Accueil Tags Thanato

Tag: thanato

Thanatopracteurs : Dis comment tu travailles ?

0
Thanatopraxie
Pratique de la thanatopraxie par le Dr. Richard Burr en 1861 aux USA

Fin de semaine consacrée à la thanatopraxie. J’en reparlerai un jour… ou pas. Pour l’instant je vous laisse tranquille et réciproquement. Petit tour d’horizon des témoignages sympas de la semaine. Comment vous travaillez ? Venez tout me raconter.

Et toi comment tu roules ?

En break : « Moi je travaille qu’avec des breaks, c’est une question de confort et de sécurité.  Enfin. Je sais que c’est limite niveau législation. Mais on fait beaucoup de route.  No offense pour les kangoos, mais un break ça fait plus sérieux. Et c’est tellement plus confortable……. Et je n’ai jamais eu de mauvaises remarque sur mes véhicules.  Chez moi ils sont habitués donc pas de soucis.  Les clients savent qu’on travaille dur donc ça les choque pas. »

En 4X4 : « Trop gros trop cher en fonctionnement, mais pas vraiment le choix, dans ma campagne profonde avec les crevasses sur la route, la boue et j’en passe, il me faut un minimum de confort et de stabilité pour ne pas que mes produits valdinguent. Et puis si c’est pour changer de voiture tous les ans c’est pas la peine. »

En Partner : « Rien de plus pratique. On dit souvent que les femmes aiment rouler en hauteur, y a peut-être de ça. En tout cas je peux tout mettre dedans et comme je passe une grande partie de ma journée dedans, y a de la place , je ne me sens pas enfermée. »

En leasing : « Je roule de trop, pour éviter de changer ma voiture tous les deux ou trois ans maximums j’ai préféré l’option là. Après c’est vraiment une logique comptable à voir. »

En citadine : « ça t’évite d’avoir trop de frais d’essence, et surtout des réflexions du type « ah ben ça paie bien thanato ». C’est un peu ostentatoire devant les clients et encore plus devant les familles. Un bon confort c’est le principal et de l’agencement intelligent pour son matos, le reste on s’en fiche un peu »

Et toi comment tu te soignes ?

Mal : « Pas le temps et j’avoue que je ne le prends pas. Je vais rarement chez le médecin, seulement quand je suis bien malade et encore. Pourtant je sais que je devrais. »

Régulièrement : « Contrôle par prise de sang tous les ans. Un bilan complet et hop c’est reparti. C’est le minimum, il peut arriver plein d’autres choses en un an mais bon »

Par prévention : « Homéopathie toute l’année pour éviter les microbes, technique de ‘manutention’ pour apprendre à retourner les corps sans se péter le dos toutes les cinq minutes et bilan sanguin régulier, au max ! »

Moins bien que je ne le sais : « Peu de gens savent que nous sommes sous surveillance médicale renforcée –SMR- La visite médicale est obligatoire une fois par an. Et qu’une formation transports matières dangereuses et également obligatoire ! Perso une fois ces 3 dernières années. Malgré des développements d’allergie etc. Même si le ministère a change très récemment la classification du formol ( tableau cmr) ça reste obligatoire. De la même manière, les limitations faites par la médecine du travail ne sont pas appliquées et difficilement applicables. Ex mi temps thérapeutique ou interdiction de certains produits. »

Et toi comment tu travailles ?

Tout seul : « Indépendant et sans salarié j’ai mes clients mon secteur ma ptite vie tranquille. Ne jamais dire jamais, mais si ça pouvait continuer comme ça, j’espère n’avoir jamais besoin d’être salarié ».

Avec conviction : « Syndiqué FO santé, ça permet d’être dans un secteur avec des intérêts transversaux hospitalier, morguiste, etc. On est environ 180 employés de la société en France, y a des intérêts à défendre. Le salarié n’est pas dans la même logique de rentabilité que l’indépendant. Ma motivation ça n’est pas l’argent c’est de pouvoir faire mon boulot correctement et que tous les autres thanatos aussi. »

En groupe : « Je suis patron de ma boite, mais j’ai trois salariés, en thanato même si on se voit peu, on s’appelle tout le temps pour l’organisation. Vaut mieux bien t’entendre avec eux, parce que tu vas leur parler autant qu’à ta famille. C’est chouette d’avoir des collègues ça permet de souffler aussi et de faire des roulements, avoir des soirées, des dimanches. Quand l’activité tourne bien derrière, c’est le top. »

En speed : « Je cours partout toute la journée, c’est du sport. Mais toujours correctement, on ne peut pas se planter dans ce job, tout est réglé comme du papier à musique. Y’a toujours plein d’imprévus, le corps pas arrivé, la galère sur la route, la famille qui veut qu’on retouche un truc, mais ça fait partie du métier, et j’aime ça.« 

En six points : « Radiales, fémorales et carotides, ça me prend beaucoup de temps c’est sur, et je dois être le seul à faire ça, mais je veux que tout passe. Les crises cardiaques y’en a tout le temps. Et les extrémités des doigts bleues je ne veux pas que ça reste, alors je mets deux heures sur un soin, mais après je suis sûr de moi« .

En discutant avec le défunt : «  « T’es bien beau toi » c’est ce que je leur dis à la fin, je leur dis aussi qu’ils peuvent partir tranquillement maintenant. C’est vrai aussi que je leur dis de temps en temps à quel point ils m’ont bien fait galérer, mais c’est normal de parler au corps je suis sûr que tout les thanatos le font, au moins dans leur tête. »

Merci à tous pour vos témoignages de cette semaine et… de ces huit dernières années.

Thanatopraxie : Quand la concurrence s’en mêle

1

Hygéco. Je l’écris tout de suite, parce que vous allez lire l’article en diagonale jusqu’à tomber dessus, soit parce que vous n’êtes pas un salarié d’Hygéco et vous considérez qu’il est là le problème de la concurrence. Soit parce que vous êtes salariés d’Hygéco et que vous avez peur de vous faire bousculer. Et si la concurrence venait d’un tout autre endroit ?

L’histoire de la thanatopraxie n’est pas juste le fruit d’une invention à un moment de l’histoire, mais bien le résultat à la fois de nouveaux besoins sur le plan moral, et d’une succession d’avancées techniques en matière de conservation des corps, donc d’hygiène.

Dans les années soixante-dix, l’on attribue à Jacques Marette le fait d’avoir importé la thanatopraxie en France. Elle était bien différente de ce que l’on connaît aujourd’hui. Cela commence vingt ans auparavant, Marette reprend la société de son père, à savoir entrepreneur de pompes funèbres. Il propose son service aux familles pour désinfecter les lieux après le passage des pompes funèbres. C’est donc d’une société d’hygiène que naît la thanatopraxie. Nous sommes dans les années cinquante. Bienvenue dans l’époque du carbo-glace, une vraie révolution à l’époque. Il traverse la Manche vers la Lear Institute qui enseigne une technique d’embaument et découvre le « miracle » du formol. Il revient en France, c’est difficile au début, jusqu’à Jean Marais en octobre 1963. Mais je ne vais pas vous faire toute la bio de Marette ici, ça pourra être le sujet d’un autre article.

Les débuts d’un je t’aime moi non plus

A partir des années 60, Marette se retrouve face à un problème financier majeur en voulant étendre la thanatopraxie sur le territoire. Le matériel coûte cher et la main d’œuvre est quasi inexistante et peu formée. Il s’allie aux Pompes Funèbres Générales qui détiennent encore le monopole du marché funéraire. Les PFG croient au développement de la thanatopraxie et conclue un accord tacite entre les thanatopracteurs et la société. Il faut former et en 1963, deux membres de PFG et Marette créent L’Institut Français de Thanatopraxie, (IFT).

En 1976, année durant laquelle Jacques Marette, fonde la société Hygéco, – Hygéco International existe depuis 1887 ! et fera partie du groupe Facultatieve en 2007- c’est la première pierre de l’institutionnalisation de la profession. Durant les premières années, aucune formation n’est appliquée, les thanatopracteurs sont de ‘simples’ sous-traitants de pompes funèbres. Leur activité n’est pas conséquente, et est réservée à la partie aisée de la population. Elle finit par se démocratiser et représente près de 20 % des décès lors de la promulgation de la loi Sueur en 1993.

L’article 1 du décret de 94-260 du 1er avril 1994 encadre l’activité par une formation qui lui confère un diplôme délivré par le ministère de la santé. Elle prend de l’ampleur et par conséquent assoie sa position. C’est une grande avancée, car elle balaye la concurrence qu’il pouvait y avoir avec le personnel soignant. Grâce à la partie médicale de leur formation ils se détachent des pompes funèbres.

La première concurrence sérieuse avec l’entreprise Raffault apparaît. Ce dernier se lie avec l’Institut de formation de thanatopraxie EFSSM – école française de soins et services mortuaires- figure concurrente, à l’époque de PFG.

Vers la fin des années 90, PFG retire peu à peu ses parts du capital d’Hygécobel : Hygéco ; équipement et produits de thanatopraxie et BJL : soin de conservation et transport de corps. Hygécobel refuse le rachat par PFG des parts pour une question d’indépendance familiale. En 97, PFG retire ses achats de produits en thanatopraxie et ses prestations de soins à Hygécobel. Désormais soit ils seront formés en internes, soit il s’agira de sous-traitance.

Hygéco voit son chiffre d’affaire baisser pendant que celui de Raffault augmente. Hygéco trouve de nouveaux alliés et en trouvera chez Bernier par exemple. Comment ? en créant une plateforme de distribution où sont stockés les produits et les véhicules.

Depuis pour être brève, Raffault a revendu à Hygéco et ces derniers distribuent leurs produits et vendent leurs prestations de soin, non seulement à OGF mais aussi à un certains nombre d’indépendants.

Une histoire de formation, le début du problème ?

Les écoles forment les futurs thanatopracteurs en deux temps. D’abord la théorie ensuite la pratique, pour faire simple. Les cours parlent d’anatomie, toxicologie, théorie des soins de conservations, histologie, médecine légale, réglementation funéraire, microbiologie, hygiène, gestion et sciences humaines de la mort. Une fois la théorie validée, il faut trouver des maîtres de stage afin d’effectuer les 100 soins réglementaires pour valider la formation et passer le diplôme devant le jury en effectuant un soin de conservation.

Il y a donc un lien étroit historique entre l’IFT et hygéco, les thanatopracteurs formés dans cette école étaient embauchés par Hygéco. Les thanatopracteurs se multiplient et les agences de pompes funèbres aussi. Certaines pompes funèbres concurrentes au groupe PFG et voyant la thanatopraxie accroître décident de se lancer comme thanatopracteurs.

À la même époque et en parallèle, certains employés de la société Hygéco quittent le groupe, et s’installent à leur compte, ils constituent les premiers thanatopracteurs indépendants. Paul Clerc, un de ces indépendants fonde en 94, le Centre d’Etudes et de Préparation à l’Examen National de Thanatopraxie, le CEP-ENT – première grande école concurrente à l’IFT-.

De plus en plus d’employés de pompes funèbres assistants funéraires et porteurs sont encouragés et financés à se former à la thanatopraxie. Se crée alors, comme je le disais plus haut, la troisième école de thanatopraxie qui forment de futurs thanato-pompes, l’EFSSM.

Hier j’ai eu des retours divers sous mon article et c’est là que je vois, même si je le sais, le vois et le vis depuis des années à quel point la distance peut-être grande entre les thanatopracteurs indépendants et les thanatopracteurs salariés, non soumis à la même gestion au quotidien.

Si auparavant dans les écoles le noyau dur des thanatopracteurs gravitait autour du milieu funéraire, aujourd’hui les nouveaux aspirants sont parfois loin du milieu funéraire et ou médical. Il y a beaucoup plus de femmes qu’auparavant et beaucoup plus de jeunes aussi intrigués et intéressés par une profession dont l’histoire les intéresse peu.

« La formation est faite à l’envers. Les gens se lancent sans aucune information sur le métier. Donc il y a une chance sur 10 que la personne soit apte a bosser dans les conditions qu’on connaît….  Moi le premier j’ai reçu un courrier et un e-mail très récemment. Pourtant bien écris, je n’ai pas encore pris le temps de leur répondre. Mais au téléphone c’est souvent une catastrophe. C’est la faute à tout le monde, Thanato,  écoles et stagiaires. La vocation naît avec le temps. Mais l’envie doit être là dès le début. Sur 100 personnes qui disent « j’ai toujours eu envie de faire ce métier (vrai ou faux) combien vont finalement y arriver ? Mais quand une école fait payer 8000€ la formation et que la personne n’est pas complètement formée ce n’est pas normal. En fait c’est juste absolument pas normal,  qu’importe l’école et le prix, qu’on sorte d’une école sans avoir tous les atouts pour réussir. C’est comme sortir d’un BEP mécanique et ne pas savoir ce qu’est une clef a molette…. »

Parler de la concurrence c’est parler de la formation, c’est voir arriver des personnes qui vont parfois s’installer et prendre des parts de marché.

Ça n’est pas toujours le cas, parfois cela se passe bien, les thanatopracteurs s’entendent et réussissent à s’unifier autour de l’intérêt commun : la famille.

« La concurrence est saine : respect des confrères ( autant que possible) mais c’est possible. J’ai réussi a créer une zone de 6-7 thanatos qui s’entendent »

Pour d’autres c’est en pleine évolution « C’est un peu comme un cabinet médical, des alliances se créent en bonne intelligence afin de pouvoir s’accorder aussi un équilibre sur le plan personnel. Quand on met l’égo de côté on y arrive. »

La concurrence n’est pas toujours celle que l’on croit elle dépend vraiment des secteurs et il est réellement impossible ici d’en faire une généralité. Il y a des secteurs violemment concurrentiels, d’autres équilibrés, d’autres en carence de personnels.

Comprendre la concurrence

Lorsqu’Abbott parle de diagnostic, inférence et traitement, il explique que ces trois termes servent à désigner respectivement, un problème, une façon de raisonner sur le problème, et sa solution.

Là je vais parler des indépendants, pour les indépendants, les salariés n’étant pas concernés par le stress et la violence du terrain à ce niveau.

Exemple : C’est la galère, pour X raisons. Nous le savons, tous les soins tombent toujours en même temps. Vous vous faites dépanner par un confrère dont vous connaissez la qualité,  en revanche il est peu probable que vous ayez confiance en lui.  Il ne faut pas oublier que c’est une relation de service et que c’est la famille qui est derrière tout ça. C’est l’éthique. Le soin est fait, mais vous pouvez être sûr que la carte de visite du confrère n’a pas été oubliée d’être déposée sur le bureau de l’assistant(e) funéraire ou directement au porteur.

Les pompes funèbres ne sont pas toutes égales non plus à ce niveau, il y a les fidèles et il y a les autres, ceux qui recherchent le tarif à tout prix, et on ne va pas se mentir, ça arrive.

« Ça me stressait, parce que si je partais faire un soin dans une direction et qu’on m’appelait pour un autre soin dans une autre direction, je devais mettre du délai, le temps de la route et du soin. Bien souvent on ne me disait « pas plus tôt ? Ça n’ira pas pour nous, on va voir autrement et on vous rappellera » ce qui voulait clairement dire, « vous n’allez pas assez vite, alors on appelle quelqu’un d’autre ». Et là ça n’est pas Hygéco le problème parce que souvent les structures mettent les soins au lendemain, ils ont un planning, s’ils sont appelés le matin c’est pour l’après-midi, et l’après midi pour le lendemain, point final. Nous, on ne peut pas faire ça. En fait on m’appelait simplement pour me dire que j’allais perdre un soin, parfois à deux heures près, c’est n’importe quoi ».

Se faire un nom, une place, une clientèle et la fidéliser, c’est tout l’enjeu des thanatopracteurs indépendants. Certaines pompes funèbres elles mêmes concurrentes à une autre apprécient peu de voir leur thanatopracteur attitré travailler pour la concurrence et encore moins de se voir appliquer du délai à cause d’elle. Le choix des clients et des partenariats est parfois capital.

La logique est complexe, de nombreux décès s’enchainent, pour des clients différents sur un secteur très large. Il convient de contenter tout le monde et même parfois revenir dans la même journée chez le même client. Il faut allez vite tout en ayant une logique économe, – ne pas faire 100 km vers le Nord pour ensuite en faire 100 vers le Sud et retourner vers le Nord- ce serait à la fois une perte d’argent et de temps. Aller vite ne veut pour autant pas dire faire vite le soin, une heure étant la moyenne, ce temps ne peut pas être raccourci. Il faut s’accorder avec le personnel des pompes funèbres surtout s’il y a une aide à faire sur une mise en bière, toujours très appréciée. Pas la peine non plus d’arriver en avance si le corps n’est pas là. Entre le transport et l’arrivée du thanatopracteur ce n’est pas toujours aisé de s’organiser.

« Il faut arrêter de former » diront certains, pour d’autres il manque des thanatos sur le terrain : « Il y a du travail. Certes il faut bouger mais du travail il y en a. Hygeco, entreprise de pompes, Thanato indépendant…  J’ai déposé une annonce avec salaire et conditions de travail au top et j’ai eu une réponse au bout de 6 mois… Il n’y a plus de Thanato c’est tout. »

Et l’égo dans tout ça ?

Les thanatopracteurs sont souvent sujet à cette réflexion par eux mêmes d’ailleurs. Et si le problème venait de là ? des écoles peut-être mais aussi de la nature même de la profession « on intervient sur un être, sur un corps, pour certains c’est un mauvais bad trip, ils considèrent qu’ils ont du pouvoir et sont déconnectés de la réalité »

Et internet n’aide pas du tout à cela :

« La discrétion : Autant pour les futurs thanatos que ceux déjà en place. Qui passent leur temps à démonter les aspirants sur internet gratuitement. C’est une règle c’est tout. D’abord pour les familles et aussi pour les clients. »

Il y a un moment maintenant, un de mes contacts me disait « On peut s’entendre à partir de 500 km de distance, F et moi sommes les exceptions qui confirmons la règle ».

Les thanatopracteurs s’interrogent régulièrement sur cette concurrence, l’on peut voir sur internet ce type de questions « Concurrence pure et parfaite : Pensez-vous que l’on arrive à la théorie de la concurrence pure et parfaite avec l’arrivée massive de nouveaux thanatopracteurs ? »

La concurrence sur secteurs différents, une affaire de personnes

Parfois la concurrence n’a aucun rapport avec la proximité. Certains thanatopracteurs se détestent farouchement pourtant ils ne sont ni sur le même secteur, n’ont pas les mêmes clients, ni la même zone géographique. Pas les mêmes valises, ni les mêmes produits ni le même salaire bref aucun semblant d’union. Le plus simple est parfois de ne pas se comprendre. Conflit de générations, de styles, de techniques mais surtout de personnes. Pour les thanatopracteurs le soin à un rôle important. Certains disent qu’en deçà de 20 soins par mois « tu n’es pas thanatopracteur, tu n’exerces pas assez, tu n’as pas assez de pratique et ensuite tu viens donner des leçons ou des cours, alors que ça fait des semaines que tu n’as pas mis les pieds dans un labos. »

Le problème des nouveaux ?

Les derniers arrivés du numerus clausus, porté à 60 l’an dernier, – je précise parce que la dernière fois j’ai dit que c’était en vigueur cette année là, or on m’a bien fait remarquer à juste titre que ça n’était pas encore fixé- . Ils en sont tous parfaitement conscients et sont parfois taxés de « voleurs de travail ». « Les thanatopracteurs me disent : « Mais vous êtes fous de vous lancer dans ce métier, il n’y a plus débouché et ce métier est mort ». « On ne va pas former quelqu’un qui va nous voler notre travail ». Si le mot concurrence n’apparaît nulle part, la peur de se faire prendre sa place, est bien présente et c’est une forme de concurrence qui s’exprime. Les étudiants se plaignent alors en retour du caractère hautain des thanatopracteurs. Pascale Trompette – économie du marché funéraire- parlait du caractère sectaire de la profession, certaines pompes funèbres considérant également les thanatopracteurs comme prétentieux.

On remarque que les thanatopracteurs qui répondent de façon agressive sont en place depuis moins de 2 ans pour 30% d’entres eux, et moins de 10 ans pour 85% d’entres eux. Confusion pour la plupart entre l’âge élevé et le nombre réel d’années d’expérience.

Les salariés d’une même société qui sont payés à la prime de soin, vivent une concurrence interne qui peut être parfois très dure à supporter –tout comme cela existe chez les commerciaux dans d’autres secteurs-.

Où en sommes-nous ?

Difficile à dire, sur les  60 diplomés de chaque année, seul la moitié exercera et moins d’un tiers y restera plus de 5 ans. Quand à la profession :

« L’avenir. 

On est un peu dans la merde.

Moins de Thanato. 

Des prix a la baisse

Des produits bizarres qui arrivent… 

Je vois difficilement comment on ne pourrait pas régresser… Et quel dommage.  Certains ont passé toute leur vie a encourager les soins, développer la profession et maintenant on va avoir des délais impossible faute de thanato ou des soins qui tiendront moins bien qu’une toilette…..

Le Thanato du futur fera plus de route pour gagner moins. Les grande villes lui seront hostiles à cause des grand groupes. Il pourra compter sur les fragiles nouveaux qui se lancent. Devra les aider dans leur démarche. Il devra s’intéresser a son confrère et s’entraider avec lui afin d’avoir une vie normale. »

Un tableau peut-être pas si noir, la profession est jeune, elle se légifère tout doucement, mais elle doit travailler d’urgence sur elle-même afin de changer l’image qu’elle donne non seulement envers elle, mais aussi envers ses clients, les familles et les pouvoirs publics dont elle dépend.

Nouvelle « Pratique de la thanatopraxie », de Michel Guenanten

0

Thanatopracteur, formateur, auteur : Michel Guénanten a abordé tous les aspects de son travail. Il sort cette semaine une version mise à jour de son traité « Pratique de la thanatopraxie ». Rencontre avec un passionné de thanatopraxie et de transmission.

Un parcours au service de la thanatopraxie

Michel Guénanten est thanatopracteur depuis 26 ans « Après un passage à dans les services funéraires hospitaliers, j’ai découvert cette pratique et en ai fait ma professions en 1990. J’ai fait ma formation à l’IFT, avant de commencer à exercer en Bretagne. » mais son sens inné de la pédagogie est rapidement repéré « On m’a proposé la direction de l’enseignement à l’IFT, et j’ai rejoint Paris ».

C’est en 2009 que sort la première version de la « Pratique de la thanatopraxie » écrit avec le Docteur Michel Durigon.

En 2010, Michel Guénanten quitte l’IFT pour une nouvelle aventure « J’ai créé mon école, l’AFITT, Assistance Formation Internationale Thanatopraxie et Thanatoplastie ».

Michel a conscience d’avoir eu de la chance « J’ai exercé mon métier à une époque plus riche que celle-ci, ou nous avions plus d’opportunités. Dans le cadre de mon métier, j’ai pu voyager, en Afrique notamment, pour exercer la thanatopraxie. Aujourd’hui, les sociétés ont mis en place d’autres solutions, et les jeunes qui arrivent auront sans doute moins d’opportunités. »

Edition revue et corrigée

Que propose cette nouvelle édition de la « Pratique de la thanatopraxie » ? « C’est une remise à jour, avec la nouvelle nomenclature des termes utilisés aujourd’hui en médecine. Les planches anatomiques ont également été revues. Et puis il y a des nouveautés. Un long chapitre est consacré à une technique d’injection osseuse, par exemple » une nouvelle technique ? « Oui et non. L’injection osseuse était utilisée par la médecine de guerre, mais son application dans la thanatopraxie est très récente ».

Les nouveaux fluides trouvent également leur place dans cet ouvrage « Avec l’arrivée des fluides sans formol, les problématiques vont changer. Ainsi, le livre fait la part belle à l’aspect pression d’injection, plutôt que de la concentration en formaldéhydes des produits. Un chapitre entier est consacré au sujet. »

Le livre laisse aussi certains aspects de côté « Nous avons très sérieusement allégé la réglementation funéraire. Ceci pour une raison assez simple : lors de la parution de l’édition précédente, il y avait un aspect législation très important dans le livre. Mais, dans les semaines qui ont suivi, celle-ci a évolué. Nous nous sommes donc retrouvés avec une dizaine de pages qui étaient caduques. Pour cette nouvelle édition, nous avons donc privilégié la technique, et nous avons indiqué des adresses de site internet fiables ou les thanatopracteurs pourront accéder à une législation régulièrement mise à jour ».

Le livre se trouve partout, à partir de cette semaine « FNAC, Amazon, etc… Il est édité par les éditions Elsevier-Masson ».

nouvelle-pratique-de-la-thanatopraxie-225x300 Nouvelle « Pratique de la thanatopraxie », de Michel GuenantenPratique de la Thanatopraxie

2ème édition
Michel Durigon, Michel Guénanten

éditions Elsevier-Masson

79 euros

Un lien pour acheter ce livre

Toussaint 2015 : juste la vie qui va

1

Un doux soleil d’automne a marqué cette Toussaint 2015. Un redoux (doublé d’un week-end) propres à inciter à venir fleurir les tombes de proches et à lire en terrasse le coup de projecteur annuel des journaux grand public sur le secteur funéraire.  Et là, rien de bien nouveau sous le soleil.

En vedette, le chrysanthème et son pot. Il s’en vend 22 millions environ. Une veille star encore digne, mais qui sent pourtant arriver la concurrence d’autres plantes. Samedi, un parterre de pots ornait l’entrée de nombre de supermarchés. Bien en évidence, commerce oblige, histoire de raviver les mauvaises consciences de familles qui se rendent un peu moins sur les sépultures familiales.  Un marché en légère baisse. Le fleuriste du quartier a pourtant tout tenté, lettres clignotantes à l’appui : « gros arrivage de chrysanthèmes le 20 octobre », pouvait-on lire.  Samedi midi pourtant, le stock n’avait guère fondu.

Année après année, cette photographie instantanée du funéraire donnée dans la presse à l’occasion de la Toussaint sert en quelque sorte de baromètre. Comme l’occasion de se retourner sur l’année écoulée. Le marché est « bousculé par de nouveaux acteurs », peut-on lire. Le tire, emphatique, suggère un tsunami. Mais en vérité la mer est plus plate, et la marée montante plus régulière.

Dans ces coups de projecteurs, on sent le poids nouveau de l’internet, qui bouscule les vieux usages mais reste fragile. Le vent des concentrations, qui pèse sur un milieu éparpillé et vieillissant. L’arrivée inéluctable des financiers, force obscure qui grignote. L’émergence de nouveaux modèles, comme le financement participatif. L’émergence continue de la personnalisation des obsèques. Et la montée de la crémation, représentant désormais 35% des obsèques en France, mais demeurant en deçà de bien des pratiques européennes.

C’est aussi l’occasion de pointer ici et là le doigt sur quelques destins. Le quotidien musclé d’un marbrier. Celui un peu glauque mais combien humain d’un thanatopracteur. Les espoirs d’un ambitieux étudiant conseiller funéraire ayant pris de cours sa famille. L’ambigüité d’un homme d’Eglise prônant l’inhumation et les cérémonies religieuses mais regrettant que les prêtres se raréfient. Une Eglise condamnée aussi à suivre ses fidèles dans des crématoriums laïcs, faute de les perdre. Pas de thèmes véritablement émergeants cette année dans ces articles de journaux. Juste la vie qui va, et qui nous raconte, nous face à la mort.

Interview : Michel Kawnik, Association Francaise d’Information Funéraire (AFIF)

3

L’Association Française d’Information Funéraire, l’AFIF, est pour certains un acteur incontournable de la profession, et pour d’autres, un empêcheur de tourner en rond. Une chose est certaine : l’AFIF, aujourd’hui, est incontournable. Nous avons interrogé Michel Kawnik, son président, sur l’actualité des pompes funèbres.

Le syndicat des thanatopracteurs

photomk-231x300 Interview : Michel Kawnik, Association Francaise d'Information Funéraire (AFIF)
Michel Kawnik

Michel Kawnik voit d’un très bon œil la création du SPTIS (Syndicat Professionnel des Thanatopracteurs Indépendants et salariés). « C’est très bien que les thanatopracteurs s’organisent en acteurs responsables de la profession. Il est important de présenter et faire connaître cette activité. » Michel Kawnik reproche un peu aux entreprises de pompes funèbres leur mainmise sur l’ensemble des prestations « Les familles devraient pouvoir faire appel directement à un thanatopracteur de leur choix, indépendamment de l’entreprise de pompes funèbres » en ligne de mire, les grands groupes de pompes funèbres associés à de grands groupes de thanatopraxie, qui faussent la liberté de choix.

Michel Kawnik est d’ailleurs ouvert à la discussion « Nous avons mis en place, avec l’AFIF, une charte de qualité pour les pompes funèbres. Une charte similaire pour les thanatopracteurs serait envisageable. » En tout cas, l’AFIF soutient l’initiative, partant du principe que les thanatopracteurs sont des acteurs majeurs de la profession, et qu’il est indispensable qu’ils puissent défendre leur profession et leur point de vue et deviennent un interlocuteur à part entière des familles.

La « mode » du low cost

Sur le low cost, Michel Kawnik est nettement plus réservé. « Toute chose a un coût. La vendre trois fois plus cher, ce n’est pas bon, mais la vendre deux fois moins cher, ce n’est pas bon non plus, c’est du dumping, cela a toujours des conséquences néfastes. ». Surtout, selon lui, on est dans des  »coups » qui n’ont plus grand’chose à voir avec le métier des pompes funèbres « Le métier des pompes funèbres, c’est avant tout l’accompagnement de la famille, ce sont des métiers de services. est le service quand la famille passe commande sur internet, doit faire elle-même la mise en bière de leur défunt ? est l’écoute ? » Michel Kawnik prend pour exemple le nouveau service mis en place par une filiale des pompes funèbres de la ville de Paris « Pourquoi, à votre avis, le service est uniquement proposé sur internet ? Imaginez-vous un conseiller funéraire qui explique en face à face à la famille qu’elle va devoir se débrouiller pour faire les démarches, la mise en bière, voire le creusement ? Il se ferait casser la figure ».

De surcroît, Michel Kawnik voit d’autres effets sociétaux « Pour ce service, il faut mourir dans certains hôpitaux, et se faire inhumer dans certains cimetières. C’est quoi cette histoire ? Si vous mourez chez vous ou dans le mauvais hôpital, vous payez plus cher ? Si vous voulez un autre cimetière, vous payez plus cher ? Où est-elle, l’égalité face à la mort ? »

L’homme, calme et poli, lance un « c’est un attrape-c… » qui en dit long. « Les familles attendent un professionnel sérieux, compétent et à l’écoute » avec des prix raisonnables et justifiés, adaptables en fonction des moyens de chacun, il est vrai que l’on peut faire aussi compétitif et plus souple que le low cost « l’essentiel, c’est l’accompagnement des familles » insiste-t-il. Un mot résume sa vision du low cost « Tout cela est malsain ».

Le funéraire aujourd’hui

Sur les sujets d’actualité du monde funéraire, Michel Kawnik est égal à lui-même : d’une franchise imparable, sans jamais se départir de sa courtoisie. Sur les Sublimatoriums Leclerc « Ça fait vingt ans que je connais Michel Leclerc, son discours est rôdé, mais depuis tout ce temps, il répète la même chose. Florian Leclerc est un très gentil garçon, mais il est le préte-nom de son père. Je ne vois pas l’intérêt aujourd’hui pour un franchisé de prendre son enseigne ». Quand au four à crémation révolutionnaire, Michel Kawnik éclate de rire « Il y a quelques années, il expliquait avec un bout de tuyau trouvé dans la rue qu’il allait le faire avec du carburant de fusées. Aujourd’hui, vous me dites qu’il est passé à l’hydrogène ? Eh bien, demain ce sera le nucléaire. Et puis, quand bien même, il y a des réglementations. Michel Leclerc peut bien essayer d’avoir des milliers d’années d’avance sur tout le monde, au final, la réalité le rattrapera ».

L’on comprend vite que Michel Kawnik et Michel Leclerc ne passerons pas leurs vacances ensemble « Toutes ses propositions, ses déclarations, il ne dit rien de neuf. Certes, il y a 25 ans, il y avait le monopole, il était au bon endroit au bon moment. Mais aujourd’hui, son discours, ça rime à quoi ? ».

Le rachat de Roc’Eclerc par Daniel Abittan n’est pas primordial « Tout cela, c’est de la finance. Un groupe est racheté par un fond de placement, qui va le développer et le revendre cinq ans plus tard avec un bénéfice. Regardez, tous les groupes changent de main tous les cinq ans. Au final, ça ne change rien au niveau des consommateurs ».

Et, à contre-courant des oiseaux de mauvaise augure, Michel Kawnik se montre rassurant à propos des petits indépendants « Les pompes funèbres sont avant tout une activité de service de proximité. Une famille ira chercher un professionnel près d’elle, pas une enseigne à 300 kilomètres. Un indépendant peut devenir un acteur majeur sur son secteur, sa zone de chalandise, puisqu’il faut l’appeler ainsi, en proposant de bons services et une bonne écoute. Après, une petite société familiale n’a pas les même moyens de communication qu’une grande au niveau financier. Il y a d’autres solutions, par exemple l’AFIF. En adhérant à notre charte de qualité, une société donne des gages de confiance, et c’est important. »

Le mot de la fin est plus réservé. « Depuis 1992, je n’ai jamais manqué un salon du funéraire, que ce soit à Paris ou Lyon. Cette année, je me demande si ça en vaut la peine ». Pourquoi ? « Le salon est proposé par une fédération qui ne propose rien de nouveau. Ils sont dans le discours  »tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes », mais non. Et je n’ai pas l’impression qu’ils soutiennent justement les petits indépendants. Si c’est pour entendre la même chose, quel intérêt ? »

L’AFIF a une vision globale et attentive du milieu du funéraire aujourd’hui. Un point de vue clair, tranché et argumenté, que nous vous feront régulièrement partager dans Funéraire info.

Le site Web de l’AFIF se trouve ICI