Toilettes mortuaires et funéraires, un sacre distinguo !

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Chambre funéraire
Chambre funéraire

En voilà deux termes bien particuliers.

Définies l’une et l’autre comme la première étape du rituel funéraire, on observera cependant de subtiles nuances entre ces deux actes que sont les toilettes mortuaires et les toilettes funéraires.

La première, dispensée par le personnel soignant sur le lieu même du décès, est apportée avec le plus grand respect et consiste, par une suite successive d’actes, à rendre une apparence naturelle au défunt, c’est-à-dire la plus proche de la dernière image que la famille garde de son vivant.

Le défunt sera allongé dans son lit de façon naturelle et détendue, ses yeux seront fermés, ses vêtements changés, le corps débarrassé de tout matériel médical invasif et une asepsie générale sera réalisée (corps et cheveux). On en profitera pour réaliser un inventaire de ses biens personnels et de ses bijoux avant de refaire une dernière fois, de manière soignée, ses pansements et les éventuelles plaies seront suturées.

Les aides-soignantes et les infirmières mèneront à bien cette toilette, souvent en binôme, dans un souci de respect, et ce, avant même que le corps soit transféré dans une chambre funéraire.

Pendant les jours qui vont précéder la cérémonie, le corps pourra être visible par la famille et les proches, souvent au funérarium ou au domicile du défunt. La chambre funéraire va alors devenir le théâtre d’un incessant va et viens auprès de ce dernier, d’où l’importance d’y apporter des soins de présentation nécessaires pour bien commencer le travail de deuil.

Bien entendu, la thanatopraxie, au-delà de son utilité hygiénique et sanitaire jouera un rôle prépondérant dans la présentation du visage, toujours dans ce même souci d’ « image ».

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Cependant, oublions un instant l’acte thanatopraxique pour nous focaliser sur la simple toilette funéraire. Cette dernière consiste à obturer les orifices naturels du corps avec des mèches de coton avant de ligaturer la bouche, fermer les yeux définitivement et intervenir au niveau cosmétique par un maquillage discret et un coiffage naturel de la personne. Exit, la serviette-éponge roulée sous le menton ou le bandage en œuf de Pâques autour de la tête.

Voilà aujourd’hui l’interrogation qui se pose. Qui est autorisé à pratiquer cette toilette funéraire et pourquoi ? La plupart des assistants funéraires ou agents de funérarium pratiquent cet acte mais sont-ils réellement habilités à le faire ?

Que les choses soient claires. Légalement, tout acte invasif sur une personne défunte, doit être réalisé par un thanatopracteur diplômé et habilité. Or, la ligature ou suture de la bouche est bien un acte invasif.

Souvent réalisée par un assistant funéraire au sein même de l’entreprise, la toilette funéraire « complète » va bien à l’encontre de ce que la loi autorise. Plus que commune dans la plupart des sociétés de pompes funèbres, la suture de la bouche est tellement « banalisée » que certains employeurs s’octroient de droit de l’imposer à leur personnel. Certainement qu’un intérêt financier viens aussi se glisser là-dessous. Je m’explique. Faire déplacer un thanatopracteur, souvent éloigné, pour un acte qui ne va durer que quelques secondes n’est pas très « rentable » pour une entreprise.

J’en ai pour exemple le cas de V.,  avec qui j’ai eu l’occasion de m’entretenir sur les réseaux sociaux, et qui s’est vu licencié de son poste pour avoir ouvertement refusé de pratiquer une suture de bouche. Bien entendu, le tribunal des Prud’homme lui a donné raison en estimant que cet acte n’incombait absolument pas à son fonction, et à juste titre (Code général des Collectivités Territoriales).

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Cet exemple concret se passe de commentaires. Le manque d’information des professionnels est significatif sur ce point précis de la législation, d’où mon envie de donner des indications, ce jour, sur ce que la loi impose et exige.

Les toilettes funéraires peuvent être réalisées par le personnel des pompes funèbres quand elles s’en tiennent à de la cosmétique, de l’habillage et/ou de la coiffure. Nul autre qu’un thanatopracteur n’est habilité et autorisé à pratiquer une suture ou tout autre acte invasif sur le corps d’une personne défunte (sutures, retraits de pacemaker…).

Nul n’est censé ignorer la loi…

 

MICKAEL CURTI

Curti Toilettes mortuaires et funéraires, un sacre distinguo !
Mickaël CURTI

6 COMMENTAIRES

  1. Bonjour,
    Avez vous un liens vers cette article de lois ou le numéro de l’article du code du CGT ? car tout le monde en fait cas ça tête.
    Merci par avance
    Thierry GARCIA

  2. Bonjour, il serait bon d’avoir un texte de loi car dans les formations toilettes dispensées par les écoles il y a bien la suture de bouche, visiblement ce n’est pas considéré comme un acte de thanatopraxie.

  3. Bonjour,

    Après avoir cherché en diagonale, il est vrai que rien n’est précisé sur le sujet de la toilette ainsi que de la ligature de bouche. Mais ça doit rentrer dans le cadre de l’article 225-17 du code pénal qui concerne l’atteinte à l’intégrité du cadavre. http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?cidTexte=LEGITEXT000006070719

    Je ne sais pas si il y a déjà eu des précédents avec des condamnations à ce jour.

    Après, je pense qu’il faudrait faire face à des cas précis et qu’une plainte soit déposé par une famille suite à une mauvaise manipulation entrainant des séquelles visibles suite à un point de bouche très mal réalisé. L’auteur de l’article à peut être une autre source. Mais normalement, c’est bien le texte de loi sus-cité qui doit faire foi.

    Si l’auteur de l’article à une source autre que celle que je viens de cité, je suis preneur également.

  4. Bonjour Genèse,
    Merci pour vos précisions, cependant la définition de l’atteinte à l’intégrité du cadavre est défini comme suit :

    « L’atteinte à l’intégrité du cadavre n’est pas définie par le code pénal, il est
    seulement mentionné qu’elle est commise par quelque moyen que ce soit.
    Il peut s’agir de dépeçage, de coups de feu, de coups de couteau ou de bâton
    ayant entraîné une lésion ou une ecchymose, de morsure ou de griffure, du fait
    d’exciter un animal pour qu’il s’attaque au corps. Il peut également s’agir de
    l’exhumation d’un corps, de vol dans un cercueil, de prélèvements d’organes ou
    d’expérimentations en dehors des cadres prévus par la loi. Les pratiques nécrophiles
    entrent également dans le champ de l’incrimination. » INFPN Version au 01/11/2010

    Il n’y a évidement pas de texte pour appuyer cet article.

    Certain centre de formation ont même inclus dans le programme de la toilette et l’habillage mortuaire, la suture de bouche.

    La suture de bouche n’est à mon sens pas un acte de thanatopraxie.

    L’auteur (élève thanatopracteur) aurait du comme vous le signalez, indiquer les sources mais je pense qu’il a rédigé cet article un peu trop vite…

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