Thanatopraxie pour tous, une solution pour personne

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C’est l’expression du moment : « pour tous ». Jamais un gouvernement n’a été autant soucieux d’égalité, peut être pour faire oublier ses lacunes sur d’autres sujets. Dernière cible en date, la thanatopraxie. Avec précipitation, et sans méthode.

hiv-virus-300x224 Thanatopraxie pour tous, une solution pour personneC’est frappant lorsqu’on lit le rapport de l’IGAS, auquel nous avions déjà consacré un article : avant, l’ordre de mission d’un groupe à qui un gouvernement confiait un rapport était « Faites nous un état des lieux de tel secteur afin que nous puissions voir ce qui ne va pas et l’améliorer ». Le rapport de l’IGAS en est, dans sa formulation, l’exact contre-pied. L’ordre de mission peut se résumer ainsi : « Voilà ce que nous allons faire, trouvez comment on peut le faire, et surtout, comment on peut le justifier ». Ce qui n’est en rien une attaque du rapport final, mais une interrogation sur ses commanditaires.

Qui pour tous ?

L’on peut se poser la question de l’urgence de lois qui concernent à chaque fois peu de personnes. Il y a bien sûr le principe républicain et philosophique de l’égalité, mais, si l’on choisit de rester pragmatiques, on s’aperçoit que tout cela est complètement contre-productif. L’urgence, voire la fébrilité sont des arguments facilement exploitables par l’opposition, de même que le classique mais toujours efficace « pourquoi mobiliser tant de ministres sur une loi qui concerne 3000 personnes, alors que 3000000 sont au chômage ? ».

La stratégie du gouvernement n’est pas clairement exprimée. Chercher à gagner des voix fidèles en s’assurant des votes « minoritaires », respecter un engagement de campagne ? Peu importe. Si cela contribue à apporter des droits à ceux qui en ont besoin sans en ôter à d’autres, alors ceci ne nous concerne pas.

Mais c’est la méthode qui est critiquable. Si « le mariage pour tous » est un débat purement moral et philosophique, d’autres sujets peuvent s’avérer nettement plus dangereux pour la santé. La « thanatopraxie pour tous » par exemple.

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Thanatopraxie pour tous ?

Il n’y a rien de répréhensible en soi à vouloir proposer le meilleur à chacun. Par exemple, à une famille de se recueillir près du corps d’un proche convenablement présenté, ayant bénéficié de soins thanatopraxiques. Même si celui-ci était atteint du HIV, ce qui est pour l’instant interdit.

Mais des incertitudes demeure sur la future législation qui semble désormais se profiler à l’horizon.

Incertitude scientifique sur la possibilité de se contaminer en pratiquant des soins de conservation sur un malade atteint du HIV. Certes, il existe des études sur le délai de survie du virus en dehors du corps. Le problème réside justement dans le fait qu’il existe plusieurs études, souvent contradictoires. Le rapport de l’IGAS n’apporte pas réellement de solutions : réaliser les soins dans un laboratoire, c’est diminuer le risque, pas l’éliminer. Et les délais de sécurité pour s’assurer que le virus est éliminé sont incompatibles avec la législation sur le transport de corps. Le législateur y pensera-t-il ?

Incertitude sur les chambres funéraires présentées comme une panacée : sur les 2600 recensées en France aujourd’hui, combien sont aux normes ?

Incertitude sur la volonté des thanatopracteurs. Quelques « coups de sonde » parmi les professionnels de notre lectorat laisse entrevoir une débat âpre entre les d’accord et les pas d’accord. Ou plutôt, les tenants du « oui, il faut, c’est un devoir » et les partisans du « jamais ! ».

Enfin, la loi prévoira-t-elle un droit de retrait pour les thanatopracteurs qui estiment courir un risque et refuseront de pratiquer ces soins ? Si non, y aura-t-il des sanctions ? Si oui, y aura-t-il deux listes, une liste des thanatopracteurs acceptant et refusant ?

Tous pour qui ?

Au final, la « thanatopraxie pour tous » pourrait bien, suivant le rapport de l’IGAS, tourner au fiasco total. Voir des thanatopracteurs quitter la profession si on les oblige, ou chercher les moyens l égaux de contourner la loi. Voir se mettre en place une double tarification, ou bien des pompes funèbres « oublier » de signaler que le défunt avait le HIV provoquant des accidents auprès des thanatopracteurs un peu trop pressés ou décontractés vis à vis des précautions de contact…

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Bien entendu, tout cela se prévoit et s’organise. Mais le législateur prendra-t-il le temps de réfléchir à un texte de loi vraiment complet ou adapté, après concertation entre les différentes parties ? Ou cherchera-t-il à passer le plus rapidement possible un texte visant à satisfaire des électeurs potentiels à quelques semaines des élections municipales et européennes ?

Parce qu’un mauvais texte, inefficace et inadapté, serait préjudiciable à tout le monde. Au secteur funéraire, qui serait accusé de mettre de la mauvaise volonté, aux thanatopracteurs qui prendraient des risques ou se détourneraient, lassés, de leur métier, aux associations de patients atteints du HIV, qui se verraient accusées de faire du lobbying, au gouvernement dont l’opposition soulignerait, encore une fois, l’amateurisme et l’incompétence.

Et surtout, au final, aux familles, qui se retrouveraient prises entre tous ces feux dans un moment ou elles ont besoin de sérénité.

Alors, tout pour tous, est-ce possible ? Ça a semblé inatteignable pendant des décennies. Si c’est faisable, et cela reste à prouver (et cette dernière remarque est l’expression d’un scepticisme, pas d’une opposition) alors prenons le temps de le faire correctement. Après avoir géré l’urgence vitale, qui n’est pas là. Parce que si on privilégie certaines causes à d’autres, alors, oui, tout le monde aura droit aux soins de conservation… Mais plus personne ne pourra se les payer.

3 COMMENTAIRES

  1. Bonsoir, en tant que Thanatopracteur; je soulève un Lièvre
    Lors d’un retrait d’un stimulateur cardiaque qui est obligatoire pour tous les défunts et de surcroît les défunts qui passeront aux crématorium alors que ceux-ci sont porteurs du HIV
    Qui v’a s’aventurer a prendre le bistouri, extraire la pile et recoudre ? et pourtant il y a obligation !!!

    • Vous avez raison ERIC.
      Et lors d’un décés pour cause d’accident,alors que le hvi n’est pas encore
      declaré ?
      Le tanato peut etre est bien protegé, mais la famille quand elle se soulage auprés de son etre aimé .
      est ce qu’elle est bien protegé.

  2. Curieusement il n’ est question que de stimulateur cardiaque, quid des neuros simulateurs qui ‘ endorment’ la douleur et sont de plus en plus implantés.Ils contiennent eux aussi une batterie et doivent être retirés avant la crémation obligatoirement et l’ inhumation facultativement.Pourquoi cette lacune ?

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