Terry Pratchett, mort du Voltaire de notre temps

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Terry Pratchett
Sir Terry Pratchett nous a quittés cette semaine, et il est apparu que cet immense écrivain était moins connu en France qu’il ne le méritait. Hommage en forme de présentation posthume.
Terry qui ?

Connu d’un cercle relativement large de fans en France, Terry Pratchett peut sembler, vu d’ici, un écrivain de fantasy certes célèbre, mais cantonné à ce dmaine confidentiel. C’est mésestimer la portée de son œuvre : dans le monde anglo-saxon, Terry Pratchett était une star.

En Angleterre, sa patrie, Sir Terry était aussi, voire plus, connu que JK Rowling, l’auteur de Harry Potter. La sortie d’un nouveau livre de Terry Pratchett déclenchait l’équivalen t de la couverture médiatique de la sortie en France d’un livre de Michel Houellebecq… Mais tous les six mois, puisque, travailleur acharné, Sir Terry publiait deux livres par an en moyenne.

Sur tous les sujets, d’ailleurs : en dehors de sa série du Disque Monde, quarante volumes, il avait écrit des livres pour enfants, des romans de science-fiction, mais aussi des livres de vulgarisation scientifique, et même un tome sur sa passion des chats.

Cette œuvre considérable lui avait valu l’anoblissement par la reine d’Angleterre, Terry devenant Sir Terry Pratchett.

Très impliqué dans la défense animale, Terry Pratchett n’hésitait pas à donner de sa personne pour défendre les causes qui lui tenaient à cœur. Atteint d’une forme rare de la maladie d’Alzheimer, il plaida en Angleterre pour le droit à mourir : son intervention fit la une des journaux.

Oeuvre littéraire

La différence entre un écrivain de fantasy lambda et un immense écrivain de Fantasy tient un une nuance parfois subtile, la porté de son œuvre. Tolkien, que Terry Pratchett adulait, était et est resté le plus immense écrivain de fantasy, tout simplement parce que son œuvre déborde largement de l’histoire racontée : Le Seigneur des Anneaux n’est pas un récit inspiré de la mythologie, mais une étude sur la façon dont les mythologies se créent.

Et les livres de Sir Terry ne sont pas des livres de fantasy sans ambition : dans sa façon de faire du disque-monde un reflet du nôtre, de provoquer une réflexions sur les sujets de société, Pratchett utilise les univers parallèles pour scruter le nôtre. D’autres l’ont fait avant lui : Voltaire, Cervantès…

Très éloigné au final de l’auteur récréatif qu’il pourrait sembler être, Terry Pratchett se verra certainement, au fil du temps, accéder à la stature qui lui revient de droit : celle d’un immense écrivain satiriste.

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Par où on commence ?

Avec près de 70 livres abordant des genres très différents, difficile de choisir un livre de Pratchett pour le découvrir. Le choix qui va suivre est totalement subjectif.

Donc, c’est mon avis, et je le précise ici à l’attention des fans qui suggéreraient sans doute d’autres livres, je me permettrai de vous pousser vers deux livres du Disque-Monde, l’immense avantage de cette saga étant d’être constituée de romans indépendants qui n’ont pas à être lus dans l’ordre.

« Le Faucheur » : La Mort (qui est un personnage à part entière dans les livres de Pratchett) a disparu (parce que « la Mort est un mâle, un mâle nécessaire »). Tandis que les morts-vivants apparaissent à tous les coins de rue, dans une ferme, un ouvrier agricole grand et maigre fauche le blé. La Mort est redevenue mortelle, et compte employer au mieux le temps qui lui est imparti.

Peut être le plus mélancolique de la saga, il est question ici du temps qui passe.

« Le Guet des Orfèvres » : Ca chauffe dans les rues d’Ankh-Morpork. Entre les dragons qui explosent, les meurtres inexpliqués et les feux d’artifice, ça sent le roussi. Le hic, c’est que SamVimaire, le chef du Guet, prend sa retraite et se marie avec la richissime Sybil Ramkin. Il doit rendre sa plaque à midi pétante et va avoir besoin d’un petit remontant en voyant ses nouvelles recrues : l’agent Détritus (le troll, très intelligent quand les nuits sont fraîches), l’agent Bourrico (le nain) et l’agent Angua (la belle qui a tout de même un petit air… lupin !) qui viennent grossir les rangs du Guet de nuit pour sa dernière enquête. Celle-ci sera ardue.

La série du Guet, une des préférées des fans (il y a des séries dans la série du Disque-Monde mettant en scène des personnages récurrents) est un modèle d’humour burlesque et d’observation fine de la nature humaine. L’intégration, dans ce tome, de femmes et de minorités dans une force de police conservatrice et archaïque vaut son pesant de cacahuètes.

Et donc ?

Après sa mort, Terry Pratchett entre au panthéon des écrivains, à côté, affirmons-le, de Voltaire, Cervantés, Jonathan Swift… Lire Sir Terry Pratchett n’est plus désormais du domaine de la passion ou du loisir : c’est de la culture générale.

A vous, donc, de vous cultiver.

Guillaume Bailly

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Quelques passages succulents :

« -Vous n’arrêtez pas de dire que vous êtes mort… s’empressa de signaler Deuxfleurs.
– Et alors ?
– Ben, les morts, euh… ils… vous savez, ils ne parlent pas beaucoup. En général. » (La Huitième Couleur)

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« – Je vous assure que cette idée ne m’est même jamais venue à l’esprit, monseigneur.
– Vraiment ? Alors moi à ta place, je poursuivrais ma figure en justice pour diffamation. » (La Huitième Couleur)

« – A quelle heure vous avez votre coucher de soleil par ici ?
– En général, on arrive à le caser entre le jour et la nuit. » (Mortimer)

« Deux types d’individus se moquent des lois : ceux qui les enfreignent et ceux qui les promulguent. » (Ronde de Nuit)

« Deuxfleurs était un touriste, le premier jamais vu sur le Disque-monde. « Touriste », avait conclu Rincevent, voulait dire idiot. » (La Huitième Couleur)

« – Mon père disait toujours que la mort, c’est pareil au sommeil. […]
« Mais à mon avis, c’est beaucoup plus dur de se lever le matin ». » (Sourcellerie)

« — Tu sais te servir de cette épée que tu portes, petit ?
— J’ai suivi l’entraînement, oui.
— Bien. Bien. L’entraînement. Bien. Alors, si on est attaqués par une bande de sacs de paille pendus à une poutre, je peux compter sur toi. En attendant, tu la fermes, tu gardes les oreilles à l’affût, tu ouvres l’œil et tu apprends. » (Ronde de Nuit)

« [Sam] avait remarqué une certaine ressemblance entre le sexe et l’art culinaire : ça fascinait tout le monde, on achetait à l’occasion des manuels farcis de recettes compliquées et d’illustrations alléchantes, et parfois, quand on avait très faim, on organisait d’immenses banquets imaginaires – mais on se contentait à la fin de la journée d’un œuf avec des frites s’il était cuit à point et agrémenté d’une tranche de tomate. » (Le Cinquième Eléphant)

« D’un autre côté, se disait-il tandis qu’il pliait bagage et s’apprêtait à repartir, les livres qui traitaient du monde étaient le plus souvent écrits par des gens qui s’y connaissaient beaucoup mieux en livres qu’en monde. » (Carpe Jugulum)

« « Pour être honnête, je ne suis pas sûr. Mais je ne crois pas. Ils se servent d’un truc, il me semble que ça s’appelle une « mocracie », et ça veut dire que tout le monde dans le pays peut décider du nouveau tyran. » (Pyramides)

« Les gens vivent, ils meurent et restent dans les mémoires. Ça arrive tout comme l’hiver suit l’été. Ça n’a rien d’aberrant. Des larmes coulent, évidemment, mais elles sont pour ceux qui restent; ceux qui sont partis n’en ont nul besoin. » (Je m’habillerai de nuit)

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