Thanatopraxie, rendre un aspect présentable au propre et au figuré

1
534
appareil photo photographie pellicule thanatopracteurs

Jusqu’où va le secret professionnel ? Quelle responsabilité pour les pompes funèbres qui arrivent inopinément dans l’intimité de malheureux surpris par la mort, jusque chez les thanatopracteurs ? Question insoluble posée dans cette tranche de vie.

 

C’était un accident, un bête accident, comme ils le sont tous. Un jeune un peu trop fêtard, un peu trop d’alcool, une voiture un peu trop rapide, un platane…

Il n’y avait pas eu d’autopsie, juste un prélèvement sanguin, c’était un temps pas si lointain ou les Instituts Médico-Légaux n’étaient pas si répandus, et ou les procureurs de la République surveillaient leurs budgets comme le lait sur le feu.

Le défunt était donc allongé là, sur la table de préparation de corps, entouré de la thanatopractrice et sa stagiaire, qui avaient pour mission de lui rendre un aspect présentable : sa famille avait réservé un salon ou le veiller jusqu’aux obsèques. Ce qui impliquait de le déshabiller, puisque les secours n’avaient pas jugé utile de lui enlever ses vêtements, avant de procéder aux opérations de thanatopraxie.

Le tas de vêtement gisait donc sur une table de travail, à côté, et la thanatopractrice décida de procéder à une fouille, et un inventaire des objets personnels. Ni les secours ni la police n’avaient jugé nécessaire d’y procéder, les circonstances de l’accident étant limpides.

Elles trouvèrent donc des clefs, un peu de monnaie dans une poche, le portefeuille du défunt dans la poche de son blouson, avec ses papiers, de l’argent liquide, une carte de crédit, mutuelle, sécurité sociale, que du classique.

Lire aussi :  Inscrivez-vous gratuitement au 1er Salon du Funéraire Grand Sud

Une autre poche du blouson contenait une enveloppe assez épaisse. Après avoir hésité un instant, la thanatopractrice décida de l’ouvrir. Le paquet était constitué de plusieurs photos. La thanato les passa rapidement en revue, se tourna vers sa stagiaire, et lui dit « Va chercher le conseiller funéraire. Dis lui que c’est urgent. »

—-

Quelques minutes plus tard, le conseiller funéraire regardait à son tour les photos dans le laboratoire, un pli soucieux en travers du front.

« Tu comprends pourquoi je t’ai appelé ? » demanda la thanatopractrice « Je me vois mal donner ça à la famille, tenez, petit souvenir… »

« Tu veux rire ? » marmonna le conseiller funéraire, « ils le prennent pour un gentil garçon, qui a dérapé une fois, la seule, celle de trop… »

« Ben écoutes, là, il a l’air de bien savoir rouler les pétards. » la thanatopractrice brandit une autre photo « et les garçons sages que je connais ne boivent pas leur Téquila au goulot. Heureusement que je faisais pas ma pause clope quand on me l’a amené, parce que rien qu’avec les effluves, je faisait sauter le pâté de maison. Mais c’est pas ça, le pire, bien sûr ».

« Non, évidemment. » continua de marmonner le conseiller. Il répondit à une question avant qu’elle ne soit posée « Il avait un ami photographe, la famille m’a parlé d’un portrait, ça doit être lui qui a développé ces photos. Il est sur celle-ci… »

« C’est lequel, celui qui fume un joint ou celui qui sniffe de la coke ? » questionna la thanatopractrice agacée. « Ce qui m’ennuie, ce sont celles avec la fille. Les premières, elle ne semble pas s’être rendu compte que le photographe était là, mais les suivantes, elle n’a vraiment pas l’air d’être d’accord pour se faire photographier dans cette situation. Et lui, ça le fait marrer… Heureusement que je respecte les morts, sinon je dirais des trucs pas corrects. »

Lire aussi :  Le Groupe OGF va gérer le crématorium de Saint-Georges-de-Didonne

« Ouais… En attendant, on fait quoi ? » demanda le conseiller funéraire.

« C’est ta famille, pas mon problème ». répondit la thanato.

« Bon, tu ferais quoi, à ma place ? » le conseiller avait l’air désespéré.

Adoucie, la thanatopractrice répondit « On n’est pas là pour juger, après tout. Et ce n’est pas le moment… Mon avis, le voilà. »

—-

Un peu plus tard, le conseiller funéraire recevait la famille dans son bureau, pour quelques formalités. Il en profita pour remettre les effets personnels à la tante du défunt, une femme à sang-froid, qui tenait la famille à bout de bras. «  des clefs, un peu de monnaie trouvée dans une poche, le portefeuille, avec ses papiers, de l’argent liquide, une carte de crédit, mutuelle, sécurité sociale »

« Merci » dit la tante en récupérant les affaires. Elle regarda par la fenêtre « Il y a de la fumée, dans la cour, derrière ! »

Le conseiller funéraire tourna à peine la tête « Oui… C’est une collègue qui fait brûler de vieux papiers. C’est plus efficace pour sauvegarder le secret professionnel. Rien d’important. »

1 commentaire

LAISSER UNE RÉPONSE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.