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Journée contre la violence faite aux femmes : « je suis un homme violent »

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je suis un homme violent

Impossible, pour moi il est impossible que je puisse parler de la violence conjugale correctement, du déni, de la reconstruction. J’ai essayé, mais je ne peux plus. Pas maintenant. Aujourd’hui c’est la journée de lutte contre la violence faite aux femmes. Des témoignages aujourd’hui il y en aura plein, trop pour une époque qui se dit civilisée. Alors je suis allée de l’autre côté, j’ai besoin de comprendre j’ai besoin de savoir. Et j’ai interrogé un homme violent, un homme qui a reconnu.

Tom est un homme tout ce qu’il y a de plus normal, jeune, actif, sportif, sociable, souriant. Seulement voilà, il y a cinq ans, lorsque les portes de chez lui se refermaient, Tom était un homme violent. Il lui aura fallu du temps pour le comprendre, comme il aura fallu du temps à sa compagne pour le quitter.

Bonjour Tom, merci pour ce témoignage, je me doute que ça n’est pas simple, pourquoi parler, et pourquoi aujourd’hui ?

Je suis quelqu’un d’assez banal, enfin je pense. Je ne veux pas d’excuse, pas de pitié rien, je ne mérite pas tout ça. Personne ne peut comprendre le dégoût que j’éprouve pour moi. Si je témoigne, c’est parce que n’importe qui peut être à ma place. Dans la société on parle de monstre pour les mecs comme moi, ou pour les assassins, les criminels, mais non, le pire c’est qu’ils sont comme moi, des mecs normaux. Pas besoin d’être alcoolique pour lever la main, n’importe qui peut se retrouver ici, à ma place. Il faut provoquer une prise de conscience.

À qui ?

Aux hommes. On parle que des femmes, sans arrêt, on leur dit de fuir, de se relever, de se défendre, de dénoncer, c’est bien tout ça, mais on arrive trop tard. Il faut parler avant, il faut repérer les hommes comme moi. Vous verrez aujourd’hui on va parler de violences conjugales, mais on ne va faire que des portraits de femmes. On montre du doigt les victimes, jamais ceux qui en sont l’auteur.

Ça a toujours été là, quelque part enfoui en vous ?

Je crois pas. Je ne suis pas sûr qu’on puisse parler d’inné ou d’acquis avec la violence, ce qui est sûr c’est que je n’avais jamais été un mec violent. J’étais même le genre de gars plutôt effacé et tranquille. Je ne m’étais jamais battu, même pas une bousculade avec un copain, rien. Mes parents étaient de véritables modèles comme on en trouve dans les bouquins. Pas de violence, famille tranquille, potes tranquilles, longues études, c’était un chemin tout tracé.

C’était elle ?

C’est ce que je croyais, surtout que lorsqu’elle m’en parlait, je ne me rendais pas compte. Je lui disais « c’est bon là arrête » je croyais qu’elle me mentait, je ne me rappelais même plus d’avoir levé la main sur elle. Elle avait peur, et moi je pensais qu’elle se foutait de moi.

Est ce que des réponses ont été trouvées ?

Oui un mélange de tout, plus des excuses que des réponses, mais oui c’est ça. Le boulot, la pression surtout, j’avais le temps pour rien, j’étais frustré de tout, tout le temps. Ma vie défilait à toute vitesse, et je ne supportais plus rien, la moindre contrariété me rendait dingue. Mais quand on commence par gueuler parce qu’il y a un truc qui déconne à la maison, personne ne va consulter un psy. Et entre bouder pendant plusieurs heures et la première bousculade, l’escalade est subtile. Je retenais tellement ma colère, mais quand je rentrais chez moi, c’était comme une soupape.

Le couple, l’amour ? Tout ça c’était où ?

En réalité on ne le voyait plus, ni elle ni moi. Ce n’est pas comme si je ne l’aimais plus, mais je n’arrivais plus à le ressentir. C’était la vie commune qui prenait le pas, on vivait ensemble, et tout m’insupportait. Une vaisselle mal faite, une affaire à elle qui traîne par terre, un truc placé au mauvais endroit, je devenais dingue pour des broutilles. Le truc c’est qu’elle, elle mettait le doigt sur quelque chose que moi je ne comprenais pas. Elle était tellement intelligente, vous savez ce genre de fille qui veut tout le temps parler, pour expliquer. Elle cherchait à comprendre. Ça me fatiguait, elle me prenait toute mon énergie et après ces journées de boulot complètement étouffantes, c’était la goutte d’eau.

Vous vous souvenez du jour où ça a commencé ?

Maintenant oui, mais il m’a fallu du temps pour me rappeler. Et je pense qu’il y a encore des choses que j’ai oubliées. On donne une explication scientifique au fait que les femmes ne puissent pas partir, c’est pareil avec les hommes, ou les femmes d’ailleurs, en tout cas ceux qui font un jour preuve de violence. J’étais fatigué, comme d’habitude, on s’était déjà disputé dans la semaine. Je m’étais pris une soufflante super humiliante au boulot et quand je suis rentré, elle m’a pris tête sur un truc. Je voulais du silence, et elle m’invectivait sans cesse. Je l’ai secouée, elle a crié, et pour la faire taire de ces cris qui ne s’arrêtaient pas, je l’ai giflée. Là c’était fini, j’avais brisé notre couple, je l’ai vu tout de suite. Mais j’ai tout fait pour me faire pardonner, et on a essayé d’avancer. Le truc c’est que derrière mon honnête et franc regret, ça s’est reproduit. C’était pas calculé, et ça n’était pas régulier. Mais demandez à n’importe quelle personne battue et elle vous répondra toujours la même chose « jamais je n’aurais cru » et « c’est allé en s’accentuant ». Et là c’était pareil, c’était une violence totalement croissante. Mon dernier souvenir c’est d’être au dessus d’elle a essayer de l’étrangler pour la faire taire. Dans mon esprit c’est embrouillé, c’est horrible ce que je vais dire mais dans mon esprit il fallait que je la fasse taire j’en pouvais plus, c’était une rage incontrôlable.                                      

Elle est partie ?

Même pas, non elle m’a trompé. Elle a eu raison, j’aurais fait pareil, voire pire. C’est moi qui suis parti, j’étais en train de la tuer, et je me tuais moi aussi. J’ai pris une chambre d’hôtel. Je l’ai prévenu « va t-en, faut que tu partes ». Pourtant je l’aimais je-suis-un-homme-violent Journée contre la violence faite aux femmes : "je suis un homme violent"plus que tout, j’étais dingue d’elle, c’est pas elle qui me dégouttait, c’était moi. Là encore toutes les études le confirment, la première des causes de la violence conjugale, c’est la jalousie. Mais là c’était pas le cas. Je me fuyais tout seul.

La différence avec beaucoup d’hommes, c’est que vous, vous vous en êtes vite rendu compte.

Pas assez vite, mais oui, le lendemain de mon départ, j’ai appelé un psychologue qui m’a pris en charge en urgence. J’ai beaucoup appris sur moi même, ma peur de l’abandon etc. Des trucs que j’avais en moi et que j’ignorais, j’ai réveillé plein de choses, y compris des choses que je lui avais faites.

Elle a pardonné ? Et vous, vous vous êtes pardonnés ?

Elle m’a pardonné, elle en a eu besoin pour avancer, même si on ne sera plus jamais ensemble. Mais de mon côté… c’est loin d’être le cas. Comme je le dis plus haut, j’ai plein d’excuses, mais beaucoup de gens ont du stress au travail c’est pas pour autant qu’ils sont violents. J’aurais dû trouver un autre moyen de sortir ma colère, je me suis enfermé dans un cercle, mon ego n’était pas à la bonne place. J’étais incapable de compromis. Et c’est ça le truc, si j’étais quelqu’un de plus flexible, jamais je n’en serai arrivé là, j’aurais accepté les contrariétés.

Et maintenant ? Vous pouvez dire que c’est comme une maladie ? Vous êtes guéri ou en rémission ?

Aujourd’hui je sais que j’ai ça en moi. Un alcoolique dira « je suis alcoolique, et je le resterai toujours, mais je ne bois plus » Là c’est pareil, la rechute peut arriver n’importe quand. Je n’étais pas un homme violent, je suis un homme violent, et en le sachant je peux ne pas l’être. C’est ça le problème de la violence, le déni. C’est pour ça que je crains d’être à nouveau amoureux, je reste sur mes gardes.

Vous auriez des conseils à donner ?

Ceux qui vont lire et qui vont se retrouver là dedans, c’est de trouver un moyen d’extérioriser. Sport, le sport c’est le mieux mais ça peut être n’importe quoi d’autre. Quand on essaie d’étouffer un problème, il finit par ressortir, et c’est toujours bien pire. Si vous êtes de l’autre côté, oui vous avez peut être raison, c’est peut être pas sa faute. Je vous le dis parce que je sais que c’est ce que vous vous dites. Mais peu importe, mettez vous quand même à l’abri. Gardez en tête l’amour que vous avez, gardez intact vos souvenirs, et partez. C’est à l’autre de se faire aider, vous ne pourrez pas le faire vous-même.

Affaire Jacqueline Sauvage : Hollande en juge de paix

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(capture Youtube)

Que décidera François Hollande face à la mobilisation croissante réclamant une grâce présidentielle pour Jacqueline Sauvage ? Le président de la République reçoit ce vendredi après-midi à l’Elysée les filles et les avocates de la sexagénaire.

Début décembre dernier, la cour d’assises du Loir-et-Cher a confirmé en appel la condamnation de Jacqueline Sauvage (66 ans) à dix ans de réclusion. Motif : en 2012, après 47 ans d’enfer familial, elle a tué son mari Norbert de trois coups de fusil dans le dos. Selon son comité de soutien (400.000 personnes ont déjà signé la pétition en ligne), elle a été « victime ainsi que ses enfants de viols répétés et d’extrêmes violences conjugales ». Pour eux, la société n’a pas su protéger ces femmes et ses enfants. Les victimes, ce sont eux.

Et c’est cette défaillance qui rend inadaptée la condamnation. Samedi dernier, une manifestation de soutien a été organisée à Paris. Des Femen ont manifesté devant sa prison, dans le Loiret. Une partie de la classe politique s’en mêle aussi, désormais, tant à gauche qu’à droite. La maire de Paris Anne Hidalgo, Jean-Luc Mélenchon, Daniel Cohn-Bendit, Nathalie Kosciusko-Morizet, Valérie Pécresse, Jean-Christophe Lagarde…

Jusque même l’ancienne ministre de François Hollande Marie-Arlette Carlotti. Dans une lettre ouverte, parlant d’un « geste désespéré », cette dernière écrit : « Une femme qui lutte contre la violence subite jours après jours, dans le silence de son foyer, pourrait être considérée en légitime défense. En 2015, 600000 femmes sont battues quotidiennement, 134 d’entre elles sont mortes sous les coups de leur conjoint. Rouée de coups, Jacqueline Sauvage aurait pu mourir 100 fois. » Quant à la ministre de la Culture, Fleur Pellerin, sans se prononcer, elle se déclare « bouleversée ».

Par principe, le chef de l’Etat n’est pas trop favorable au principe de la grâce présidentielle. Celle-ci ne signifierait en tous cas pas amnistie. Les « circonstances exceptionnelles » de ce dossier, dont il a lui-même convenu, pourraient peut-être changer les choses.