Testing dans les pompes funèbres, ce qui nous pend au nez

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Enzo Poulterniez, de l’association AIDES, a prévenu : en 2018, il faudra s’attendre à des testings dans les pompes funèbres. Certes, le sujet essentiel en sera les soins de conservations sur les défunts touchés par le HIV ou les hépatites, mais les associations seront certainement vigilantes sur d’autres sujets. Le principe est simple : c’est le « client-mystère ».

Testing, grandeur nature

C’est une après-midi comme une autre, aux pompes funèbres, quand un homme, la quarantaine, entre dans l’agence. Jean, chemise, barbe de trois jours, rien de remarquable, hormis un air triste. Lorsque le conseiller vient vers lui, l’homme explique qu’il vient faire un devis pour un décès. Pour une raison X ou Y, il n’a pas encore de certificat.

Le conseiller funéraire l’installe dans son bureau, entame le questionnaire habituel, et l’homme explique qu’il s’agit du décès de son compagnon. Il choisit les prestations, demande conseil pour le cercueil ou l’urne, se fait expliquer les soins de conservation lorsque le conseiller lui pose la question, accepte, puis mentionne, presque machinalement, « Vous direz à votre collègue de faire attention, mon compagnon était séropositif ».

Le conseiller funéraire, qui sait que son thanato refuse de procéder aux soins sur des corps atteint du HIV, explique gentiment que, malheureusement, ce n’est pas possible. L’homme a l’air triste demande alors quelles autres alternatives il y a, prend son devis et part après avoir salué le conseiller funéraire. Ce dernier ne s’est rendu compte de rien, mais il vient de se faire tester, et, au passage, de se rendre coupable d’une discrimination.

Différents types de testings

Il existe différents types de testings, mais ils suivent toujours un même schéma : il s’agit de voir comment réagit la pompe funèbres en situation réelle.

Ce n’est pas un sondage : personne ne va téléphoner à la pompe funèbre, ou même passer en agence, et vous interpeller « Bonjour, je suis XXX de l’association XXX, est-ce que vous procédez à des soins de conservation sur des défunts séropositifs ou atteints d’hépatites ? »

De même, si vous répondez que les soins ne sont pas possibles, le testeur ne va pas jeter sa carte sur votre bureau en criant « Ah ! Ah ! Je t’ai bien eu ! ». L’entretien se conclura normalement, et vous ne saurez pas de suite que vous avez été testé. Ceci, pour éviter que vous ne décrochiez votre téléphone pour prévenir vos confrères.

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De même, je parle dans cet exemple d’un homme seul qui parle de son compagnon, mais il peut s’agir d’un couple âgé venu faire un devis pour les obsèques de son fils, une femme pour les obsèques de sa sœur, et ainsi de suite ad libidum.

L’idée du testing

Le principe du testing n’est ni illégal, ni moralement répréhensible. On peut comprendre que celui qui a été testé, particulièrement s’il est en faut, désapprouve, mais on ne peut pas, légitimement, reprocher aux association de vérifier que la législation est bien appliquée. Surtout, dans un métier, les pompes funèbres, ou l’essentiel du travail consiste à vérifier que la législation est bien respectée.

Mais le HIV ou les hépatites ne seront pas le seul point de test. Ce sera l’essentiel, évidemment, mais refuser, par exemple, une salle de cérémonie, ou refuser sans raison un symbole, par exemple le drapeau arc-en-ciel, pour un militant gay, même si ils ne sont pas l’objet du testing, fera l’objet d’un signalement, n’en doutons pas.

Franchement, le jour ou des militants d’associations gays vont se rendre dans une pompe funèbres communautariste pour demander une cérémonie civile, et vont s’entendre répondre « Pas de ça chez nous ! » ça va être drôle. Vous voyez votre habilitation ? Profitez en bien, parce qu’elle va disparaître assez rapidement.

Et bien malin qui se croira immunisé. Certains pourront expliquer doctement « Moi, les clients-mystère, je les repère à dix kilomètres à la ronde », il suffira de leur repasser l’Aile ou La Cuisse pour les calmer. Particulièrement la scène « Moi, les Duchemin, je les repère à cent mètres ».

Le limites du testing

Les limites du testing sont au nombre de deux, dans le cas qui nous intéresse.

Le premier est que la pompe funèbre devra assumer le refus d’un thanatopracteur. Si, comme c’est la cas dans la majorité des sociétés, le thanato est un sous-traitant indépendant, qu’il refuse de procéder aux soins, et qu’aucun autre thanatopracteur n’est disponible, ce sera à la pompe funèbre de refuser les soins au nom du praticien, et donc, de rendre compte de sa position. L’association pourra, sans mentir, affirmer que, aux Pompes Funèbres Duschmol, on refuse les soins de conservation sur les patients atteints du HIV, alors que les Pompes Funèbres Duschmol y sont favorable, simplement, elle ne trouvent pas un thanatopracteur dans un rayon de cent kilomètres qui accepte.

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Le second, c’est que, dans les antécédents de testing, s’il y a contestation, c’est à l’accusé, de prouver son innocence et sa bonne foi. C’est l’exact inverse de la philosophie judiciaire dans la plupart des pays civilisés, pour la simple et bonne raison qu’il est plus difficile de prouver son innocence que de prouver sa culpabilité. La plupart des avocats vous le diront : un innocent se défend toujours très mal, parce qu’il ne comprend même pas de quoi il doit se défendre.

En conclusion

Ca arrive. Les associations ont suffisamment milité, depuis très longtemps, pour cette levée d’interdiction, pour laisser passer quoi que ce soit. N’attendez aucune indulgence, et ne vous attendez pas non plus à être prévenus.

Les militants, particulièrement des associations qui luttent pour les droits des séropositifs sont organisés ,déterminés, très professionnels dans leurs actions. Un de leurs précédents testings a révélé des problèmes chez les dentistes et poussé l’Ordre de cette profession à revoir toutes ses procédures. Autant dire que si les dentistes se sont fait tancer sévèrement, les militants ne feront qu’une seule bouchée des pompes funèbres.

Toutes ? Non, parce qu’on en oublie l’essentiel : une pompe funèbres qui applique scrupuleusement la réglementation, ne discrimine personne et offre, c’est un corollaire, aux thanatopracteurs la possibilité de travailler en toute sécurité, en leur proposant des équipements adéquats, n’a absolument rien à craindre. Un testing qui se passe bien, c’est ce que vous voulez, c’est aussi ce que les associations veulent.

 

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