Total et Saint-Louis, les conséquences d’un accident

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L'accident des dirigeants de Saint Louis au Bourget

La mort du PDG de Total est l’occasion de rappeler que les dirigeants d’une entreprise ne voyagent jamais ensemble. C’est la « Jurisprudence Saint Louis » adoptée après un accident aux conséquences catastrophiques.

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Christophe de Margerie

Total garde le cap

La disparition de Christophe de Margerie est un drame pour Total, mais ne laisse pas pour autant la société démunie. Le dirigeant défunt avait désigné au sein de son équipe deux « poulains » destinés lui succéder lorsqu’il passerait la main, et Thierry Desmarest, prédécesseur de Christophe de Margerie, est toujours Président d’honneur et membre du conseil d’administration, et peut assurer un intérim d’autant plus efficace qu’il connaît parfaitement la société.

D’ailleurs le conseil d’administration de Total a choisi, moins de 48h après le drame de momentanément scinder en deux la fonction du défunt PDG Christophe de Margerie, nommant Patrick Pouyanné, un de ces poulains, à la direction générale et Thierry Desmarest à la présidence.

Ce drame humain n’est donc pas une catastrophe industrielle. Si Christophe de Margerie s’était rendu seul à ce rendez-vous lorsqu’il est décédé, il aurait pu aussi bien y aller avec son état-major. Et chacun serait rentré dans un avion différent. C’est la règle dans les grandes entreprises depuis que les sucreries Saint Louis ont appris à leur dépens que c’est une sage précaution…

Géant de l’agroalimentaire

Créée en 1878, la Société nouvelle des raffineries de sucre de Saint-Louis connaît un développement important, rachetant se principaux concurrents et se développant à l’international. Le grand public connaît la marque de sucres Saint Louis, mais ne sait généralement pas que l’entreprise est présente sur les cinq continents dans toutes les activités sucrières.

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En 1985, le groupe s’associe avec les huiles Lesieur, avec le quel il souhaite diversifier ses activités, avent de racheter complètement son partenaire pour le mettre à l’abri d’une OPA Italienne du groupe détenant son principal concurrent, Béghin-Say.

La volonté de diversification se poursuit avec l’achat des saucisses Olida et une prise de participation importante dans Perrier. En 1994, Saint-Louis rapproche son activité alimentaire avec celle du groupe Danone (marques Panzani, Garbit et PetitJean) au sein d’une filiale commune, nommée Panzalim.

Le drame de Saint Louis

En 1995, le 20 janvier, le PDG, Bernard Dumon, accompagné de l’ensemble de l’équipe dirigeante dont Max de la Giraudière, patron de la branche sucre et Yves Dumon, responsable de Panzalim, prennent un avion privé au Bourget pour se rendre en Roumanie. Le Groupe Saint Louis est numéro deux français de l’agroalimentaire, avec 32 milliards de francs de chiffre d’affaire et 720 millions de bénéfices, et continue son expansion. Bernard Dumon compte investir sept milliards dans de nouvelles activités, et envisage la Roumanie comme axe de développement en Europe de l’Est.

A 17 H 20, l’avion décolle du Bourget. Selon les éléments de l’enquête, des oiseaux s’engouffrent dans le réacteur, destabilisant l’avion. Celui-ci s’écrase. Ses dix occupants sont tués, trois membres d’équipage et l’équipe dirigeante du groupe Saint Louis au grand complet.

Des conséquences dramatiques

Une période d’incertitude s’ensuit, avec une direction par intérim, compétente mais pas assez informée des axes de développement. Le Groupe cède ses activités à son partenaire Danone, opérant un repli sur son activité principale, sur décision des actionnaires.

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Petit à petit, le groupe se désengage de toutes ses activités connexes, pour revenir à la taille d’un grand groupe sucrier. Entreprise énorme, certes, mais d’une taille insuffisante pour résister dans un univers de fusions-acquisitions.

L’ancien Groupe finit par être racheté, en 2001, six ans après la mort de ses dirigeants, par le groupe Allemand Südzucker. L’ancien leader devient la simple filiale d’un concurrent.

Une « jurisprudence Saint Louis » s’impose, dès le lendemain du crash de l’avion : désormais, dans les entreprises de taille importante et les grands groupes, interdiction est faite aux hommes-clef de voyager dans le même avion. Aucune mention ne semble faite, par contre, d’autres moyens de transports, comme les ascenseurs, voire les vélos tandem lors des week-ends de séminaires.

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