Ubu dépose un devis de pompes funèbres en mairie

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Bon, quand il faut y aller, il faut y aller : c’est fait, c’est paru au Journal Officiel, il faut déposer les devis en mairie, et notre sympathique quoique fictif croque-morts du Nord s’y attelle…

[quote_box_center]Note : vous pouvez participer au second et dernier épisode, voir à la fin. [/quote_box_center]

Cauchemar en agence

Le croque-morts a d’abord lu et détaillé la loi, et il en a tiré, dans sa grande sagesse, un enseignement : il a du boulot. Un rapide décompte s’impose : il va devoir déposer ses devis dans la commune ou il a son siège social et agence principale, cela va de soit. Il devra en déposer un également dans le petit village où il a un bureau secondaire, à trente kilomètres de là. Il devra en déposer un troisième dans la commune, cinq kilomètres au sud de son agence principal, où il a sa chambre funéraire et un petit espace de vente.

Ceci fait, il ne pourra pas se laisser aller, la loi est claire, et elle n’aime manifestement pas le repos : il va devoir arroser toutes les communes de plus de cinq mille habitants du Nord.

Et il sait pertinemment que ses estimés confrères, pour lesquels il éprouve estime et respect parce que sa maman, qui l’a bien élevé, y tient, mais dont il sait qu’ils ne sont rien d’autre que de vils sournois prêts à tous les coups bas pour lui piquer une famille, parce qu’il a hérité de la lucidité de papa, n’hésiteront pas, eux, à arroser tout le département du Pas-de Calais où, grâce à un positionnement tactique, il parvient régulièrement à conquérir des familles. Il devra aussi couvrir ce département.

Le problème, c’est que les communes de cette taille, dans la région, il y en a plus que de trous dans le gruyère helvète. Une rapide consultation du web le lui confirme : il y en a 107 dans le Nord, plus 70 dans le Pas-de-Calais.

Le croque-morts regarde donc ses deux devis, inhumation et crémation, soigneusement remplis, et se demande comment faire parvenir les 354 feuillets aux 177 mairies concernées.

Première solution : par mail

Le croque-morts, dans sa grande sagesse, renonce vite au mail.

Déjà, parce qu’il sait qu’il y a de grandes chances pour que ledit mail ailles directement dans la boîte à spam de son destinataire, puis, au bout de sept jours, à la corbeille, puis, au bout de sept jours à nouveau, dans les limbes : qui se donne la peine d’aller régulièrement vérifier ses spams pour voir si son filtre n’a pas fait du zèle.

Ensuite, il sait que son mail arrivera entre celui de Papy Mougeot qui se plaint des nids-de-poule dans sa rue, et celui de Madame Berthe, très désireuse d’obtenir des subventions afin que le très actif club de tricot local puisse acheter des pelotes fluorescentes. Les deux ont un avantage certain sur lui aux yeux du maire : une inscription sur les listes électorales. Au mieux, il passera au second plan et sera traité lorsque quelqu’un aura conjointement le temps et la motivation, ce qui ne devrait pas arriver avant la seconde réélection de Johnny Halliday à la Présidence de la République, au pire, il disparaîtra.

Seconde solution, par courrier

Le courrier étant la version obsolète du mail, dans cette occurrence, le croque-morts estima qu’il ne constituait pas non plus la solution à son problème. Même en recommandé.

N’oublions pas que le recommandé garantit simplement, lorsque vous l’adressez à une administration, c’est que quelqu’un, quelque part, l’a reçu à un moment où à un autre. Et que cette personne l’a posé quelque part, avant de partir en pause syndicale, RTT ou congé maladie.

Troisième solution : par fax

Le fax est un outil formidable jusqu’au moment ou on doit s’en servir. Aussi péremptoire qu’injuste, cette réflexion vient toutefois à l’esprit de croque-morts.

Pour faire passer le devis par fax, il devra d’abord s’assurer que le document, de son côté, est bien parti, autrement dit, qu’il a le bon numéro à qui l’envoyer. Il devra ensuite espérer que, de l’autre côté, l’appareil sera bien allumé, et qu’il y aura du papier et de l’encre.

Si ces conditions sont remplies, il devra tout de même téléphoner au destinataire pour l’informer qu’entre une publicité pour les cartouches Toner, une autre pour les rubans encreurs, une troisième pour un mandataire automobile et une quatrième pour un serrurier, il y a ses devis à lui, qui, bien qu’ils en aient l’air, ne sont pas des documents publicitaires.

Enfin, il devra précieusement collecter les accusés de réception, qui lui serviront de preuve en cas de contestation, à condition qu’il ait, lui, assez de papier et d’encre dans son propre fax. Il faudra encore trouver une place pour archiver les feuillets.

Le croque-morts s’étonne de constater que les fax arrivent tout de même plus souvent que les guérisons à Lourdes : c’est peut être ça, le miracle. Puis, soudain, il songe que, s’il opte pour cette solution, il devra réitérer l’opération 177 fois, et éclate en sanglots.

Ultime solution : en personne

Le croque-morts dut donc se résoudre à fermer son agence pendant qu’il irait de mairie en mairie déposer son devis. Il fit plusieurs centaines de photocopies, qu’il déposa dans une besace solide, sella son cheval, se fit la réflexion que la pauvre bête ne survivrait sans doute pas au voyage, se décida à prendre son automobile et se mit en route…

[quote_box_center]Dans le second et dernier épisode de notre saga « les malheurs du croque-morts », nous verrons comment l’infortuné parviendra tant bien que mal à accomplir sa tâche. Et vous pouvez y participer : sur notre page Facebook, par message privé, faites nous part de situations vraies ou vraisemblable de dépôts de devis en mairie. Nous les intégreront au récit, ou, s’ils sont vraiment ubuesques, ils feront l’objet d’une tranche de vie indépendante.[/quote_box_center]

La page Facebook de Funéraire Info

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