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FAVEC : les Veuves orphelines de leur journée

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Suite à la Journée Internationale des Veuves qui s’est déroulée samedi dernier dans l’indifférence générale (voir nos articles ICI et ICI), nous avons interrogé Madame Christiane Poirier, la présidente de la FAVEC, Fédération des Associations de Conjoints Survivants et Parents d’orphelins, sur son travail et la situation aujourd’hui en France.

Une longue histoire

IVR22_948000571ZA_P-192x300 FAVEC : les Veuves orphelines de leur journée
Hangest-sur-Somme, Monument aux morts Groupe sculpté (grandeur nature) : La Veuve et l'orphelin

Madame Poirier dirige une fédération avec une solide histoire « Ce sont les veuves de guerre, à l’issue de la guerre 39-45, qui se sont avisées que les veuves civiles n’avaient droit à rien. C’est là que s’est créée la FAVEC ». La fédération regroupe en fait toutes les associations départementales sur le territoire. A l’origine « Association Nationale des Veuves Civiles, Chefs de Famille » à sa création en 1949, la fédération devient FAVEC « Fédération des Associations de Veuves Chefs de Famille » en 1976.

Reconnue d’utilité publique en 1956, la fédération passe sous la tutelle du ministère de l’intérieur. « En 1997, ils nous ont demandé d’accueillir également les veufs, et nous sommes devenus Fédération des Associations de Conjoints Survivants. Comme la FAVEC était connue, on nous a autorisés à garder le sigle «  FAVEC ».

Au long de l’histoire de la fédération, les combats et les succès ont été nombreux, mais les difficultés subsistent.

Avenir incertain

L’avenir de la FAVEC dépend du nombre d’adhérents. « Nous ne percevons pas d’aides publiques. Nous en recevions des caisses, mais elles ont fusionné. Si 4 caisses nous versaient 1000 € chacune, nous ne recevons plus que 1000 € de la caisse unique qui les regroupe. Nous dépendons donc des cotisations des adhérents ». Ceux-ci sont pourtant de moins en moins nombreux « Nous perdons 4000 adhérents par an, pour 1800 à 2000 nouvelles adhésions. A ce rythme, dans quelques années, va se poser la question de notre devenir. » en cause, un gros problème de notoriété.

C’est la volonté des médias qui est directement en cause. « Dans le Gard où j’habite » explique Mme Poirier, « j’ai voulu passer un encart présentant l’association départementale, même en payant, le refus fut catégorique. Ce cas se répète dans une majorité de départements. »

Les pompes funèbres commencent à s’impliquer, avec l’aide de Monsieur Benarab de l’OFPF. « Beaucoup nous disent qu’ils regrettent de ne pas nous avoir connus avant, parce qu’ils n’ont pas le temps de s’occuper des gens comme il le faudrait, après les obsèques ». Ca peut aider.

Madame Poirier s’est ouverte de ses difficultés avec la presse à un directeur de journal « il a eu le mérite de la franchise, en m’expliquant que, si on n’est pas susceptible de faire les gros titres, on n’intéressera pas la presse. L’année dernière, nous avions organisé une journée à l’Assemblée Nationale, dans le cadre de la journée internationale des Veuves. Le seul journaliste présent était Gabonais » (la journée a été créée par l’ONU sur une initiative de l’épouse du président Gabonais, Madame Sylvia Bongo Ondimba NDLR)

Tant de choses à faire

Madame Poirier connaît ses chiffres, et ils sont éloquents « Il y a 33185 veufs et veuves de moins de quarante ans. Il y en a 1337 de moins de vingt ans » A tomber de sa chaise : l’on imagine très bien ce que peut être la vie de ces très jeunes gens confrontés à cette épreuve. Sans pitié, Madame Poirier poursuit « il y a 580 nouveaux veufs et veuves, chaque jour ! » et combien d’adhérents à la FAVEC? « Il y en a 27 000 ». On est loin du compte. Toujours ce problème de notoriété. « Il n’y a pas d’orphelins dans les statistiques. Ca fait partie de nos demandes : que les orphelins soient pris en compte par l’INSEE, que l’on puisse savoir combien sont-ils, qui sont-ils, dans quelle situation… » et les autres combats de la FAVEC ? « Suppression du plafond de ressources pour les pensions de réversion. Obtenir des revenus corrects pour les veuves de moins de 55 ans. Nous demandons le relèvement du montant de l’assurance veuvage à hauteur du SMIC, la suppression des conditions de ressources (727,72 € allocation comprise soit 145 € de ressources personnelles) et le versement pendant 4 ans, parce que la première année, le conjoint survivant n’est pas en état de travailler, la deuxième année, eh bien, il faut trouver du travail, par les temps qui courent…

Nous voulons aussi revoir le congé décès et essayer d’unifier les régimes. Rétablir la demi-part qui a été supprimée, et qui était consentie aux veuves depuis 1945. Une demi-part sur les impôts, si il y a des petits revenus, la personne ne sera peut être pas imposable, mais elle paiera la taxe d’habitation, la taxe télé, … Les jeunes députés rencontrés lors de nos assemblées générales nous ont prévenus que cette demi part ne serait pas rétablie, ils peuvent compter sur notre entêtement. »

Espoirs et travail

Sans compter la dernière journée internationale des veuves, passée sous silence « Un vrai scandale ! Pour faire réagir nos hommes politiques nous avons pensé à manifester » les veuves peuvent faire peur. veuve1-300x174 FAVEC : les Veuves orphelines de leur journéeOn réfléchira au fait qu’il y a 4 035 453 veufs et veuves en France, largement de quoi jouer une élection… mais il reste des espoirs. « Au cours des années passées, quelques députés nous ont beaucoup soutenus, nous attendons le même soutien de ce nouveau gouvernement. Le premier ministre et certains de ses ministres connaissent bien notre mouvement étant présents lors de nos Assemblées générales départementales. Notre ministre de tutelle est une femme. Je ne dis pas que ça va tout changer, simplement que cela suscite un espoir.»

On verra, en effet. Les tâches à accomplir sont nombreuses, et les difficultés plus encore. En tout cas, le message est bien passé : Funéraire Info relaiera les informations de la FAVEC, et nous espérons que nous serons suivis.

Le site de la FAVEC se trouve ICI

Le site de l’OFPF se trouve ICI

Défendre la veuve et l’orphelin, la (mauvaise) humeur de Guillaume

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plague1-Copie-207x300 Défendre la veuve et l'orphelin, la (mauvaise) humeur de GuillaumeC’est le mois de juin. Il faut reconnaître qu’il n’est pas terrible, météorologiquement parlant, à tel point que la Fête de la Musique a dû être annulée à certains endroits. Vous vous rendez compte ? Annuler la fête de la musique ? Le reste de l’actualité est occupé par la grande question de savoir qui sera président de l’assemblée nationale, qui présidera l’ancien grand partie de gouvernement qui se retrouve, un peu penaud, grand parti d’opposition, et la crise. C’est important, la crise. Si, si, drôlement important. La preuve : on nous en parle tous les jours depuis quatre ans.

Quand j’étais petit, oui, je raconte ma vie si je veux, quand j’étais petit, donc, il y avait finalement un peu le même genre de nouvelles à la télévision, sauf qu’à la place de Jean-pierre Pernaud, il y avait Yves Mourousi. Sauf qu’à l’époque, je m’en fichais. A l’époque, ma vie se partageait entre Dorothée toute l’année, Claude Pierrard pendant les vacances, et les livres le reste du temps. Certes, il y avait aussi cette « école » qui interrompait régulièrement ma lecture, mais ça reposait les yeux.

Donc, mes parents m’avaient transmis la passion de la lecture, et l’encourageaient. Dans mes bouquins, il y avait plein de chevaliers. Bon, il y avait aussi des pirates, mais relativement sympa, au fond, des bandits de grand chemin, qui voulaient libérer le Roi d’Angleterre, des petites filles avec un masque sur la figure qui sauvaient le monde en se faisant appeler Fantômette, et plus tard, sorti des livres, donc, un gars nommé Actarus qui sauvait le monde dans son Goldorak.

Tous ces gars, finalement, du Jim de « L’île au trésor » jusqu’à Ivanohe ou Thierry la Fronde ou Robin des Bois, ou même Jean Valjean, puisque on m’avait offert « Les Misérables » pour ma première communion, partageaient deux obsessions : la première, une idée qu’ils appelaient « justice », et la seconde, « protéger la veuve et l’orphelin ». Ca avait rapport, je crois, avec « l’esprit de chevalerie » et le concept du « bien et du mal ». C’était drôlement important. On voyait ça un peu partout, « protéger la veuve et l’orphelin », dans les livres, à la télévision, partout.

Puis j’ai grandi. L’école est devenue plus sérieuse, plus exigeante, j’ai fait quelques études, obtenus de vagues diplômes, et je pensai être dégagé des examens, lorsque je fus confronté à la vie. La vie est pleine de factures : tu peux les payer ou pas, si tu peux pas, tu es puni. La vie, c’est comme une école dont les factures seraient le contrôle continu. Et il y a beaucoup moins de vacances. Bref, j’ai galéré, comme presque tout le monde, fini par trouver ma voie, comme assez peu de gens, finalement, et un beau jour, je me suis retrouvé là, spécialiste du funéraire, payé pour écrire (majoritairement). Heureux.

Hier, donc, le chef m’appelle, et me demande tout de go « la journée de la veuve et de l’orphelin, tu connais ? ». Non, je ne connaissais pas, et c’était agaçant : il se trouve qu’on me paie aussi pour connaître ce genre de choses.

Après enquête, nous nous rendîmes compte que l’ONU avait déclaré le 23 juin « journée de la veuve et des orphelins », ce qui était une bonne chose, mais que, grosso modo, tout le monde s’en fichait. L’année dernière, il y avait bien eu une réunion à l’assemblée nationale, portant sur les conditions de vie dégradées suite au veuvage, mais cette année, rien.

Nous contactâmes donc la FAVEC. Fédération des Associations de Conjoint Survivants et des parents d’orphelins, pour leur poser la question « Alors ? » et la réponse tomba, lapidaire : « Alors, on ne fait rien, parce qu’on n’a pas les moyens d’organiser quelque chose, et que les politiques nous ont opposé une fin de non-recevoir ». Je résume brièvement. La réalité est encore plus triste : la FAVEC voulait organiser une journée d’information au sénat pour expliquer qu’ils n’avaient pas de sous, et on leur a fait un devis.

Nous nous sommes rendus compte que, sur certaines pages détaillant les « journées de » on avait carrément oublié la journée de la veuve et de l’orphelin. Y figuraient bien la journée de la blague (le premier avril) la journée mondiale du rire (le 6 mai) la journée mondiale du tricot (le 11 juin) la journée du parler pirate (le 19 septembre), des journées pour les blogueurs, les gauchers, les lents, l’écrivain Africain (pourquoi, il n’y en a qu’un ? Les autres, c’est des escrocs ?), les jeux vidéo ou même l’amour de soi. D’autres sujets plus sérieux, aussi, pour la guerre et contre la liberté, ou l’inverse, il y en a tellement. Mais nulle trace de la journée de la veuve et de l’orphelin.

Deux pays vont la célébrer, cette année, de façon officielle : le Gabon et le Congo. Deux pays de l’Afrique que l’on prétend si peu respectueux du droit des femmes, et deux pays, de surcroît, qui n’ont jamais été foutus de remporter une coupe du monde de football. Ce qui, avec le recul, en dit peut être long sur le sens des priorités : ce que se sont racontés les joueurs de Laurent Blanc sous la douche, et le temps qu’on a passé à spéculer à ce sujet, sont à comparer aux zéro minutes qu’ont consacré les médias à ces femmes seules, qui perdent l’homme qu’elles aiment, et se retrouvent à affronter le monde sans aucune aide, à ces enfants punis deux fois, par la perte d’un de leur parents bien-aimés et la perte de la sécurité matérielle qu’il apportait au foyer.

Et tout le monde s’en fout. Ou ils sont, les héros ? Ivanohé, mort, Thierry la Fronde, mort, robin des bois, mort, Actarus, retourné sur sa planète, Spiderman, mort… Aujourd’hui, on vénère une poignée d’analphabètes enfermés dans une « maison des secrets » et le personnage le plus apprécié dans les films, c’est le méchant. la_peste_by_bonbon_a6dule-d339pd3-195x300 Défendre la veuve et l'orphelin, la (mauvaise) humeur de GuillaumeLes posters de Dark Vador se vendent mieux que ceux de Luke Skywalker.

Alors, si il n’y a plus de héros, soyons comme les gabonais, des héros du quotidien. S’il n’y a plus personne pour faire le boulot, il va bien falloir qu’on s’y mette nous-même.

Essayer de se rappeler qu’il y a des choses plus importantes que la fête de la musique annulée pour cause de pluie, ou des joueurs de foot qui s’engueulent sous la douche parce qu’ils ont perdu un match.

Il suffit juste d’en parler. Demain, tous, parlez de la journée internationale des veuves et des orphelins. Sans colère, sans revendication, sans coup d’éclat. Un tweet, un statut sur facebook, un article de blog, c’est comme vous le sentez ; quelqu’un finira bien par se rendre compte qu’il se passe quelque chose, qu’on appelle parfois « solidarité ». Et vous irez vous coucher, demain soir, en vous disant « j’ai défendu la veuve et l’orphelin ». Vous verrez : ça fait un bien fou.

Le site internet de la FAVEC se trouve ici (cliquez sur le lien)

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