Témoignage : « Ta sœur est morte », depuis j’ai appris à vivre

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Cyril et Delphine témoignage

« J’ai toujours été un tourbillon, à faire la fête en vivant davantage la nuit que le jour et en essayant d’absorber le plus de vie et d’énergie possible. À moins de 25 ans, j’avais derrière moi un père absent, infidèle envers ma mère, qui, pour oublier qu’elle l’avait épousé, et qu’il nous avaient eues ma sœur et moi, se plongeait dans l’alcool. Delphine, n’avait que deux ans de plus que moi, beaucoup plus sérieuse, elle prenait le rôle du papa et de la maman, pendant que je prenais le rôle de l’éternel Peter Pan. Travailleuse acharnée, elle rentrait un soir du travail lorsqu’elle s’est tuée en voiture.

Mon père, qui ne parlait presque pas, est venu me balancer comme ça de but en blanc « ta sœur est morte ». En une fraction de seconde, je suis passé d’un gamin qui se croyait éternellement avoir 5 ans, à un homme flasque, mou, avec plus aucune possibilité de bouger. Comme si tout était nécrosé d’un coup. Toute l’énergie que j’avais mis à vivre pendant ces années là s’était brutalement envolée.

J’ai repris bien vite mon souffle et je suis allé lui faire écouter de la musique à la chambre funéraire. Mes parents devenaient fous, je lui mettais du vernis, lui racontais comment je m’étais séparé de ma copine, et que, de toute façon elle n’aimait pas trop. La cérémonie était belle, ma mère a sorti les mouchoirs et mon père faisait semblant de ne pas pleurer.

Sauf qu’après ? il a fallu se remette à vivre. J’ai arrêté de courir, je n’avais plus de souffle. C’est comme si j’étais sur une rampe de lancement et que là j’avais été stoppé net. Je me suis paradoxalement rapproché de mon père en essayant de comprendre pourquoi il était comme ça. A peine eu-je le temps de m’y faire et de l’aimer en tant qu’homme et en tant que père que la maladie l’emportait. Je lui ai tenu la main jusqu’à la fin, et il est parti à mes côtés. En prenant sa respiration une dernière fois il a pris un bout de moi dans son dernier souffle.

La mort est partout, tout le temps, et elle avait frappé en mon cœur et en mon sein, deux fois, deux fois de manière brutale, soudaine, laide et inconsolable. Depuis je suis devenu papa, et j’ai sans cesse peur, pour ma femme, pour ma fille. La vieillesse me semble si loin, alors que la mort peut me les prendre comme ça, en une seconde d’inattention. Je me console en me disant que je suis toujours là, oui ça paraît égoïste, mais je vis, et tant que je vis, il y a de la vie tout autour de moi, tout renaît, tout doucement, en prenant soin des gens que j’aime. J’essaie d’être un meilleur père que le mien, et j’espère avoir un jour ou un autre enfant qui ressentira tout l’amour fraternel que j’ai pu avoir et que j’aurais toujours pour Delphine.

Lorsqu’on a du chagrin, qu’on est perdu, dans les plaies béantes et abyssales du deuil, la seule solution : c’est la vie. »

Merci à Cyril pour son touchant témoignage.

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