Thanatopraxie, lettre ouverte à Marisol Touraine

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Les lettres de motivation, tout un poème

Madame la Ministre,

Par la présente et en l’instant, c’est un collège constitué de professionnels du funéraire qui s’adresse à vous.

Vous n’êtes pas sans connaître l’existence du texte prônant la levée de l’interdiction des soins de thanatopraxie pour les personnes atteintes du VIH et de certaines hépatites virales. Or, actuellement, beaucoup de professionnels, gérants de sociétés, thanatopracteurs libéraux ou salariés en sont arrivés à se demander comment un tel projet a pu voir le jour.

Il semblerait, en effet, que la parole de ces mêmes professionnels n’ait pas été entendue. Ecoutée, oui, mais pas entendue. Le rapport de l’Inspection Générale des Affaires Sociales, sous la pression d’Act-Up, d’organisations de défense des droits des personnes contaminées et de quelques personnalités médiatiques, s’est vu rédiger un rapport favorable à cette levée d’interdiction sans pour autant, à mon sens, en mesurer toutes les conséquences.

            Le rapport de l’IGAS relatif à l’autorisation des soins de thanatopraxie fait couler beaucoup d’encre. Les militants de cette cause sont actifs, et souhaitent ne pas être injustement stigmatisés même dans la mort et les thanatopracteurs se sentent isolés car ils jugent être insuffisamment écoutés et la spécificité de leur métier ne semble pas être reconnue.

            Comme dans tous les débats concernant les évolutions sociétales, les partisans de l’évolution apparaissent comme les bons et les thanatopracteurs les méchants… Les thanatopracteurs représentent pourtant des hommes et des femmes, deshomosexuels et des hétérosexuels, des pour et des contre concernant cette évolution. Ce métier méconnu est au carrefour des professions de santé et de pompes funèbres.

Cette soi-disant expertise déborde d’incohérences, d’approximations et de contradictions. On parle de soins « somatiques » ou « d’embaumement », les corps traités par soins de thanatopraxie n’ont pourtant pas vocation à la momification.

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Monsieur Jean-Luc ROMERO, Président d’Elus locaux contre le Sida, affirme que, post mortem, le virus n’est plus transmissible dans les 24 à 36 heures qui suivent le décès. Or, c’est justement dans ce délai que les soins, pour être efficaces, doivent être exécutés. Dans le même temps, le rapport de de l’IGAS nous confirme un risque d’exposition au sang de l’ordre de 8 sur 10. N’y voyez-vous pas là, Madame la Ministre, une aberration sans nom ?

Vous n’êtes pas sans savoir que ce texte concerne également les hépatites virales B et C pour lesquelles, la transmissibilité post-mortem est avérée. Concernant le VIH, les études scientifiques effectuées jusqu’alors ne déterminent nullement la possible contamination, certes, mais ne se prononcent pas non plus sur le contraire. Ne pensez-vous pas, que, dans le doute, il serait judicieux de laisser le choix aux praticiens de réaliser ou pas ces soins d’hygiène ? L’IGAS se prononce aussi sur l’interdiction de pratiquer les soins de conservation au domicile du défunt estimant alors que le risque infectieux pour le praticien est moindre si cette action se déroule en milieu propice. Mais aucune des mesures de sécurité énoncées ne mettent le thanatopracteur à l’abri d’un accident regrettable et malheureusement inévitable.

Il faut aussi combattre les idées reçues sur l’impossibilité de présenter un défunt porteur du VIH à sa famille, il s’agit seulement de l’impossibilité de faire des soins de conservation(s). La mise en bière immédiate a été supprimée de la loi mais les certificats de décès sont obsolètes. La plupart des Thanatopracteurs admettront avoir déjà pratiqué des soins sur des défunts porteurs du VIH, sans le savoir du fait d’un « oubli » sur le certificat de décès ou en connaissance de cause pour rendre service…

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L’affaire du sang contaminé a touché plusieurs pays dans les années 1980 et 1990 suite à des infections ayant eu lieu par des transfusions sanguines, en raison de mesures de sécurité inexistantes ou inefficaces. Madame le ministre avant de prendre une décision, rencontrez-nous, pour répondre à nos interrogations et nous convaincre de l’innocuité du virus, vous pourriez devenir à votre corps défendant, l’actrice d’un énorme scandale sanitaire.

Toutes ces absurdités et ces illogismes ne reflètent, Madame La Ministre, qu’une méconnaissance plus que marquée du sujet.

Des solutions ont pourtant été proposées par plusieurs professionnels et syndicats de thanatopracteurs indépendants, des alternatives laissées fâcheusement sans suite et nous faisant passer, nous, professionnels du funéraire, au service des autres depuis tellement d’années, pour des adeptes de la discrimination alors qu’il est simplement sujet de notre santé.

Aujourd’hui, j’en appelle à votre bienveillance, dans l’espoir de rouvrir le dialogue et de trouver, ainsi, un dénouement qui conviendrait à l’ensemble de la profession, aux associations de défense, aux familles et, bien entendu, aux malades eux-mêmes.

Dans l’espoir d’une réponse de votre part, et à votre disposition pour d’éventuels renseignements supplémentaires, je vous prie de croire, Madame la Ministre, en l’expression de ma considération.

Cédric Ivanes, Président du Syndicat Professionnel des Thanatopracteurs Indépendants et Salariés, Claire Sarazin, porte parole de l’Association des Thanatopracteurs de France Sébastien Boukhalo, membre du Jury National de Thanatopracteur, Eric Fauveau, président d’Afterweb-Venture éditeur de Funéraire-Info , Mickaël Curti, assistant funéraire et contributeur à Funéraire info et Résonance, le 15 mai 2014.

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