Thanatopraxie et VIH. Et la santé du thanatopracteur ? Bordel !

15
2130

Au moment où le sida refait son apparition et fait à nouveau parler de lui parce que les jeunes délaissent les préservatifs, le ministère de la santé s’apprête à autoriser les soins sur les personnes atteintes du VIH et d’hépatites sous la pression d’associations et surtout d’Act Up.

On accuse les thanatopracteurs de discrimination. Pourquoi est-ce toujours nous qui sommes montrés du doigt ? Nous ne sommes ni homophobes ni insensibles.

Sébastien-Boukhalo-225x300 Thanatopraxie et VIH. Et la santé du thanatopracteur ? Bordel !
Sébastien Boukhalo

Les thanatopracteurs ne refusent pas de présenter ces corps sans soins de conservations, il est tout à fait possible de pratiquer  une toilette afin  que les familles puissent se recueillir sereinement.  Car notre travail est indispensable, avec ou sans thanatopraxie, car l’au revoir est une partie intégrante du processus de deuil  pour les familles.

 Les thanatopracteurs une nouvelle fois sacrifiés sur l’autel des lobbies et des profits

Cette loi est aberrante et dénuée de tout sens. Pourquoi ces soins sont-ils interdits à l’heure actuelle? Parce qu’il y a un risques de contamination pour le praticien. Le risque de piqûre ou de  coupure est présent à chaque instant. Nous manipulons des déchets biologiques.  Alors oui, nous portons des EPI*, car tout corps est potentiellement dangereux, mais la loi ne prévoit pas que le thanatopracteur sera informé en cas de maladie infectieuse.

Alors on va certainement nous dire que  « les médecins opèrent bien les malades porteur de ces pathologies« . Raccourci facile : Ils sauvent des vies, eux et ils ont connaissance du dossier médical, contrairement à nous.

Est ce normal de nous faire prendre des risques aussi importants sous prétexte que nous sommes en minorité en France par rapport aux personnes atteintes de ces maladies qui restent un fléau et face aux associations qui prônent la levée de l’interdiction, ce que je peux comprendre.

Lire aussi :  Certificat de décès, crématorium, exhumation sauvage… L’actualité du 28 juin 2018

Alors j’ai envie de proposer à ces militant de venir passer une journée avec l’un de nous. Venez voir le travail d’un thanatopracteur, venez constater que nous respectons les défunts. Mais nous aussi nous avons des familles et nous ne voulons pas un jour être malades à notre tour.

Certains de mes confrères ne sont pas réfractaires à faire les soins sur les personnes atteintes de maladies infectieuses. Je respecte leur choix, mais qu’ils ne s’imaginent pas recevoir la médaille du mérite, car ils auront aucune reconnaissance s’ils se contaminent un jour. Moi je m’y refuse.

Il y a aussi un effet pervers face au grand public qui peut lire les articles de ces associations et qui ne connaissent pas notre profession. Nous sommes vite catalogués comme homophobes, comme si ces maladies n’atteignaient que les homosexuels. Elles touchent tout le monde en réalité.

Pour conclure, nous ne refusons pas de nous occuper des HIV et des hépatites, il y a d’autres moyens de faire une belle présentation dans la dignité. J’aimerais bien que cette loi  soit utile pour tout le monde, familles et professionnels du funéraire dans leur globalité, j’aimerais qu’elle encadre en pleine conscience les risques encourus par le thanatopracteur et que ce dernier ait un droit de regard sur la pathologie du défunt afin de décider s’il accepte de réaliser les soins ou non.

Je revendique le droit de choisir. On incite les jeunes à se protéger lors des rapports sexuels en utilisant des préservatifs et nous, on veut nous nous obliger à prendre des risques.

Lire aussi :  Crématorium sous l'eau, enterrement en Hyundai… L’actualité du 4 juin 2018

C’est assez paradoxal et j’ai l’impression que l’État se soucie assez peu de nous.

Par Sébastien Boukhalo, thanatopracteur.

* Équipements de protection individuelle

15 COMMENTAIRES

  1. Merci Sébastien. Si des confrères veulent prendre des risques, c’est leur choix. Mais qu’on laisse le devoir de réserve à chacun sans nous imposer tel ou tel pratique qui n’est pas sans risques.

    Sans oubliés que nous avons déjà du traiter bon nombres de HIV et d’Hépatites sans le savoir…..

  2. Pas besoin d’une loi pour qu’un thanato puisse dire non à des soins sur quelqu’un atteint du vih.

    je viens de me farcir en diagonale ce document :

    http://www.iom-world.org/pubs/IOM_TM0401.pdf

    Si nous décidons de rester les seuls à ne pas traiter ces personnes là, pourquoi les infirmières ne feraient-elles pas pareil ?

    Il y a plus de danger à fumer des cigarettes, traverser la route, boire du coca, que faire des soins sur une personne atteinte de cette maladie.

    bien à vous.

    • Chaque commentaire est validé manuellement. Cela peut prendre un peu de temps pour qu’un modérateur soit disponible. Nous espérons que ce délai est compensé par la qualité des débats et l’absence de débordements.

  3. Bonjour,

    Il serait bon de rester à notre place et d’arrêter les comparaisons avec le corps médical, médecin, inf ou autres. Tout comme le but du métier d’infirmier/e et thanatopracteur n’ont pas la même finalité. On peut bien sur partir dans des considérations philosophiques pour en débattre et effectuer des rapprochement, mais je n’en vois pas l’utilité à part pour les gens en mal de reconnaissance.

    Au delà de ça, vous avez certes lu un document en diagonal et je vous remercie du lien fourni. En ce qui concerne, le comparatif avec le coca ou la cigarette, je pense qu’il appartient à chacun de pouvoir choisir le facteur de risque qu’il emploi pour si l’on puis dire mettre sa vie en « danger ».

    Traverser sans regarder, manger gras, fumer, boire du coca où tout autre chose.

    A vous lire,

  4. Sur le principe je suis totalement contre et tout a fait d’accord avec cet article.
    Cependant et malheureusement etant donne la facon qu’on a de travailler (pas d’info sur la maladie du defunt, pas d’info sur les consequences et risques reels …) une loi qui autorise les soins sur vih et hepatites au fond ne changera pas grand chose car comme nous le savons nous faisant  » deja » et sans le svoir surement des soins sur ces defunts…

    Si une telle loi devait etre validee il faut qu’elle precise que le certificat de deces soit OBLIGATOIREMENT accompagnee du dossier medical du defunt!!
    D’ailleurs dossier qui devrait deja etre obligatoire ….

    Encore un projet de loi qui n’avance pas ds le bon sens!!! Si vous voulez avancer et a la fois proteger le thanatopracteurs il est indispensable de prendre les choses a la bases!!!….

    D’ailleurs peut etre indispensable que le medecin sache remplir correctement un certificat de deces serait un tres bon debut….

    Enfin reste bcp a faire …

    Merci de m’avoir lu.

  5. Donc si je comprends bien vous le faites déjà sans vous en rendre compte,quelqu’un a-t-il était contaminé ? Certes je ne suis pas d’accord sur le fait qu’on ne vous le disent mais toutes personnes doit avoir les mêmes traitements et a vos employeurs d’investir dans les protections (que je pense que vous avez déjà gants etc…) alors quelle est la raison de votre refus? Vous ne faites pas le travail du personnel de santé mais le votre a moins que je me trompe que faites vous en plus qui est d’ordre médical que vous faites pas sur les autres défunts? Puisque vous le faites sans le savoir,rien je pense,donc encore une fois les gens malade sont traité comme des pestiféré même après leur combats pour la vie,c’est bien triste ! Tout le monde a droit au même RESPECT

    • Bonjour,

      Il faut éclaircir les choses. Si un soin est pratiqué sur cas de figure sus-cité, c’est suite à une méconnaissance où un manquement du médecin qui à constaté le décès. Il est sensé remplir le certificat de décès de manière consciente, et si c’est le cas, actuellement nous n’avons pas le droit de pratiqué sur un défunt atteint d’une de ces maladies.

      Je pense aussi que vous ne devez pas connaitre le mode opératoire d’un soin pour vous avancez ainsi et ne pas comprendre les craintes que l’on peut avoir. Tout comme nous pouvons être amenés à travaillés sur des défunts suite à une autopsie ou à un accident et cela dans des conditions et des lieux parfois plus que spartiate. Le quotidien d’un thanatopracteur est très loin de ce que l’on peut voir dans les feuilletons télévisés avec des équipements derniers cris.

      Donc, oui tout le monde à droit au même respect. Maintenant dans la proportion de gens qui ne comprennent pas notre point de vue, l’avis serait il le même si un de leurs enfants/épouse/mari…. où autre proche pratiquant la thanatopraxie ? J’ai tout de même un affreux doute la dessus.

      Pour finir, des toilettes funéraire sont réalisés contrairement aux soins qui eux sont beaucoup plus « invasif » techniquement. De ce fait, je trouve très déplacé de parler de non respect de dignité comme je peux le lire sur certains article.

  6. Mon beau frère est thanato et je voulais arrêter mon métier d’aide soignante pour me lancer donc je suis un minimum informée sur le merier cela reste mon point de vu je n’en changera

LAISSER UNE RÉPONSE

Please enter your comment!
Please enter your name here