Un conseiller funéraire au bûcher, en place publique

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conseiller funéraire au bûcher

Un témoignage nous est parvenu à la rédaction de Funéraire Info. Notre correspondant, que nous appellerons Charlie, témoigne de l’ambiance particulière qui règne dans les métiers du funéraire à travers l’histoire d’un conseiller funéraire au bûcher. Et nous tend, sans aucun doute, un miroir sur notre profession dont le reflet essaie. N’oubliez pas une chose : ce qui est arrivé à ce conseiller peut arriver à n’importe lequel d’entre nous, n’importe quand. Après les thanatopracteurs, les conseillers funéraires, n’en jetez plus !

Une drôle de mésaventure

C’était vendredi soir et je me détendais dans mon bureau en regardant plus ou moins un documentaire et en tapotant machinalement sur mon portable au gré des alertes Facebook, lorsqu’un message privé m’a tiré brutalement de ma torpeur. Le lien qu’il contenait renvoyait sur le mur d’un inconnu, sur lequel était affiché une publication qui a aussitôt achevé de me réveiller. On pouvait y voir la photo d’une carte de visite, avec le logo d’une entreprise de pompes funèbres, l’adresse et les coordonnées d’une agence et le prénom d’un conseiller. Seul son nom de famille avait été masqué. Cette image était accompagnée d’une longue et larmoyante litanie, narrant de manière très théâtralisée un incident survenu dans un crématorium.

Raconter ce genre de mésaventure sur Facebook n’a rien de choquant en soi et il m’arrive fréquemment de poster le récit de mes déboires avec certaines administrations ou autre, mais là, il ne s’agissait pas de cela. La publication était visible par tous, sans aucun filtre et son but était de dénoncer (et là ce mot prend vraiment tout son sens) une personne, parfaitement identifiable en quelques clics. Son auteur, après avoir copieusement insulté et traîné sa cible dans la boue, enjoignait ses lecteurs à fuir cette agence et ce conseiller, toujours en le (pré)nommant et surtout à partager massivement sa publication.

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Lynchage public

Incrédule, j’ai commencé à parcourir les commentaires qui affluaient… Et là tout à coup je pense m’être retrouvé devant ce que les réseaux sociaux peuvent produire de pire : Des vociférations haineuses, des menaces physiques explicites, des malédictions et même des sorts appelant le défunt à venir hanter le conseiller jusqu’à la fin de ses jours. Personne pour s’interroger sur l’exactitude des faits ou sur la légitimité d’un tribunal composé d’utilisateurs de Facebook. Personne, pas même un confrère pour s’insurger de ce lynchage public.

Les confrères, parlons-en… Non contents de se repaître du spectacle, ils en profitaient pour faire leur propre publicité entre deux jets de venin. Je pense que c’est ce qui m’a le plus choqué. Voir ces personnes, dont je connais certaines très bien et depuis longtemps et dont je sais en connaissance de cause qu’ils ont eu eux-mêmes à faire face à ce type de « couacs » (car c’était un couac, un malentendu, rien de plus, qui aurait pu arriver à n’importe lequel d’entre nous), jubiler et plastronner au lieu de s’indigner de cette chasse aux sorcières… Ça m’a littéralement horrifié.

Jour d’angoisse

Une longue, très longue journée s’est écoulée, si elle m’a parue longue à moi, je n’ose même pas imaginer ce que pouvait ressentir ce conseiller, et la meute enragée n’a cessé de grossir. Je surveillais les partages, il y en a eu plus de 600. Et chacun était fier de dire qu’il avait participé à détruire la réputation d’un homme, sans doute persuadé d’avoir fait là une bonne action. Untel affirmait que lui l’aurait « envoyé à l’hôpital », un autre disait qu’il fallait porter plainte, un autre encore demandait une enquête de « Que choisir » sur cette entreprise. Des insultes aussi, parmi celles qui sont répétables : « gros nase », «monstre inhumain »…

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Les pompes funèbres dans leur ensemble en ont pris pour leur grade et nous tous avec : « Des escrocs qui vivent du malheur des gens ». Une femme, aussitôt suivie par d’autres a expliqué qu’elle voulait se faire crématiser directement sans cérémonie et dans un cercueil premier prix pour « ne pas donner d’argent à ces gens-là ». Les commentaires les plus effrayants étaient ceux qui exigeaient le nom complet du conseiller.

Un conseiller funéraire au bûcher

Cette publication a enfin été retirée, tard dans la nuit de samedi à dimanche. La foule vengeresse s’est calmée et cette histoire sera vite oubliée, peut-être chassée par une autre. C’est si bon de juger, de s’indigner, de vociférer des menaces devant son écran… Ça permet d’évacuer les frustrations du quotidien. Mais pour la victime d’un tel lynchage, quelles sont les conséquences ?

Peut-être le découvrirez-vous un jour, pour votre plus grand malheur, parce que nous pouvons tous nous retrouver un jour ou l’autre dans cette position. N’importe qui peut publier n’importe quoi et titiller les bas instincts des lecteurs pour transformer Facebook en tribunal d’inquisition. Ce serait bien de garder cela présent à l’esprit quand se présentera la prochaine occasion de revêtir sa tenue de justicier des réseaux sociaux.

Ce phénomène s’appelle le shaming. Vous pouvez trouver ici un article du Nouvel Obs, passionnant, à ce sujet.

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