui. Il a essayé de lui porter secours. D’autres personnes sont arrivées, on a tous essayé de faire quelque chose. Bien sûr on a appelé les secours.

J’ai su tout de suite que j’étais responsable, je n’arrêtais pas de dire « désolée » « désolée » mais son ami ne comprenait pas vraiment ce que je racontais. La gendarmerie est arrivée et j’ai expliqué que j’avais perdu le contrôle de mon véhicule. « perdre le contrôle », je n’avais jamais compris cette expression jusqu’à aujourd’hui.

« Je revois tout, j’entends tout, je sens tout, la terre mélangée au sang, le bruit des hurlements désespérés, le dernier râle de cet homme allongé là. »

C’est l’enquête de police qui m’a expliqué ce qui s’était passé par la suite, en doublant lorsque je suis revenue sur ma voie, j’ai fait une embardée en touchant l’autre voiture. La victime, le passager, n’avait pas attaché sa ceinture car il était en fort surpoids. Il était à l’arrière du véhicule.

Mes parents sont arrivés avec un couple d’amis, c’est que lorsque je les ai vu que je me suis effondré. Et puis tout à basculé, test de dépistage en tout genre, interrogatoire. J’ai appris que l’homme n’avait pas survécu, cette nuit là je suis restée chez mes parents en attendant que mon conjoint ne revienne. Personne ne m’a proposé d’arrêt de travail, ni d’aide psychologique. J’ai demandé un arrêt au médecin, comment retourner au bureau dans cet état ? Je suis restée chez moi, sans contact, j’ai même été déconnecté de ma grossesse, ma famille était très inquiète. Lorsque j’arrivais à dormir, je me réveillais à chaque fois en sursaut avec le bruit de l’accident. Ma sage femme qui me suivait pour la grossesse, a demandé à ce que je sois suivie par un psychologue, c’était essentiel pour moi, mais aussi pour mon bébé.

J’ai tué un homme, et j’avais conçu un bébé, la vie grandissait en moi, je détestais ce paradoxe. Comme s’il y avait un trop plein, et qu’une mort = une vie. La thérapie m’a aidée, elle m’a permis d’extérioriser ce que je pensais, surtout la culpabilité. Je n’ai pas repris le travail tout de suite, mais paradoxalement j’ai repris vite le volant. Je savais que si je ne le faisais pas tout de suite, je ne monterais plus jamais en voiture. C’est une amie qui est restée à mes côtés à chaque trajet, sans un mot, juste pour être là.

Depuis la conduite est devenue toute autre, je respecte les limitations de vitesse, je ne décolle plus une seconde mes mains du volant, si je suis fatiguée, je reste chez moi. Et ma conduite a eu un effet sur tous, famille, amis, chacun a adapté la sienne.

« Comme dans beaucoup d’épreuves, tout à coup on voit ce qui est essentiel, ceux qui étaient là, ceux qui ne l’étaient pas. »

accident-de-voiture-témoignage- J'ai tué un homme dans un accident de voiture, depuis j'apprends à vivre

Je croyais avoir depuis longtemps dit adieu à mon enfance et mon adolescence. Je crois que c’est arrivé à ce moment là. Mon conjoint a été d’une aide précieuse, mon amour s’est renforcé, il m’a soutenu et aidé dans chaque étape, et surtout ne m’a jamais fait culpabiliser sur mon état de santé ou celui du bébé, même si je sais qu’il était inquiet.

La vie bascule dans un sens… ou dans l’autre. Je me suis mise à la place de ce monsieur, quelles sont toutes ces choses que je n’ai pas dites ou faites ? Comment est-ce que je veux élever mon enfant ? La vie est tellement courte. Mon petit garçon aura bientôt 3 ans, mon mari et lui, sont mes plus beaux présents. Et je suis reconnaissante d’être en vie. »


 Merci à vous tous pour vos témoignages touchants. 

Si vous aussi vous avez des choses à me transmettre, je serais ravie d’écrire un  morceau de votre histoire. sarah.funeraireinfo@gmail.com

Il m’a demandé en mariage au cimetière sur la tombe de sa mère

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mariage au cimetière

J’ai 34 ans, et je suis de la génération Tinder. Si je vous l’annonce comme une maladie c’est que j’en ai tous les symptômes ; parisienne, je lève le nez de mon boulot que pour dormir ou voir quelques amis et encore. Oui mais voilà, il y a un an, il m’a demandé ma main, et pas n’importe où. Qui d’entre vous a déjà eu une demande en mariage au cimetière ?

Bref je n’avais le temps, ni le courage, ni l’espoir de trouver l’homme de ma vie au détour de la file d’attente à la poste. Soyons réalistes. Et visiblement être célibataire à 33 ans est considéré encore, comme le pire des stigmates. Mes ami(e)s m’ont convaincue de m’inscrire sur un site de rencontres afin d’éradiquer, selon la société, ce qui était un problème. J’ai tout fait Tinder, Meetic, Attractive world, et avec eux, un monde parallèle pervers, bizarre, narcissique à souhait. Il y a deux ans, on pouvait encore parler de Tinder comme un site de rencontres et non pas la plateforme du « tu viens ? on baise. »

Finalement, répondre à tout un tas d’énergumènes et expliquer pour la millième fois que oui, je fais tel boulot, j’ai tel âge, non je n’ai pas de chien, oui j’ai des frères et sœurs, et « BORDEL JE NE SAIS PAS POURQUOI UNE FILLE AUSSI MIMI QUE MOI FAIT SUR UN SITE DE RENCONTRES » me prend plus de temps que tout autre chose. Je décide de couper court aux applications avant d’en arriver à jeter définitivement mon Iphone dans la Seine, et moi avec, jusqu’à lui; cette personne toute différente, celle à qui j’avais aussi envie de demander « mais qu’est ce que tu fous là ? »

Vous avez déjà lu le livre « le mec de la tombe d’à côté ? » de Katarina Mazetti ? Et bien moi non, enfin je ne l’avais pas lu jusqu’à ce qu’on me l’offre…à mon mariage. Au départ je lui dis que je suis désolée mais je ne compte pas rester sur l’application, il me demande pourquoi et je lui réponds que j’en ai marre etc. Ce à quoi il me dit « dommage, je cherchais justement une relation compliquée ». Bref, je tique, bref on se rencontre, bref, sans m’en rendre vraiment compte je tombe dingue amoureuse de lui.

Le cimetière : cet endroit de rencontres

Pour aller à mon travail je passe systématiquement devant le cimetière. Je flâne ici le midi pour le déjeuner afin d’éviter mes collègues et c’est l’un des rares endroits de Paris aussi bien fleuri. Et comme le hasard ne s’invente pas, Monsieur faisait exactement la même chose, mais…de l’autre côté du cimetière. Moi qui ne bougeais jamais les fesses de mon banc, jamais je ne l’aurais vu, et quand bien même, je vous dis, je suis de la génération qui ne croit plus trop aux regards croisés. Nos premiers rendez-vous galants se passent donc dans le cimetière pour la pause déjeuner. Mon premier je t’aime sera prononcé à côté de la tombe de Monsieur N**** et après quelques mois il m’explique que sa mère décédée d’un cancer est enterrée ici. Il m’emmène la voir, un peu comme un déjeuner en famille le dimanche, sauf qu’ici personne ne me fait de remarque déplacée sur mon gratin ou ma nouvelle coupe de cheveux.

Mariage au cimetière, l’envers du décor

Un soir alors qu’on revenait du restaurant à deux pas de chez moi, il veut qu’on fasse un détour par le cimetière, sauf qu’il est 1h du mat, qu’il fait froid et archi nuit. Dans ma tête je me dis ça y est, il se révèle enfin, je le savais, je suis tombée amoureuse d’un vampire. Devant ma tête déconfite, il m’invente un truc « non mais c’est l’anniversaire de décès de ma mère, j’y vais absolument tous les ans et je n’ai pas eu le temps aujourd’hui ». Ça ne me fait pas me sentir mieux. On s’assoit là, sur le marbre glacé où je me dis que je vais finir par rester collée. Et là je ne sais pas ce qu’il lui prend, il s’agenouille et me montre une bague. J’ai les lèvres tellement bleues que je n’arrive pas à dire oui, ni non, ni rien d’ailleurs. Et là j’arrive à balbutier « pourquoi ? » Ce à quoi il me répond « parce que je veux passer ma vie sur terre et en dessous avec toi » J’ai trouvé ça curieusement romantique, glauque, et follement parfait. Bref à tel point que j’ai fini par dire oui, au chaud, chez moi quelques minutes après. Dans la lignée on a prévenu les invités : et on a finit par faire nos photos de mariage…au cimetière.

 

Témoignage d’un agent d’état civil impliqué

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Katia agent d'état civil

Aujourd’hui, témoignage d’un agent d’état civil. Depuis 7 ans, Katia gère la partie funéraire. Elle aime son travail, cela se voit, et se ressent. Elle fait également partie de l’Association créée par Mike Delhaye et son épouse suite au décès de leur petite Léa.

Témoignage d’un agent d’État civil 


À mon travail, j’ai souvent senti les regards interrogatifs (limite répulsifs et dégoûtés) de certains de mes collègues : Comment peut-on s’intéresser au domaine funéraire ?

Cela va bientôt faire 7 ans que j’ai appris, apprends encore, et gère le funéraire au service de l’état civil. J’adore ce que je fais.

Moi, au contraire, je ne comprends pas comment les gens peuvent se poser de telles questions. À moins que ce ne soit le reflet de leurs peurs… La mort…

Oui, la mort fait peur, la mort est tabou et pourtant… Nous y viendrons tous un jour (texte trouvé sur un vieux corbillard…)

Au-delà des actes administratifs, au-delà des autorisations diverses, j’en retiens l’aspect humain. Cela fait trois ans que j’assiste à toutes les opérations funéraires qui se déroulent en notre cimetière et j’en suis fière. Du coup, je remercie mon collègue fossoyeur d’être parti à la retraite, un départ non remplacé si ce n’est que par mes présences, ce qui m’a permis de faire du terrain et de comprendre le pourquoi du comment de tout ce que l’on autorise derrière notre bureau.

Au delà des actes administratifs


Il y a trois mois, une dame est venue me voir, en larmes. Son père, inhumé au Liban en 1974 doit être exhumé en urgence, les autorités religieuses (qui gèrent les cimetières) informent les familles que les sépultures sont menaçantes et qu’il n’y aura pas de renouvellement possible, même pour celles en cours : ce sera exhumation par les familles ou bien transfert en fosse commune.

Nous avons reçu le reliquaire ce matin en notre cimetière.La famille est arrivée et… très grands moments d’émotions. Je pensais que la famille avait accueilli le petit cercueil à l’aéroport, il n’en était rien. Elle a découvert le reliquaire à l’arrivée au cimetière.

L’épouse du défunt a fait un malaise. L’un des fils a fait un malaise. De même que pour une autre dame. La fille du défunt est venue dans mes bras, complètement effondrée.
C’est comme s’ils apprenaient, de nouveau, le décès de leur proche.

          Prendre du recul, relativiser, c’est ce que l’on nous dit en formation.

Mais là…

Voilà, moi, simple agent d’état civil, je vais au-delà de mes fonctions, sans doute, je ne sais pas. Mais faire du funéraire, c’est faire de l’humain.

Je me fiche d’être jugée, critiquée. Ce qui compte, c’est la reconnaissance des familles. J’ai fait du bon travail.

Un tournant dans la carrière


Je pars. Je suis à un tournant de ma carrière. Je quitte mon service en fin de semaine mais je pars avec cette histoire pour dernière mission et j’en suis fière, moi le petit agent d’état civil qui n’a pas peur d’aller au-delà (mais pas dans l’au-delà, pas encore!). Je quitte la commune pour une autre beaucoup, beaucoup plus grande et, celle que je quitte, j’y ai fait mes armes, j’y ai consacré énormément d’énergie et de temps mais comme ils ne veulent pas entendre l’importance du cimetière et de tout ce qui s’y rattache…


Rajouté à cela cette histoire de la famille libanaise… Un trop plein de beaucoup de choses ?

L’association

Et puis, bien au-delà de mes obligations professionnelles, il y a l’asso, THE asso, – Un sourire après les larmes – celle avec qui je découvre et apprends tant. Et là encore, on abordera un autre sujet tabou : le deuil périnatal.

Malheureusement, bien plus présent que l’on ne peut se l’imaginer… Je n’en reviens pas.
 J’ai une chaleureuse pensée pour mes très chers amis qui m’ont invitée dans l’intimité de leur famille et je les en remercie.

Grâce à eux, je veux approfondir le sujet et je me documente, je m’abonne à des pages Facebook dédiées à ce sujet, je lis, j’étudie… Bref, j’essaie de comprendre parce que c’est un deuil, à mon sens, bien particulier et dont on ne parle que très peu. Malgré tout, au grand damne des paranges, il reste tabou.

Et puis, autre objectif, je souhaiterais laisser plus de place aux papanges, je souhaiterais qu’ils aient, s’ils le souhaitent, plus souvent la parole, qu’ils aient eux aussi des opportunités pour exprimer ce qu’ils ressentent. 


Pour aller plus loin témoignage d’un agent d’état civil, associations de deuil périnatal

https://www.funeraire-info.fr/un-sourire-apres-les-larmes-focus-sur-lassociation-de-mike-delhaye-82855/
http://circulaire.legifrance.gouv.fr/pdf/2009/07/cir_29111.pdf
http://www.un-sourire-apres-les-larmes-37.webself.net
https://www.funeraire-info.fr/deuil-perinatal-la-douleur-du-membre-fantome-88948/
https://www.funeraire-info.fr/deuil-perinatal-un-album-pour-se-souvenir-66107/